Le magazine promotionnel de l'Algérie

N° 110 - Dec 2017

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Transports

Cheminot de père en fille

Samia Gadouche, épouse Morsli, chef de département, chargée des installations de la traction électrique

Par Leila BOUKLI



Son grand regret est que son défunt père, cheminot, lui-même fils de cheminot, décédé alors qu’elle n’avait que deux ans, n’ait pu voir sa fille reprendre le flambeau en faisant carrière, comme lui, dans les chemins de fer, et surtout de se réjouir de sa réussite. « Je suis la fierté de ma mère qui me dit souvent : « Tu as remplacé ton père ». Il était à l’époque difficile de trouver un travail, nous avons bénéficié des connaissances de mon regretté papa pour accéder aux chemins de fer, en l’occurrence Tewfik Merad, ancien cheminot, aujourd’hui plus de ce monde et que nous regrettons beaucoup. Qu’il repose en paix. Je me souviens d’une phrase qu’il m’a dite alors que nous marchions sur la voie : « Tu marches sur une voie qui envoûte. Sache qu’après cela tu ne pourras plus jamais quitter les chemins de fer.» Comme, il avait raison. Aujourd’hui je comptabilise 23 ans de carrière.»    
Samia est née à Alger, un 17 novembre 1965. Elle fait son parcours scolaire à l’école mixte d’El Mouradia, actuelle El Ghazali puis poursuit jusqu’à un Bac Sciences, obtenu en 1984, au lycée Omar-Racim. Inscrite à l’USTHB de Bab Ezzouar, elle n’en ressort qu’en juin 1991, un ingéniorat en génie civil en poche. Juste après, elle décroche son premier emploi à Infrafer, société de réalisation de travaux ferroviaires, sise à Rouïba, commune de la banlieue est algéroise où très vite elle grimpe les échelons. Elle sera ingénieur dans un premier temps puis ingénieur principale pour finir ingénieur chargé d’études, contrôle et suivi de chantiers de réalisations de voies ferrées. Cinq ans après, suite à des problèmes personnels, elle tire le frein sur sa carrière professionnelle pendant un an et demi avant de reprendre le travail mais dans un autre domaine. « J’ai postulé aux Cadastres où je suis restée jusqu’en 1999, occupant différentes fonctions », dit-elle. Cheminot un jour, cheminot pour toujours. Et comme dans la famille, le rail a toujours fait office de « religion », Samia réintègre les chemins de fer en janvier 2000 où elle occupera la fonction d’inspecteur 1re classe, chargée entre autres du suivi et du contrôle de la voie ferrée puis ingénieur d’études principale. A l’époque, se souvient-elle, l’Algérie s’était lancée dans la réalisation d’un très grand projet celui reliant Mécheria-Béchar. Neuf sociétés internationales y avaient participé. J’ai été chargée de la gestion du dossier. Ce projet a été pour moi une école. Il m’a permis d’acquérir beaucoup plus d’expérience dans des domaines que je ne connaissais jusque-là, tels que litiges entre sociétés, avenants, suivi de la facturation… Je suis ressortie renforcé dans des domaines pratiques qu’on ne nous a pas enseignés. » Samia précise que le chemin de fer est un secteur que l’on n’étudie pas à l’université. Il s’apprend en boite, sur le terrain. C’est alors qu’elle tient, reconnaissante, à rendre hommage à ces vieux cheminots formés sur le tas qui ont su transmettre leur expérience acquise dans le temps.
Samia ne se contentera pas de cela puisqu’elle comptabilise un certain nombre de stages et de formations sur le territoire national et à l’étranger. C’est ainsi qu’elle fait un stage de conception de faisceaux de gare, conception assistée par ordinateur en Autriche (2x15 jours) et en Algérie (3x1mois). Le train de formation étant mis sur rail, elle suivra une autre formation en management et sécurité ferroviaire en Suède (30 jours) et une autre formation de superviseur maintenance caténaire de 105 jours dont 60 en France et 45 autres en Algérie. Consciente que la conduite d’un train se fait en fonction du climat et qu’il faut être toujours très concentré, Samia entame une formation de formateur sur les risques électriques et élaboration de la campagne de sensibilisation, en collaboration avec les experts de la SNCFI durant une période de trois mois. Samia bénéficiera aussi d’une formation de formateur à l’ISGP pour une période de 15 jours. Devenue, elle-même, formateur, elle occupe depuis 2007 la fonction de chef de département installations de traction électrique, dans cette institution qui s’attelle à aller vers les standards internationaux.    
« J’ai aimé ce métier, traditionnellement réservé aux hommes. Je dois beaucoup à ma mère et mon mari, ingénieur en travaux publics que j’ai connu à mes débuts à Infrafer. Il comprend qu’un cheminot à parfois des horaires impossibles. Dans ce métier on est obligé d’être à jour. Les technologies évoluent très rapidement. Le département que je gère au niveau central comprend deux divisions distinctes composées d’ingénieurs, femmes et hommes. La première s’occupe du caténaire (câbles électriques) et la seconde s’occupe des sous-stations qui fournissent l’énergie à ces câbles de haute tension qui font marcher les trains. Nous contrôlons de même les structures régionales se rapportant au service Installation traction électrique (ITE). Ce métier demande beaucoup de concentration, de rigueur, d’implication doublé d’un sens aigu des responsabilités et de temps. Il faut aimer. Si on n’aime pas, je conseille d’aller faire autre chose, parce qu’il y a danger. C’est une responsabilité sur les vies humaines et sur le matériel. Et personnellement je sais ce que vaut la vie mais aussi pour avoir géré le budget de l’Etat, je sais ce que lui coûte ces installations de dernière génération », admet Samia Gadouche. 
      L. B.



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