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N° 124 - Nov 2019

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Environnement

Le barrage vert en passe d’être réhabilité

Subissant des dégradations au fil des ans

Par Farid HOUALI



La désertification est, dans sa définition, un phénomène de dégradation des terres et des sols dans les régions sèches, à la suite de divers facteurs dont les variations climatiques et l’activité humaine. Cette définition indique que le changement climatique augmente les risques de désertification dans les régions sèches.

En Algérie, la désertification concerne essentiellement les steppes des régions arides et semi-arides des hauts plateaux qui, représentant près de 84% du territoire national, ont toujours été l’espace privilégié de l’élevage ovin extensif, représentant près 18 millions de têtes et abritant plus de 4 millions d’habitants.

Ces parcours naturels, estimés à 32 millions d’hectares, qui jouent un rôle fondamental dans l’économie agricole du pays sont soumis à des sécheresses récurrentes et à une pression anthropique croissante : surpâturage et défrichement des parcours, exploitation de terres impropres aux cultures, avancée du sable vers le nord, d’où la réduction du potentiel biologique et la rupture des équilibres écologique et socio-économiques.

C’est ainsi qu’il est programmé des mesures curatives dans la stratégie de lutte contre la désertification ; une démarche ambitieuse pour réaliser le mégaprojet du barrage vert lancé au début des années 1970. Le barrage vert visait prioritairement, dès sa création, le renouvellement du patrimoine forestier algérien qui avait subi de graves dommages durant la guerre de libération du fait des bombardements de l’aviation de l’armée française. La consolidation de cette grande barrière verte visait également à protéger le Nord du pays de l’ensablement qui réduit de plus en plus les pâturages des zones steppiques.

Ce projet relie les frontières algériennes occidentales aux frontières orientales sur une distance de 1500 km avec une largeur moyenne de 20 km, soit une superficie ainsi réalisée de 3 millions d’hectares de reboisement dont le rendement varie par endroit de 50 à 100%.

Sa réalisation a été confié au ministère de la Défense nationale et le maître d’œuvre est l’ex-secrétariat d’Etat aux Forêts. Aussi cette expérience pilote en matière de lutte contre la désertification menée par l’Etat a permis l’ouverture de 25.000 km de pistes pour le désenclavement et la réalisation de plus de 12.000 projets dans le cadre du développement rural en plus du raccordement aux réseaux d’électricité, de gaz et d’eau.

Cependant, un demi-siècle après sa réalisation, le barrage vert a subi d’importantes dégradations, causées essentiellement par l’abattage des arbres et les pressions climatiques. Sa relance semble ainsi inévitable.

 

La « muraille verte » bientôt réhabilitée

La réhabilitation du barrage vert, qui place l’Algérie parmi les pays pionniers en matière de lutte contre la désertification, figure parmi les priorités du secteur de l’agriculture.

Gelé en 1988, le projet sera, en effet, relancé avec une extension d’environ 10% de la superficie existante. «C’est un devoir de reprendre le barrage vert et de lui redonner vie», assurait à ce propos Ali Mahmoudi, directeur général des forêts dans son intervention sur les ondes de la chaîne III de la Radio nationale, début octobre dernier en soulignant l’importance de cet ambitieux projet de reboisement.

Pour ce faire, le même responsable a évoqué la mise en place, sur instruction du Premier ministre, d’un organe de coordination en vue d’entamer les travaux de restauration du barrage vert.

« Une importante décision », s’est-il félicité eu égard aux difficultés financières auxquelles fait face le pays actuellement.

Le DG des forêts a rappelé dans ce contexte, outre l’adoption lors du Conseil interministériel du 21 septembre dernier, du Plan national climat, la décision de la relance du barrage vert en se basant sur trois instruments. Il s’agit en premier lieu de l’installation du conseil consultatif ou l’organe de coordination du barrage vert et de la lutte contre la désertification. «Celui-ci est constitué de 12 départements ministériels et de toutes les institutions ayant une relation avec le projet », a détaillé Ali Mahmoudi, citant par la suite la création d’une direction d’un organe qui siégera au niveau de la direction du barrage vert et la création d’un outil de réalisation. «Actuellement, le ministère de l’Agriculture dispose d’un outil qui est le groupement du développement d’ingénierie rurale, lequel doit s’adapter en créant des filiales qui se chargeraient exclusivement du barrage vert», a noté le DGF soulignant qu’il sera à l’image de ce qu’a été fait par l’ANP qui a créé le groupement des travaux forcés de l’époque, de Tébessa à Naâma.

La relance de cet important projet sera à même de renforcer le barrage vert pour faire face aux changements climatiques et à la désertification et surtout contribuer à préserver l’écosystème.

«Le défi de cette mission est de restaurer ces espaces, de procéder à leur extension, de développer des plantations fruitières et d’améliorer l’espace pastoral», a relevé le DGF.

 

Une relance selon une approche « socioéconomique et environnementale »

Le danger croissant de la désertification impose de réfléchir à des mécanismes scientifiques et d’autres techniques en vue de relancer le barrage vert, qui est à même de garantir davantage de protection dans le cadre de la lutte contre ce phénomène naturel.

L’Algérie, consciente des problèmes environnementaux et écologiques, a appelé cette année à valoriser les projets de protection de l’environnement et à investir dans ce domaine. Ainsi, le ministère de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche œuvre, à travers la direction générale des forêts (DGF) et en coordination avec plusieurs secteurs, à la relance du Barrage Vert selon une approche socioéconomique et environnementale qui prenne en compte toutes les nouvelles données pour éviter les dysfonctionnements enregistrés dans le passé et ce, avec l’appui des capacités scientifique et d’innovation, dont dispose le pays.

«L’objectif aujourd’hui est de relancer le barrage vert avec toutes les innovations et les capacités scientifiques dont dispose le pays», affirmait en septembre dernier le ministre de l’Agriculture, de la Pêche et du Développement rural, Cherif Omari, dans son allocution lors d’un atelier national sur les projets de recherche dans le secteur des forêts, ayant des impacts socio-économiques sur les populations rurales, organisé par l’Institut national des recherches forestières (INRF).

Ainsi, il a noté la nécessité de mettre à contribution le monde scientifique dans le choix des espèces de plans et des espaces adaptés à chaque espèce avec la prise en compte du phénomène mondial des conséquences du changement climatique.

«Il s’agit de relancer le projet du barrage vert de manière intelligente et innovante via une approche intersectorielle et interdisciplinaire en intégrant l’ensemble des intervenants».

Il a été à cet effet relevé « l’intérêt d’utiliser les outils modernes pour la réussite de ce programme sur le long terme, tels que les nouveaux systèmes d’irrigation, la mécanisation, le génie rural, la biotechnologie dans les pépinières, la génétique des plantes et les différents systèmes innovants ».

«Avec le nombre de scientifiques que le pays possède, l’Algérie a les moyens de relancer ce projet (le barrage vert, Ndlr) avec une vision stratégique», selon le département de l’agriculture qui «compte sur l’innovation» grâce à une «recherche scientifique utile» au secteur socio-économique du pays.

La relance de ce projet de reboisement de grande envergure a pour objectifs de faire face aux changements climatiques et à la désertification, mais aussi de préserver l’écosystème.

Dans ce contexte, l’Etat a mobilisé de nombreux mécanismes juridiques réglementaires et tous les moyens matériels et humains pour ancrer la culture du reboisement chez les citoyens par la concrétisation du barrage vert et des villes vertes, consolider le couvert végétal et forestier et consacrer des Objectifs de développement durable à l’horizon 2030.

 

F. H.

 



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