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Il figure parmi les priorités du gouvernement

Logement, l’énième défi à relever


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20 Mai 2020 | 11:47
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- Logement, l’énième défi à relever

Auteur : Farid HOUALI


Le gouvernement s’engage à intensifier la réalisation de logements en lançant un nouveau programme d’un million de logements, tous segments confondus, avec les équipements d’accompagnement et les viabilités nécessaires, durant le quinquennat 2020-2024 où l’accent sera mis sur les segments d’habitat rural et d’auto-construction dans les lotissements sociaux.

L’Etat s’attèlera à « éradiquer définitivement la crise du logement », s’est engagé le président de la République Abdelmadjid Tebboune dans son premier discours à la Nation à l’issue de la cérémonie d’investiture à la magistrature suprême au lendemain des élections présidentielles du 12 décembre dernier. « Je n’accepterai jamais qu’un Algérien vive dans un taudis ou une baraque, par souci de préserver sa dignité », assurait le président de la République. Ainsi dire, permettre à tous les citoyens sans exclusive de vivre dignement dans des logements décents a toujours donc constitué pour l’Etat algérien une priorité. D’ailleurs le plan d’action du secteur de l’Habitat, présenté début janvier dernier, par Kamel Nasri, ministre de l’Habitat, de l’Urbanisme et de la Ville, en Conseil des ministres, prévoit l’engagement d’un nouveau programme d’un million de logements pour la période 2020-2024.

« Á la faveur de l’engagement pris par  le président de la République, d’ériger l’accès au logement en priorité absolue, les actions à réaliser se fondent sur deux objectifs essentielles », expliquait à ce propos le ministre de l’Habitat, de l’Urbanisme et de la Ville.

Le premier objectif vise à « résoudre définitivement le problème de logement et garantir l’accès au logement décent selon les formules adaptées et ciblant en priorité les ménages à faibles revenus »

Dans ce cadre, le plan d’action du secteur consistera à poursuivre les efforts engagés pour  intensifier la production de logements, mobiliser et orienter plus efficacement les ressources financières nécessaires et assurer l’équité et la justice sociale.

« Le programme d’habitat 2020-2024 vise à parachever le programme en cours d’exécution en accélérant la cadence de réalisation et de réception des logements », relevait dans ce sens le ministre de l’Habitat, de l’Urbanisme et de la Ville, Kamel Nasri dans une déclaration à la presse en marge de la réunion Gouvernement-Walis (tenue les 16 et 17 février dernier) faisant état de plus de 970.000 unités inscrites jusqu’à janvier 2020, toutes formules confondues, dont 30% n’ont pas encore vu de lancement.

Une partie du programme de logements sera destinée à éponger le déficit de logements location-vente AADL 2, estimé à 40.000 logements, pour prendre en charge la demande éligible et non-satisfaite par l’AADL, en raison des difficultés financières qu’a connues notre pays en 2014.

D’autres actions prioritaires sont prévues pour le secteur. Il s’agit notamment du traitement de la problématique du vieux bâti où des mécanismes et outils seront mis en place pour permettre la spécialisation des différents intervenants ainsi que la mobilisation des ressources financières dans le cadre d’un montage financier concerté, en impliquant les citoyens concernés, de la révision du dispositif d’attribution de logements existant et le renforcement du contrôle préalable en vue de lutter contre la fraude en matière d’attribution de logements, de de la poursuite de la politique de création de lots sociaux comme moyen de répondre aux demandes en logements dans les wilayas du Sud et des Hauts-Plateaux et la création de nouveaux pôles urbains, selon la disponibilité foncière et dans le respect de la politique de l’aménagement du territoire.

Il est prévu la création de 120.000 lots supplémentaires ainsi que de l’encadrement et de l’encouragement du marché locatif immobilier en impliquant les différents intervenants et en mobilisant le foncier du domaine public comme moyen d’encouragement aux acteurs de la promotion immobilière.

Il est proposé aussi d’inclure des mesures fiscales incitatives permettant aux propriétaires particuliers de verser leurs biens dans le marché locatif et de réguler ce dernier.

En deuxième lieu, il est question, selon le ministre en charge du secteur d’«un environnement urbain et rural préservé, valorisé et propice à l’épanouissement du citoyen, lui assurant un cadre de vie de qualité respectueux des exigences de développement durable» et «la mise en œuvre d’une véritable politique d’urbanisme qui tient compte des normes architecturales et préserve le patrimoine».

Dans ce cadre, les actions à engager portent notamment sur :

  • La révision de la loi sur l’aménagement et l’urbanisme et de la politique de la ville, avec une nouvelle vision qui intègre les dimensions environnementales, sociologiques et paysagères, à la lumière des acquis sur le plan des fondements et des principes des objectifs de développement durable (ODD) et du nouvel agenda urbain mondial.
  • Le renforcement et l’adaptation des missions d’inspection et de contrôle en matière d’urbanisme à travers la promotion du rôle des agents habilités, la couverture des zones rurales et la prise en charge d’infractions constatées.
  • La poursuite de la réalisation des villes nouvelles en intégrant l’ensemble des dimensions de développement durable notamment le principe d’efficacité énergétique et l’encouragement de l’utilisation des énergies renouvelables, en encourageant l’investissement conformément à leurs plans d’aménagement et à leurs vocations, ainsi que l’adaptation et la mise à niveau des villes.
  • La valorisation de la production architecturale, à travers le renforcement du contexte réglementaire en vue de l’émergence d’une architecture et d’une ingénierie de la construction de qualité, l’élaboration de charte d’identité architecturale régionale, et l’encouragement de l’émergence d’œuvres architecturales de qualité.
  • Par ailleurs, des actions de soutien aux activités du secteur seront engagées et porteront entre autres sur :
  • La promotion de la production nationale en encourageant le recours aux moyens d’études et de réalisation nationaux et en poursuivant l’effort en matière d’utilisation des matériaux locaux ainsi que l’implication des micro entreprises en proposant de nouvelles dispositions dans la réglementation des marchés publics permettant l’émergence et l’accompagnement de jeunes entrepreneurs.
  • La mise en place d’un système d’information statistique où l’accent sera mis sur l’estimation et le suivi de la demande de logement, la numérisation des procédures d’octroi de tout document administratif lié au secteur par voie électronique.
  • La mise en application de manière opérationnelle, de la recherche scientifique et technologique et du produit de la recherche dans le domaine de la construction.

La guerre aux bidonvilles

Outre la réalisation du logement, le plan d’action du Gouvernement, prévoit aussi l’éradication totale des bidonvilles, à travers le recensement et la mise en œuvre de nouveaux programmes destinés au relogement des ménages, en mettant en place un système de veille contre les tentatives de prolifération et de récidive.

Á cet effet, une démarche a été engagée avec le ministère de l’Intérieur portant sur la mise en place, par les collectivités locales, d’un dispositif de surveillance pour empêcher la prolifération des bidonvilles et à engager un recensement dont le résultat permettra de prendre en charge les concernés sur le programme neuf de logements publics locatifs où il est proposé l’inscription de 200.000 unités.

Le ministre de l’Habitat, de l’Urbanisme et de la Ville, Kamel Nasri, annonçait en effet dernièrement, un nouveau recensement, par le secteur, des habitants des bidonvilles pour contenir ce phénomène.

Lors d’une conférence de presse, organisée en marge d’une réunion des cadres du secteur pour la présentation du Plan d’action, le ministre a affirmé que « dans le but de contenir, définitivement, ces habitations en vue d’embellir les villes », leurs sites seront affectés aux projets de réalisation de logements décents, après le relogement de leurs occupants.

Pour rappel, la dernière opération de recensement des bidonvilles s’est déroulée en juillet 2008, dans le cadre d’un programme national visant l’élimination de ce type d’habitations, un programme distinct du logement social destiné aux familles demandeuses de logement.

Un total de 569 sites de bidonvilles occupés par 58468 familles a été recensé dans la capitale en 2007.

La wilaya d’Alger a pu éradiquer, à partir de 2014 jusqu’à janvier 2018, plus de 316 bidonvilles et reloger plus de 44 mille familles », selon ce rapport intitulé « Alger Capitale sans bidonvilles ». L’éradication de ces 316 sites de bidonvilles d’Alger a permis de récupérer plus de 460 hectares de terrains, cédant la place à l’édification de projets structurants de la capitale tels le campus universitaire de Mahelma et le viaduc de Oued Semar.

Parmi les projets structurants de la ville d’Alger qui ont pu redémarrer après l’éradication des sites bidonvilles qui les occupaient, il y a lieu de citer «les projets de la Grande mosquée, la ligne ferroviaire dédoublée électrifiée Birtouta- Zéralda, l’aménagement de l’oued El Harrach, le barrage de Douéra, le siège du Conseil national économique et social, le siège du ministère des Affaires religieuses et les terrains destinés aux programmes de logements AADL, LPL et ENPI.

 

Le logement en chiffre

Les directeurs généraux au ministère de l’Habitat, de l’Urbanisme et de la Ville ont présenté récemment à Alger le bilan des projets inscrits par le Secteur, dévoilant les chiffres et les indicateurs liés aux projets en cours de réalisation, d’examen ou à l’arrêt.

Lors d’une réunion regroupant les cadres du secteur de l’habitat à travers les 48 wilayas du pays, consacrée à la présentation du plan d’action 2020-2024, et dans le cadre d’une évaluation globale, le directeur général de l’Habitat au ministère, Anis Bendaoud a abordé l’état des projets de logements estimés à plus de 974.000 unités en cours de réalisation, dont plus de 325.000 non lancées, et 127.000 autres à l’arrêt.

Ce quota comporte plus de 104.000 logements publics locatifs (LPL), près de 190.000 logements promotionnels aidés (LPA), 176.000 unités dans le cadre du logement rural, et 382.000 logements location-vente, ainsi que 21.000 logements promotionnels publics (LPP).

Pour la formule LPL, Anis Bendaoud a fait état de 204.000 unités, dont 192.000 en cours de réalisation, 62.000 à l’arrêt et 12.000 unités non lancées pour des raisons relatives aux procédures de choix du foncier, l’étude et la sélection de l’entreprise de réalisation.

Pour ce qui est des unités de logements à l’arrêt, le même responsable a indiqué qu’il s’agit de l’appel à concurrence (27.000 unités), de la non-approbation du contrat (15.000), des entreprises non qualifiées (5150) et des problèmes liés au foncier (14.000 unités).

Sur les 748.000 logements inscrits fin 2009, les Offices de promotion et de gestion immobilière (OPGI) et la Caisse nationale du logement (CNL) n’ont parachevé que 370.000 unités de logements, soit un taux de 49%.

S’agissant des formules LPA et des logements participatifs, le secteur a recensé 189.000 unités, dont 112.000 en cours de réalisation, 77.000 non lancées, et plus de 20.000 autres à l’arrêt, dont 10.673 unités seront relancées.

Le même responsable a également fait état du lancement de plus de 82.000 opérations dans le cadre du soutien à l’habitat rural et de 62.000 autres dans le cadre des lotissements sociaux.

Aussi, le secteur a procédé durant la période 2018-2019 à la réévaluation de 2.600 projets portant sur la réalisation de près de 435.000 logements pour une valeur de 64,2 milliards de DA.

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Des formules étudiées destinées à la location
Le ministre de l’Habitat, de l’Urbanisme et de la Ville, Kamel Nasri a indiqué que son secteur s’orientait vers la création de formules étudiées destinées à la location. Cette nouvelle formule de logement locatif vise à exploiter les capacités des promoteurs immobiliers (au nombre de 9.000) en vue de booster le développement dans le secteur. Kamel Nasri a en outre souligné l’impératif pour « les promoteurs de se diriger vers la formule de location afin de pouvoir se lancer dans le marché de l’immobilier », faisant savoir qu’une étude est en cours afin d’examiner la formule financière et les aspects liés à l’octroi du foncier. Le promoteur immobilier qui bénéficie du foncier dans ce cadre sera appelé à consacrer un nombre de logements à la location à des prix abordables au profit des citoyens à moyen revenu. Cette démarche permettra de satisfaire les besoins de cette catégorie en logements et de créer une certaine flexibilité, en cas de changement de résidence. Quant au montant des loyers dans le cadre de cette formule, le ministre de l’Habitat a indiqué qu’il sera plus élevé que celui du logement social, la formule étant destinée aux citoyens à moyen revenu, et non pas aux franges démunies.

 

Une banque pour le logement
Lors du Conseil des ministres de janvier, le président de la République Abdelmadjid Tebboune a souligné que la réalisation de tout nouveau programme de construction de logements doit prendre en compte les contraintes de financement. Elle ne doit surtout pas se faire, soutient-il, au détriment de la qualité, des aspects architecturaux et de l’aménagement urbain. A ce propos, il a instruit la création d’une « banque du logement » et a exhorté à une réflexion globale sur la création de villes périphériques afin de contenir l’exode vers les grandes villes.

 

L’obligation de réalisation des espaces verts
La ministre de l’Environnement et des énergies renouvelables, Nassira Benharrats, et le ministre de l’Habitat, de l’urbanisme et de la ville, Kamel Nasri, ont signé une convention cadre dans le but de réaliser des espaces verts dans tous les futurs projets de construction des villes et des cités. Le développement de ces espaces verts apportera une réelle touche d’embellissement dans les régions urbaines envahies par le béton des nouvelles constructions. Aussi, les deux départements, tous les bureaux d’étude et les sociétés de construction seront dans l’obligation de réaliser des espaces verts pour apporter une touche de verdure dans les nouvelles cités. La convention renfoncera ce partenariat pour l’intégration de l’aspect environnemental notamment dans les villes et les cités afin de lutter contre la pollution et le changement climatique.

 

Un million de logements pour la période 2020-2024
Le plan d’action du secteur de l’Habitat prévoit l’engagement d’un nouveau programme d’un (1) million de logements pour la période 2020-2024. Ce plan prévoit, notamment, l’intensification de la production de logements par une mobilisation et une orientation efficace des ressources financières, la finalisation du programme en cours, l’engagement d’un nouveau programme d’un million de logements pour la période 2020-2024, tous segments confondus et la livraison à l’horizon 2024 de 1,5 million de logement. Le plan d’action sectoriel entend également promouvoir la production nationale et encourager le recours aux moyens d’études et de réalisation nationaux, intensifier l’utilisation des matériaux locaux, assurer l’accompagnement des jeunes entrepreneurs et mettre en place un système d’informations statistiques pour suivre la demande de logements y compris le recours à la numérisation des procédures.

 

 

 



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