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N° 107 - Août 2017

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Industrie

La sidérurgie, un levier pour le développement de l’industrie automobile

L’Algérie aura son autosuffisance en acier fin 2018

Par Yahia MAOUCHI



Durant la dernière décennie, la conjoncture pétrolière mondiale a été très favorable et a permis à l’Algérie d’améliorer ses agrégats macro-économiques et de lancer un nombre important de projets de développement dans l’ensemble des secteurs d’activité. Néanmoins, le repli des cours observé ces derniers mois et la baisse des volumes exportés incitent à accélérer le processus de diversification  de  l’économie,  notamment  dans  les  secteurs potentiellement porteurs à l’image de l’industrie, de l’agriculture, du tourisme... Le développement industriel constitue, dans cette optique, une ambition nationale et un enjeu de premier ordre. Cette ambition est portée d’abord par l’Etat, qui en a fait un choix stratégique et un levier important dans la construction d’un projet national socio-économique.
Pour ce faire il a été décidé de développer le système industriel et minier national qui passe par la densification du tissu industriel et son organisation en filières favorisant l’intégration de la production nationale et la mobilisation de toutes les potentialités pour exploiter les opportunités qu’offrirait le marché actuel et futur. Les inputs de l’appareil de production actuellement importés et pouvant être produits localement seront suppléés par la production nationale à travers le soutien à la substitution des importations. Ainsi et après avoir relevé le défi de l’autosuffisance en matière de production de ciments, l’Algérie parviendra, au deuxième semestre 2018, à atteindre une autosuffisance dans les matières sidérurgiques avec la mise en exploitation du complexe sidérurgique de Jijel (Bellara).
Les projections à moyen terme de Abdeslam Bouchouareb, ministre de l’Industrie et des Mines, convergent vers une autosuffisance en acier, en rond à béton, en fer et autres produits sidérurgiques tels que les produits pleins et aciers plats. «Nous allons d’abord réduire les importations en matière de rond à béton, et couvrir ensuite la totalité de nos besoins. C’est un défi. Nous allons procéder comme nous l’avons fait avec le ciment », a affirmé Abdeslam Bouchouareb, lors de sa visite de travail et d’inspection au complexe sidérurgique de Bellara dans la wilaya de Jijel.
Chiffres à l’appui, Abdeslam Bouchouareb a fait savoir que l’unité, dont l’entrée en production est prévue pour le mois de mai, produira 550.000 tonnes de rond à béton. « Pour ce qui est de la production, cet investissement, qui a coûté près de 2 milliards de dollars, devra produire dans sa première étape, 2 millions de tonnes d’acier par an et passera à l’horizon 2019 à 4 millions de tonnes. Cela nous permettra de couvrir, à partir du deuxième semestre 2018, la totalité des besoins nationaux en acier, et de passer, fort probablement, à l’exportation de ces produits sidérurgiques », souligne le ministre. Par ailleurs, en plus des 1500 emplois directs qui seront créés par ce mégaprojet, le complexe de Bellara réduira considérablement la facture des importations des produits sidérurgiques, qui frôle, aujourd’hui, les 10 milliards de dollars par an.
Essentiel pour toute industrie, le développement de la sidérurgie permettra, d’une part, l’approvisionnement en intrants, dans de meilleures conditions, des industries de transformation et, d’autre part, la réduction de la facture d’importation des produits sidérurgiques. Pour cela, le gouvernement compte énormément sur les deux filières de la sidérurgie et de la métallurgie, entre autres leviers, pour aider à faire sortir le pays de sa dépendance de la rente du pétrole. Globalement, le secteur de la sidérurgie est la base de la croissance économique diversifiée. « Le développement de ces filières va nous permettre de passer du stade de simple fournisseur d’hydrocarbures bruts vers celui de producteur et d’exportateur de biens transformés. Sachant que depuis la réorganisation et la réforme du secteur public dans notre pays, en 1991, c’est la première fois que le secteur économique public crée de l’emploi», a indiqué M. Bouchouareb, dans une déclaration à la presse, en marge d’une visite de travail effectuée dans la wilaya d’Oran.

Une économie de 5 milliards de dollars  d’importations
La nouvelle stratégie économique du gouvernement qui consiste à développer des projets industriels de substitution aux importations, nous permettra, dira Abdeslam Bouchouareb, d’économiser, d’ici la fin de l’année, près de 5 milliards de dollars d’importations dans différents secteurs. Avec l’entrée en production de nouveaux projets, ce chiffre est appelé à augmenter de façon considérable, explique le ministre. En se rendant à la nouvelle usine de sidérurgie turque Tosyali, dont l’extension est en cours de réalisation, le ministre précise qu’il s’agit de « l’investissement le plus important réalisé par la société en Algérie. Un projet d’une capacité de 2,1 millions de tonnes par an de rond à béton et acier divers, pour un coût d’environ 1,3 milliard de dollars», se réjouit-il. Concernant l’emploi, M. Bouchouareb a souligné la double incidence directe de ces projets structurants sur l’économie nationale, mais aussi sur le marché de l’emploi. Le complexe Tosyali a créé près de 4.000 emplois. Un chiffre qui va progressivement augmenter en fonction de l’évolution des projets en cours de réalisation intégrés dans ce même complexe, précise le ministre. Pour les besoins d’approvisionnement en minerai de fer de l’usine Tosyali, l’entreprise portuaire d’Arzew a construit un quai pour recevoir des navires à gros tonnage. Le minerai de fer sera acheminé du port d’Arzew jusqu’au site du complexe au moyen d’un convoyeur d’une longueur de 10 km et d’une capacité de 4 000 tonnes par heure. Notons que ce nouveau complexe sera totalement achevé à la fin de l’année 2017, mais sa partie laminoir sera réceptionnée durant le mois de mai prochain et permettra de produire environ un million de tonnes de ronds à béton. Ces nouvelles capacités de production en fer et acier permettront au marché national de s’approvisionner auprès du producteur national, mais aussi d’alimenter entre autres l’industrie de l’automobile, la filière de l’électroménager, le secteur du bâtiment et de la transformation. En outre, avec ces multiples projets structurants dans le domaine de l’industrie et des mines, la facture d’importation des produits industriels sera réduite conformément aux orientations du gouvernement. Enfin, après une autosuffisance en ciment et en acier, l’Algérie se tourne maintenant vers l’exploitation des mines de phosphate. « Ce sera l’opération que nous présenterons prochainement avec le Premier ministre, elle sera lancée avant le mois de mars», a précisé M. Bouchouareb.

L’Algérie met le pied à l’étrier de la construction mécanique automobile
L’Algérie met enfin le pied à l’étrier de la construction mécanique automobile et va bientôt réhabiliter son statut de pays qui a déjà un passé industriel en la matière. Ainsi, l’autosuffisance en acier et en rond à béton, sera d’un grand apport pour l’industrie automobile en Algérie. Et pour cause, les constructeurs d’automobile en Algérie n’auront plus besoin de recourir à l’importation de la matière première pour construire leurs véhicule, tout sera fabriqué localement, ce qui contribuera largement à la réduction de la facture des importations en devises, mais également de réduire le coût des véhicules. L’Algérie peut ainsi devenir, comme ses pays voisins, un exportateur de pièces de rechange surtout les composants plastiques, sachant que les pouvoirs publics ne lésinent pas sur les moyens pour développer cette industrie, tout en offrant des avantages comparatifs intéressants aux sous-traitants.
La relance de l’économie industrielle en Algérie est tributaire de cette industrie mécanique, dotée d’une importance capitale dans toutes les économies mondiales. Le secteur automobile peut engager l’Algérie sur la voie de l’industrialisation dans tous les domaines, et partant l’introduire dans le marché des exportations mondiales, un secteur apte à soutenir l’intégration du pays dans l’économie mondiale.
Par ailleurs, il convient de rappeler que l’obligation faite aux constructeurs automobiles en 2014 de produire des véhicules en Algérie en échange d’un accès au marché commence à porter ses fruits. Trois ans après l’implantation de Renault en 2014, c’est au tour de deux autres grands constructeurs Hyundai et Volkswagen de s’installer en Algérie. D’autres marques devraient suivre, dont le groupe PSA (Peugeot-Citroën) et l’italien Iveco. Maintenant, le gouvernement doit passer à une autre étape, celle d’imposer aux constructeurs de s’approvisionner en pièces de rechange produites en Algérie, en échange de l’accès au marché. A Relizane, le ministre de l’Industrie et des Mines s’est enquis du projet de l’usine d’assemblage et de montage de véhicules de marque allemande «Volkswagen» du partenariat algéro-allemand, premier du genre en Afrique, qui est en cours de réalisation sur 150 ha pour un investissement de plus de 20 milliards de dinars (170 millions d’euros), pour la fabrication de quatre de ses marques en Algérie (Volkswagen, Volkswagen utilitaires, Skoda et Seat). L’usine entrera en production en juin prochain, a annoncé le ministre. La capacité productive de l’usine atteindra 12.000 véhicules dans la première année de production et 100.000/an après cinq années. L’usine générera 1.400 emplois pour les habitants de la région et des wilayas limitrophes. Ainsi, la forte contraction du marché automobile algérien découle d’une volonté des autorités de réduire la facture exorbitante des importations au moment où les prix du pétrole ont dévissé sur le marché mondial. En somme, l’industrie automobile et ses équipements sont un levier de la relance économique en Algérie et du secteur de la sous-traitance de façon particulière. Outre l’augmentation de la cadence de production de l’usine Renault de Oued Tlelat, 2016 a été marquée par l’inauguration des usines de montage Hyundai (à Batna et Tiaret) et la signature d’un important contrat avec le groupe allemand Volkswagen. Ainsi, l’industrie mécanique va tenir son rôle d’instrument de relance de l’économie industrielle, ce qui est attendu en ces temps où la priorité du gouvernement est de diversifier l’activité économique.

2017, année de la sous-traitance
Évoquant la question de la sous-traitance et de l’intégration locale, le ministre de l’Industrie et des Mines a déclaré que son département va coordonner cette activité avec les différents acteurs de l’industrie automobile et ceux de la sous-traitance afin de définir ensemble une stratégie d’accompagnement des usines de production des véhicules par une véritable filière de sous-traitance. « La sous-traitance compte 200.000 à 220.000 unités et pourra satisfaire tout le marché automobile en perspective », a-t-il estimé, rappelant les stratégies mises en œuvre par le gouvernement pour réduire la dépendance en matière d’import-substitution. L’Algérie a l’ambition de devenir un pays émergent en 2019, a-t-il dit en appelant tous les investisseurs à se mobiliser pour atteindre cet objectif. Pour étayer ses propos, le ministre a affirmé que la loi de finances 2017 dispose d’avantages jamais donnés pour la sous-traitance. «Nous comptons sur une relance de la sous-traitance, il y a toujours cet enjeu qui apparaît dans tous mes déplacements. A Sétif, il y aura une usine qui produira des pneus, une autre qui fabriquera des pare-brise à Jijel, ce qui permettra de fournir les pare-brise des usines de montage de véhicules en Algérie », précise -t-il. En outre, M. Bouchouareb qui a eu à visiter une usine de fabrication de verre aimanté à la zone industrielle d’Ouled Salah, dans la commune Emir Abdelkader, et qui devra participer aux efforts de consolidation du domaine de la sous-traitance à travers la production de pare-brise, vitres latérales, rétroviseurs et prochainement des verres blindés pour les véhicules militaires, a appelé les opérateurs concernés à conjuguer leurs efforts et à œuvrer, en partenariat, pour un développement durable de ce marché. S’exprimant devant la presse, en marge d’une visite de travail et d’inspection à Oran, le ministre a souligné que dans les cinq prochaines années, un taux d’intégration de l’ordre de 40, voire 50 % sera atteint pour ce qui est de la pièce fabriquée en Algérie et destinée au secteur de l’automobile. Visitant la société « Martur Algéria Automotive  Siting », spécialisée dans la fabrication des sièges de voitures et qui sous-traite pour le compte de Renault Algérie, M. Bouchouareb a appelé les responsables de cette entreprise à améliorer la qualité des produits pour les rendre compétitifs. A ce propos, le ministre a précisé que ce taux d’intégration, projeté dans les prochaines années, « est tout à fait réalisable et le sera indéniablement avec l’encouragement de la sous-traitance dans le secteur de la pièce de rechange automobile ».

La relance de l’industrie textile
Pour restituer à l’Algérie sa place dans le domaine du textile, réduire la facture d’importation et soutenir la production nationale, le gouvernement algérien a accordé des avantages très attractifs aux investisseurs locaux et étrangers. Le secteur du textile a affiché ainsi un regain d’intérêt remarquable avec des investissements déclarés à fin 2015 de 107 milliards de dinars dont 42 issus du secteur privé. Le partenariat algéro-turc est à ce titre structurant pour toute la filière grâce à la réalisation d’un pôle intégré de 8 usines à Relizane. La première unité de filature sera opérationnelle au premier trimestre 2017. Tayal produira le premier pantalon jean algérien d’ici l’été prochain. Outre les jeans, des tee-shirts seront également produits mais également des chemises, des produits de bonneterie et de literie. D’ici 2019, le complexe Tayal produira 44 millions de mètres linéaires/an et 30 millions de pièces en prêt-à-porter. Plus de 60% de la production est destinée à l’exportation. Le ministre de l’Industrie et des Mines, Abdeslam Bouchouareb, a déclaré à Relizane que le complexe intégré des métiers de textiles en cours de réalisation à Sidi Khettab réduira, une fois entré en phase de production, de 90 % les importations dans ce domaine. Dans une déclaration à la presse en marge de sa visite de travail et d’inspection dans la wilaya, M. Bouchouareb a indiqué que ce mégaprojet structurant, qui s’inscrit dans le cadre du partenariat algéro-turc, sera réceptionné en 2018 et devra satisfaire les besoins du consommateur algérien et le marché national. Le complexe textile algéro-turc Tayal, permettra le recrutement massif de la main-d’œuvre algérienne. L’effectif des salariés sera dans un premier temps de 10.000 employés, puis atteindra dans une seconde phase le seuil des 15.000 employés pour boucler enfin dans sa phase ultime les 25.000 employés, soit sur une période qui va de 2017 à l’horizon 2022. Ce complexe industriel, le plus grand du genre au niveau africain, est le fruit d’une convention signée au dernier trimestre 2015 suivant la règle 49/51 entre le groupe industriel de textiles et d’habits côté algérien et le groupe turc Taipa spécialisé en textiles. Enfin, il convient de rappeler que pour la première fois depuis dix ans, l’Algérie enregistre une évolution positive dans le classement annuel Doing Business de la Banque mondiale en gagnant 7 places, preuve que les réformes initiées sont sérieuses, convaincantes et commencent à porter leurs fruits. Le secteur de l’Industrie et des Mines participe à promouvoir un environnement stable et favorable à l’investissement et au développement de l’entreprise.
Y. M.






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