Le magazine promotionnel de l'Algérie

N° 107 - Août 2017

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Protection Civile

Maîtrise et aptitudes

Le commandant-médecin Souad Madani

Par Farid HOUALI



Cette politique de féminisation, timide à ses débuts, il est vrai, n’a commencé à connaître un authentique essor qu’à partir de 2003, grâce à l’augmentation des postes budgétaires dont a pu bénéficier ce corps constitué.  Une opportunité qui a permis, d’une part, de disposer d’un contingent féminin de haut niveau et d’autre part, d’entrevoir le recrutement et la formation de femmes sapeurs et ce, pour la première fois. Une expérience, faut-il le rappeler, unique dans le monde arabe et sur le plan africain. D’ailleurs, les seules femmes-pilotes d’hélicoptères de secours dans toute la région MENA, sont celles de la Protection civile algérienne. En plus de leur intégration dans le domaine de l’intervention, les femmes occupent des fonctions et postes supérieurs qui dénotent la volonté, clairement affichée, de la Direction générale de la Protection civile d’en assurer la promotion, puisque bon nombre d’entre elles ont été promues à des grades qui constituent les paliers supérieurs de la hiérarchie de commandement (6 lieutenants-colonels, 7 commandants) sans parler des officiers (62 capitaines, 97 lieutenants et 39 sous-lieutenants) ou encore des postes clés à la tête desquels elles ont pu être nommées, comme la sous-direction des risques majeurs ou bien celle des infrastructures, le Centre national de coordination, l’annexe de formation d’Annaba, le Musée, le Centre de documentation et des archives…. Autant de responsabilités qui renseignent sur la confiance placée en elles par le secteur. Chose constatée et vérifiée en ce mois d’avril lorsque le rendez-vous est pris avec la directrice des études à l’Ecole nationale de la Protection civile (ENPC) de Bordj El Bahri. Ponctuelle, le commandant-médecin, Souad Madani, nous y attendait déjà. Elle est la première femme à occuper ce poste de responsabilité depuis la création de l’ENPC. Pas du tout étonnant que l’Algérie a adopté, dans sa démarche gouvernementale, une approche participative pour favoriser l’intégration des femmes dans le monde professionnel. Dans ce sens, il convient de rappeler les mesures prises par le président de la République dans le sens d’une émancipation politique de la femme algérienne, qui ne se limite plus aux métiers d’enseignante ou de médecin. « Très motivées, les femmes généralement accomplissent leurs tâches avec une détermination surprenante dans plusieurs domaines, à savoir l’assistance, les services sanitaires, la formation et les interventions sur le terrain. Ainsi, l’attitude des femmes est plus adéquate car elles sont plus sensibles aux questions liées au genre lorsqu’elles se rapportent à la population », affirmait à ce propos le Directeur général de la Protection civile, le colonel Mustapha El Habiri. 

Un métier pas comme les autres, certes, mais…
Le Commandant-médecin, Souad Madani est docteur en médecine générale en 1994 ayant fait ses études à l’Université de Médecine d’Alger. Avant de rejoindre la Protection civile, elle exerce dans son domaine pendant six années au début desquelles, pour des raisons de sécurité, elle a dû fermer son cabinet médical pour rejoindre par la suite l’hôpital de Bordj Bou Arreridj puisqu’elle failli être enlevée par les groupes terroristes. Son salut, elle le « doit » aux services de la police qui ont su déjouer cette tentative à temps et ainsi éviter l’irréparable. Etrangement, même sa maman, receveuse principal d’un bureau de poste à l’Est d’Alger, a failli connaître le même sort. « Ce jour-là, ma mère a eu beaucoup de chance. Le fait de n’avoir pas entendu les terroristes (déguisés en femmes) frapper à la porte du bureau de poste, lui a été salvateur », se souvient-elle. Revenant sur son intégration au corps de la Protection civile, le commandant-médecin, Souad Madani, affirme l’avoir décidé de le faire « par vocation ». « Pour moi, c’est le métier le plus noble qui puisse exister», a-t-elle assuré. A cette époque, elle a dû « se séparer » de sa fille qui n’avait que sept mois. Ce sera ainsi le début d’une longue et laborieuse carrière de notre officier qui après une formation dite « accélérée », à l’Ecole nationale de la Protection civile, obtient son grade de médecin lieutenant. C’était en 2000. De 2001 à 2014, le commandant Souad Madani a exercé comme médecin urgentiste, dans la médecine de catastrophe, formateur des médecins officiers stagiaires, formateur des formateurs en secours à personne, en simulation en santé extrahospitalière et montage des exercices et enfin en gestion de crise. « C’était une expérience plus que bénéfique pour moi puisque tout long de ces années, j’ai eu à côtoyer pratiquement toutes les spécialités de la Protection civile », témoigne-t-elle.  Il fallait attendre 2009 pour qu’elle soit promue au grade de médecin-capitaine puisque le ministère de la Santé exige de ses médecins une spécialité. Pour son cas, elle est médecin urgentiste. En 2014, elle obtient haut la main le grade de médecin commandant pour être nommée en février 2015 aux fonctions de directrice des études ayant pour principale mission de gérer tout ce qui concerne la formation du point de vue pédagogique tant au niveau de l’ENPC que pour les 6 écoles régionales répartie à travers le territoire national. 
En matière de formation le Commandant-médecin, Souad Madani, comme beaucoup d’officiers de la Protection civile, aura étoffé sa carrière par bon nombre de diplômes dans son domaine. Il s’agit notamment d’une formation en médecine de catastrophe (2004) dans le cadre de la coopération algéro-française, un diplôme spécialisé d’étude universitaire de médecine d’urgence (2009), un diplôme en médecine nucléaire et radiologique biologique et chimique la même année, une formation commandant des opérations médicales en 2013, un diplôme universitaire « formateur simulation en santé » niveau 5 en 2014, toujours dans le cadre de la coopération algéro-française.
Le commandant-médecin Souad Madani a, à son actif aussi, bon nombre d’ouvrages dans le domaine notamment du secourisme. Elle a en effet réalisé plusieurs outils pédagogiques du module secourisme. A citer entre autres, des documents pour formateurs et stagiaires (Formation spécialisée et préparatoire des officiers et agents) ainsi qu’un livre en pédagogie appliquée en secourisme en langue arabe. Dans le volet sensibilisation, elle prend part à des conférences sur les thèmes d’accidentologie et spécialement la désincarcération et aussi l’intoxication au monoxyde de carbone et participé à la rubrique « Isaâfat awalya » (Premiers secours) de l’émission télévisée de l’ENTV Sayidati destinée à la femme au foyer de 2012 à 2016, comme elle a intervenu à plusieurs reprises sur les ondes de la Radio nationale. «L’objectif principal de la Protection civile est de faire apprendre le geste de secours qui parait simple mais qui nécessite courage, technicité et rapidité mais qui peut sauver une vie. L’idéal est de pouvoir former le témoin qui, dans l’urgence absolue, peut sauver une vie par un simple geste approprié », soutient-elle dans ce cadre. Dans l’exercice de ses fonctions, le commandant-médecin Souad Madani ne laisse rien « entraver » ses missions.   Comme déjà souligné, le métier de « sapeur-pompier » est certes dominé par les hommes, mais rien n’empêche la femme de s’imposer.  « Il est vrai qu’il n’est pas facile d’exercer un métier réservé jusque-là aux hommes mais la relation est fraternelle et amicale. Cependant, entre la responsabilité et le relationnel, il faut faire la part des choses. Dans notre métier, l’erreur n’est pas permise. De ce fait, un ordre doit être exécuté à la lettre. Cela y va de l’efficacité de nos interventions, notre devise étant, en premier lieu, de sauver une vie humaine », relève-t-elle.  Entre son poste à la Protection civile et son rôle d’épouse et de mère, le commandant Souad Madani estime que gérer l’ensemble n’est pas impossible. « C’est juste une question de volonté et d’organisation.  Il faut aimer ce que l’on fait. Dans le cas contraire, ce serait tout simplement l’échec », conclut notre commandant-médecin.

F. H.



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