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N° 125 - Dec 2019

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Industrie

« Imetal est le bras économique de l’Etat »

Tarik Bouslama, P-DG du groupe Imetal

Entretien réalisé par Smail ROUHA



El-Djazair.com : Votre plan d’actions 2019-2026 est orienté vers la réorganisation des EPE relevant du groupe ayant pour objectifs de consolider la force du groupe par la synergie entre l’ensemble des filiales, d’optimiser l’utilisation des crédits d’investissement accordés par l’Etat et de renforcer l’efficacité et l’efficience de l’organisation du groupe. Comment ce faire ou quelle stratégie adopter pour un tel objectif ? 

 

Tarik Bouslama : Effectivement, le plan d’action du groupe Imetal 2019-2026, est orienté vers la restructuration des EPE, et ce par la consolidation des corps de métiers et leur segmentation en quatre core-business, il s’agit de : chaudronnerie et construction métallique, sidérurgie métallurgie, transformation sidérurgique et étude & engineering. Cette nouvelle configuration s’inscrit dans le cadre de la stratégie d’optimisation des ressources internes disponibles au niveau du groupe lmetal et ce par : la mobilité des compétences intra-filiales ; la réaffectation des reliquats des crédits accordés préalablement par le CPE au respect du principe de rationalisation des choix d’investissements futurs et aux besoins du marché ; la mise en place d’un système d’information intégré, permettant de relier l’ensemble des filiales et aidant le groupe à prendre des décisions stratégiques ; favoriser l’intégration interfiliales et intragroupe, dans le cadre de la réalisation des projets. Il faut préciser que notre plan d’action inscrit le groupe Imetal dans une stratégie de leadership au niveau national et tend vers l’internationalisation de nos activités dans un futur très proche.

 

El-Djazair.com : Qu’en est-il de la création et de l’implantation d’antennes à l’étranger, en partenariat avec des entreprises publiques et privées nationales pour promouvoir l’image du groupe. ?

 

Tarik Bouslama : Le groupe Imetal s’ouvre à l’international, mais Il faut impérativement se renseigner sur la législation et les réglementations locales. Il existe de nombreuses sources d’informations qui proposent des données utiles sur les statuts juridiques, les dispositifs, les obligations légales, les démarches administratives.

À côté des informations d’ordre juridique par pays, les organismes spécialisés et leurs sites diffusent en général des données statistiques et économiques, notamment sur les marchés locaux. Ces données permettront aux entreprises de mieux connaître les grandes tendances et les acteurs de son marché, et de vérifier l’opportunité de se lancer. C’est une première approche. L’étude d’opportunité pour s’implanter à l’étranger est en cours, notre décision sera prise au moment opportun après la réalisation des dues diligences nécessaires et finaliser les négociations avec nos partenaires.

 

El-Djazair.com : Lors de notre dernière entrevue, vous évoquiez la possibilité de l’ouverture du capital social des EPE du portefeuille en difficultés financières ? Cette option est-elle toujours d’actualité ? 

Tarik Bouslama : L’ouverture du capital social des EPE du portefeuille en difficulté financière constitue une solution parmi d’autres pour lever des fonds à l’effet de financer le cycle d’investissement ou le cycle d’exploitation de l’entreprise. Le groupe Imetal s’ouvre aujourd’hui sur une économie de marché, basée sur la création de la richesse et la création de l’emploi, toute opportunité de partenariat (public-public/public-privé) sera étudiée minutieusement par nos structures.

 

El-Djazair.com : Récemment a eu lieu une réunion du premier comité de pilotage du projet de diagnostic du système d’information du groupe et dont la deuxième phase du projet a pour objet de définir les scénarii d’évolution du système d’information du groupe tenant compte des objectifs métiers et de la stratégie de l’entreprise ainsi que la feuille de route pour sa mise en œuvre. Après diagnostic, pour quel SI avez-vous opté et quel sera son apport au groupe ? 

 

Tarik Bouslama : Le système d’information (SI) est un « ensemble d’éléments (personnel, matériel, logiciel...) permettant d’acquérir, de traiter, de mémoriser et de communiquer des informations ». Tous les acteurs de l’entreprise véhiculent des informations. L’objectif principal d’un système d’information (SI) consiste à restituer l’information à la personne concernée sous une forme appropriée et au moment opportun. Il est généralement spontané dans les entreprises de taille réduite, mais il fait l’objet d’une attention toute particulière dans les grandes entreprises. En effet, son rôle a grandi du fait d’un environnement changeant, de l’émergence de très grandes entreprises internationales et du développement des applications et de la capacité des traitements informatiques. Le groupe lmetal a entamé l’exécution de son plan d’action, par le lancement du diagnostic du système d’information, la première phase étant achevée, actuellement nous sommes en train de concevoir un cahier des charges pour un SI adapté à nos besoins, nous nous prononcerons sur le choix après évaluation des offres, conformément à nos procédures d’achat.

 

El-Djazair.com : Partant du fait que la géopolitique n’est pas qu’au seul service des diplomates, le groupe Imetal met en place des dispositifs pour la veille stratégique. Quels sont les résultats escomptés ? 

 

Tarik Bouslamam : Le groupe Imetal a créé en 2019 la direction de la veille stratégique et ce afin de se conformer au standard international en termes d’organisation d’entreprise et surtout en dépit de l’exigence du marché (national et international).

Il faut rappeler que le processus de veille stratégique s’appuie particulièrement sur 5 étapes:

  • Cerner et identifier
  • Collecter et traiter les données
  • Surveiller et analyser
  • Communiquer et diffuser
  • Automatiser.

Les premiers résultats de la direction de la veille stratégique sont très prometteurs en termes d’orientation de la prise de décision au niveau de notre groupe, cela nous a permis de redimensionner notre plan de développement et d’ambitionner nos objectifs futurs.

Cependant et pour pouvoir répondre aux impératifs de la veille stratégique, comme outil indispensable à l’essor des entreprises, à travers les cinq étapes supra, le groupe Imetal s’est inscrit dans une logique de formation efficiente, pilotée par le ministère de l’Industrie et des Mines et mise à exécution par la direction de la veille stratégique. Il reste à retenir, que pour une première phase, des cadres des filiales, au nombre de onze ont reçu une formation de master spécialisé en veille stratégique et intelligence économique, lesquels seront à même d’accompagner la mise en place des structures de veille au sein de leurs filiales respectives. Parallèlement, onze autres cadres recevront une formation-action sur les outils de la veille. Ceux-là mêmes qui serviront de relais, en termes de remontée d’informations, avec la cellule centrale/Imetal, nouvellement créée, qui se chargera des aspects, traitement, analyse et partage de l’information, avec un coaching externe assuré par le GACU (Groupement Algerian Corporate Universities)

El-Djazair.com : Certains affirment que la stratégie de développement par les filières mécanique, électrique, électronique, métallurgique, …initiée par les pouvoirs publics depuis près de dix ans n’a pas intégré dans le développement la notion de sous-traitance locale. Pourtant, à votre niveau, vous venez de tenir une réunion dont l’objectif est la promotion des produits de la sidérurgie et de la métallurgie et la valorisation des activités des filiales. Quel commentaire faites-vous à ce sujet ?

 

Tarik Bouslama : En Algérie, la création des sites de production et de montage de véhicules par les constructeurs automobiles dans plusieurs régions du pays a favorisé le développement de la sous-traitance. Il faut préciser qu’en 2017, l’Etat a promulgué des textes régissant cette activité, où le constructeur doit s’engager à atteindre progressivement un taux d’intégration précisé par la réglementation après quelques années d’activité. Cette pression réglementaire pousse le partenaire à choisir ses sous-traitants, parmi les entreprises algériennes spécialisées dans l’industrie automobile. L’autre fait qui témoigne de l’intervention de l’Etat dans le marché de la sous-traitance est l’exonération fiscale pendant cinq années accordée aux sous -traitants ayant une relation de coopération avec les fabricants de véhicules. Cette intervention des pouvoirs publics dans l’organisation de la sous-traitance offre certainement aux PME la possibilité de contribuer au développement local à travers l’accroissement de leurs capacités de production, qui favorise certainement les créations d’emploi. Le groupe Imetal inscrit dans sa stratégie de développement la notion d’intégration nationale au niveau de ses filiales, le recours à la sous-traitance locale demeure une priorité, et nous sommes le bras économique de l’Etat dans la concrétisation de sa politique économique et sociale.

 

El-Djazair.com : Vous affirmiez que le rajeunissement et la valorisation des compétences, la modernisation des outils et méthodes de travail sont les axes du développement permanent qui nous amèneront, inévitablement, à répondre aux mutations de notre environnement et à démontrer la pertinence comme la modernité de notre action. Quelles sont les mesures prises pour atteindre un tel objectif ? 

 

Tarik Bouslama : Face à cette montée en puissance de l’incertitude, et face au défi de la performance, les entreprises se doivent d’être réactives pour s’adapter en permanence aux mutations de l’environnement. Cela dit, l’investissement en capital humain s’impose.

Au niveau du groupe Imetal, il a été mis en place un système de gestion de carrière permettant ainsi la valorisation des compétences par :

  • la mise en place d’un plan de formation,
  • la mise d’un système de classification de types de compétences (spécifiques/standards),
  • une politique de rémunération adéquate,
  • une politique de promotion éthique et équitable,
  • une mobilité des compétences inter-filiales.

 

El-Djazair.com : En dépit des efforts engagés, l’industrie ne contribue qu’à hauteur de 5% dans le produit interne brut. A quoi est-ce dû ?

 

Tarik Bouslama : L’Algérie est une jeune nation. Depuis notre indépendance, nous avons adopté plusieurs modèles économiques, l’objectif principal a été de répondre à la problématique suivante : comment assurer une croissance endogène? Aujourd’hui, en dépit du phénomène de la mondialisation, nous devons axer notre développement sur d’autres secteurs stratégiques qui contribueront dans PIB. L’approche mono-sectorielle a réduit ainsi la contribution du secteur de l’industrie dans le PIB, ceci est dû à plusieurs facteurs endogènes et exogènes que je cite à titre d’exemple : le climat des affaires, la culture entrepreneuriale, la géopolitique, la polarisation de l’économie mondiale (Rapport Nord-Sud), l’évolution industrielle, l’ancrage juridique.

Je reste confiant quant à la capacité du secteur industriel de contribuer de façon plus significative au PIB dans les années à venir et ce compte tenu de la richesse humaine et patrimoniale dont se dote notre pays.

 

El-Djazair.com : La disponibilité de matières premières à des prix compétitifs est la condition préalable au développement durable de l’industrie sidérurgique. Comment voyez-vous la situation actuelle et les perspectives d’approvisionnement en matières premières en Algérie ?

 

Tarik Bouslama : Le développement durable est un développement qui réponde aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre à leurs propres besoins, c’est la définition donnée dans le rapport de la Commission mondiale sur l’environnement et le développement de l’Organisation des Nations unies, dit« rapport Brundtland ». Le minerai de fer est la principale matière première qui intervient dans le secteur de la sidérurgie, considéré comme l’entrant de base pour produire l’acier dans ses différentes formes. Les pouvoirs publics sont conscients de l’importance de cette ressource naturelle. Sa disponibilité dépendra de plusieurs facteurs dont : l’étude géologique et géotechnique, le plan de développement relatif à l’enrichissement de la mine...

 

El-Djazair.com : Visualiser sa géostratégie d’entreprise comme un pouvoir scientifique de décision, c’est anticiper afin de préparer l’avenir et prévenir les impacts négatifs. Qu’en est-il à ce sujet au niveau du Groupe Imetal ? 

 

Tarik Bouslama : Le concept de géostratégie appliqué à l’entreprise dispose d’éléments clés lui permettant une lecture originale des modalités de genèse des stratégies d’entreprise.

La «géostratégie» doit comprendre des choix pour un «champ de bataille» spécifique répondant à quelques principes maximisant les types de marchés, les ressources géographiques, la logistique, le pilotage et les types de concurrences. Ainsi différents facteurs paradigmatiques peuvent expliciter le concept de géostratégie d’entreprise : son caractère holistique, sa force prospective, son produit spécifique et sa nature dynamique.

La position géostratégique et géopolitique de l’Algérie octroie une situation favorable et avantageuse à Imetal, de par les opportunités d’ouverture à l’international et son projet de réorganisation en interne qui s’inscrit dans le standard international d’une organisation moderne et efficiente.

S. R.

 



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