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Le plan ambitieux du gouvernement

L’eau, la vie, les hommes


Eldjazair129-027

20 Mai 2020 | 10:58
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- L’eau, la vie, les hommes

Auteur : Farid HOUALI


La nouvelle politique de l’eau s’imposait d’autant plus que l’Algérie se doit de faire face aux conséquences de la variabilité pluviométrique et à la diminution des réserves d’eau de pluie, accentuées par les changements climatiques. L’Algérie compte avoir une vision à moyen et long terme lui permettant de s’adapter au changement climatique afin qu’elle puisse gérer les éventuelles situations de stress hydrique.

L’action du Gouvernement en matière de ressources en eau s’inscrit en adéquation avec les prescriptions du Plan National de l’Eau, partie intégrante du SNAT à l’horizon 2030, et dont l’actualisation imminente permettra d’intégrer les orientations du programme présidentiel. En effet, le programme d’action du gouvernement relatif au secteur à moyen terme (2024) et à long terme (2030) est basé essentiellement sur la mobilisation de ressources en eau, à partir du système de dessalement, pour couvrir les besoins en eau potable des populations du nord, en sus du raccordement des barrages, la mobilisation de leur ressources et la réutilisation des eaux traitées. L’action du Gouvernement en matière de ressources en eau s’attellera à adapter au mieux notre pays avec les contraintes hydriques objectives auxquelles il fait face, et à opérer une rupture totale avec des agissements et des modes de fonctionnement qui mettent en péril la sécurité hydrique nationale et entravent la contribution du secteur au renouveau socioéconomique notamment en matière d’alimentation en eau potable, d’industrie, d’agriculture, de tourisme et de services.
L’accomplissement de l’ensemble de ces missions participe à la réalisation de la « sécurité hydrique nationale», objectif non encore atteint en Algérie en raison de la situation de stress induite par le contexte hydrologique, l’impact des changements climatiques, l’immensité du territoire national, la démographie et la constante progression de la demande en eau due au développement socio-économique. Néanmoins et en dépit du stress hydrique que connaît le pays, Arezki Berraki, ministre des Ressources en eau, a estimé que les réserves du pays sont «largement suffisantes» pour permettre aux algériens de passer un été «convenable». Pour étayer ses promos, le ministre a mentionné les dernières pluies de ce mois d’avril et de mars écoulé, en affirmant qu’une évaluation plus précise sur les disponibilités du pays en ressources hydriques est prévue à la fin du mois d’avril. Par ailleurs, le ministre a avancé que les eaux stockées au niveau des barrages, évaluées à quatre (4) milliards de mètres cubes, ainsi que les stations de dessalement implantées sur le long du littoral et les forages répartis à l’échelle nationale, qui produisent 2,5 milliards de mètres cubes, permettront de faire face aux besoins de la population, du moins pour l’année 2020. «Outre l’alimentation en eau potable, ces quantités conséquentes permettront même l’irrigation des grands périmètres qui s’alimentent des grands barrages», a-t-il assuré. En matière de sécurité hydrique, la politique de l’Algérie s’est appuyée sur la diversification des ressources pour assurer la disponibilité et la gestion maitrisée de cette matière vitale, outre le recours au dessalement de l’eau de mer. Des efforts colossaux sont, en effet, consentis dans le secteur, ayant permis de «relever le défi de sécuriser le pays en matière d’alimentation en eau potable». L’objectif est de répondre à la demande croissante sur ce liquide précieux du fait que les besoins annuels de l’Algérie en eau à l’horizon 2030 devront s’élever à 12,9 milliards de m3 contre 10,4 milliards de m3 actuellement. Ces prévisions reposaient principalement sur la hausse attendue de la croissance démographique et de l’expansion urbaine, d’autant que le taux d’urbanisation devrait, en 2030, être supérieur à 87% pour une population avoisinant les 50 millions de personnes.
Á long terme, il convient de rappeler la mise en place par le ministère des Ressources « d’un Plan national de l’eau à l’horizon 2030 ». Lequel plan est basé sur la poursuite de la mobilisation des ressources en eau conventionnelles et non conventionnelles en focalisant sur les régions enregistrant un déficit à travers l’exploitation de toutes les disponibilités offertes en vue d’intensifier et d’élargir le réseau de raccordement et de transfert entre grands complexes hydriques du pays.
L’engagement du président de la République Abdelmadjid Tebboune, « d’en finir avec les coupures d’eau et de garantir un égal accès des citoyens aux différents services de l’eau à travers l’ensemble du territoire national» constitue la priorité du secteur et la ligne directrice de son action pour les 5 ans à venir. Il a d’ailleurs ordonné lors du Conseil des ministres du 08 mars dernier, de trouver des solutions «réalistes et urgentes» à la situation actuelle des ressources en eau et de mettre en place un mécanisme national d’évaluation de la performance des services publics de l’eau. Commentant l’exposé présenté, lors du Conseil des ministres, par le ministre des Ressources en Eau, Arezki Berraki sur le Plan d’action de son secteur, le Président Tebboune a dans ce sens, mis en avant «l’impératif d’accorder la priorité à la situation actuelle des ressources en eau, à travers des solutions réalistes et urgentes en recourant à l’exploitation suffisante des eaux usées au Nord et au Sud du pays».
Dans ce cadre, il a donné instructions pour «la prise en charge immédiate du problème», et la mise en place d’un plan de raccordement entre les barrages, afin d’éviter une pénurie d’eau dans le pays, notamment face à une faible pluviométrie, appelant à prendre en considération la distribution équitable de cette ressource vitale entre les citoyens et les régions, en recherchant des sources renouvelables qui viennent s’ajouter au stock de réserve, notamment devant la demande croissante sur cette ressource vitale, en raison du développement socioéconomique et l’accroissement de la population.

Une priorité nationale
L’amélioration du service public en matière d’accès à l’eau potable et d’assainissement constitue pour le Gouvernement Djerad un « axe majeur et prioritaire ».
Tel que contenu dans le plan du Gouvernement, une attention particulière est, de fait, réservée à l’amélioration du service public de l’eau potable et de l’assainissement à travers :

  • L’accroissement du taux national de raccordement par l’extension des réseaux (objectif 2025 de 99% en eau potable et de 93% pour l’assainissement)
  • La maintenance et la réhabilitation des réseaux et équipements pour l’amélioration des rendements techniques et commerciaux. L’utilisation étendue des énergies renouvelables.
  • L’augmentation des capacités techniques de traitement des eaux en potabilisation (5 milliards m3/an) et en épuration (1,54 milliards m3/an)
  • Le développement des capacités de stockage (11,5 millions m3) et d’adduction.
  • La lutte contre les gaspillages et piquages illicites de l’eau.
  • L’attention particulière accordée aux wilayas et aux zones qui enregistrent des déficits importants et des perturbations d’alimentation, et qui bénéficieront de programmes de rattrapages avec des objectifs précis.
  • Les efforts à consentir en matière d’économie et de préservation de la ressource (mesures coercitives prévues par la loi relative à l’eau, et incitatives (tarifs et sensibilisation).
  • L’automatisation et la numérisation des différentes tâches liées aux métiers de l’eau (SIG, télégestion, robotisation, compteurs intelligents, etc.).
  • La mise à niveau du management des établissements publics en charge de la gestion des services publics de l’eau et l’extension du modèle de gestion déléguée de l’eau potable et de l’assainissement aux métropoles du pays et aux villes adossées à des systèmes hydrauliques complexes.
  • La densification du réseau de laboratoires d’analyse de la qualité des eaux.
  • La mise en œuvre de la stratégie nationale de protection contre les inondations (élaboration des Plans de Prévention du Risque des Inondations, ciblage des zones à risques, ouvrages de protection, assainissement pluvial et systèmes d’alerte).
  • La valorisation des produits issus de l’épuration (eaux et boues) avec la prise en charge de leur double impact environnemental et économique.
  • L’achèvement de l’intégration des services et régies communales à l’ADE et l’ONA.

En matière d’hydraulique agricole, il s’agira de soutenir les efforts du pays en vue d’assurer sa sécurité alimentaire par le développement des activités agricoles et agroalimentaires pour satisfaire le marché national et pour l’export. Á ce titre, l’accroissement de la superficie nationale irriguée est primordial. Pour cela, l’action portera sur la valorisation des potentialités actuelles (réhabilitation, extension et modernisation) et la réalisation de nouveaux périmètres, en sus de la coordination avec le département de l’Agriculture, s’agissant du programme de mise en valeur des terres agricoles. Le secteur des Ressources en eau soutiendra cette démarche à travers l’accompagnement de l’essor de l’agriculture saharienne, le développement et la vulgarisation des techniques d’économie de l’eau agricole et l’irrigation d’appoint du segment céréalier. Dans ce cadre les ministères des Ressources en eau et de l’Agriculture comptent mettre sur pied une commission mixte pour cadastrer les terres agricoles concernées par l’irrigation complémentaire et lancer un plan d’action commun pour doter les agriculteurs de toutes les technologies utilisées en la matière. Lors d’une réunion regroupant les cadres des deux départements tenue au siège du ministère des Ressources en eau en présence du ministre du secteur, Arezki Berraki, du ministre de l’Agriculture et du Développement rural, Chérif Omari et du ministre délégué chargé de l’agriculture saharienne et des montagnes, Foued Chehat, il a été convenu de mettre en place un plan d’action commun pour doter les terres agricoles de toutes les nouvelles technologies utilisées en la matière et encourager les agriculteurs à irriguer leurs terres avec des eaux traitées. A ce sujet, M. Berraki a insisté sur la nécessité de recourir à l’irrigation avec des eaux traitées pour palier le stress hydrique dont souffre le secteur, d’autant que l’Algérie est connue pour son climat semi-aride. Affirmant que les capacités du pays en matière de récupération et de traitement des eaux s’élèvent à 900 millions m3, le ministre a indiqué que les quantités réellement traitées ne dépassent pas les 500 millions M3, dont seulement 50 millions M3 sont utilisés dans les opérations d’irrigation. M. Berraki a évoqué, dans le même cadre, l’élargissement des surfaces irriguées s’élevant actuellement à 1.4 1.4 millions hectares, ajoutant que l’objectif tracé était d’atteindre les 02 millions hectares.
En outre des actions spécifiques seront déployées au niveau des régions Sud et Hauts-Plateaux, terreau du renouveau socioéconomique du pays. La mesure la plus significative, à ce titre, est la valorisation des ressources du système aquifère du Sahara septentrional à travers trois grands transferts (Oued-Namous vers Ain Sefra-Naâma-Mecheria-Saïda, Ghardaïa vers M’Sila-Bou Saâda-Biskra-Batna, et vers Djelfa-Tiaret). La préservation du droit à une eau de qualité des habitants des régions de captage, sera consacrée. Á cela s’ajoute l’augmentation du nombre de stations de déminéralisation pour améliorer la qualité de l’eau potable délivrée aux habitants des agglomérations du Sud du pays et la réception à court terme de projets de transfert, d’adduction et d’assainissement, à même de soutenir la prise en compte des spécificités de l’agriculture saharienne, qui trouve sa pleine expression politique par la création d’un nouveau ministère Délégué. Aussi, les efforts de mobilisation et l’usage optimal de la ressource se poursuivront avec l’objectif de réduire la proportion des eaux impactées par l’aléa climatique en développant, là où elles s’avéreront réellement utiles et dans le strict respect de l’équilibre des écosystèmes en place, les ressources non conventionnelles, notamment par la réalisation de nouvelles stations de dessalement d’eau de mer et stations de déminéralisation dans les régions Sud. Il est également question de porter la capacité nationale de stockage des eaux superficielles à 10 milliards m3 par la réalisation et la mise en service de quatre nouveaux barrages, et l’interconnexion des grands ouvrages et complexes hydrauliques du pays sera menée à son terme. La cadence de réalisation de forages à destination agricole et domestique sera accélérée, en veillant à préserver les nappes phréatiques de la surexploitation et en permettant leur régénération.

Nouveau mode de gestion
Dans le prolongement de ses actions, le Gouvernement s’attellera à la refonte des modèles économiques de gestion de l’eau qui englobent les modes d’organisation et de gestion, les régimes d’utilisation du domaine public hydraulique, les systèmes tarifaires ainsi que la dimension environnementale et de développement durable. Les modes de gouvernance des services publics de l’eau seront, ainsi, réformés en profondeur à travers le réaménagement du cadre institutionnel et l’introduction de procédures et d’outils de suivi-évaluation novateurs dans le cadre d’un pilotage cohérent et d’objectifs clairs. Dans la continuité de la démarche des pouvoirs publics en matière de rationalisation des systèmes de subventions et de transferts sociaux, le Secteur des Ressources en eau engagera une réorganisation des opérateurs publics en charge de l’eau visant l’amélioration des indicateurs de gestion par la modernisation, la mutualisation des moyens, la réalisation d’économies d’échelle et la recherche de ressources financières additionnelles. Une meilleure gestion des deniers publics sera implémentée au double niveau de l’entretien et de la maintenance de l’infrastructure existante pour sa pérennisation et l’optimisation de son exploitation, et sur le plan de l’amélioration du management des projets, de l’opportunité d’investissement, de la conception à l’exploitation, en passant par la réalisation. Enfin, et en matière de missions régaliennes, le Secteur poursuivra l’inventaire des composantes du domaine public hydraulique (cadastre) et confortera les mécanismes d’évaluation et de protection quantitative et qualitative des ressources en eau. Une action soutenue sera menée pour la dissémination au sein de la société d’une réelle culture de l’eau propice à l’adhésion et à la participation citoyenne en faveur de l’économie de la ressource et de la gestion durable de l’eau potable et de l’assainissement.
Les moyens dédiés aux missions de contrôle et de suivi seront renforcés, notamment au profit de la Police des eaux et des équipes mobiles de lutte contre les piquages illicites, les fuites sur réseau et les sources de pollution, et qui seront dotés d’équipements modernes connectés et adossés à un outil informatique centralisé permettant une prise de décision en temps réel. Un guichet unique, physique et électronique, sera mis en place pour faciliter l’ensemble des procédures administratives liées aux services du secteur telles que les demandes de branchements, d’autorisations de forages, les agréments et qualifications, etc.
Le facteur humain étant prépondérant dans la concrétisation de ce programme, le Secteur veillera à sa valorisation par sa promotion et son perfectionnement continu à travers l’interaction avec les systèmes nationaux de formation professionnelle et d’enseignement supérieur, le renforcement des établissements de formation du secteur et la mise à profit des programmes de coopération bi et multilatérale et des accords contractuels de transfert de savoir-faire. Sur un autre plan, seront promus au sein des effectifs du secteur, la culture de la responsabilité, l’obligation de résultat et les notions d’efficience et de rigueur.
En termes d’infrastructures et de services publics, notre pays affiche des indicateurs probants mais qui ne reflètent pas fidèlement, les réalités de terrain du fait que les efforts ces dernières années se sont concentrés sur la garantie de la disponibilité de la ressource et non sur son exploitation optimale. On enregistre, ainsi :

  • une mobilisation annuelle de 10,7 milliards de m3 d’eau destinés aux usages agricole (6,8 Hm3/an), domestique (3,6 Hm3/an) et industriel et de services (0,3 Hm3/an). Ce volume global a pour origine les eaux souterraines (62%), les eaux superficielles (33%), le dessalement d’eau de mer (4,5%) et les eaux usées épurées (0,5 %).
  • 81 barrages en exploitation avec une capacité de stockage cumulée de 8,3 milliards de m3. Mais seul un volume de 3,86 milliards de m3 peut être annuellement garanti du fait du caractère interannuel de la régularisation des apports et de l’absence d’aménagement aval d’AEP ou d’irrigation pour 5 ouvrages.
  • des linéaires des réseaux nationaux d’AEP et d’assainissement dépassant respectivement 127.000 et 47.000 km permettant des taux de raccordement de 98 et 93%. Sauf que ces derniers sont calculés par rapport à la population nationale et non à la couverture territoriale, d’où la tendance à minimiser les
  • difficultés des habitants des zones rurales, frontalières et éparses.
  • un volume annuel produit d’eau potable de 3,6 milliards de m3 pouvant garantir une dotation quotidienne par habitant de l’ordre de 180 litres, seulement en raison du faible rendement des réseaux qui ne dépasse pas en moyenne les 50% (volumes produits/volumes facturés), plus de 30% de la population
  • continue de souffrir du manque d’eau.
  • une distribution de l’eau au quotidien dans 75% des communes (12% en ljour/2 et 13% en 1 jour /3 et plus) mais avec une fragilité chronique en termes de qualité et de continuité du service dans plus de 26 wilayas du pays malgré, parfois, la disponibilité de la ressource.
  • un parc de stations d’épuration composé de 200 unités d’une capacité de 950 millions de m3/an mais avec un volume réutilisé qui demeure très faible (50 millions de m3/an).

F. H.



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