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N° 109 - Nov 2017

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Politique

Une visite, des engagements et un espoir

L’envoyé personnel du Secrétaire général des Nations unies pour le Sahara occidental, Horst Köhler dans les camps des refugiés sahraouis de Tindouf

De notre envoyé spécial dans les camps de réfugiés sahraouis Farid HOUALI



A la suite d’une occupation illégale du territoire du Sahara occidental, les populations n’avaient désormais plus le choix. Elles traversent massivement les frontières algériennes pour trouver refuge dans le Sud. En effet, les réfugiés sahraouis ont été accueillis par les autorités algériennes au début de l’année 1976. Ils sont près de 200 000 Sahraouis à s’établir dans les 5 principaux camps de réfugiés dans le sud-ouest de l’Algérie, à Tindouf plus précisément. Sous des tentes ou dans des semblants de baraques faites à base d’argile et de parpaing, ces milliers de Sahraouis se sont habitués, au fil des années, à faire face, en premier lieu, aux rudes conditions climatiques avec des températures avoisinant les 45 à 48° à l’ombre. Que ce soit à Aousserd, à Dakhla, à El-Ayoun, à Smara ou à Boudjedour, (qui abrite également les administrations officielles sahraouies), les réfugiés sahraouis de Tindouf se voient également confrontés au quotidien à des conditions de vie lamentables. Ne leur parviennent que les aides humanitaires des pays amis de la RASD, du Croissant-Rouge algérien et du HCR. C’est dire, que les Sahraouis se sont exilés malgré eux en Algérie voisine. Une Algérie qui les a accueillis à bras ouverts depuis les premiers instants de l’invasion marocaine. Mais ce n’est pas pour autant que leur cauchemar a pris fin. Malgré toutes les percées qu’aura enregistrées ces dernières années la question sahraouie sur le plan diplomatique, le statu quo est devenu insupportable pour les réfugiés. Aujourd’hui, leur voix doit être entendue. En parcourant les différents camps, une phrase revient sans cesse : «Il ne nous reste que le recours aux armes». José Taboada, un Espagnol qui défend depuis trois décennies la cause sahraouie, renchérit : «Oui, la jeunesse se radicalise, elle sait que seule la violence fera parler à l’étranger de ce conflit oublié. Les vétérans du Front Polisario ne pourront pas la freiner longtemps. » La communauté internationale doit en effet, intensifier ses efforts pour garantir une vie digne à cette population et faire respecter le droit international, afin de résoudre cette crise de façon définitive. Les réfugiés sahraouis, rappelle, Oxfam International, sont « contraints de vivre dans des conditions humanitaires très précaires. Cette situation constitue à elle seule une source de préoccupations sérieuses ». Toutefois, ce sont surtout la durée extrêmement longue de cette crise et l’absence totale de perspectives qui rendent la situation de plus en plus insoutenable pour les hommes et femmes vivant dans les camps de réfugiés. Ces mêmes réfugiés, et particulièrement les jeunes, brûlent d’envie de prendre le contrôle de leur propre vie. Même s’ils sont particulièrement bien informés et éduqués, leurs options sont fortement limitées. La frustration qui en découle est exacerbée par l’incertitude totale de ce que l’avenir leur réserve. Les propos de la jeunesse sahraouie deviennent en effet, plus véhéments et leurs jugements plus tranchants, face à une communauté internationale qu’ils considèrent comme incapable de faire respecter leurs droits. Ils se demandent ouvertement si leur cause ne progresserait pas davantage s’ils reprenaient les armes. Une question souvent évoquée ces derniers temps. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, les jeunes sahraouis particulièrement sont très au fait de la chose politique, d’autant qu’ils sont rares à ne pas avoir décroché un diplôme universitaire. Vous ne pourrez aborder un jeune sahraoui sans qu’il vous fasse un schéma bien tracé de toute la cause sahraouie. D’après les estimations, entre 500 et 700 jeunes sahraouis reçoivent un diplôme du lycée ou de l’université chaque année. Ceux qui obtiennent un diplôme dans le domaine médical ou de l’enseignement ont une plus forte chance de trouver un emploi dans les camps, bien que leur rémunération restera minime. Les autres diplômés, qu’ils soient ingénieurs, politologues ou architectes, se retrouvent obligés de chercher d’autres occupations, leurs diplômes restant récents. Face à l’absence de perspectives professionnelles, un nombre important de jeunes hommes diplômés se décident ainsi chaque année à rejoindre l’armée. C’est certes, le seul secteur ayant la capacité d’absorber une partie significative de cette jeunesse sans emploi, mais c’est aussi la détermination de cette jeunesse sahraouie à contribuer dans le combat pour leur indépendance nationale.

Un tournant décisif
Horst Köhler, envoyé personnel du Secrétaire général des Nations unies pour le Sahara occidental, a entamé les 18 et 19 octobre courant une visite de deux jours aux camps de réfugiés sahraouis, la première dans la région, depuis sa nomination le 8 septembre dernier, par le secrétaire général Antonio Guterres comme son envoyé personnel au Sahara occidental, en remplacement de Christopher Ross, en vue de relancer le processus de règlement du conflit du Sahara occidental dans un cadre permettant au peuple sahraoui d’exercer son droit à l’autodétermination conformément aux résolutions des Nations unies. Arrivé dans la matinée du 18 octobre à Aousserd, Horst Köhler était accompagné d’une délégation onusienne. Il a été accueilli par les autorités locales de la wilaya d’Aousserd, et des milliers de réfugiés sahraouis, alors qu’un détachement de l’armée de libération sahraouie (ALS) lui rendait les honneurs. Des milliers de réfugiés sahraouis étaient également à l’accueil de l’Envoyé spécial du Secrétaire général de l’ONU, au Sahara occidental, pour réaffirmer leur attachement à l’indépendance et à l’exercice de leur droit à l’autodétermination, mettant les Nations unies devant leur responsabilité quant au règlement du conflit au Sahara occidental, opposant le Maroc et le Front Polisario, brandissant des banderoles et scandant des slogans appelant à l’«organisation, sans attendre, du référendum d’autodétermination du peuple sahraoui» en lutte contre l’occupant marocain. C’était la revendication principale des réfugiés sahraouis, qui avait, longtemps, attendu la visite de Horst Köhler dans la région pour insister sur la responsabilité de la communauté internationale et la nécessité d’un règlement urgent du conflit qui dure depuis plus de quarante ans, à travers, ont-ils scandé, «la relance des négociations sérieuses et responsables». Réitérant l’engagement du Front Polisario, leur représentant légitime, dans le processus du règlement onusien, les Sahraouis ont également brandi des portraits de Sahraouis victimes des pratiques inhumaines et de la transgression des droits de l’Homme dans les territoires occupés, par le régime marocain. «Nous voulons notre indépendance et retrouver définitivement notre terre... notre patrie», affirme un refugié. Son espoir est que cette visite de l’envoyé spécial du SG de l’ONU pour le Sahara occidental soit «un tournant décisif dans le règlement du conflit». « Je suis rassuré quant à l’avenir des négociations du plan de règlement du conflit du Sahara occidental établi par l’ONU », a déclaré Horst Köhler, au cours d’une rencontre avec la wali de Aousserd, Meriem Salek Hamada. L’envoyé personnel du SG de l’ONU a affirmé « venir dans la région pour « écouter les deux parties au conflit (Front Polisario/Maroc), constater de visu les conditions dans les camps de réfugiés, et comprendre la question davantage et surtout constituer ma vision personnelle ». « Je suis très ému par l’accueil qui m’a été réservé, cela dénote le respect du peuple sahraoui à mon égard et la confiance qu’il a placée en ma personne et mon travail », a-t-il ajouté, soulignant sa détermination à faire de son mieux à trouver une solution au conflit. « Je ne suis pas un magicien, mais ma foi a bien grandi aujourd’hui. Les images d’enfants et de femmes que j’ai vues dans les camps de réfugiés constituent pour moi une source de confiance pour aborder la question sahraouie. Je suis confiant quant à l’avenir de cette génération montante », a--t-il encore soutenu notant dans la foulée que sa tournée dans la région va permettre d’ouvrir de nouvelles perspectives en lien avec la question sahraouie, réitérant l’engagement du Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, à résoudre le conflit du Sahara occidental. Antonio Guterres avait promis en avril dernier de relancer les négociations, à l’arrêt depuis 2012, avec « une nouvelle dynamique ». Après sa prise de fonction au mois de septembre, Köhler avait immédiatement pris contact avec les parties en conflit. Il avait également fait part de son impatience de se rendre dans la région et de s’engager avec les parties dans un esprit de confiance afin de relancer le processus de paix, après cinq années de gel, dû aux blocages marocains. Horst Köhler, ancien président allemand, a tenu plusieurs réunions et consultations dans l’objectif de relancer les négociations entre le Front Polisario et le Maroc. Il avait abordé notamment les perspectives du processus onusien au Sahara occidental avec une délégation du Front Polisario, conduite par le coordinateur sahraoui avec la Mission des Nations unies pour l´organisation d´un référendum au Sahara occidental (Minurso), Mhamed Khedad. Horst Köhler doit ensuite présenter un rapport de sa mission devant le conseil de sécurité de l’ONU.

L’ONU doit « assumer» ses responsabilités
Au premier jour sa visite dans les camps des réfugiés sahraouis, l’Envoyé personnel du Secrétaire général des Nations unies pour le Sahara occidental, Horst Köhler s’est entretenu avec la délégation des négociateurs du plan de règlement du conflit du Sahara occidental établi par l’ONU en 1991. L’entretien s’est tenu en présence du président du Parlement, Khatri Eddouh, du coordinateur sahraoui avec la Mission des Nations Unies pour l’organisation du référendum d’autodétermination au Sahara occidental (Minurso), Mhamed Khedad, du représentant du Front Polisario auprès des Nations unies, Ahmed Boukhari, du ministre de la Défense sahraoui, Abdelah Lehbi, et de la Secrétaire générale de l’Union nationale des femmes sahraouies, Fatima Mehdi. « Les Nations unies doivent imposer au Maroc le respect de la légalité internationale et le droit international concernant la question sahraouie. Cela constitue une base pour la relance des négociations de paix à l’arrêt depuis 2012 et la réussite de la mission de Köhler concernant l’organisation d’un référendum d’autodétermination au Sahara occidental », a déclaré, le président de Parlement sahraoui, aux camps de réfugiés sahraouis (Chahed Elhafedh) à l’issue d’une rencontre avec l’envoyé personnel du SG de l’ONU pour le Sahara occidental. Khatri Edouh, a, lors de la rencontre réaffirmé la volonté des responsables sahraouis de coopérer avec M. Köhler « sur la base du principe que la question sahraouie relevait d’un processus de décolonisation, une question d’un territoire dont le statut post-colonial n’a toujours pas été défini ». « Nous souhaitons la création d’un environnement favorable pour le relance des négociations, et l’amélioration des conditions dans les territoires sahraouis occupés, notamment la question des droits de l’homme », a ajouté le responsable sahraoui. Il a noté, à ce titre, que le peuple sahraoui continue d’être « persécuté et réprimé par l’occupant marocain, et les condamnations à perpétuité prononcées contre les militants sahraouis n’augurent rien de bon ». Il est revenu par la même occasion sur l’exploitation par l’occupant marocain des richesses du Sahara occidental. « Il faut que cesse la spoliation des richesses qui reviennent au peuple sahraoui pour créer un climat de confiance, et il faut surtout que l’ONU fasse preuve de rigueur et prenne une position sérieuse pour que finisse l’occupation des territoires sahraouis », a-t-il ajouté. « Il appartient aux Nations unies de lever l’embargo imposé au Conseil de sécurité et la Minurso en vue de libérer les instruments onusiens supposés mettre en application des résolutions des Nations unies portant sur l’organisation d’un référendum d’autodétermination au Sahara occidental », a-t-il insisté. Auparavant, lors d’une rencontre avec la presse, à Boudjedour, le représentant du Front Polisario auprès des Nations unies, Ahmed Boukhari indiquait que « s’il veut réaliser des progrès dans la recherche d’une solution au conflit du Sahara occidental, M. Köhler doit faire la pression nécessaire sur la France, car l’obstacle c’est l’obstination du Maroc à maintenir l’occupation avec le soutien de la France ». « Lorsque nous disons que la partie sahraouie va maintenir sa traditionnelle coopération cela veut dire que l’obstacle ne se trouve pas ici, à notre niveau, mais il faut aller le chercher ailleurs et nous avons indiqué des portes. Il s’agit de Rabat et surtout la France », a-t-il martelé. Il a, en outre, noté que « les autorités sahraouies ont toujours demandé aux émissaires onusiens pour le Sahara occidental de visiter les territoires sahraouis. Mais la réception et le black-out médiatique que lui a réservé Rabat (première étape de sa visite dans la région), montrent que les autorités marocaines sont en train de lui dire de manière implicite que vous êtes une persona non-grata ». Le diplomate sahraoui a dit, par ailleurs, s’attendre à ce que M. Köhler fasse un bilan de sa tournée dans la région. « Il est prématuré de dire quelles sont ses conclusions, il va voir la partie sahraouie, l’Algérie, la Mauritanie et informer le secrétaire général et le Conseil de sécurité », a-t-il soutenu. « Vu son calibre politique et son expérience, je suis sûr qu’il n’acceptera pas la stratégie qui a été menée contre son prédécesseur Christopher Ross, je ne pense pas que M. Kohler soit venu pour gaspiller du temps », a-t-il fait remarquer. Le représentant du Front Polisario auprès de l’ONU a, par la même occasion appelé les Nations unies à accélérer la solution juste et définitive de la question du Sahara occidental à travers le respect du droit inaliénable des Sahraouis à l’autodétermination et à l’indépendance et la mise en œuvre de la dernière résolution (2351) du Conseil de sécurité de l’ONU.

L’engagement du Polisario à coopérer avec l’ONU réitéré
Brahim Ghali, président de la RASD et secrétaire général du Front Polisario, a affirmé le 19 octobre au siège de la présidence sahraouie que le Front Polisario ne ménagera aucun effort pour faire aboutir la mission de l’Envoyé personnel du Secrétaire général des Nations unies pour le Sahara occidental, Horst Kohler, à condition que la volonté politique existe chez la partie marocaine. Dans une déclaration à la presse à l’issue d’une réunion à huis clos avec M. Kohler, le président de la République a précisé que la réunion était « directe, positive et importante » mettant en exergue le rôle que doit jouer l’ONU dans le parachèvement du processus de décolonisation au Sahara Occidental, dernière colonie en Afrique. Le SG du Polisario, a exprimé la disponibilité du Front Polisario à coopérer avec l’envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU, soulignant que la « partie sahraouie déploiera tous les efforts possibles pour faire aboutir sa mission à condition que la volonté politique existe chez la partie marocaine qui a entravé tous les efforts onusiens depuis 1991 à nos jours ».
Le Président sahraoui a exprimé le souhait que M. Kohler « puisse bénéficier du soutien du secrétaire général de l’ONU et des membres du Conseil de Sécurité, notamment les cinq membres permanents ». Il a appelé dans ce sens l’ONU « à prendre en considération le rôle de l’Union africaine (UA) en tant qu’acteur principal dans cette question et partie prenante dans la mission de décolonisation au Sahara Occidental ». La volonté « sincère » des dirigeants sahraouis de coopérer avec l’ONU et sa mission au Sahara Occidental pour la décolonisation des territoires sahraouis occupés, sur la base de l’accord conclu en 1991 entre le Maroc et le Sahara Occidental, sous l’égide de l’ONU et de l’Organisation de l’Unité africaine (UA actuellement), lequel stipule que la peuple sahraoui est en mesure de décider de son avenir à travers un référendum démocratique, libre et régulier conformément aux chartes et résolutions des deux organisations, a de tout temps été mise en exergue par les responsables sahraouis. En dépit de la division, des déplacements, de l’assassinat d’innocents, de l’emprisonnement de politiques et de militants et de la torture qu’ils subissent au quotidien, les Sahraouis « s’attachent, aujourd’hui plus que jamais, à leur indépendance, à la liberté et à leur droit à l’autodétermination », affirmait dernièrement Mohamed Salem Ould Salek, ministre sahraoui des Affaires étrangères.
 
F. H.



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