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Partenariat entre Sonatrach et Sonelgaz pour la réalisation de 4000 MW en énergies renouvelables

La rencontre des deux géants nationaux


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20 Mai 2020 | 10:53
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- La rencontre des deux géants nationaux

Auteur : Yahia MAOUCHI


L’Algérie s’engage dans une nouvelle ère énergétique durable. Le programme des énergies renouvelables dans sa version actualisée consiste à installer une puissance d’origine renouvelable de l’ordre de 22 000 MW à l’horizon 2030 pour le marché national, avec le maintien de l’option de l’exportation comme objectif stratégique, si les conditions du marché le permettent.

L’effondrement des cours du pétrole dû à la crise sanitaire mondiale rappelle la nécessité pour l’Algérie de s’engager sérieusement sur la voie des énergies renouvelables afin d’apporter des solutions globales et durables aux défis environnementaux et aux problématiques de préservation des ressources énergétiques d’origine fossile. Dans une de ses interventions, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune a insisté sur la nécessité de « s’orienter immédiatement vers l’investissement dans le secteur des énergies renouvelables pour l’exportation afin d’immuniser notre indépendance économique contre toute éventualité pouvant se produire sur le marché pétrolier ». Dans le même contexte, M. Tebboune a appelé Sonatrach à « élargir ses plans d’investissement dans les projets pétroliers à l’étranger afin d’améliorer les recettes de l’Etat ». Conscient de l’importance et de la nécessité de cette transition énergétique, Mohamed Arkab, ministre de l’Energie, a révélé récemment qu’un groupe de travail, composé de représentants des ministères de l’Energie, de l’Enseignement supérieur et de l’Environnement, est en passe d’élaborer une étude pour établir, cette année, un nouveau modèle énergétique basé sur les énergies renouvelables, outre le développement des industries manufacturières et pétrochimiques. Un nouveau modèle énergétique pour réduire quelque peu cette croissance démesurée de la consommation locale, qui avoisine les 50% de ce que produit Sonatrach. À laquelle il faut ajouter plus de quatre milliards de dollars de carburants et lubrifiants importés que les Algériens consommeront selon une étude prospective du Ministère de l’Énergie.
Par ailleurs, selon le département de Mohamed Arkab, le recours aux énergies renouvelables pourrait permettre à l’Algérie d’économiser au moins 93 millions de Tep à l’horizon 2030, la réduction des émissions de CO2 d’environ 200 millions de tonnes et la création de 180.000 nouveaux emplois, si les actions inscrites dans le programme de transition énergétique en vigueur depuis février 2016 venaient à être mises en œuvre par les autorités actuelles. « C’est un programme qui mérite attention du fait qu’il identifie avec précision les actions à mener à l’effet d’accélérer la transition énergétique à travers, notamment, la mutation du modèle de consommation actuel basé sur les hydrocarbures, vers un modèle plus propre et respectueux de l’environnement. Ce programme d’actions ambitionne également de réduire la consommation locale d’hydrocarbures dans le but de maintenir les exportations de gaz et de pétrole à des niveaux acceptables. Ce plan stratégique vise enfin à développer une puissante industrie des énergies renouvelables, qui pourrait à terme satisfaire une part considérable de nos besoins en énergie, en exporter une partie sous forme d’électricité et bien entendu créer des activités de sous-traitance et des dizaines de milliers d’emplois », précise-t-il.

Produire jusqu’à 4.000 mégawatts
Il convient de souligner que le gouvernement a annoncé, en février dernier, que l’Algérie a mis en place une stratégie de transition énergétique visant à produire 4.000 mégawatts et 16.000 mégawatts à l’horizon 2024 et 2035 respectivement, et cela, à travers la réalisation de stations d’électricités fonctionnant sur les énergies renouvelables.
A cet effet, un nouveau partenariat a été signé entre la société nationale d’hydrocarbures Sonatrach, et la société nationale d’électricité et de gaz, Sonelgaz. Selon Mohamed Arkab, ministre de l’Énergie, il serait question, en premier lieu, de réaliser des stations de production d’énergie renouvelables dont les capacités initiales s’élèveront entre 400 et 500 mégawatts. La réalisation de ces stations sera, selon le ministre, effectuée par le groupe Sonelgaz, en tant que chef de projet, en collaboration avec le groupe Sonatrach.
Le ministre de l’Energie a expliqué, par ailleurs, que la stratégie de l’Algérie envers les énergies renouvelables passe par trois étapes. La première, à court terme, vise à activer tout ce qui concerne l’économie de l’énergie et l’utilisation des énergies alternatives puis une étape à moyen terme liée aux transformations industrielles par le raffinage du pétrole, enfin une étape de diversification économique à long terme. Rappelons que le gouvernement a chargé depuis 2018, Sonelgaz de réaliser au minimum une centrale électrique de 400 mégawatts par an qui s’ajouteront aux 22.000 MW d’énergies photovoltaïques déjà disponibles. Pour maintenir un niveau de disponibilité satisfaisant, il y a lieu de poursuivre l’effort de développement des énergies renouvelables et, notamment le photovoltaïque, au-delà de l’année 2030 pour avoir quelques chances de couvrir à cette échéance au minimum 25% de la consommation nationale. Il faudrait évidemment développer, parallèlement à cet effort de construction d’unités de production d’énergies renouvelables, un ambitieux programme d’efficacité énergétique consistant notamment à mettre fin aux passoires énergétiques qui affectent l’écrasante majorité du parc immobilier et à équiper un maximum de bâtiments en capteurs solaires qui permettront d’épargner autant d’énergies fossiles que possible. Rappelons enfin que le mix énergétique en Algérie est très loin des attentes, à l’échelle nationale comme internationale, car les énergies renouvelables ne représentent que 0,3% contre 34,6% pour le pétrole et 64,7% pour le gaz.

Desertec un projet à ne pas encore rater
Face au handicap financier dont souffre le pays suite à l’effondrement des cours du pétrole et à la crise sanitaire mondiale, il est impératif de penser d’ores et déjà à couvrir les besoins nationaux par d’autres moyens que les énergies fossiles. L’énergie solaire est toute indiquée pour combler le manque à gagner. Tant attendu, le mégaprojet Desertec commence, enfin, à voir le jour. Et pour preuve, un accord préliminaire a été signé entre l’Algérie et la partie allemande début avril. Les deux parties étaient représentées par le P-DG de la Sonelgaz et les représentants du partenaire allemand qui ont communiqué via visio-conférence et prévoient de signer un premier accord technique à distance au cours des prochaines semaines, un accord qui sera consacré à l’étude des qualifications de l’Algérie en énergie solaire et l’échange des formations spécifiques sur le terrain.
Le ministre de l’Energie a indiqué que s’il n’y avait pas eu la pandémie, des experts allemands seraient arrivés en Algérie, pour discuter sur place de la réalisation de ce projet. En effet, le projet consisterait à fournir à l’Europe pas moins de 17% de ses besoins en énergie à partir de cette source inépuisable qu’est l’énergie solaire. Ainsi, après avoir réussi à trouver un accord satisfaisant avec l’Allemagne, l’Algérie a tout à y gagner et la promotion de ce mégaprojet serait un tournant énergétique inédit pour diversifier son économie dépendante des hydrocarbures, au lendemain de la baisse historique des prix du pétrole.
Rappelons que Mohamed Arkab, ministre de l’Energie, a précisé que le projet Desertec n’était qu’un projet parmi tant d’autres dans les énergies renouvelables, auxquels s’intéresse l’Algérie. D’ailleurs, il a annoncé la formation conjointe d’un groupe de travail constitué par les ministères de l’Energie, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique et de l’Environnement et des Energies renouvelables, qui travailleront pour développer une stratégie nationale, qui sera présentée ultérieurement. Enfin si l’accord Desertec se concrétise, toutes les données relatives à la production et à l’exportation d’énergies sur lesquelles repose le programme stratégique du ministère de l’Énergie, seront totalement bouleversées, tant les quantités que va générer ce mégaprojet seront gigantesques.

Y. M.



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