Le magazine promotionnel de l'Algérie

N° 108 - Oct 2017

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Protection Civile

« La Protection civile est en phase de certification »

Le colonel Mustapha El-Habiri, directeur général de la Protection civile

Entretien réalisé par Farid HOUALI



El-Djazair.com : Monsieur le Directeur général, le niveau de professionnalisme de la Protection civile algérienne n’est plus à démontrer. Il est même rassurant quant à son aptitude à gérer convenablement des situations de catastrophes naturelles, de l’aveu même des observateurs étrangers. Ce n’est assurément pas le fruit du hasard… 

Le colonel Mustapha El-Habiri : Ce n’est certainement pas fortuit, comme vous le faites remarquer et même si nous en tirons quelque fierté, nous ne nous laisserons pas prendre au piège de l’autosatisfaction. Nous continuerons d’œuvrer d’arrache-pied en vue de permettre au secteur de la Protection civile de s’adapter, au mieux, aux profondes mutations socio-économiques de la société et d’en faire l’outil privilégié de la préservation des vies et du patrimoine de la collectivité face aux risques aussi bien naturels que technologiques susceptibles d’en menacer le devenir. Autant d’objectifs que seul le processus de modernisation tous azimuts du corps de la Protection civile pouvait permettre d’atteindre. Une option qui a bénéficié et ce, dès son amorce, du solide et inestimable soutien des pouvoirs publics et, à leur tête, celui du premier magistrat du pays, Monsieur Abdelaziz Bouteflika, suivi de l’attention particulière du Premier ministre, Monsieur Abdelmalek Sellal et des effets positifs qu’un tel engagement a pu avoir dans la concrétisation de l’importante part de développement qui lui est consacrée dans chaque plan quinquennal dédié à la croissance. Pour pouvoir enclencher le processus de modernisation prévue, la Direction générale de la Protection civile a mis en place une stratégie globale basée sur l’articulation simultanée de nombreux axes, ce qui représente un immense chantier avec la prise en charge de l’ensemble des préoccupations liées au développement des infrastructures de gestion ou dédié à l’intervention et leur adaptation aux exigences de l’action opérationnelle, à la consolidation de la force de frappe, grâce à l’acquisition de véhicules et d’engins d’intervention performants, d’équipements et matériels collectifs et individuels modernes permettant la sécurisation des interventions, à l’accroissement significatif de ses effectifs et à de l’adoption résolue d’une formation adaptée et de qualité, renforçant les capacités d’assimilation des techniques et procédés d’approche des risques, offerts par l’essor technologique et offrant les possibilités d’une meilleure planification en même temps que d’une organisation et gestion plus rigoureuses de l’action opérationnelle grâce à un enseignement en rapport, résolument orienté vers la spécialisation et favorisant la professionnalisation; tout cela réalisé, en parallèle, avec l’intégration et la mise à profit de l’outil informatique, des avantages de la numérisation des données et documents, le renforcement et l’élargissement des réseaux de liaisons et de télécommunications, l’exploitation du système d’information géographique, des images satellitaires… Ce processus global de valorisation des missions de la Protection civile et par conséquent, des ressources humaines sur lesquelles repose leur concrétisation, est sous-tendu par un apport en textes normatifs et réglementaires dans les différents domaines intéressant le secteur qu’il s’agisse de la prévention, de l’action opérationnelle, de l’actualisation du plan Orsec ou encore de l’encadrement des unités opérationnelles…Tout cela a permis d’atteindre ce niveau que vous évoquez.

El-Djazair.com : Et quelle serait la prochaine étape dans ce processus de modernisation ?

Le colonel Mustapha El-Habiri : Comme souligné précédemment, il s’agit d’un immense chantier. Nous avons réalisé des avancées spectaculaires sur tous les plans. Aujourd’hui, nous pouvons dire que nous avons une meilleure visibilité de nos capacités et de nos limites ainsi que des étapes à venir que nous sommes appelés à franchir. Dans une première étape, et eu égard à la sismicité des zones nord du pays, à la forte concentration humaine, à la densification du tissu urbain et à la concentration des activités économiques en tous genres; sources de nombreux et divers risques aussi bien naturels que technologiques, l’urgence consistait à y assurer la protection des populations, en œuvrant à sécuriser leur environnement et en donnant à la Protection civile le maximum de moyens humains et matériels pour pouvoir s’en acquitter, sans pour autant négliger les régions du Sud même si pour l’industrie des hydrocarbures, à titre d’exemple, la protection des sites et de leur environnement est assurée par le Plan d’assistance mutuelle (PAM) qui fait de leur sécurisation une mission partagée entre les moyens importants des sociétés pétrolières et ceux de la Protection civile qui leur viennent en appoint au niveau des différentes bases de vie. Mais il n’en demeure pas moins qu’en matière de lutte contre les incendies, nos agents constituent le secours par excellence et demeurent incontournables. Le rythme de développement du secteur dans les régions du Sud et plus particulièrement du Grand Sud n’a pas été aussi intense que dans le Nord en raison des facteurs sus-évoqués… Ce qui nous met face à la nécessité de garantir un maillage rationnel et harmonieux du vaste territoire de chaque wilaya de manière à pouvoir répondre aux exigences du Schéma d’analyse et de couverture des risques de celle-ci, établi par les spécialistes en la matière. C’est ce à quoi nous a permis d’aboutir cette meilleure visibilité et c’est également cette même capacité qu’on a été en mesure d’atteindre qui nous dicte, présentement, de prendre en charge le besoin de mise aux normes mondialement consacrées en matière de secours et sauvetage que ce soit au niveau interne ou dans le cadre de la participation à quelque opération d’aide humanitaire d’urgence. Souci de célérité et d’efficacité dans la prise en charge de l’action opérationnelle que les cadres de la coopération bilatérale ou multilatérale, régionale ou avec l’Union européenne ou encore avec les organismes Onusiens sont à même d’offrir.  Ce sont l’amorce du processus de certification aux normes Insarag/ONU d’une équipe de secours et sauvetage (Heavy Urbain Search and Rescue), la normalisation et la mise à niveau de toutes les entités spécialisées de la Protection civile dans le cadre de l’accord conclu entre notre Département ministériel et l’Union européenne…Nos partenaires étrangers sont convaincus du professionnalisme de nos équipes d’intervention et de nos capacités en matière de gestion des situations de catastrophes majeures. Notre contribution dans la réduction des souffrances humaines, en tant que corps dédié au secours et sauvetage des vies, est aujourd’hui souhaitée. L’effort de mise aux normes internationales est devenu nécessaire afin de permettre l’interopérabilité des équipes de secours et favoriser plus de cohérence et d’efficacité dans la prise en charge conjointe de quelque crise de grande ampleur et dans la réduction de ses effets dommageables.

El-Djazair.com : La création d’un grand nombre d’unités d’intervention de la Protection civile est susceptible d’améliorer les prestations de services en direction des citoyens. Vous avez même, Monsieur le Directeur général, sillonné le territoire national en procédant à l’inauguration de nouvelles infrastructures afin d’améliorer le taux de couverture nationale. Peut-on s’attendre à une meilleure présence des agents de la Protection civile, y compris dans les zones les plus reculées ?

Le colonel Mustapha El-Habiri : En tant que service public de proximité, et par définition, la Protection civile doit être présente partout. C’est le besoin de protection des vies et de sécurisation des sites (agglomérations urbaines, rurales ou sahariennes) contre les risques qui peuvent les mettre en péril qui impose sa présence et nécessite sa toute proximité pour pouvoir être en mesure d’accomplir pleinement ses missions et être à même d’offrir aux citoyens des prestations égales pour tous. Grâce au lancement des différents programmes de développement initiés par son Excellence, le Président de la République, depuis 2000, nous avons fait un prodigieux saut en avant en matière de réalisation d’infrastructures nécessaires à une meilleure couverture opérationnelle par le secteur. De 2001 à 2008, ont été enregistrées pas moins de 278 constructions nouvelles allant des sièges de directions aux annexes, en passant par les unités d’intervention et de secours marins, alors que le plan quinquennal 2010/2014 a permis l’enrichissement de ce patrimoine immobilier de 330 unités d’intervention et autres postes avancés. Si aujourd’hui, nous comptons une unité d’intervention de protection civile au niveau de chaque daïra ainsi que dans la quasi-totalité des communes importantes et si nous poussons l’implantation de nos unités dans les coins les plus reculés du pays comme à Charouine, une daïra, située à 150 kilomètres sur l’axe Adrar-Bechar et ou à Tsabit, sur le même axe, implantée à proximité de l’installation pétrolière de SBAA, de postes avancés au niveau des PK 200 et 400 allant de Reggane vers Bordj Badji Mokhtar ou d’unités secondaires au niveaux des communes de Tazrouk, de Tin Zaouatine et de Fougaret Ezzoua, situées respectivement à 270, 500 et 700 kilomètres de Tamarasset, ou encore d’autres postes avancés tels que celui de Ben-Zireg qui se trouve à 50 km au nord de Bechar, à proximité de la RN 6, de Hammaguir, dans la région d’Abadla et de Boulaâdam, à titre d’exemples, l’objectif est de rapprocher le plus possible, les structures de secours et de sauvetage de la Protection civile des citoyens ou en d’autres termes, de toutes les zones habitées du territoire national.
 
El-Djazair.com : Le 18 mars dernier, à l’occasion de la Journée maghrébine de la Protection civile, et à partir de Bouira, vous annonciez la prochaine généralisation des unités spéciales du Grimp aux 48 wilayas du pays… Le processus est-il enclenché ?

Le colonel Mustapha El-Habiri : Toutes les directions de Protection civile qui ne sont pas encore dotées de Groupement de reconnaissance et d’intervention en milieux périlleux, connu sous l’abréviation de Grimp, ont reçu pour instruction de s’atteler à la préparation des conditions nécessaires à sa création. Si Constantine a été pionnière dans le domaine de l’escalade en constituant le premier noyau de varappeurs, inspirée par son positionnement, haut perchée sur les gorges du Rhummel, c’est Bouira qui a permis l’officialisation du premier Grimp comme entité spécialisée du secours et sauvetage de la Protection civile. Si dans la varappe, Constantine, Bouira et l’Unité nationale d’instruction et d’intervention font école, Alger, Blida, Médéa, Tizi-Ouzou, Oran, Tlemcen, Mascara, Mostaganem, Khenchela, Jijel, Batna, n’ont pas tardé à suivre. La généralisation du Grimp à toutes les wilayas est en tout cas, mûrement réfléchie dans la mesure où la spécialité permet d’intervenir dans de nombreuses situations de secours et non seulement en milieu rural où il est question de relief tourmenté constitué de montagnes, de falaises escarpées, de cavités souterraines et de profonds ravins, mais également en milieu urbain où nous sommes en présence de bâtiments d’habitation, d’immeubles de grande hauteur, de téléphériques, de ponts, de structures industrielles ou des grands chantiers de construction….où les obstacles et difficultés sont d’un genre différent par rapport à ceux auxquels les équipes d’intervention ont l’habitude de faire face et de prendre en charge, nécessitant un matériel et des équipements d’approche spécifiques, empruntés aux alpinistes et autres spéléologues, d’autres techniques d’évolution et de secours adaptées aux exigences de l’heure et à la difficulté du site. Et ce, Grâce à un enseignement spécifique avec des formations IMP1(intervention en milieux périlleux, dédiée à la familiarisation avec les outils et équipements destinés aux manœuvres et interventions dans les milieux naturels ou artificiels difficiles ou périlleux, à la prise de contact avec le vide sur des hauteurs variant progressivement, à l’initiation aux techniques d’évolution au moyen d’une corde tout en développant les capacités d’intégration au sein d’une unité opérationnelle), IMP2, consacrée à l’apprentissage et à la maîtrise des techniques dévolution individuelle et des règles de sécurité permettant la concrétisation des opérations de secours et sauvetages des victimes au niveau des milieux en question et IMP3, destinée à la préparation des formateurs ainsi qu’au commandement.
Vous êtes également, d’avis, tout comme moi, que la présence des « hommes araignées » qui en sont issus, est essentielle dans le détachement d’intervention héliporté que la Protection civile compte mettre sur pied. A Bouira, par exemple, où pas moins de 14 agents du GRIMP ont été sélectionné pour une expérimentation dans la lutte contre les feux de forêts et concernant leur mise en condition d’intervention sur des zones inaccessibles par voie terrestre, leur appui serait décisif face aux difficultés que peut présenter la topographie du terrain. Ils pourraient aussi être mis à contribution dans des opérations de secours et sauvetages déclenchées lors des inondations ou en milieu aquatique, en mer ou au niveau des barrages ou retenues collinaires, grâce à l’hélitreuillage…

El-Djazair.com : La Protection civile a initié un programme de formation et de sensibilisation à destination de la population. Le résultat est-il conforme à vos espérances?

Le colonel Mustapha El-Habiri : Comme vous le savez, la sécurité n’est pas l’apanage de la seule Protection civile. Elle est, en réalité, l’affaire de tous et donc, tout citoyen doit s’y impliquer et apprendre à porter secours parce qu’il en est un maillon essentiel.
La campagne nationale de formation en matière de secourisme destinée au grand public que nous avons initiée en novembre 2010 répondait au souci de récupérer ce maillon manquant de la chaîne de secours et de lui restituer le rôle vital qu’il est en mesure en même temps qu’en devoir de tenir lors des situations d’urgence ou de catastrophe.
Dès le lancement de cette vaste opération qui avait pour objectif de former « un secouriste par famille » aux gestes de premiers secours à effectuer en présence de quelque victime, retenu comme slogan de la campagne par la suite, et eu égard à l’enthousiasme qu’elle a pu susciter, notamment chez les jeunes, elle a fini par toucher toutes les catégories sociales; en raison, particulièrement, des valeurs de solidarité, d’entraide et d’altruisme qu’elle encourageait et auxquelles elle redonnait sens et droit de cité. En plus de cela, elle permet d’inculquer et de répandre la culture secouriste au sein de la société et d’offrir aux citoyens l’opportunité de connaître et de se familiariser avec les gestes appropriés qu’ils se doivent de pratiquer en cas de besoin, car sans ce savoir-faire-faire, ceux parmi eux qui peuvent être témoins d’un accident ; en voulant porter secours à une victime, pourraient bien en aggraver l’état.
Actuellement, nous comptons près de 100.000 ou plus exactement 95.187 secouristes formés à travers l’ensemble des wilayas du territoire national dont 17.473 femmes formés, ce qui est quand même une encourageante performance dans un pays où les pesanteurs sociales et autres préjugés demeurent encore tenaces. Le capital confiance dont nous jouissons nous met dans les meilleures dispositions en vue de l’accomplissement de cette mission et renforce davantage notre confiance dans les chances de son succès.
3000 parmi ces secouristes ont été sélectionné pour constituer les groupes de secouristes volontaires de proximité (SVP). Ces derniers ont été constitués pour faire face convenablement aux situations d’urgence ou de catastrophe. Ils sont capables d’intervenir dans leurs quartiers au moment de la survenue de quelque désastre, en attendant l’arrivée des premières équipes de secours et la montée en puissance de nos moyens. Ils ont été constitués également, aux fins de mettre en application la stratégie de l’Etat consacrée au travers de la Loi 04/20 du 25 décembre 2004, relative à la prévention des risques majeurs et à la gestion des catastrophes qui incite les pouvoirs publics à impliquer la société civile dans la prise en charge des effets des catastrophes. Grâce à cette stratégie de formation des citoyens aux gestes qui sauvent, les walis disposent désormais d’une formidable force de réserve de secouristes que la DGPC peut mobiliser en cas de nécessité.

El-Djazair.com : La Protection civile a aussi entamé un cycle de manœuvres. Dans quel but ?

Le colonel Mustapha El-Habiri : Parler du but de ces cycles de manœuvres organisés par la DGPC, nous renvoie à une rétrospective obligée des conditions d’impréparation dans lesquelles nous nous sommes trouvés au lendemain des catastrophes telles que les inondations de Bab El-Oued ainsi que le séisme de Boumerdès et de la désorganisation dans laquelle l’ensemble des intervenants se sont débattus avant de pouvoir réagir…
Résultant du retour d’expérience ayant fait suite à ces situations de catastrophes et des enseignements qui en ont été tirés en matière d’organisation opérationnelle, la création, en 2004, des détachements de renfort aux premières interventions (DRPI), dédiés au sauvetage déblaiement, a constitué l’une des premières et plus importantes réponses apportées par la Direction générale de la Protection civile aux préoccupations liées à la prise en charge des risques majeurs dont entre autres les séismes et les inondations auxquels l’Algérie est confrontée.
Ces détachements spécialisés qui allaient se composer, au départ d’une soixantaine puis d’une quatre-vingtaine d’éléments par la suite, dotés de l’ensemble des équipements et matériels aussi bien individuels que collectifs dédiés aux secours et sauvetage nécessaires à l’accomplissement de la mission de sauvetage déblaiement et jouir, en cas de mobilisation, d’une autonomie complète d’une dizaine de jours sur les plans de la restauration et de la logistique, leur permettant d’être indépendants de toute prise en charge externe, ne pouvaient bénéficier de la confiance du commandement qui devait en orienter le déploiement opérationnelle qu’après de sérieuses mises à l’épreuve du terrain, à travers l’organisation d’exercices et de manœuvres grandeur nature .
Le temps de mobilisation des détachements dans les deux heures qui suivent la catastrophe, le type de commandement pyramidal et sa forte hiérarchisation, imposé par la nécessaire maîtrise du déploiement des équipes d’intervention et leur orientation, l’utilisation systématique de la cartographie, l’exploitation judicieuse des réseaux de liaison et de communication numériques… ont été imposés par les impératifs de rapidité d’exécution des actions et de leur efficacité sur le terrain.
Corriger les erreurs et lacunes constatées lors des exercices précédents, affiner et parfaire l’organisation et la coordination à tous les échelons du commandement opérationnel, maximiser le rendement et surtout l’efficacité des équipes d’intervention grâce à la rationalisation de leur déploiement et à une meilleure répartition des tâches et missions à accomplir sont l’objet du programme de manœuvres d’une durée de quatre (04) mois mis en œuvre depuis le 13 mars 2017, concernant les DRPI, répartis en groupes de quatre (04) à cinq (05) détachements mis en alerte inopinée et devant rallier une wilaya proche dans les deux heures qui suivent l’alerte en question.
Si les buts recherchés à travers ces exercices périodiques visent à tester leurs réactivité, degré de préparation et capacité de réponse, à les mettre, à chaque fois, en situations proches du réel, à leur permettre d’améliorer leurs techniques d’approche et savoir-faire sur le plan de l’action opérationnelle; nécessaires à une meilleure prise en charge des missions de secours et sauvetages échues; l’objectif essentiel est de les maintenir en état de pré-alerte, car la survenue d’un séisme ne prévient jamais…

El-Djazair.com : On est à la veille de la saison estivale, synonyme, malheureusement, de noyades et surtout de feux de forêts. Qu’en est-il des préparatifs et de la mobilisation des éléments de la Protection civile ?

Le colonel Mustapha El-Habiri : Les campagnes de lutte contre les feux de forêts et de surveillance des plages et baignades sont, chaque année, précédées de regroupements régionaux (Est et Ouest) dédiés à leur préparation et à la mise en œuvre de mesures ainsi que d’actions concertées en vue d’en garantir le succès, basées sur les enseignements tirés des expériences vécues lors des saisons estivales passées.
Concernant le dispositif de prévention contre les feux de forêts, et en sus des opérations de sensibilisation ponctuelles, matérialisées par l’organisation de journées portes ouvertes destinées au public et de caravanes locales et régionales visant à conscientiser les citoyens (usagers de la route, riverains, agriculteurs, fermiers, randonneurs et autres…) à propos de l’importance et de la vitalité du patrimoine forestier et de la nécessité d’en assurer la protection, nous prenons une part active dans sa préparation en participant aux réunions de coordination tenues au sein de la Commission nationale de protection des forêts (CNPF) par l’effort de sensibilisation que nous déployons en vue de la concrétisation des travaux préventifs nécessaires d’avant-saison, prévus par la règlementation et se résumant dans l’installation de postes de vigie au niveau des massifs forestiers, l’ouverture et l’entretien des pistes à l’intérieur des forêts, la réalisation de tranchées pare-feu autour des exploitations agricoles situées à proximité ou à l’intérieur des forêts, la localisation des points d’eau, le désherbage des accotements des routes et autres voies ferrées ainsi que les bandes de traversée des lignes électriques pour ce qui est de l’aspect préventif et dont la prise en compte constitue la condition essentielle du succès de la campagne.
Pour ce qui a trait au volet opérationnel, nous déployons un important dispositif se traduisant par une contribution effective à la prévention contre les incendies de récoltes, en mettant à la disposition des agriculteurs des camions anti-incendie et autres moyens d’intervention lors de la campagne de moisson-battage, en installant des dispositifs de proximité à hauteur des massifs forestiers sensibles et reconnus pour la vulnérabilité de leur couvert végétal.
Nous procédons également, au renforcement des unités d’intervention situées non loin des forêts, en hommes et en moyens d’intervention adaptés, grâce à l’apport des 22 colonnes mobiles, réparties à travers les wilayas forestières et à vocation agricole, afin de lutter efficacement contre les départs de feu.
Quant à la campagne de surveillance des plages et baignades, et malgré les campagnes de sensibilisation, concrétisées à travers la réalisation de spots ainsi que la distribution de dépliants et prospectus appelant au respect des consignes et règles de sécurité relatives à la baignade et mettant en garde contre les innombrables dangers de la mer et l’interdiction frappant la fréquentation des barrages et autres plans d’eau, près de 50.000 personnes ont été sauvées d’une noyades certaine, au cours de la saison estivale 2016 grâce à la vigilance et à l’intervention rapide des éléments de la Protection civile (surveillants professionnels, saisonniers et plongeurs professionnels réunis), alors que 124 estivants ont péri noyés au niveau des plages et 106 au niveau des barrages, rivières et plans d’eau.
Si les raisons de cette hécatombe sont à imputer à l’inobservation des règles et consignes de sécurité qui régissent la baignade par les estivants et le peu de réceptivité que témoigne, particulièrement une bonne partie des jeunes parmi eux à l’égard de toute injonction limitant leur liberté et freinant leur instinct de plaisir qui l’emporte souvent sur celui de la prise de conscience des dangers, dut-elle être exprimée à l’effet de conforter leur sécurité et protéger leurs vies; ceci ne doit nullement entamer notre détermination quant aux efforts à consentir en vue de leur garantir davantage de sécurité. Un objectif qui doit se baser sur la mission de sensibilisation, grâce à la diffusion de spots télévisés ou radiophoniques, de supports d’information et de vulgarisation sur la prévention des risques de noyades à l’intention des estivants, sous-tendue par l’organisation de caravanes de sensibilisation de proximité à l’adresse des habitants des régions côtières ou à destination des estivants au niveau des plages ainsi que dans l’intérieur du pays, au niveau des barrages, retenues collinaires et autres plans d’eau, consolidée par le pourvoi des postes de plages en personnels (surveillants professionnels et saisonniers) motivés et expérimentés, dotés de l’ensemble des équipements spécifiques nécessaires à la surveillance et à la sécurité des baignades (palmes, masques et tubas, jumelles, sifflets, bouées de sauvetage, trousses de premiers secours, planches, porte-voix), un matériel dont le renforcement est d’ailleurs en vue pour la saison estivale 2017, sans omettre l’apport en moyens logistiques que sont les miradors, les embarcations légères, le balisage ainsi que la mobilisation d’ambulances à proximité des postes aménagés au niveau des plages les plus sensibles et les plus fréquentés…

El-Djazair.com : Par rapport à la prise en charge des situations d’urgence et de catastrophe, la coopération est sans doute nécessaire. Où en êtes-vous au jour d’aujourd’hui, Monsieur le Directeur Général ?

Le colonel Mustapha El-Habiri : La prise en charge des situations d’urgence et de catastrophe est un domaine très complexe et très évolutif qui nécessite sans doute une coopération aussi bien sur la scène nationale qu’internationale et ce dans les domaines de prévention, de préparation et de réponse. La coopération en matière de prise en charge des situations d’urgence et de catastrophe contribue largement au renforcement de notre système de prévention et de gestion des événements majeurs à travers les enseignements tirés suite aux catastrophes survenues au niveau national et à l’étranger.
Au niveau national, nous avons développé une coopération avec nos différents partenaires à travers des actions de formation, des séminaires et des exercices de terrain grandeur nature. Ces actions nous ont permis d’instaurer des procédures communes de prise en charge des situations d’urgence favorisant la complémentarité dans les actions imparties à chaque acteur.
En ce qui concerne la coopération étrangère en matière de prise en charge des catastrophes, nous nous sommes intéressés au standard européen et onusien. Il est clair que la protection civile algérienne a acquis beaucoup d’expériences suite aux catastrophes qu’a enregistrées notre pays, cependant, le standard international est de plus en plus recherché pour une meilleure interopérabilité des équipes et une rationalisation des ressources humaines et matérielles utilisées dans les zones sinistrées. Dans ce cadre, la Protection civile a développé plusieurs programmes de coopération, principalement, avec la France, les Etats-Unis, l’Union européenne, l’OIPC et ONU. Nous sommes également ouverts envers d’autres programmes de coopération qui vont se concrétiser dans le futur proche, plus particulièrement, avec l’Espagne et l’Italie.

El-Djazair.com : En mai 2013, l’Algérie s’est dotée d’un bureau d’appui régional du programme des Nations unies pour la gestion des catastrophes naturelles « UN-Spider » qu’abrite le Cenac de la DGPC. Pourquoi l’Algérie ? Quelles sont les missions de ce bureau.

Le colonel Mustapha El-Habiri : Dans le cadre de la mise en œuvre du programme des Nations unies pour l’exploitation de l’information d’origine spatiale aux fins de la gestion des catastrophes naturelles, le Comité des utilisations pacifiques de l’espace extra-atmosphérique (COPUOS) des Nations unies a recommandé lors de sa 49e session, tenue à Vienne du 7 au 16 juin 2006, la mise en place d’une entité internationale pour assurer la coordination et fournir les moyens d’une optimisation réaliste de l’efficacité des services spatiaux pour les besoins de la gestion des catastrophes.
En décembre 2006, l’Assemblée générale des Nations unies a convenu de désigner l’entité « Plateforme des Nations unies de données spatiales pour la gestion des catastrophes et des interventions d’urgence (UN/Spider) en tant que programme du bureau des affaires spatiales (BAS) des Nations unies. Dans ce cadre, la Direction générale de la Protection civile algérienne a été retenue pour abriter le bureau d’appui régional pour la région Afrique du Nord et du Sahel. Ce bureau est encadré par l’ASAL via une liaison spatialisée directe avec la DGPC. L’inauguration officielle du bureau d’appui régional d’Alger, a été effectuée le 6 mai 2013 au niveau du siège de la DGPC, en présence de Mme Mazlane Othmane, directrice du Bureau des affaires spatiales des Nations unies et Azzedine Oussedik, directeur général de l’ASAL.
L’Algérie a été retenue pour abriter ce bureau d’appui régional par rapport à l’émergence de ces activités sur la scène internationale dans les domaines spatiales et de protection civile. D’un côté, la Protection civile dispose d’un centre national de coordination qui suit l’action opérationnelle 24H/ 7j aussi bien sur la scène nationale qu’internationale et peut recevoir à n’importe quel moment une demande d’assistance dans le cadre de la solidarité internationale suite à la survenance des catastrophes majeures dans la région, d’autre part l’ASAL, à travers ses satellites d’observation de la terre, est devenu un partenaire très actif dans le domaine d’acquisition et de mise à disposition des données spatiales pour la gestion des catastrophes et des interventions d’urgence.
Mission bureau d’appui régional d’Alger :
collaboration et coordination entre les centres d’expertise nationaux et régionaux pour l’utilisation de la technologie spatiale dans la gestion des catastrophes naturelles, dans la région Afrique du Nord et Sahel ;
mise en place de mécanismes de coordination entre l’entité internationale des Nations unies et les services chargés de la protection civile et les institutions chargées de l’activité spatiale dans la région d’Afrique du Nord ;
mise en place d’un réseau nord-africain ;
mise à la disposition des services régionaux compétents de produits spatiaux à valeurs ajoutées, destinés à la prévention et à la gestion des catastrophes naturelles ;
élaboration d’un catalogue régional des catastrophes naturelles qui surviennent dans la région ;
mise en œuvre d’une base de données géographique régionale, orientée sur les catastrophes naturelles.

El-Djazair.com : A la Protection civile toute une sous-direction est dédiée aux statistiques et à l’information. Avec justement, la mise en place du Centre national de l’information (CNI), vous semblez privilégier la relation avec les médias. Que peut-on dire de cette relation ? Et quel est l’objectif recherché ?

Le colonel Mustapha El-Habiri : Sans l’appui des médias, nous serions presque condamnés de faire du surplace en matière de sensibilisation, malgré l’importance des moyens aussi bien humains et matériels que nous mobilisons afin de permettre à nos actions d’atteindre un public de plus en plus large.
Parce qu’ils ne sont pas des relais publicitaires, nous devons les convaincre de la pertinence de nos options, de la nécessité du renforcement de nos capacités pour pouvoir faire face aux nombreux risques qui menacent la société, de celle de l’implication de tous, y compris du citoyen afin de réduire les effets dommageables des situations de catastrophes. En les associant à tout ce que nous faisons comme pas dans ce sens et en leur donnant l’occasion de s’imprégner de la complexité et de la diversité de nos missions, nous arrivons à les convaincre de l’importance des tâches que nous sommes en devoir d’accomplir et de leur caractère vital pour qu’à leur tour ils puissent parvenir à persuader leur lectorat et nous permettre de sensibiliser le plus large public.
N’a-t-on pas impliqué les journalistes dans la campagne du secourisme de masse en les faisant bénéficier de formation en la matière, afin de mieux leur permettre d’être dans les meilleures dispositions pour pouvoir sensibiliser le large public quant à la nécessité d’apprendre les gestes qui sauvent ? N’avons-nous pas associé les représentants des médias (toutes presses confondues) à un cycle de formation en communication de crise, animé par des spécialistes étrangers pour pouvoir en faire des relais positifs en cas de situation de crise majeure ?
D’ailleurs, peut-on interpréter autrement la mise en place de ce Centre national de l’information, que d’être l’expression d’une volonté d’œuvrer de concert avec la presse pour la promotion d’une information utile à tous, à travers un effort de sensibilisation visant la propagation et l’ancrage de la culture préventive au sein des couches les plus larges de la société. C’est grâce à cette presse qui fait du devoir d’informer son crédo et qui se sent responsable que nous comptons atteindre la plénitude des objectifs que nous nous sommes fixés.
 
 F. H.



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