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N° 123 - Oct 2019

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ELECTION PRESIDENTIELLE DU 12 DECEMBRE 2019

« L’adhésion et la participation massive de la population sont indispensables »

Ali Draâ, chargé de communication de l’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE)

Entretien réalisé par Yahia MAOUCHI



El-Djazair.com : Pouvez-vous nous présenter succinctement la haute Autorité nationale indépendante d’organisation et de surveillance des élections ?  

Ali Draâ :   L’autorité remplace l’ancienne commission chargée d’organiser les élections précédentes. C’est une loi organique signée par le Chef de l’Etat pour répondre aux revendications du Hirak du 22 février, qui demande, la transparence des élections. De ce fait, le pouvoir politique en place a répondu favorablement à la demande de la population, pour créer une instance suprême, qui s’appelle l’Autorité nationale indépendante des élections. Cette autorité a pour tâche d’organiser, de contrôler et de proclamer les résultats des élections. Elle est composée de 50 personnes, dans un président, en la personne de Mohamed Charfi, et moi-même en tant que responsable de la communication au sein de cette instance. Rappelons que cette autorité a été installée le 15 septembre, le jour-même de la convocation du corps électoral. L’objectif voulu derrière la création de cette autorité est d’assurer une élection présidentielle transparente. Pour cela, nous sommes actuellement dans une course contre la montre. Le temps presse. Nous avons commencé par la révision des listes électorales, juste après nous avons procédé à l’installation des commissions au niveau communal présidées par un magistrat et trois citoyens inscrits sur la liste des électeurs. Ces derniers ont déjà commencé à effectuer l’opération d’inscription et de révision des listes électorales. L’opération suit toujours son cours dans les meilleures conditions possibles. En parallèle, une commission juridique a commencé à travailler avec les textes d’application pour la loi organique, et les transmettre aux commissions locales pour application. Le président de l’Autorité a signé également plusieurs décrets et communiqués durant cette période. En outre, nous avons une commission d’installation des commissions de wilayas, dont le nombre des membres oscille entre 5 et 15 personnes au niveau de chaque wilaya. Toutes ces opérations ont été achevées. Pour une meilleure transparence, nous avons établi un plan de communication, dont je suis le responsable, pour communiquer toutes les informations nécessaires à l’organisation de cette importante échéance électorale. Nous essayons de répondre à toutes ces questions même si la tâche n’est pas facile. Il faut signaler que les membres de l’autorité sont conscients des enjeux. Pour cela, je dirais que nous sommes en train d’avancer doucement mais sûrement.

El-Djazair.com :  Quels sont l’objectif et le rôle principal que devrait jouer l’Autorité nationale indépendante des élections ?

Ali Draâ : Notre objectif est de terminer toutes les opérations dont nous sommes chargés, avant le jour J, mais également d’assurer les meilleures conditions pour une élection transparente qui réponde aux attentes de nos citoyens. Rappelons que nous avons arraché les prérogatives dont jouissaient le ministère de l’Intérieur, des Collectivités locales et de l’Aménagement du territoire, de la Justice, du ministère des Affaires étrangères et du Conseil constitutionnel.  Nous travaillons aujourd’hui sans aucune interférence dans nos prérogatives. Certes, ce n’est pas une mince affaire, mais avec la mobilisation de tous les citoyens nationalistes qui aiment leur pays, le défi sera relevé. Nous sommes en train d’assumer et d’effectuer de grandes opérations pour être à la hauteur de la confiance de nos électeurs. Mieux encore, nous sommes en train de travailler sur la création d’un nouveau fichier national des élections. Un fichier national qui ne dépendra plus de l’état civil. C’est un fichier spécial élection. C’est une première en Algérie. A cet effet, nous disposons d’un programme d’autonomisation du schéma d’information et des applications d’informatiques, qui nous permettront d’avoir la traçabilité de toutes les étapes de l’opération. Par ailleurs, notre rôle est de sensibiliser la population et de veiller à ce que le scrutin soit transparent et propre.

El-Djazair.com : Peut-on dire que toutes les conditions propices à la tenue de l’élection présidentielle sont réunies ? 

Ali Draâ : Effectivement je peux vous assurer que toutes les conditions sont réunies pour réussir ce scrutin. Mais il faut dire aussi que c’est un défi à relever pour répondre à la demande de la population, qui revendique une transparence dans l’organisation et le déroulement de cette échéance électorale, mais aussi à l’Algérie nouvelle, démocratique, libre. Il faut s’inspirer des expériences des autres grands pays démocratiques. Il faut également respecter l’alternance au pouvoir. Un grand défi à relever. On ne peut pas laisser le pays entre les mains de quelques individus, qui ne respectent pas la volonté populaire. Devant cette situation, l’autorité politique actuelle est en train de travailler pour restituer la souveraineté au peuple algérien. La volonté politique sincère existe aujourd’hui pour aller vers un changement tant attendu, c’est le plus important,

El-Djazair.com : Vos prérogatives vous assurent-elles une totale indépendance du pouvoir politique, législatif, militaire et judiciaire ? Aucune interférence dans l’exercice de vos fonctions ?

Ali Draâ : Nous appliquons la loi telle qu’elle, et nous ne dépendons de personne, soit morale ou physique. Nous dépondons uniquement de la loi, nous n’allons jamais accepter de travailler sous pression de qui que ce soit. Nous dépendons du peuple et de ce Hirak, nous dépendons des revendications de la population qui espère l’alternance, la souveraineté populaire, la démocratie et la liberté…, ce sont des choses magnifiques. Et nous n’allons jamais accepter, quelle que soit la pression que nous allons subir, de trahir la confiance de nos électeurs. A cette occasion, je lance un appel à la population pour qu’elle nous aide à réussir ce rendez-vous électoral important, parce que, sans l’adhésion massive de la population, nous ne pourrons rien faire. Il faut qu’elle participe massivement aux élections.

El-Djazair.com : Comment assurer donc un scrutin libre et transparent dans le contexte actuel de méfiance et de défiance ? Quels sont les mécanismes qui doivent être mis en place ?

Ali Draâ : Nous avons mis en place les mécanismes de la loi organique. Il y aura une traçabilité de toutes les étapes, de l’envoi du PV jusqu’à la proclamation des résultats de l’élection. Les bureaux de vote seront contrôlés par la population et l’instance qui chapeautera toutes les étapes du scrutin. Plus de 550 000 personnes vont contrôler le scrutin, en plus des représentants des candidats au niveau des bureaux de vote. En somme, la population pourra contrôler l’élection le jour J. Pour cela, la participation massive de la population est très importante pour parer à toutes éventuelles tentatives de fraudes.

El-Djazair.com : Pensez-vous que le délai de 90 jours soit suffisant pour l’organisation de cette élection ?

Ali Draâ : Avec la volonté de Dieu et de tous les Algériens, je dirais que c’est jouable. Maintenant, je sens qu’il y a une adhésion de tout le monde. Nous avons réussi la première étape des préparatifs, la deuxième étape, c’est le retrait des formulaires de souscription de signature individuelle. Une étape qui s’achèvera le 25 octobre. Et nous aurons ainsi le temps nécessaire pour organiser les autres étapes. En parallèle, nous sommes en train de travailler sur d’autres choses, l’acheminement des bulletins, et des cartes de vote, tout cela, est en train de se faire. Des commissions installées sont en train de travailler là-dessus.

El-Djazair.com : Peut-on considérer, partant de là, que toutes les prérogatives des trois ministères, en plus du Conseil constitutionnel, vous ont été déjà transférées ? 

Ali Draâ : Nous disposons des prorogatives de tous ces ministères, en plus de celles du Conseil constitutionnel, qui sont attribuées maintenant à la haute instance. C’est tout le monde qui adhère avec nous, notamment les commis de l’Etat, les administrateurs, les responsables locaux et de wilayas. Tout le monde participe.

El-Djazair.com : Serez-vous intransigeants quant à la question de la fraude et de la transparence des élections?

Ali Draâ : Evidemment, s’il y a des dépassements nous allons bien sûr les dénoncer, et nous n’allons pas nous taire. Sinon à quoi aura servi cette autorité si nous ne veillons pas sur la transparence des élections. C’est notre engagement pour la création de la nouvelle Algérie. Nous allons respecter la volonté populaire, et répondre à ses attentes, notamment en matière de transparence des élections, et nous allons continuer notre engagement jusqu’à la fin de l’opération de vote.

El-Djazair.com : Sommes-nous dans une rupture totale avec l’ancien régime ?  

Ali Draâ : Heureusement, sinon pourquoi nous sommes là aujourd’hui ? Si nous n’allons pas opérer une rupture réelle, nous ne pourrons jamais construire du nouveau avec de l’ancien. Il faut créer une rupture et commencer à bannir les anciennes pratiques. Ces dernières sont aujourd’hui révolues, sinon comment expliquer le Hirak du 22 février ? Qui demande aujourd’hui le changement des fondements de ce système ? Notre mission est de défendre la volonté populaire, et sa souveraineté dans le choix libre de son futur Président. Et c’est cela la souveraineté populaire, à travers les articles 7 et 8 de la Constitution.

El-Djazair.com : Pourquoi avoir fait le choix de l’élection dans le contexte actuel alors que certains revendiquent d’aller vers une période de transition et d’éliminer toutes les anciennes figures de l’ancien système, avant d’aborder l’élection présidentielle ? 

Ali Draâ : Je vous donne ma réponse personnelle, et non pas celle de l’autorité. Pourquoi aller vers une période de transition ? Qui doit désigner les responsables de la transition ? Seul le peuple a le droit de choisir soit par référendum, soit par les urnes. C’est cela la souveraineté populaire. L’idéal est de commencer alors par l’élection d’un président de la République élu par le peuple en toute transparence, et  à lui de choisir la période qu’il veut, et les réformes nécessaires à effectuer. Mais on ne peut pas continuer longtemps sans un Président élu. L’Algérie a besoin de sortir de la crise, à travers la volonté populaire, qui doit se concrétiser à travers l’organisation d’une élection présidentielle transparente. Aussi, je dirais que la période de transition pourrait envenimer la situation du pays. Tous ces problèmes seront résolus avec l’élection d’un Président élu démocratiquement.

El-Djazair.com : Comment convaincre les Algériens d’aller voter le 12 décembre face à la contestation populaire et au refus de milliers d’Algériens d’aller aux urnes ? 

Ali Draâ : Nous sommes en train de les convaincre d’aller voter le jour J. Il faut les convaincre à travers les débats, le dialogue. Il faut être avec eux sur le terrain, d’ailleurs personnellement je suis tout le temps avec eux. Je suis parmi les premiers qui ont appelé à manifester pacifiquement le 22 février. Et je suis toujours en contact avec les gens du Hirak, notamment les étudiants. Je suis avec le principe de l’élection, et non celui de désignation. 

El-Djazair.com : Le scénario du 4 juillet dernier ne risquerait-il pas de se reproduire ?

Ali Draâ : Non c’est incomparable. Cette fois-ci, c’est mieux organisé, notamment avec la création de la haute autorité de surveillance et d’organisation des élections. Je dirais que tous les moyens nécessaires pour l’organisation de ce rendez-vous électoral sont réunis. Maintenant la population attend avec impatience ce rendez-vous électoral. Dans certaines wilayas, les gens font la chaine pour s’inscrire sur les listes électorales. C’est une bonne chose, les gens se demandent jusqu’à quand nous allons rester sans président ? La nature a horreur du vide.

El-Djazair.com : Mais comment convaincre quant à la crédibilité du prochain scrutin présidentiel, alors que certains considèrent que les figures de l’ancien régime sont toujours en place ? 

Ali Draâ : La présence de quelques anciennes figures de l’ancien système va crédibiliser la thèse qu’il n’y aura pas de fraude. Il faut rappeler qu’auparavant le pouvoir présentait un seul candidat, et demande aux autres partis de le soutenir. Aujourd’hui, la participation est ouverte à tout le monde. Autrement dit, il y aura une rude concurrence entre les candidats. Il faut laisser les gens se présenter, y compris les anciens, mais pour leur barrer la route, il faut aller voter massivement pour votre candidat préféré. Une chose est sûre, il ne passera pas avec la fraude. Il n’y aura pas de candidat du pouvoir, mais l’abstention pourrait jouer en faveur d’un candidat au détriment de l’autre. Ça sera le point noir de l’élection du 12 décembre. Si vous ne participez pas massivement aux élections, vous n’aurez pas le droit de nous pointer du doigt.

El-Djazair.com : Dans son dernier numéro, la revue El-Djeich a relevé dans son édito que l’ère de la fabrication des présidents est définitivement révolue, est-ce une garantie supplémentaire pour assurer un scrutin totalement transparent et indépendant ?  

Ali Draâ : Ce n’est pas uniquement une garantie mais une décision politique très importante pour dire aux gens qu’il n’y aura pas de candidat du pouvoir, n’est de trucage électoral. L’armée se retire de ces choses-là. Elle va garantir la sécurité des élections et celle du pays. Il faut saluer ces décisions courageuses prises par notre Armée populaire qui se retire ainsi officiellement de la vie politique.

El-Djazair.com : Comment se déroule l’opération de retrait des formulaires de souscription de signatures individuelles ? 

Ali Draâ : Elle se déroule dans de très bonnes conditions, même les personnes qui ont vu leurs dossiers rejetés s’en sont vu expliquer les raisons, telles que le manque de diplôme universitaire ou carrément n’ont pas atteint l’âge exigé, à savoir les 40 ans.

El-Djazair.com : Et pour l’opération de révision exceptionnelle des listes électorales ?

Ali Draâ : L’opération se déroule dans de bonnes conditions. Je peux vous dire que 99% des communes sont touchées maintenant. L’opération est rodée et contrôlée par des magistrats, et trois personnes de chaque liste électorale communale, en collaboration avec les anciens commis qui s’occupaient de l’opération électorale.

El-Djazair.com : Que représente la presse pour vous, M. Draâ ? 

Ali Draâ : La presse est un facteur important. La critique objective nous guide vers le bon chemin. Sans l’apport des médias, il n’y aurait pas d’élection propre. Aussi, je compte beaucoup sur vous pour réussir ce scrutin présidentiel.

El-Djazair.com : Un appel à lancer aux citoyens ?

Ali Draâ : Je demande à tous les Algériennes et algériens d’aller voter massivement le 12 décembre pour créer cette Algérie nouvelle. L’Algérie, des lois, des droits, et de la souveraineté populaire. Il faut aller voter massivement pour barrer la route à tous ceux qui ne veulent pas construire l’Algérie.

 

Y. M.



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