Le magazine promotionnel de l'Algérie

N° 123 - Oct 2019

Go

ELECTION PRESIDENTIELLE DU 12 DECEMBRE 2019

L’élection présidentielle en ligne de mire

Le panel de dialogue remet son rapport final

Par Yahia MAOUCHI



Après près de deux mois de consultations, les membres de l’Instance nationale de dialogue et de médiation (INDM), à leur tête son coordinateur, Karim Younes, ont remis le 8 septembre dernier, au chef de l’Etat, Abdelkader Bensalah, le rapport final relatif au processus de dialogue politique avec les différents acteurs en vue du règlement de la crise politique que connaît le pays. Le rapport porte sur les consultations menées avec les partis politiques, les représentants de la société civile, les personnalités nationales ainsi qu’avec des représentants du mouvement populaire. Ce rapport, qui reprend les rencontres avec des responsables politiques et des acteurs de la société civile, contient plusieurs propositions liées à la prochaine élection présidentielle que le pouvoir compte organiser à la mi-décembre. Parmi ces propositions, le panel insiste sur l’organisation d’une joute présidentielle «dans le strict respect du cadre constitutionnel». Pour cela, il invite les autorités à mettre en place un climat politique apaisé. Ainsi, à l’issue de son audience avec le chef de l’Etat, Karim Younes, coordinateur du Panel, a rappelé que la préparation de l’élection présidentielle suppose surtout la mise en œuvre des mesures d’apaisement, dont le départ du gouvernement Bedoui, la libération des détenus du Hirak, l’ouverture des champs politique et médiatique. Outre ces mesures, le rapport fait une proposition de projet de loi pour la création d’une instance indépendante d’organisation des élections et un projet d’amendement de la loi électorale. Ainsi, l’INDM stipule que l’autorité qui sera en charge de l’organisation des élections aura la pleine autonomie dans sa mission pour garantir la régularité du scrutin et l’administration sera totalement exclue de son organisation. Les propositions recueillies par l’instance, depuis l’entame de sa mission, concluent à l’impératif que l’autorité, qui sera en charge de l’organisation des élections, « jouisse de l’autonomie morale, administrative et financière », et qu’elle prenne en charge les différents aspects de l’opération électorale, a tenu à préciser Karim Younes, tout en saluant l’Armée pour le soutien de sa mission. Il a rappelé en outre que la prise de mesures d’apaisement pour assainir le climat politique est une revendication exprimée par tous les partenaires consultés pendant les rounds du dialogue. Et d’ajouter :« Il est nécessaire d’exclure complètement l’administration de toutes les étapes du processus électoral au regard de l’accointance entre son rôle et la fraude, et que cette autorité, composée de magistrats, d’avocats et de représentants de la société civile, se charge des missions de préparation et de supervision de toutes les étapes des élections », a plaidé Karim Younès. Le représentant de l’INDM a assuré ainsi que cette dernière aura l’autonomie financière puisqu’elle fixera elle-même son budget et celui du scrutin présidentiel, outre la mobilisation des encadreurs et l’approbation des superviseurs, faisant état de l’éloignement des ministres de l’Intérieur, de la Justice et des Affaires étrangères de tout le processus électoral. Par ailleurs, qualifiant de révolutionnaires les propositions relatives à l’amendement de la loi électorale, il a cité celle préconisant la présentation du dossier de candidature au poste de président de la République à l’autorité nationale autonome au lieu du Conseil constitutionnel, que le concerné pourra saisir en cas de rejet en tant que juridiction de recours. Il convient de préciser que les propositions d’amendement de la loi électorale, adoptés récemment par le Conseil des ministres et les deux chambres du parlement, n’ont visé que les articles relatifs au scrutin présidentiel. Ils ont porté également sur l’abrogation de l’articles 142 qui exige que le candidat présente soit une liste comportant, au moins, 600 signatures individuelles de membres élus d’Assemblées populaires communales, de wilayas ou parlementaires et réparties, au moins, à travers 25 wilayas, soit une liste comportant 60 000 signatures individuelles, au moins, d’électeurs inscrits sur la liste électorale d’au moins 25 wilayas. Le nombre minimal des signatures exigées pour chaque wilaya ne saurait être inférieur à 1 500. Ainsi, en présentant le contenu de leur rapport, les membres du Panel ont défendu leur démarche, contestée depuis le début par le mouvement populaire. Selon eux, les consultations ont concerné un nombre important de partis, d’organisations et de personnalités. Ils refusent d’admettre, dans ce sens, que les individus et les organisations consultés ne représentent pas le mouvement populaire, dont les exigences ne figurent, qu’en partie, dans ce document. « Nous avons rencontré 23 partis et 5670 organisations et personnalités. Tout le monde était d’accord pour aller vers une élection présidentielle. Nous n’avons fait que reprendre leurs propositions dans ce rapport qui émet des propositions sur la création de l’instance indépendante d’organisation des élections et la révision de la loi électorale, en suggérant 120 amendements», se défendent-ils. Quant aux propositions devant se concrétiser après les élections, le Panel suggère d’entamer directement une période de transition dans le but de mettre en place des réformes profondes à commencer par une réforme constitutionnelle ou l’élaboration d’une nouvelle constitution approuvée par référendum. Par ailleurs, la commission a appelé également à la nécessité de préserver les entreprises dont les patrons sont en prison.

 

Nouvelle mission pour le Panel

Après avoir écouté l’exposé, le chef de l’Etat a félicité les membres de l’Instance pour le travail accompli, saluant leur engagement et leur altruisme et le courage dont ils ont fait preuve lors de l’accomplissement de leur noble mission au service du pays, et ce en dépit des restrictions et des difficultés rencontrées. Exprimant sa satisfaction du climat de liberté et de transparence ayant marqué le processus du dialogue, M. Bensalah a fait savoir que l’Etat a tenu l’engagement de ne pas intervenir dans ce processus. « Le processus du dialogue, qui a impliqué différentes parties de la société, notamment des représentants du monde politique, de la société civile et des militants associatifs, a abouti à une convergence de vues sur l’impératif de se diriger vers une élection présidentielle dans les plus brefs délais, en tant que seule solution pratique et démocratique à même de faire sortir le pays de la situation actuelle », a rappelé le chef de l’Etat, ajoutant qu’elle est la solution tant réclamée à plusieurs occasions. M. Bensalah a salué, également, l’accompagnement et la valorisation de cette approche par l’institution militaire depuis le lancement de ce processus, et ce à travers les allocutions du général de corps d’armée, Ahmed Gaïd Salah, vice-ministre de la Défense nationale, chef d’Etat-major de l’Armée nationale populaire (ANP). Par ailleurs, Karim Younes, coordinateur de l’Instance de dialogue et de médiation, ne rentrera pas chez lui de sitôt. Si la mission du Panel qu’il a conduite ces deux derniers mois arrive à son terme, il hérite cependant d’une nouvelle tâche : il est chargé de former la future instance d’organisation des élections. En effet, aussitôt après avoir reçu le rapport de l’instance, le chef de l’Etat intérimaire, Abdelkader Bensalah, a invité l’ancien président de l’APN, selon un communiqué de la Présidence, « à poursuivre ses efforts et à mener les consultations nécessaires pour former et installer une autorité indépendante chargée des élections».

  Y. M.



Articles de la même rubrique

Du même auteur

Par Yahia MAOUCHI

Les plus lus

L’Algérie avant tout
AMMAR KHELIFA.

La parole au peuple
Par Rafik BITOUT.

Télécharger version PDF

Version PDF

Special Wilaya De Annaba

Version PDF