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N° 125 - Dec 2019

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ELECTION PRESIDENTIELLE DU 12 DECEMBRE 2019

« Pour une République des institutions, pas celle des humeurs »

Azzedine Mihoubi, Secrétaire général par intérim du RND:

Entretien réalisé par El yazid DIB



El-Djazair.com : El-Djazair.com : En dehors des aléas de la crise multidimensionnelle le transcendant, le pays souffre également de ce manque criant de ce qu’on appelle un « projet de société ». En aviez-vous tenu compte et dans quelle dimension croyez-vous l’atteindre ? On reviendra ensuite à votre programme. 

 

Azzedine Mihoubi : Notre concept dans ce cas-là dépasse tout programme, ce sont l’effort commun et le travail de longue haleine qui feront aboutir tout projet. Faire émerger une nouvelle société ou faire prendre un déclic à celle existante ne peut se contenir dans un discours électoral. C’est le devoir civique et patriotique auquel il faudrait faire appel, loin de tout enracinement idéologique ou politique. Un projet qui émanera de la volonté populaire et uniquement d’elle. Il vise à rassembler tous les Algériens sans exclusive. Il s’agit de l’Algérie de demain. Nous tiendrons à développer le sens du partage en éradiquant l’individualisme qui tue toute entreprise sociétale. L’Algérien est par définition généreux, solidaire et possède un comportement exemplaire pour être au côté de son semblable. Il suffit que l’effet de rejet de l’autre soit réduit afin de l’anéantir et de faire disparaitre tout sentiment d’animosité ou d’adversité notamment lorsqu’il s’agit du destin national ou des grands défis. Notre projet de société est à dessiner par celles et ceux que j’aspire servir comme président de la République.     

 

El-Djazair.com : Nous voilà dans le programme.  Comme tout candidat, vous avez, et c’est évident, élaboré un document. Quels étaient les éléments essentiels sur lesquels ce programme avait été dressé ? 

 

Azzedine Mihoubi : Il est en fait le produit d’un sérieux diagnostic dressé par nos spécialistes chacun en son domaine, de surcroît tenant compte de la substance des revendications populaires.  Si nous tenons à faire plus de 200 mesures, notre plus grand défi reste néanmoins cette reconquête de la confiance perdue, qui sans elle, nul programme n’aurait à réussir. D’où mon engagement à travailler pour concrétiser davantage de résultats au profit de la consolidation et du respect des principes cardinaux régissant un Etat fort et juste, que sont la séparation des pouvoirs et leur indépendance, la suprématie de la loi, la sacralité de l’égalité, l’assurance d’une justice libre, la promotion de la citoyenneté.  Autant de choses qui nous manquent pour parachever tout le processus de l’édification de notre nation. C’est ainsi dire qu’il y a un grand besoin de la matière démocratique, institutionnelle qui, avec ce que contient notre programme, serait une réponse pragmatique et adéquate pour combler et satisfaire ce besoin. Encore une fois, j’affirme que nous nous basons particulièrement sur la nécessité impérieuse de rétablir le critère confiance lequel n’aboutira à ses fins que par l’adhésion de tous les citoyens. Il est vrai que ce citoyen a vécu aussi une crise dans la légitimité représentative. Il ne s’identifiait plus en ses représentants. Il y avait un immense fossé qui séparait le citoyen tant de ses gouverneurs que de ses élus.  Je dois aussi souligner que notre programme brasse pratiquement toutes les innovations ou ajustements dont a besoin l’Algérie : du « rêve du Sahara » à la modernisation et numérisation de l’école algérienne au renforcement de la diplomatie économique. Le temps est insuffisant et je m’en excuse pour vous décliner tous les axes du programme. 

 

El-Djazair.com : Mais là encore faudrait-il que vous ayez prévu des approches, une stratégie d’ensemble, des priorités. Quelle est leur teneur ?

 

Azzedine Mihoubi : Réinstaurer cette confiance qui fait largement défaut entre le peuple et l’Etat avec tous ses démembrements, ouvrir un débat en totale liberté d’expression sur une relance économique frappée du sceau de l’urgence, telles sont quelques priorités, mais en fait tout est pratiquement prioritaire. L’Algérie de demain est un grand chantier et résoudre ses multiples couacs ne se résume pas à une ou deux priorités.  Il est envisagé d’aller vers la création d’un mégaministère de l’économie qui permettra de promouvoir le rôle consultatif du Conseil national économique et social.  Tout ceci doit se concevoir dans un pack managérial d’aération et de flexibilité de l’arsenal juridique national inhérent au volet économique et à la sphère des affaires et de la finance productive. En conséquence de quoi la valorisation des outils liés à l’investissement connaitra sans doute un engouement dans tous les secteurs sans exception. Sachant que l’abrogation de la règle 51/49, à l’exception de ses dispositions relatives aux secteurs stratégiques tels que l’énergie, permettra corrélativement une création de richesse et d’emploi.

 

El-Djazair.com : La rue, depuis le 22 février, ne cesse chez certains de revendiquer une nouvelle république, un changement radical du système. Quelle est votre perception des faits ? 

 

Azzedine Mihoubi : écoutez, le monde des concepts est vaste et chacun y va de ses propres convictions, mais à mon sens et selon les miennes, l’on ne doit pas parler de « nouvelle république », ce concept est un peu vicieux, comme celui de la 2e République. Nous, nous ne faisons pas construire et déconstruire des républiques. La nôtre émane de la déclaration du 1er Novembre. C’est l’acte fondateur et indétrônable de l’Etat algérien et de sa république populaire et démocratique. Cependant, nous nous attachons à ériger au sein même de cette république des institutions fortes, respectables. Je dirais encore à ce propos qu’il ne peut y avoir une bonne ou mauvaise république, il n’y a, le cas échéant, que des régimes, des modes de gouvernance, des styles de fonctionnement qui, selon les uns ou les autres, mettent en avant ou le mérite, le talent et la compétence ou tout à fait leur contraire. C’est ce système comme vous dites et que le peuple rejette que nous voulons enterrer à jamais pour ouvrir de nouveaux horizons vers un avenir qui ne peut être que radieux. Nous, nous sommes pour la république des institutions et non celle des humeurs.

 

El-Djazair.com : Notre magazine est lu également à l’étranger, notamment par la communauté algérienne. Avez-vous consacré une part de vos actions à nos concitoyens non résidents ?

 

Azzedine Mihoubi : Sans aucun doute. Nous avons la même mère-patrie. Je salue leur haut sens du nationalisme et les inquiétudes, comme tout le peuple, qu’ils portent à la situation actuelle. Alors parmi certaines actions, nous allons instituer un Conseil national qui prendra en charge dans un cadre de concertation toutes les inquiétudes de notre communauté installée à l’étranger. Plus que ça, son contexte se déclinera en une plate-forme de propositions et de résolutions d’abord des situations complexes auxquelles elle serait confrontée mais aussi de contributions et de participation active à la vie politique et économique du pays. Cette partie de nous même qui vit à l’étranger a les mêmes droits comme les devoirs de leurs compatriotes et devra contribuer largement par l’avis, l’initiative, le génie, le brio, la technologie, le lobbying au développement de tous les segments multisectoriels du pays. 

 

El-Djazair.com : Il existe plusieurs affaires liées à la corruption qui sont traitées dans les instances juridictionnelles, si je ne vous demande pas de les commenter (rire), je vous demande qu’avez-vous prévu pour ce volet-là ?

 

Azzedine Mihoubi : La lutte contre la corruption continuera avec détermination. C’est une œuvre de grande salubrité publique qu’il faudrait capitaliser au seul profit d’une économie saine et d’un comportement civique notamment public dénué de tout esprit ou préméditation répréhensible ou prêtant à équivoque. La lutte est à mener d’abord sur le plan préventif, laissant par la suite la justice prendre le relais répressif qui s’impose conformément aux lois de la République. Ce fléau, qui a gravement nui à l’économie nationale et gangrené les différents rouages étatiques, doit par tous les moyens être combattu. C’est une grande blessure dans les vertus et les constances nationales. Dans notre programme, il est prévu des mesures variant entre la consolidation des instruments juridiques et institutionnels, le renforcement des capacités de contrôle et d’alerte, le cadrage par la traçabilité de toute transaction susceptible de sensibilité corruptionnelle. Il va sans dire que la légalité doit primer toute autre considération. 

 

El-Djazair.com : Il existe actuellement plusieurs tenants et aboutissants dans la complexité de la crise politique actuelle. Le hirak, les partis, l’Etat-major de l’armée, les citoyens et probablement d’autres forces occultes. Quelle est votre analyse là-dessus ?

 

Azzedine Mihoubi : Le hirak ou plus exactement le harak, né le 22 février, était perçu comme une colère nationale, un cri de ras-le-bol de la situation qui prévalait. Le peuple dans son ensemble est sorti pour dire ce qu’il n’avait pu exprimer durant des années. Il y avait énormément de revendications, ce qui a ramené toute la classe politique à observer une halte, presqu’une remise en cause et se mettre en adéquation avec ce soulèvement populaire. En fait, il a libéré tout le monde. Quant à l’Etat-major de l’Armée nationale populaire, tout le monde sait qu’il était le premier acteur institutionnel à déclarer accompagner le mouvement et faire appliquer les articles 7 et 8 de la Constitution disant que tout pouvoir appartient légitimement au peuple. Ainsi l’institution militaire qui est d’essence populaire a tout le temps était du côté du peuple dans toutes les péripéties. Pour les partis, chacun a fait ses propres analyses. Eh bien oui, dans tout mouvement, il y a de l’infiltration et de la récupération. Vous pensez que l’Algérie n’a pas d’ennemis blottis quelque part, n’a pas d’aigris, de nostalgiques et de jaloux ? C’est une question de survie de leurs intérêts et de positionnement dans une nouvelle géopolitique qu’ils espèrent tracer. Ceux qui veulent voir le chaos s’installer certes ont un agenda extérieur et malheureusement porté par des voix intérieures, et ce n’est pas la langue de bois de dire cette vérité qui singularise cette période sensible. Nous dirons qu’heureusement l’Armée nationale populaire, le commandement de son état-major et le peuple sont là pour veiller à la sécurité et à la stabilité du pays, de sa souveraineté et de son intégrité territoriale.

 

El-Djazair.com : Nous sommes en pleine campagne électorale, l’information rapporte qu’à chaque sortie d’un candidat des incidents, voire des scènes de ceux qui sont contre ces élections ont lieu.  Quelle lecture en faites-vous et quel est finalement votre dernier mot ?

 

Azzedine Mihoubi : Il n’y a pas d’incidents, cependant des gens qui ont toute la liberté de manifester s’organisent pour exprimer leur avis, sans pour autant arriver à créer des événements fâcheux ou violents. C’est leur droit. C’est justement dans cette démarche d’assurer l’avis contraire que notre programme tend à garantir le droit d’expression à toutes les tendances. Nous privilégions le dialogue et iront inchallah pour l’instituer comme canal d’échange et de partage. En dernier mot, je dois dire, car je suis entièrement convaincu que les élections sont le meilleur moyen sinon l’unique pour laisser le peuple choisir librement son Président. Alors j’exhorte les Algériennes et Algériens d’aller d’abord voter et en masse et puis voter Mihoubi (rire).

 

El-Djazair.com : Merci…mais avant de terminer cet entretien, une toute dernière question si vous permettez. Avez-vous en projet l’écriture de quelque chose ou éventuellement quel sera votre prochain ouvrage ?

 

Azzedine Mihoubi : L’écriture ne s’arrête pas, mais il y a plus important en ces temps-là qu’écrire, c’est faire, agir et activer. Je compte et je m’engage si le peuple m’offre sa confiance à faire et à réaliser ensemble le grand roman national républicain et démocratique. Nous allons refaire et réécrire le pays page par page. 

 

E. Y. D.

 



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