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N° 106 - Juil 2017

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Transports

« Le métier est merveilleux, c’est la société qui est dure »

Namira Benmeridjan conductrice de train à la SNTF

Par Leila BOUKLI



Décidément les préjugés ont la peau dure. Nous nous attendions à rencontrer une dame quelque peu masculine, c’est au contraire une Namira pimpante, qui vient vers nous un large sourire aux lèvres, coupe de cheveux moderne, le regard franc, direct, souligné d’un parfait trait d’eye-liner.  Bien dans sa peau de femme, bien que faisant un métier traditionnellement réservé aux hommes. Namira est conductrice de train et elle aime ça. Dernière d’une fratrie de cinq enfants, elle a toujours été la « fille de son papa », sa référence. C’était un homme simple, ouvert. Il a toujours soutenu ses enfants à faire des études et ne s’est jamais mêlé du choix de carrière de sa progéniture, fille ou garçon. Très fier de sa petite dernière, il venait de son vivant, tous les jours l’attendre à la gare. Lakhdar, le prénom de son papa, n’est plus depuis maintenant 4 ans. Il lui manque. Elle garde au fond d’elle, une valeur qu’il lui a inculquée, l’amour du travail bien fait.
Namira est née à Hussein Dey- Alger, un 29 novembre 1976. Elle est titulaire d’un baccalauréat Science de la vie et de la nature, obtenu en 1994 au Lycée Omar Racim ; d’un DEUA en Commerce international et d’un diplôme de TS en informatique de gestion.
« Je suis venue au train par pur hasard. Mes études terminées, il me fallait travailler, le destin a voulu que ce soit dans les chemins de fer. J’ai commencé à 19 ans par être hôtesse au Restau-Rail, puis durant trois années secrétaire de direction, dans une filiale SNTF, Télécom et Signalisation. C’est alors que l’opportunité a été donnée aux femmes d’entrer dans des métiers traditionnellement réservés aux hommes. J’ai profité de cette brèche ouverte pour m’y engouffrer, j’ai réussi le concours puis j’ai été envoyé pour une formation de 12 mois à l’Institut supérieur de formation des chemins de fer (ISFF). Après un autre examen, celui d’élève mécanicien, elle devient chef de mécanicien titulaire, chef mécanicien, puis sous-chef de dépôt d’Alger. Ce n’est qu’alors qu’elle commence en double à conduire un train, en banlieue. « J’étais au départ très impressionnée par la conduite du train et la responsabilité qui allait avec ».
A ses débuts, Namira a fait plusieurs catégories de train, fret, services, manœuvre de gare …
On finit par acquérir de bons réflexes, nous dit-elle et le bruit du rail est impressionnant. Le métier nécessite une concentration intense. Le danger est présent à chaque tournant. Animaux et personnes imprudentes traversent la voie. On roule, ajoute-t-elle en suivant une signalisation qu’il faut connaitre et respecter impérativement, sinon c’est la catastrophe. Il y va de la sécurité du voyageur et du matériel.  
 Certaines femmes étaient fières de nous, de même que les usagers du train, ouvriers pour la plupart qui regagnaient leur travail, par train. Il m’est toutefois arrivé d’entendre des phrases qui me révoltaient. « Ta place est à la cuisine, laisse les hommes travailler ». C’est un pied de nez qu’aujourd’hui, je fais à ces rétrogrades et je remercie vivement les pouvoirs publics d’avoir eu confiance en nous. Conduire un train est une responsabilité que j’assume pleinement. On est seule aux commandes, livrées à soi-même en plein PK (point kilomètre) et appelé à se dépanner. On doit se débrouiller, on y a été préparé. Ce que j’apprécie aussi c’est la liberté des horaires. Je ne supporterai pas à l’heure qui l’est, l’enfermement dans un bureau de 8h à 17h, avec pour décor quelques tableaux accrochés aux murs. J’ai pris l’habitude d’avoir des horaires difficiles certes, réveil parfois à 3-4h du matin pour ne  revenir à la maison que très tard le soir, avec toutefois dans les yeux  la beauté des paysages que nous traversons, ce mélange de couleurs  qui rappelle les saisons, ocre virant à l’orange en automne, totalement dépouillé en hiver, jaune en  été  et au printemps c’est un foisonnement de fleurs multicolores. Une renaissance de cette belle terre d’Algérie, qui ferait le bonheur de plus d’un artiste-peintre, désireux d’immortaliser cette palette changeante, selon l’heure de traversée, sur sa toile.
Aujourd’hui que je suis chef de traction avec en sus l’encadrement du personnel roulant, la maintenance du matériel, la programmation et le dépannage, j’ai conscience que je dois travailler plus pour prouver plus.
Au début, on était 12 femmes à Alger. Aujourd’hui, nous sommes 5 femmes, chefs de traction avec chacune une responsabilité : Formation, Téléchargement, Bureau incidents, PC (poste de commandement) et moi qui suis chargée de la programmation et du dépannage, spécialisée dans les trains électriques.
Le métier n’est pas facile certes, montée d’adrénaline assurée à chaque tournant, mais si c’était à refaire, c’est cette même voie du rail que je prendrais !
 
L. B.



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