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Le coronavirus ou Covid19 en Algérie

Hommage et respect aux guerriers


Eldjazair129-018

20 Mai 2020 | 10:48
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- Hommage et respect aux guerriers

Auteur : Dr Boudjemâa HAICHOUR


En écrivant cet article je me suis remémoré l’appel de l’UGEMA (Union générale des étudiants musulmans algériens) du 19 Mai 1956 où les étudiants ont quitté les bancs de l’université et des lycées pour rejoindre le maquis.

En écrivant cet article je me suis remémoré l’appel de l’UGEMA (Union générale des étudiants musulmans algériens) du 19 Mai 1956 où les étudiants ont quitté les bancs de l’université et des lycées pour rejoindre le maquis. Ils étaient nombreux ces infirmières et étudiants en médecine qui soignèrent les moudjahidines dans des hôpitaux de fortune. C’est ce devoir qui a vu nos actuels médecins et paramédicaux répondre à l’appel pour aider avec leurs frères et sœurs policiers, gendarmes, pompiers et militaires les malades de cette épidémie.
L’élite a répondu présente lorsque les premières mesures sont tombées et que les autorités nationales, le président de la République, son Premier ministre et le gouvernement ont mis en œuvre la stratégie pour lutter contre cette pandémie. Tous les moyens financiers, humains et sécuritaires ont été mobilisés. Cette anticipation a permis au pays d’entreprendre les premières consignes au plan sanitaire et d’approvisionnement de la population.
Alors que je suivais le déroulé de cette stratégie, je parcourais quelques extraits d’un ouvrage de 3000 pages publié sous le titre Akhbar al Zaman wal ‘Ajaïb Al bouldan écrit il y a plus d’un millénaire par un auteur irakien du nom de Al Messaoudi Ibrahim Ben Salloukieh (1), devenu plus célèbre en cette période de pandémie par l’anticipation qu’il a pensée en son temps c’est-à-dire au IVe siècle de l’Hégire.
Il avait prédit qu’au 2020, il y aurait une épidémie qui interdira le pèlerinage à la Mecque, qu’il y aurait un confinement général. Le roi des « Rom» mourra de cette pandémie et l’humanité sera fatiguée de cette épidémie. Le frère aura peur de son frère et les gens seront égarés. Une inflation gagnera les prix qui ébranleront comme un séisme les fondements de cette économie ou plus du tiers de l’humanité périra. L’enfant à son jeune âge verra ses cheveux blanchir.
L’auteur du livre Les nouvelles de ce temps et les miracles du monde, Abou Al Hassan Ali ben Hocine ben Ali Al Messaoudi Ibrahim Ben Salloukieh, né à Bagdad et décédé en 346 de l’hégire en Egypte, a été rendu célèbre par ses recherches astrologiques. Certains lui attribuent une origine maghrébine. Il fut un grand voyageur visitant la Perse, l’Inde, l’Asie centrale, le Soudan, le Yémen et Bilad Echem. Il avait écrit, entres autres, Mouroudj Al Dhahab (Les prairies en or), Ma3din Al Jawhar Fi Touhouf Al Achraf (Les perles serties ornent les habits des nobles), Al Moulouk Wa Ahl Al Diar, une sorte d’encyclopédie de géographie et d’histoire, traduite en plusieurs langues telles l’anglais, le français et le perse. Il y a aussi son livre Al Tan Bih Wal Achraf qui a porté sur l’astronomie, la galaxie, les saisons, le calendrier lunaire et solaire traduit en langue française. Un autre ouvrage Al Massail Wal 3llal Fil Almadhahib Wal Malal consacré aux rites. Sans oublier un ouvrage sur la généalogie et les secrets de la nature.

Etre visionnaire pour anticiper les catastrophes
Pourquoi, me diriez-vous, avoir évoqué cet auteur irakien du premier millénaire ? Au regard de ce que vit la planète, la pandémie née du coronavirus a-t-elle été prédit de son temps pour que nous faisions référence à sa vision ? Peut-elle accélérer la fin du monde comme chez Francis Fukuyama qui avait écrit La fin de l’Histoire mais pas celle du monde pour nous. Sa réflexion consistait à glorifier la démocratie libérale qui est une forme finale de tout gouvernement humain. De leur temps, Hegel et Marx voyaient dans l’évolution des sociétés humaines que celle-ci n’était pas infinie. Ils avaient, comme le dit Francis Fukuyama, établi une fin de l’histoire.
Cela signifie que le cycle naturel de la naissance, de la vie et de la mort allait s’arrêter. Pour Fukuyama c’est dans son esprit la fin de « la guerre froide ». Tout l’héritage intellectuel des penseurs du XXe siècle lui semble être orienté.

Les deux guerres mondiales et les armes de destruction massive
Deux guerres mondiales épouvantablement destructrices ont vu le détournement de la science contre l’humanité (nucléaire, bactériologique et chimique). Est-ce que le futur est en train de nous apporter des catastrophes biologiques touchant la santé créant des pathologies rongées par des virus affectant la sécurité sanitaire mondiale ? En lisant Le premier homme d’Albert Camus et Le dernier homme de Francis Fukuyama, on se ramène à cette fin de l’histoire et de la « créature qui naît à la fin ». Beaucoup se demandent qui va régenter ce nouvel ordre mondial.
L’avenir à long terme ne doit pas engendrer des inégalités sociales et économiques. Alexis de Tocqueville n’a-t-il pas failli dans sa conception de l’émancipation en Amérique, alors qu’en Algérie il se mettait du côté du colonisateur ? Le dernier homme était si satisfait de son bonheur sans ressentir l’autre, qu’il cessa d’être un humain. Il devient sujet de mépris car porteur de danger, de risque semblable à une brute primitive avec des armes de destruction massive. En tant qu’humains, nous devons garder notre optimisme sur nos perspectives de santé et de bonheur, même si nous sommes en train de vivre la fin du monde ancien dans une crise sanitaire jamais égalée. Ce passé nous a fait vivre les essais nucléaires, chimiques et bactériologiques durant la période coloniale. Cela a été un désastre lorsqu’on se remémore les enfumades du Dahra ou Reggane et B. Namous dans notre Sahara.

Une guerre mondiale sanitaire sans feu ni fusil
Aujourd’hui, le monde vit une pandémie qui met les Etats dans toute l’incapacité de venir à bout de ce coronavirus. Le pessimisme a envahi les esprits. Une guerre mondiale sans feu ni fusil. Une guerre biologique… Tous les peuples sont sommés de se mettre au confinement au risque d’être emportés par cette épidémie qui a laissé les scientifiques et les politiques dans un égarement total où tout semble être à l’arrêt. Le monde réfléchit à sa propre survie.
C’est une guerre mondiale dont l’ennemi principal n’est autre qu’un virus insaisissable, invisible même à travers un microscope électronique. Alors que depuis la Seconde Guerre mondiale, l’humanité continuait de vivre la menace des armes nucléaires et d’une catastrophe écologique, le monde est confronté aujourd’hui à trouver un vaccin contre le coronavirus. Les laboratoires pharmaceutiques sont engagés dans la bioéthique.

L’Afrique n’est pas un laboratoire de cobayes de l’Europe
La technologie cherche à trouver dans les meilleurs délais le meilleur vaccin. Des cobayes sont mis à contribution pour recevoir ce vaccin (animaux et humains volontairement). Le taux de dangerosité est tel que ce virus se développe à une vitesse exponentielle.
La Corée du sud, Singapour ou Taïwan ont appliqué des tests massifs approfondis. L’État organise la distribution des masques, responsabilise les citoyens pour désinfecter et stériliser les lieux et moyens de transport et aussi pour utiliser le gel hydro-alcoolique afin de veiller à la propreté des mains.

L’Algérie pour une communion sanitaire mondiale
Les dépistages se font parfois plusieurs heures sur des patients dans des cabines stérilisées et sécurisées pour qu’il n’y ait pas de contagion. En Algérie, il faut dire que nous avons été très tôt à prendre les premières mesures afin de barrer l’entrée de ce virus, introduit par des porteurs venus d’Europe et d’ailleurs. Il fallait stopper l’épidémie qui envahit la population en commençant par fermer crèches, écoles, lycées et universités, puis interdire les compétitions sportives, les manifestations culturelles et musicales. Même les lieux de culte furent fermés aux fidèles partout de la Mecque à Médine jusqu’aux églises.
Un comité scientifique suit de près l’évolution en apportant l’expertise scientifique et médicale nécessaire au gouvernement qui met tous les moyens pour faire face à la pandémie. Le confinement partiel ou général a été imposé en fonction de l’évolution du coronavirus.
Tous les hôpitaux sont mobilisés pour prendre en charge les porteurs potentiels. Les aéroports, les ports, les frontières sont fermés. En quoi cette pandémie va changer le monde ? C’est une rupture systémique où plus d’un milliard d’individus et les gouvernements vont tirer des enseignements pour le futur proche. Tout va changer en termes d’égalités de chance. La famille va trouver une émancipation qui tienne compte de la richesse des Nations pour le bonheur de l’humain.

La richesse des Nations et l’égalité des chances
Le commerce mondial selon les conclusions du rapport de l’OCDE baisserait de 1,4% au premier semestre 2020 et 0,9% sur l’ensemble de l’année. Cette même source prédit, selon un scénario plus alarmiste, qu’une contagion à effet domino entrainera une contraction de 1,5% du PIB mondial. Certains font référence à la guerre commerciale qui eut lieu entre les Etats-Unis d’Amérique et la Chine. La Chine a confiné la première son peuple pour venir à bout de cette pandémie. Bien qu’affectée, elle demeure le plus grand fournisseur au monde de masques et autres produits afin de parer à l’épidémie.
Ce pays ami qui a soutenu la cause algérienne durant la guerre de libération est resté proche des causes justes de par le monde. La Chine s’est réveillée alors que Wuhan et Hubei sont affectés par ce coronavirus. Malgré sa croissance à deux chiffres, ce géant asiatique a confiné toute sa population pour endiguer ce fléau. La puissance économique de la Chine se manifeste grâce à ses disponibilités financières et la met à l’abri des conséquences de cette pandémie. Les compagnies aériennes demandent une aide d’urgence de 200 milliards de dollars pour les mesures de confinement selon l’Association internationale du transport aérien.
Les pays du G20 connaîtront une contraction de 0,5% de leur PIB en 2020. Nombreux groupes industriels verront leurs actions fondre. Le prix du baril connaîtra une chute vertigineuse. C’est ce qui pousse les pays du G20 à promettre l’injection de 5000 milliards de dollars. Les Etats-Unis prévoient une aide de 2000 milliards de dollars aux ménages et à leurs entreprises.
La dette des Etats-Unis avoisinera fin 2020 le seuil de 63000 milliards d’euros alors que la Chine atteindra la barre de 35000 milliards d’euros, selon le rapport publié en 2019 par l’Institut international des finances.
La France avait annoncé 45 milliards de dollars dont 8,5 milliards pour soutenir le chômage partiel. L’Allemagne, locomotive économique de l’Europe, voit sa croissance chuter de 5%. Selon la commission économique et sociale des Nations unies pour l’Asie occidentale, il y aura environ 8,3 millions de personnes qui sombreraient dans la pauvreté.
Les pays occidentaux connaitront une accentuation de dettes. Selon UBS, l’ensemble des plans de relance à travers le monde peut atteindre les 2,6% du PIB mondial dépassant largement les effets de la crise financière de 2008 soit 1,7% du PIB. Par exemple, la dette de l’Italie s’élève actuellement à 135% du PIB pouvant passer à 181% en fin d’année. La France passera de 101% à 141% du PIB (source Jefferies infographie le Monde) (3).
Dans un article publié sous le titre « Que naîtra-t-il ? », Jacques Attali prédit que « chaque épidémie majeure, depuis mille ans, a conduit à des changements essentiels dans l’organisation politique des Nations, et dans la culture qui sous-tendait cette organisation…

La tragédie sanitaire du coronavirus et la NEP du XXIe siècle
On peut dire que la grande peste du XIVe siècle, réduisant d’un tiers la population de l’Europe, a participé à la remise en cause radicale sur le vieux continent de la place politique du religieux et à l’instauration de la police, comme seule force efficace de la protection de la vie des gens. L’Etat moderne comme l’esprit scientifique y naissent alors comme des conséquences, des ondes de choc, de cette immense tragédie sanitaire. De ce fait, ne pouvant donner un sens à la mort, le policier remplaça le prêtre. Il en est de même à la fin du XVIIIe siècle, quand le médecin remplaça le policier comme le meilleur rempart contre la mort ». (2)
La communauté scientifique est en alerte maximum. L’intelligence artificielle est mise en œuvre. Ce virus voyage à une vitesse exponentielle. C’est tout le système sanitaire mondial qui est remis en cause du fait de son incapacité à juguler cette épidémie dans l’espace-temps.
Les économies les plus performantes sont incapables de trouver les bavettes, les masques et les respirateurs nécessaires pour venir à bout de cette pandémie. Avons-nous tiré les enseignements du SRAS ou de la grippe H1N1 ?
Une paralysie quasi générale a frappé le monde. Nous sommes au XXI e siècle et les sciences médicales dans leur partie expérimentale semblent ne pas trouver le remède miracle créant toute une controverse dans le milieu des savants. Quelles premières leçons devrons-nous apprendre en dehors du lavage continu des mains par ce gel antibactérien et de la distanciation de plus d’un mètre dans les supermarchés ou autres rassemblements ?

Sauver l’humanité de désastre planétaire
Le confinement est venu s’imposer à tous les humains sur cette terre pour ralentir ce fléau devenu pandémie. Pour vaincre ce virus, les Etats du monde doivent se solidariser pour sauver l’humanité. Le coronavirus a gagné toutes les grandes puissances de ce monde. Personne ne peut se prévaloir d’être dominant par sa force nucléaire, militaire ou économique. Chaque gouvernement doit s’investir pour protéger son peuple et militer pour une communion sanitaire mondiale afin de lutter contre les infections mortelles de ce virus.
En Algérie, bien que les pouvoirs publics tentent de rassurer l’opinion en évoquant la maitrise de nos équilibres, puisque les réserves de changes dépassent les 60 milliards de dollars permettant au pays de subvenir aux besoins de consommations en biens et produits agro-alimentaires de la population, avec un prix de baril de 30 dollars, nous pouvons aisément maintenir le cap même si la propagation continue de suivre sa courbe ascendante. Il n’y a pas lieu de s’inquiéter. L’essentiel est dans la discipline et le respect du confinement. Cette crise sera contenue.
Au moment où le monde déploie tous ses efforts pour produire ne serait-ce que les masques et les respirateurs en quantité suffisante, la population affectée par le coronavirus ne trouve pas l’essentiel pour sa survie vitale. Le monde ne communique qu’à distance de la même manière que les citoyens face à leur voisinage.
La question reste celle de tous à savoir comment surmonter cette crise sanitaire tant que la menace est devant la porte de chaque habitant de cette terre ? Avons-nous atteint le pic de cette pandémie ? L’économie est au ralenti. Si ce rythme continue dans la durée, il y aurait risque d’une récession impactant le taux de croissance mondiale.

 

(*) Dr Boudjemâa HAICHOUR
Dr d’Etat en Sciences économiques-Ancien ministre
(Les modèles de régulation du SMFI)

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BIBLIOGRAPHIE :
1. Al Messaoudi Ibrahim Ben Saloukieh :https://.bealfn.me/3641
2. Guillaume Fonteneau : « Quel sera le monde d’après le Coronavirus ? », Revue de prospective et d’analyse-le Blog Patrimoine-Paris
3. Rapport de l’OCDE « Impact du Covid-19 https://www.web managercenter.com.
4. Samuel P. Huntington, Le choc des civilisations, Odile Jacob, Paris, 2000.
5. Francis Fukuyama, La fin de l’histoire et le dernier homme, éditions Flammarion, Paris, 1992.

 



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