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N° 109 - Nov 2017

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Travaux publics

« L’internationalisation est devenue une nécessité »

M’Hamed Boudouma, directeur général du Laboratoire des études maritimes

Entretien réalisé par Smail ROUHA



El-Djazair.com : Voulez-vous nous présenter brièvement votre établissement ?

M’Hamed Boudouma : Le Laboratoire d’études maritimes a été créé en 1979. Pour l’histoire, à l’époque les décideurs ont voulu reprendre les parts du marché pris en charge par des bureaux d’études étrangers. L’appellation de laboratoire est due au contenu des deux hangars abritant actuellement le canal à houle (2D) et le bassin à houle (3D), qui sont notre patrimoine initial, notamment les prestations que nous faisons à l’intérieur. En fait, nous sommes un bureau d’études d’ingénierie maritime et portuaire. Nous intervenons dans les études portuaires (ports de commerce, ports de plaisance, marinas, et ports de pêche), les études de protection de côtes et des plages, à l’instar des études de détail de l’aménagement du site des Sablettes et des piscines naturelles de Bab El Oued, basées sur le plan d’aménagement de la baie d’Alger. Notre domaine d’activité s’étend également aux études d’impact sur l’environnement, l’envasement et l’ensablement des ports. A cela, s’ajoutent les études de certains types de projets hydrauliques. Nous assurons également des prestations d’assistance technique aux maîtres d’ouvrages. En somme, le Laboratoire mène des études sur des modèles réduits physiques. Pour ce faire, nous construisons un port à échelle réduit ensuite on génère des houles pour voir son comportement. Cette méthode de travail permet de mieux cerner le problème complexe de la houle car on ne peut étudier tout le problème en modèle numérique. Pratiquement, tous nos projets sont étudiés selon cette technique. Le dernier projet est le Port Centre de Cherchell. Pour rappel, au début on a fait appel à une assistance technique d’un groupement de bureaux d’études danois.  Cette assistance a duré presque 5 ans. Ensuite on  a commencé à prendre en charge les projets. Le dernier Danois nous a assisté au port de Djendjen. Aujourd’hui, nous sommes une équipe 100%  algérienne, mais cela ne nous empêche pas de faire appel  à l’expertise étrangère, y compris danoise, pour le traitement de problèmes complexes. Nous sommes présents dans tous les projets maritimes initiés le long de la côte. Nous faisons le contrôle et le suivi des travaux sur l’ensemble des quatorze wilayas côtières.

El-Djazair.com : En parlant de la coopération, qu’en est-il pour le Port Centre ?

M’Hamed Boudouma : Effectivement, nous avons fait appel à une entreprise étrangère spécialisée en sondage maritime car en Algérie nous n’avons pas les moyens pour réaliser des sondages géotechnique en mer. Sur terre, nous avons nos collègues du LCTP et du CTTP. C’est pour cela que nous avons fait appel à la filiale française du groupe Fugro, leader mondial dans le domaine des géosciences.  C’est ainsi que nous avons réalisé une vingtaine de sondages en mer durant les quinze jours d’accostage de leur bateau pour connaitre la fondation du sol sous-marin. Les sondages carottés seront envoyés à leur laboratoire en France pour études. En fait, c’est une sous-traitance. D’ailleurs l’un de nos ingénieurs a accompagné l’équipe du Fugro durant tout son séjour.
 
El-Djazair.com : De quels moyens dispose votre laboratoire?

M’Hamed Boudouma : En termes de reconnaissance sous-marine, nous avons les derniers équipements. Ce qui nous donne une longueur d’avance par rapport à nos éventuels concurrents. En termes de topographies, nous avons la station DGPS qui nous permet de faire une levée topographique avec une précision centimétrique. Grâce à cette station, nous avons effectué une levée au Sud du pays pour le compte d’une compagnie pétrolière étrangère pour implanter la tête d’un puits de forage. En termes de bathymétrie, nous avons récemment acquis un sondeur multifaisceaux capable de mesurer la profondeur sur une bande perpendiculairement à la route du navire. En plus on a acquis un zodiac semi-rigide réalisé par un privé à Ain-Benian. Comme nous allons acquérir une nouvelle caméra R.O.V qui nous donnera la position sous-marine sur écran en 3 dimensions. A titre illustratif, en 2015 à la suite de la chute d’un véhicule dans les profondeurs du barrage de Taksebt, la Protection civile a fait appel à nos services pour localiser le véhicule.  Nous comptons également moderniser nos modèles réduits physiques.

El-Djazair.com : Justement qu’en est-il de la formation de votre personnel ?

M’Hamed Boudouma : Ce sujet a été abordé dans ce bureau avec Boudjemaâ Talaï, ministre des Travaux publics et des Transports, lors de sa visite à notre siège. Lors de notre entretien, il m’a exhorté  à axer nos efforts sur la formation des cadres diplômés et d’en faire le cheval de bataille pour une maitrise efficiente des techniques et des technologies utilisées au quotidien dans les missions de l’entreprise. Par le passé, nos ingénieurs ont bénéficié de formation en France dans le cadre d’un partenariat d’Etat. Aussi, le ministre m’a suggéré de nous insérer dans le cadre du partenariat avec la Hollande. D’ailleurs,  nous sommes en pourparlers avec un institut hollandais pour monter une formation et pourquoi pas une assistante technique ponctuelle. Nous avons transmis nos thèmes à l’ambassade de Hollande en Algérie pour nous trouver le partenaire adéquat. Bien que le Laboratoire dispose de compétences dans le domaine de l’ingénierie maritime et côtière, il n’en demeure pas moins que les  nouvelles recrues ne sont pas opérationnelles dès leur installation. Aussi, une période de 6 à 12 mois leur est nécessaire pour prendre connaissance des spécificités des études que nous menons.  

El-Djazair.com : Quel est le plan de charge de votre établissement ?

M’Hamed Boudouma : Nous avons un plan de charge équivalent à 2 ans et demi.  Nous avons une visibilité jusqu’à 2019. Pour le moment, on ne se plaint pas, mais je pense qu’il faut s’intéresser à l’export  notamment en Afrique. Certes on exporte en Afrique mais on n’en a fait pas un objectif. Au vu de la conjoncture actuelle, c’est devenu une nécessité d’autant que nous avons des échos venant de pays africains faisant part de l’élaboration de plan stratégique au niveau de la protection du littoral établi sur 10 ans. Si on peut s’insérer et offrir notre compétence pour répondre à leurs demandes, cela nous donnera une meilleure visibilité en termes de chiffres d’affaires. Je citerai le Bénin, avec lequel nous avons déjà un projet, qui a lancé un plan stratégique pour stopper l’érosion sur 10 km le long du littoral. Pour ce projet, nous comptons participer avec un partenaire local. C’est ainsi que nous aurons plus de chances et même nous ouvrir des perspectives à l’export. D’ailleurs, nous sommes sollicités par un grand groupe pour faire des reconnaissances en mer car nous possédons tous les moyens de plongée. Nous sommes l’un des rares bureaux d’études à proposer des études intégrées. Nous ne sous-traitons uniquement que la géotechnique. Néanmoins, l’acte d’exporter est difficile en Algérie en raison du cadre juridique. Une contrainte qui j’espère sera levée incessamment pour partir sur un pied d’égalité avec nos concurrents.

El-Djazair.com : Quels sont les grands projets réalisés par le LEM ?

M’Hamed Boudouma : D’importants projets ont été ou sont réalisés par le LEM en ingénierie maritimes et portuaire, y compris à l’exportation. Je citerai en premier lieu le plus ancien. A la fin années 1988, on a fait l’étude de deux terminaux à conteneurs à Alger et à Annaba sur financement de la Banque mondiale. Dans la foulée on a réalisé l’étude de la faisabilité d’extension du port d’Alger. C’est à cette époque, en 1985, que nous avons préconisé de délocaliser les ports des villes. Suite à notre recommandation, il a été retenu la réalisation du Port Centre. Ensuite il y a eu le port de DjenDjen, l’ensemble des ports de pêche, des protections de côte tels que Bordj El-Kiffan, Moretti, l’étude de 31 barrages, les ports pétroliers d’Arzew, de Skikda, les ports militaires. Comme on a contribué aux travaux de calibrage et d’endiguement de l’oued M’zab. En somme, nous intervenons dans tout ce qui est hydraulique. Dans le fluvial, on a fait l’étude des digues de Oued El-Hararch, de Oued Seybouse à Annaba. Nous sommes partenaires dans l’étude de tous les ports de plaisance. En outre, nous comptons développer davantage notre portefeuille de clients aussi bien nationaux qu’étrangers. A titre d’exemple, nous sommes actuellement concernés par la validation des dossiers d’exécution et suivi et contrôle des travaux de la première marina privée en Algérie (projet Dahli). Les mêmes prestations sont offertes aux entreprises étrangères intervenant sur le littoral. Notre principe repose sur la diversification de notre clientèle.

El-Djazair.com : Faites-vous face à la concurrence?

M’Hamed Boudouma : C’est vrai qu’à une certaine période, des bureaux étrangers ont voulu pénétrer le marché des études maritimes en Algérie mais ils se sont rendu compte que sans un partenariat avec LEM leur tentative est vouée à l’échec au vu de la différence de coûts d’ingénieur. Le rapport ingénieur/mois est de 1 à 8. On ne peut être concurrentiel avec de tels tarifs. En 2017, il n’y a pas de concurrents sur les projets courants. Quant au Port Centre, on n’a pas eu le projet pour des considérations administratives. Nous n’avons pas peur de la concurrence. Il faut toujours garder un bon niveau de qualité des études et avoir les bons outils. D’ailleurs, nous avons le modèle numérique international créé par un bureau d’études danois et qui étudie tous les phénomènes de la houle. Un outil qu’aucun bureau d’études algérien, y compris les petits bureaux d’études concurrents, ne possède. Aussi notre force réside dans nos équipements notamment nos modèles réduits physiques. Pour votre information, des bureaux d’études français, qui soumissionnent en France, nous sollicitent pour des tests sur modèles réduit physiques. C’est ainsi que nous avons réalisé des études en France notamment le port de Cannes, en Nouvelle-Calédonie, au Benin, au Liban. Nous venons de répondre favorablement pour un projet à Haïti.

El-Djazair.com : Qu’en est-il du partenariat international ?

M’Hamed Boudouma: Nous contractons des partenariats par projets. Seuls les partenaires à même de nous ramener une plus-value nous intéressent. A titre d’exemple, au Port Centre, le ministre a décidé de nous confier le suivi des travaux comme nous avons suivi les travaux d’extension du Port d’Alger, du Port de DjenDjen.  Concernant le brise-lames de Bethioua, nous nous sommes associés, après consultation, avec un bureau d’études danois dont l’ingénieur en chef a fait les réparations du brise-lame de Bethioua en 1980, avant ma venue au LEM. La nouveauté, c’est qu’ils utilisent des drones pour les levées topographiques. Un outil que nous comptons utiliser lors de la bathymétrie d’une vingtaine de barrages pour le compte de l’Agence nationale des barrages et transferts (ANBT).
S. R.



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