Le magazine promotionnel de l'Algérie

N° 104 - Avril 2017

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Transports

Le rail pour booster le développement

Anesrif

Tahar MANSOUR



Il est évident que les voies de communication, dans tous leurs aspects et à travers leur diversité, constituent une condition sine qua non pour tout développement d’une société, en leur assurant un approvisionnement rapide et facile de tous leurs besoins et en leur permettant d’emmener leur production, tout aussi facilement et rapidement, là où se situe son écoulement. Si la route a été, avec les fleuves et la mer, les premiers moyens de se déplacer, le rail est venu très vite les supplanter et assurer des déplacements de bien et de personnes plus rapidement, en plus grand nombre et en meilleure sécurité. Le transport par air ne peut en aucun cas rivaliser avec le ferroviaire. De ce fait, l’Algérie, de par la vaste étendue de son territoire, se devait de développer le transport par rail pour pallier les insuffisances de la route et ses dangers et permettre ainsi le désenclavement de grandes superficies difficilement accessibles. L’Anesrif a été créée pour cela et dotée de moyens humains et matériels conséquents, lui assurant un encadrement de qualité qui a su mener à bien toutes les missions qui lui étaient confiées.

La ressource humaine
L’Agence nationale d’études et de suivi de la réalisation des investissements ferroviaires (Anesrif) est chargée des études, du suivi des réalisations et de leur transfert vers l’exploitant. Ces missions nécessitent la mise en place d’un potentiel humain qualifié, capable de mener des études poussées et détaillées dans le but de doter l’Algérie d’un maillage ferroviaire complet qui réduirait l’utilisation des routes et augmenterait les capacités de transport de voyageurs et de marchandises, en gagnant sur le temps et sur les risques. Ils sont 713 collaborateurs dont une grande partie d’ingénieurs et de cadres de maitrise, bénéficiant en plus d’une assistance à maitrise d’ouvrage de la part d’Italfer (Italie), un pionnier dans le domaine ferroviaire. La direction de l’Anesrif met tout en œuvre pour faciliter la tâche de son personnel en le dotant des moyens modernes nécessaires à l’accomplissement de sa mission. 

Neuf axes de développement ferroviaire
Pour arriver à un maillage complet du territoire national en matière de développement ferroviaire, l’Algérie a engagé, par le biais de l’Anesrif, neuf axes de réalisation, d’extension et de modernisation du rail. Il s’agit de :
La rocade ferroviaire nord et ses dessertes : cette ligne, longue de 1250 km et longeant la côte d’est en ouest, existait déjà mais a besoin de dédoublement, de modernisation et d’extension. L’Etat a déjà engagé des travaux de modernisation et de dédoublement sur un linéaire de 858 km qui sont en cours. Déjà, en région algéroise, 300 km de voies ont déjà été électrifiés et réceptionnés, en attendant l’électrification de l’ensemble de la ligne et sa dotation en moyens de communication sophistiqués. La rocade ferroviaire nord atteint 1827 km de long quand on lui rajoute les 572 km des dessertes, permettant de raccorder 9 grands ports et les localités avoisinantes. Elle dessert 22 wilayas du Nord et dispose de 216 gares et haltes, aussi bien pour les voyageurs que pour les marchandises.
La rocade ferroviaire des Hauts-Plateaux: ce sera en quelque sorte le cordon ombilical qui reliera les vastes régions des Hauts-Plateaux entre elles et entre les différentes parties du territoire national, contribuant ainsi à les désenclaver, aussi bien pour le déplacement des personnes sans être obligées de faire de grands détours ni d’emprunter des routes qui causent de grands retards, que pour les marchandises diverses qui pourront être écoulées plus facilement. C’est aussi le meilleur moyen d’approvisionnement de ces régions à partir des ports ou des bassins industriels. Longue de 1160 km, la rocade des Hauts-Plateaux démarre de Tébessa près de la frontière tunisienne pour arriver à Moulay-Slissen (Saida) à l’ouest, non loin de la frontière marocaine qui elle est reliée par une autre ligne. Cette rocade passe par Oum El Bouaghi, Batna, M’Sila, Djelfa, Boughezoul, Tiaret, Saida et Sidi Bel Abbes.Un premier tronçon de 412 km est déjà terminé, de Tébessa jusqu’à M’Sila alors que les 748 km restants ont déjà été lancés et connaissent des taux d’avancement significatif. La rocade des Hauts-Plateaux desservira 10 wilayas pour une population de 10 millions d’habitants.
La ligne minière : comme son nom l’indique, c’est une ligne dédiée au transport des minerais (fer et phosphate), cette ligne a un linéaire de 588 km et va d’Annaba (port et complexe sidérurgique) à Djebel Onk où se situent les mines de fer et Djebel Kibrit pour les mines de phosphate. Réalisée durant la première moitié du siècle dernier, elle a donc vieilli considérablement et nécessite une rénovation. Sa modernisation a déjà été entamée et est en cours sur une bonne partie de sa longueur. Une étude a aussi été engagée pour son dédoublement afin de porter la capacité des trains à près de 30 millions de tonnes par an. En outre, elle sera étendue vers le sud, jusqu’à Touggourt et El Oued. 
La ligne Tabia-Béchar : ayant longtemps constitué un handicap à cause de son étroitesse par rapport aux normes modernes, cette ligne, longue de 580 km, longe la frontière ouest de l’Algérie et permet de joindre Béchar à des vitesses pouvant atteindre 160 km/h après sa rénovation et sa modernisation, pour être mise en service depuis plus de 6 ans. Toujours à l’actif de l’Anesrif, une ligne ferroviaire allant de Béchar jusqu’à Tindouf est lancée en études et devrait permettre de transporter, sur un linéaire de 950 km, des personnes et des biens et éviter ainsi la route, trop longue et dangereuse à bien des égards. 

Pénétrante El Gourzi-Hassi Messaoud: c’est une importante jonction entre le nord et le sud pétrolier ainsi que les oasis qu’elle contribuera à désenclaver et à les délivrer des aléas du transport par route ou par air, trop onéreux et plutôt aléatoires. Les études de cette ligne longue de 457 km sont déjà lancées pour permettre des vitesses de croisière à 220 km/h.
Pénétrante Centre : son importance n’est pas à démontrer puisqu’elle permettra de joindre, sur une distance de près de 300 km, les wilayas de Blida au centre du pays à Laghouat au sud en passant par Médéa, Ksar El Boukhari et Djelfa. Cette ligne, qui est en cours de réalisation entre Ksar El Boukhari et Laghouat alors que le tronçon Blida-Médéa est en cours d’études à cause du relief très accidenté entre ces deux villes, désengorgera totalement la RN1 qui draine un flux discontinu de véhicules de tous tonnages entre les villes du Grand-Sud à partir de Tamanrasset et Ouargla jusqu’à Alger. Longeant et en complémentarité avec la nouvelle autoroute Nord-Sud, c’est une ligne ferroviaire appelée à jouer un rôle de premier plan sur les plans économique et social.
La Boucle Sud-Est : à partir de Laghouat, une autre ligne ferroviaire est en études pour relier, sur un linéaire de 425 km, cette dernière ville à Ghardaïa, Ouargla, Hassi Messaoud et Touggourt, faisant ainsi une boucle et rejoignant la ligne du sud-est, faisant gagner un temps appréciable et des économies incalculables aux particuliers autant qu’aux entreprises pour le transport de leurs produits et de la matière première dont ils ont besoin. Grâce à cette boucle, la région et les oasis du Grand-Sud pourront se développer rapidement et inciter les investisseurs à s’y installer.
La boucle sud-ouest : cette boucle, longue de 1500 km, constituera un trait d’union entre les différentes villes et oasis du Grand-Sud et les autres points du territoire national puisqu’elle aura des jonctions avec les autres voies. Elle prend le départ de Ghardaïa jusqu’à la jonction avec Béchar au sud-ouest et traversera les villes d’El Ménéa, Timimoun, Adrar, Béni Abbès. Une autre jonction avec Tamanrasset à Ain Salah est aussi prévue. Les études concernant la boucle sud-ouest sont en cours pour une vitesse de 220 km/h et les travaux devraient être lancés aussitôt après.   

Signalisation et télécommunication
Tendant toujours à assurer la sécurité des trains et des voyageurs, l’Anesrif a engagé un vaste programme de modernisation des outils de signalisation et de télécommunication, dont certains sont déjà terminés et opérationnels alors que d’autres sont en cours de réalisation. Pour la signalisation, c’est le système ERTMS (European Rail Traffic System) qui a été choisi pour l’optimisation de l’information en temps réel des trains circulant sur les voies, information qui parvient aussi aux chargés du suivi du trafic ferroviaire. Ce système, basé sur les observations satellite, avertit le conducteur du train de tout évènement sur le tronçon emprunté et donne la vitesse à laquelle il doit circuler. En cas de dépassement de cette vitesse ou si un obstacle se dresse sur la voie (un autre train par exemple), le train est stoppé automatiquement, ce qui réduit significativement les risques de télescopage ou d’erreur d’aiguillage. Les projets en cours de réalisation pour la modernisation de la signalisation concernent les lignes :
Tébessa-Ain M’lila sur un linéaire de 60 km
Sénia-Arzew sur un linéaire de 40 km
Bordj Bou Arreridj-El Gourzi; Annaba-Ramdane Djamel et Khemis-Oued Sly sur un linéaire total de 390 km
El Gourzi-Touggourt sur un linéaire de 418 km
Ain Touta-M’Sila sur un linéaire de 145 km.
Quant à la télécommunication, le choix a été porté sur le GSM R, système de communication sans fil qui permet une communication plus facile et directe entre les trains et les postes de régulation de trafic ferroviaire. A chaque fois que le train arrive sur une Eurobalise, il communique sa nouvelle position et sa vitesse et reçoit en direct l’autorisation d’emprunter la nouvelle portion de voie en plus de la vitesse maximum à laquelle il peut circuler.

Electrification du réseau
C’est une autre tâche à laquelle s’attaque l’Anesrif dans le cadre de la modernisation des chemins de fer algériens et qui consiste en l’électrification de tout le réseau d’ici l’année 2025. Au niveau d’Alger et de sa banlieue (est et ouest) l’électrification est terminée, même pour la nouvelle liaison Birtouta-Zeralda. Pour les autres régions, les travaux d’électrification ont déjà été lancés à l’Est sur un linéaire total de 372 km et qui sont en cours de réalisation. Cette électrification concerne la ligne minière et plusieurs dessertes vers Bouchegouf, Dréan, Souk-Ahras, Oued Kébrit, Ouenza, El Aouinet. Quant aux autres axes, des études sont en cours d’exécution (Ouest, rocade des Hauts-Plateaux, boucles sud-ouest et les pénétrantes) pour un linéaire total de plus de 4500 km. 

T. M.



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