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N° 117 - Nov 2018

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Travaux publics

Özgün ou le savoir-faire Turc

Modernisation de la route des gorges de Kherrata

Par Farid HOUALI



L’important axe routier RN 9, reliant la wilaya de Bejaïa aux régions de l’Est du pays, va se métamorphoser avec l’achèvement du projet d’aménagement et de dédoublement de cette voie de circulation. C’est un projet titanesque pour lequel une somme conséquente de plus de 9 milliards de dinars a été allouée. Il était temps car, tout le monde s’accorde à dire que le tunnel de Kherrata est quasiment saturé et n’arrive plus à supporter un trafic routier dense de 40.000 véhicules par jour. « Actuellement, les usagers de la RN9 empruntent le tunnel de Kherrata qui n’est pas suffisant pour contenir le trafic routier. Ce tunnel a été conçu en 1984 pour un trafic de 11000 véhicules par jour. Aujourd’hui, le trafic avoisine 35000 véhicules par jour sur cette route », nous explique Salim Zanit, directeur des travaux publics de la wilaya de Bejaia. « C’est un projet important car il permet de désenclaver la ville. C’est la porte de Bejaia. C’est l’intersection entre deux routes nationales importantes, en l’occurrence la RN9 et la RN12. Toutes les personnes qui viennent de l’Est ou du Centre se rencontrent à ce niveau », ajoute notre interlocuteur. En effet, selon les quelques informations recoupées, « la RN 9, reliant la wilaya de Bejaïa à Sétif, présente un axe important et stratégique, classé comme réseau économique de base (REB), catégorie A. Cette route draine un trafic qui dépasse les 22 000v/jour avec des pointes de 30 000 v/jour durant la période estivale et un pourcentage poids lourds avoisinant les 45 % ».Actuellement, la route traversant les gorges de Kherrata présente de nombreux risques pour les usagers. En effet, elle est l’objet de fréquentes chutes de pierres et d’éboulements, notamment en hiver. Construite à la fin du XIXe siècle par les autorités coloniales, la route des gorges de Kherrata porte une lourde charge historique. Elle reste un témoin vivant des massacres commis par le colonialisme français lors de la répression sanglante de la marche du 8 mai 1945, où des centaines d’Algériens ont été jetés du haut de ses gorges par l’armée coloniale. Justement, le projet comprendra, en plus de « la mise en valeur du paysage des gorges et la création d’espaces de loisirs, la mise en valeur du pont historique Hanouze et d’un monument dédié aux martyrs ». Ce projet est confié à l’entreprise Turque Özgün pour les tunnels, au groupement ETRHB-Özgün  pour les ouvrages d’arts et à l’ETRHB  pour  les routes. Le projet consiste en l’aménagement de la route actuelle en deux voies bidirectionnelles avec la réalisation de deux tunnels, T4 (395 ml de longueur) à l’entrée de Kherrata et T3 (105 ml) avec la possibilité de réaliser deux autres tunnels. « Les travaux consistent en des opérations de terrassement, remblaiement, assainissement, des travaux d’enrobés et de signalisation horizontale et verticale sur un tronçon de 7,6 kilomètres », nous explique sur place Cenk Ilker, directeur du projet et directeur du groupement Özgün-ETRHB Haddad. .

Une mission difficile mais pas impossible 

« Cette route constituera un dédoublement du tunnel de Kherrata. Elle sera à sens unique et pour mettre à niveau son gabarit, l’entreprise Turque a utilisé une nouvelle méthode, avec l’utilisation des estacades, sur 4 km. Les estacades sont des ouvrages greffés à la montagne grâce à des micro-pieux forés dans la roche », précise Cenk Ilker qui reconnaît tout de même la complexité de la tâche, vu notamment le relief de la région où il est implanté. « Au début, il était juste question de creuser un seul tunnel d’une longueur de 400 mètres. Mais des modifications de planning se sont imposés avec les changements opérés dans le projet et décidés par l’Etat Algérien en concertation avec l’entreprise », soutient notre interlocuteur. Il s’agit particulièrement du creusement de trois nouveaux tunnels d’une longueur globale de 1135 mètres pour mener à bien ce projet. Cependant, jusqu’à la rédaction de ces lignes, rien n’a été encore décidé concernant ces mêmes tunnels. Cenk Ilker, en sa qualité de directeur du projet, ses ingénieurs et ses ouvriers accélèrent la cadence des travaux afin que le projet, du moins dans la phase engagée, soit réceptionné dans les plus brefs délais. Néanmoins, il semblerait que le difficile relief des gorges de Kherrata ne serait pas l’unique contrainte technique à laquelle l’entreprise réalisatrice, Özgün devrait apporter des solutions, des solutions durables même. En effet, de par son emplacement au contrebas de la montagne, les chutes de pierres durant les travaux constituent de ce fait un véritable danger pour les actuels ouvriers du chantier ainsi que pour les futurs usagers de cette route, une fois réceptionnée. C’est monnaie courante de ce côté de la ville de Kherrata, notamment en hiver. « C’est un véritable casse-tête », reconnait Cenk Ilker. La sécurité étant primordiale, des mesures ont été, de ce fait, prises afin de minimiser les dégâts et surtout d’éviter des pertes en vies humaines. Techniquement, il s’agit de l’application de béton projeté pour prévenir l’altération de la roche et la construction de digues ou de filets pare-pierres pour protéger la route contre les chutes de pierres et de blocs. Á la réception, la circulation sera organisée en un double-sens, un sens ascendant Sétif-Bejaia, et l’autre descendant Bejaia-Sétif. Il va sans dire que dès l’achèvement des travaux de ce projet, la RN 9 sera désengorgée et les usagers de cet important axe routier oublieront le calvaire des années passées.

De l’Histoire à sauvegarder 

 Pont Hannouz. Pour certains, cet endroit ne dit absolument rien. Pourtant les gorges, Chaâbet Lakhra, (Kherrata) ont été un certain 8 mai 1945, le théâtre de massacres perpétrés par des soldats enragés et obnubilés, qui n’avaient d’autres ordres que celui de tuer le maximum de personnes. Des hommes et des femmes ont été jetés vivants dans les fonds du ravin éponyme qui, le soir venu, avait pris des couleurs pourpres, teinté par le liquide visqueux de nombre de corps, déchiquetés et évidés de leur sang. Arab Hanouz, dont le nom est attribué à ce lieu, hante encore les contreforts rocheux, où des scènes atroces et macabres ont été alors commises, a été le premier, suivi ensuite de ses deux enfants, à ouvrir le bal funéraire et collectif. Son tort, «avoir refusé de dire vive la France comme le lui exigèrent ses bourreaux». Les trois martyrs avaient été ligotés avec du fil barbelé avant d’être jetés dans le vide. Militant du PPA/MTLD, Arab Hanouz, présidait également une association des médersas de la région et s’occupait du dispensaire médical de Kherrata. C’est pour cette importance historique que l’Etat algérien a décidé d’édifier un nouveau pont sans détruire l’ancien. Une stèle géante, haute de six mètres et large de quatre mètres, représentant une immense flamme placée sur un piédestal et une scène de martyrs, étalés à ses pieds, matérialisant les sacrifices consentis pour atteindre la lumière a été inaugurée le 8 mai dernier à l’occasion de la commémoration du 73e anniversaire des massacres par l’armée coloniale française commis à Kherrata, Sétif et Guelma. L’œuvre, réalisée par l’entreprise Turque Özgün, est conçue de telle sorte à ce qu’elle soit désormais un lieu de villégiature, voire de pèlerinage, l’espace ayant été doté de bancs de repos, d’espaces verts et de fresques révolutionnaires pour permettre aux visiteurs de s’imprégner de cette sombre page d’histoire. « C’est pour contribuer à la sauvegarde de cette mémoire historique de l’Algérie, que la société Özgün a décidé d’édifier, à cet endroit et à ses frais, une stèle et pour rendre hommage, à notre façon, à tous les martyrs tombés pour la liberté, que ce soit ici en Algérie ou ailleurs dans le monde. C’est notre cadeau pour la région et pour tout le pays », nous dit Cenk Ilker. 

Özgün en bref

Fondé en Turquie en 1993, avec un capital 100% Turc, Özgün groupe compte cinq sociétés avec chacune un domaine d’intervention et une compétence spécifique : construction, énergie, mines, tourisme et assurances. Depuis son installation en Algérie, le groupe s’est forgé une réputation de sérieux et de performance ou la recherche et les techniques de pointe sont ses compétences. Membre de l’Association des entrepreneurs turcs, le groupe a contribué à la réalisation d’une grande partie des tunnels du métro d’İstanbul. En Algérie, en plus du tunnel et les gorges de Kherrata, dont les travaux sont en cours de réalisation, Özgün Insaat est également en charge du  projet de la pénétrant Tizi-Ouzou sur 48 km, du doublement de la voie ferrée entre les gares d’El-Affroun et Khemis .Comme il est en charge de l’exécution des travaux de modernisation de la Ligne ferroviaire Thenia-Tizi Ouzou, de la réalisation d’une ligne à double voie électrifiée entre Thénia et Bordj Bordj Bou Arreridj. En outre, Özgün Insaat a réalisé les travaux d’aménagement de la RN43 sur 11.5 Km entre Bejaia et Melbou avec 3 tunnels, et la liaison ferroviaire Tizi Ouzou-Oued Aissi. Par ailleurs, Özgün Insaat n’exclut pas la possibilité d’investir en Algérie. D’autant qu’il vient d’avoir l’accord de CPE pour la création d’ une société en partenariat avec une société nationale spécialisée dans la production des cabines sahariennes, chalets, construction des éléments préfabriqués, fibre-ciment, acier lourd et léger.
F. H.



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