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N° 126 - Jan 2020

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Industrie

« Nous prévoyons d’atteindre une production de fonte de 830 000 tonnes en 2020 »

Chemseddine Maâtallah, P-DG du complexe Sider El Hadjar

Entretien réalisé par Yahia MAOUCHI



El Djazair.com : De prime abord, merci Monsieur le P-DG, de présenter succinctement votre entreprise à nos lecteurs. 

 

Chemseddine  Maâtallah: Sider El Hadjar est une entreprise publique économique, société par actions, filiale du groupe Sider relevant du portefeuille d’Imetal, placée sous la tutelle du ministère de l’Industrie et des Mines. Son objet social est la production et la commercialisation des produits sidérurgiques (plats, longs et autres) avec un effectif global de 6092 agents. Le complexe s’étale sur une superficie de 903 ha dont 400 ha bâtis. Il dispose de ses propres installations maritimes reliées au réseau ferroviaire pour le transport des matières premières et les expéditions des produits finis. Le complexe dispose d’un réseau commercial à travers le pays constitué de dix points de vente dont sept opérationnels. Par ailleurs, il convient de savoir que la Société nationale de sidérurgie (SNS), a été créée le 3 septembre 1964. Elle avait pour objet d’édifier et de construire les premières installations du complexe d’El Hadjar. La construction du complexe a été réalisée en trois phases sur une période de 16 ans : 19 juin 1969 : inauguration du complexe sidérurgique d’El Hadjar et entrée en production. 1972 : achèvement de la deuxième phase et mise en service des nouvelles installations (laminoir à chaud, cokerie et aciérie à oxygène). 1980 : démarrage du 2e haut fourneau (HF2) et lancement de la restructuration de la Société Nationale de Sidérurgie. L’achèvement en 1983 de la restructuration de la SNS a donné naissance à plusieurs entreprises dont l’entreprise nationale Sider. En 1995, l’EN Sider est érigée en entreprise publique économique qui a fait l’objet d’une restructuration en 1999 donnant naissance au groupe Sider constitué de 24 filiales. Le 18 octobre 2001, après avoir procédé à une opération de fusion-absorption de 10 filiales par une nouvelle société dénommée Solb El Hadjar, un contrat de partenariat a été signé entre le groupe Sider et LNM Holding (Lakshmi Narayan Mittal), qui a donné naissance à Ispat Annaba, une joint-venture (JV) dont le capital social était détenu à hauteur de 70% par LNM Holding et 30 % par le groupe Sider. La dénomination sociale de Ispat Annaba à Mittal Steel Annaba en décembre 2004, a été modifiée à la suite de la fusion de LNM holding et Ispat international. En 2007, Mittal Steel Annaba a pris une nouvelle dénomination sociale pour devenir Arcelormittal Annaba et ce, après fusion entre Mittal Steel et Arcelor. La reprise en octobre 2013 de la majorité des actions de la société par les pouvoirs publics, en portant leur participation de 30% à 51% du capital social d’Arcelormittal Annaba, a permis la naissance d’ArcelorMittal Algérie. En août 2016, les pouvoirs publics reprennent 100% des actions de la société qui devient l’EPE Sider El Hadjar SPA.

 

El Djazair.com : Quid en matière d’évolution de l’actif net de votre entreprise, et de votre plan de redressement interne ?

 

Chemseddine Maâtallah : L’analyse de l’évolution de l’actif net de la société fait ressortir une dégradation continue de l’actif net de la société amorcé en 2008. Nous avons constaté qu’au terme de l’exercice 2010, la société avait déjà anticipé la perte des trois quarts du capital social en transcrivant dans ses comptes un écart de réévaluation de 13,39 milliards de dinars (MDZD) résultant d’une opération de réévaluation comptable des installations principales. Par ailleurs, au terme de l’exercice 2012, la société a procédé à une augmentation de son capital social pour un montant de 8,879 MDZD qui lui a permis d’éviter pour la seconde fois la constatation de la perte des trois quarts du capital social. A la fin de 2014, l’Assemblée générale extraordinaire n° 36 du 23 octobre 2014, constatant la perte de la totalité du capital, a statué et autorisé la continuité de l’activité. L’actif net de la société au 31 décembre 2016 était de -33 MDZD, pour un capital social souscrit et totalement libéré, de -25 MDZD. L’actif net de la société au 31 décembre 2017, était de -42,6 MDZD. L’actif net de la société au 31 décembre 2018, était de -50,706 MDZD. Sur la base de ces éléments, une recapitalisation minimale a été nécessaire pour l’exercice 2019 qui s’élèvera à 93 MDZD. Elle a permis de se mettre en conformité avec les dispositions du Code de commerce en prenant en compte les pertes prévues sur les exercices 2020 et 2021. Par ailleurs, concernant notre plan de redressement interne, il convient de savoir que l’Assemblée générale ordinaire de la société Sider El Hadjar, Spa s’est réunie en avril 2017, et a constaté la poursuite de la détérioration de l’actif net atteignant un montant alarmant. Suite à cela, l’Assemblée générale ordinaire a mandaté le conseil d’administration de l’EPE Sider El Hadjar/Spa de convoquer une assemblée générale extraordinaire dans le délai règlementaire requis soit quatre mois pour lui soumettre un dossier comprenant les différentes variantes possibles de règlement de ce problème. Un plan de redressement interne (PRI) a été préparé et présenté en assemblée générale extraordinaire en juillet 2017. Ce plan préconisait les mesures suivantes: redresser financièrement la société ; finaliser le programme d’investissement actualisé ; statuer sur la poursuite de l’exploitation.

En fin 2017, une amélioration a été apportée sur le plan de redressement interne à savoir : améliorer l’actif net de l’entreprise pour être en conformité au Code de commerce (article 715 bis 20), et ce, par le transfert de l’assiette du terrain du groupe Sider vers l’EPE Sider El Hadjar, puis procéder à sa réévaluation, soulager la trésorerie par le transfert des dettes bancaires de la BEA vers le FNI pour une durée de remboursement de 25 ans dont 7 ans de différé, actualiser le plan d’investissement.

 

El Djazair.com : Justement pourriez-vous nous parler du plan d’investissement de l’EPE Sider El Hadjar/Spa ?

 

Chemseddine Maâtallah : Le plan de développement initial du complexe sidérurgique d’El Hadjar, proposé par ArcelorMittal Annaba et validé par le CPE en septembre 2013, pour un budget d’un montant de 720 millions USD (120 en apport des actionnaires et 600 en crédit bancaire), soit une contrevaleur de 60 milliards de dinars, visait la réhabilitation de la zone chaude (PMA, HF2 et ACO1) ainsi qu’une partie des unités de support (utilités, logistique et manutention) avec un budget de 34 milliards de dinars et la mise en place d’un mini Mill (laminoirs et une aciérie électrique) avec un module DRI afin de produire du fil machine et du rond à béton avec un budget de 26 milliards de dinars, et qui a été abandonnée en début 2016 par Arcelormittal Algérie. Ce plan de développement n’a pas pris en considération la mise à niveau technologique des laminoirs des produits finis, plats et longs, ainsi que d’autres équipements stratégiques. Il convient de savoir également que la première phase d’investissement a été réalisée entre 2014 et 2017 avec un budget de 34 milliards de dinars et qui visait à atteindre une production de 1,2 MT avec principalement la réhabilitation de l’unité préparation matière et aggloméré (PMA), le haut fourneau n°2 (HF2), l’aciérie à brames (ACO1), les unités annexes qui contiennent rails, poches torpilles, utilités (vapeur, eau brute, électricité et port). Cependant, la réalisation de la phase 1 ne suffit pas pour atteindre l’objectif de production de 1,2 MT d’acier vendable, du fait que ce plan n’a pas pris en considération la mise à niveau technologique, principalement la zone avale (zone des laminoirs), l’unité de production des billettes (ACO2) et de la mécanique des machines à brames de l’unité ACO1. Rappelons par ailleurs, qu’une deuxième phase actualisée, a été lancée en 2018 avec un budget total de 46 milliards de dinars dont une rallonge de 25,5 milliards de dinars. Cette deuxième phase a été élaborée par Sider El Hadjar, basée sur les axes stratégiques suivants: sécuriser le site contre les incidents industriels; consolider la production de la filière fonte à 1,1 MT/an; réduire les coûts de production afin d’améliorer notre compétitivité sur le marché; maximiser la production du produit plat répondant aux besoins du marché algérien principalement (aciers pour tube hydrocarbure, tôle cachée pour automobile et tôles pour l’électroménager); commercialisation de 1,1 million de tonnes de produits sidérurgiques et améliorer la qualité des produits. Il est à savoir également que les objectifs industriels de la deuxième phase (2022) visent à atteindre une production de la fonte de 1,1 MT/an. Une production de 600 KT/an de coke. Concernant les produits longs, nous visons une production de 600 KT/an de billettes ACO2, et une production du rond à béton à hauteur de 400 KT/an en Fe500. Enfin, pour les produits plats, notre objectif est d’arriver à une production de 1000 KT/an.

 

El Djazair.com : Et quid des perspectives futures de l’entreprise Sider El Hadjar ?

 

Chemseddine Maâtallah: Il est à savoir qu’un plan de développement a été approuvé par les pouvoirs publics fin 2013 (résolution n°01/138/25/09/2013) dans la perspective de redresser la situation de l’entreprise Sider El Hadjar, délaissée durant la décennie précédente en termes d’investissement par le partenaire étranger. Ce plan de développement lancé en 2014, dont une partie a été achevée en avril 2017, a permis une reprise de la production ainsi qu’un fonctionnement stable à partir du quatrième trimestre 2017. En fin 2017 et dans un souci de rentabilité et de pérennité du complexe, le plan de développement a été actualisé et approuvé par le comité de participation de l’Etat dans sa session n°07/161/28/03/2018. A cet effet, une bonne progression a été enregistrée en termes des préparations des dossiers techniques et du lancement des consultations. La lenteur de la signature de la convention avec le FNI a eu un impact négatif sur le planning directeur de ce plan depuis le début de l’année 2019. En 2018, le complexe a pu assurer un autofinancement de son exploitation et même clôturer l’exercice avec une trésorerie positive de 10 milliards de dinars (dont 4,4 milliards dinars de trésorerie assimilée), malgré les ralentissements de production durant le quatrième trimestre suite aux perturbations d’approvisionnement en matière première (minerai de fer). Toutefois, le complexe a entamé l’année 2019 avec deux contraintes majeures ; importante inondation suivie par des ruptures franches en approvisionnement en minerai de fer.

 

El Djazair.com : Justement quelles sont les contraintes majeures auxquelles vous avez été confronté durant ces dernières années ?

 

Chemseddine Maâtallah: L’une des contraintes majeures demeure le manque des fonds du crédit d’investissement suite au retard dans la préparation de la convention pour signature, ce qui a causé à ce jour un glissement dans le planning d’exécution du plan d’investissement de 11 mois. Cette contrainte peut générer les risques suivants : un impact négatif sur les cash-flows prévisionnels ; l’insuffisance budgétaire, par la perte de change et la hausse des prix ; le désistement ou l’indisponibilité des fournisseurs. Il convient de savoir également que l’année 2019 a été marquée par les événements significatifs, à savoir un arrêt de production de 20 jours à la suite des inondations qu’a connues la région de Annaba, soit une perte de 48 Kto de production. Ajoutez à cela, trois arrêts francs par manque de minerai, soit 36 jours perdus en termes de production équivalent à 93 Kto de fonte liquide. Rappelons également que le régime de production a été réduit à la suite de l’insuffisance du minerai de fer et de sa mauvaise qualité qui ont affecté la marche normale du haut fourneau, causant un déficit de 52 Kto de production. En outre, nous avons enregistré une mévente sur les produits sidérurgiques long et plat suite à une baisse d’activité déclarée par la majorité de nos clients potentiels. Comment nous avons également enregistré des importations massives depuis le deuxième trimestre 2019. Il faut également préciser que le marché à l’export a été très affecté par une baisse considérable des prix. Face à cette situation peu reluisante, Sider El Hadjar a envisagé une demande d’octroi d’un crédit d’exploitation à un taux bonifié avec un différé de remboursement à moyen terme. Enfin, la contrainte majeure reste celle du CPE qui doit siéger pour nous débloquer les 14 milliards de dinars, afin d’achever nos investissements, ajoutez à cela la signature de la convention du FNI. Ce sont nos deux principales préoccupations.

 

El Djazair.com : Peut-on dire que vous avez réalisé vos objectifs de l’exercice actuel ?

 

Chemseddine Maâtallah : Nous allons clôturer cet exercice à 75% de notre objectif. Nous avons prévu 800 000 tonnes de production de la fonte, mais nous allons finalement clôturer à 600 000 tonnes, moins de 100 000 tonnes par rapport à l’année passée. En 2018, nous avons en effet réalisé un chiffre d’affaires de 45 milliards de dinars, contre 38 milliards de dinars pour 2019, et cela à la suite de la chute de notre production de 100 000 tonnes. Mais pour 2020, si les pouvoirs publics m’accordent les 14 milliards de dinars que nous avons sollicités, nous allons enrichir le minier local. Ce crédit nous permettra également de faire face à l’achat du coke et les minerais de fer, ainsi que le payement de nos diverses dettes. Ainsi notre prévision pour 2020 est d’atteindre une production de 830 000 tonnes, avec des hypothèses que nous avons mises en place. Nous prévoyons aussi l’importation de 30% de minerai de fer.

 

El Djazair.com : Un dernier mot ?

 

Chemseddine Maâtallah: Le plus important pour nous est que le complexe ait, une fois notre plan d’investissement réalisé, une pérennité de 25 ans minimum. A cet effet, il faut présenter chaque dix ans des fins de campagne. La fin de compagne normative d’un complexe ne dépassera pas les 100 millions de dollars chaque 10 ans. Le plus important aujourd’hui est que le complexe fonctionne toujours. Par ailleurs, nous sommes confiants que ce complexe, à partir de 2023, va générer des bénéfices nets de 4 milliards de dinars par an. Ce complexe a pu recruter suite à son redémarrage en 2017 à ce jour, 2800 employés, c’est très important. Avec la réalisation de la cokerie, nous allons créer 600 postes d’emplois directs. Nous avons également un autre axe stratégique, c’est la satisfaction du besoin de la fabrication militaire. Nous allons ainsi relancer la production des aciés spéciaux pour divers usages, et tout ce qui est armement. Et aujourd’hui, nous sommes confiants de pouvoir relever tous ces défis.

 Y. M.

 



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