Le magazine promotionnel de l'Algérie

N° 124 - Nov 2019

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Environnement

Le Sahara, un désert aux nombreux enjeux

Développement des Hauts-Plateaux et du Grand Sud

Par Farid HOUALI



Le Grand Sud algérien est certes un désert, mais il est loin d’être vide. Inséré au cœur de l’espace mondial, il est une charnière entre le monde méditerranéen et l’Afrique subsaharienne. Le Sahara n’est pas vide et la population ne cesse de croître. Fini le commerce des caravanes et des caravansérails, place aux exportations de produits miniers et des hydrocarbures. Le Sahara est parcouru d’oléoducs et de gazoducs. Routes et pipe-lines structurent l’espace. Aussi, « le Forum africain d’investissement et d’affaires coorganisé par le Forum des chefs d’entreprise (FCE) et le ministère des Affaires étrangères en décembre 2016 à Alger, en dépit des cafouillages enregistrés, traduit en réalité une prise de conscience des autorités algériennes des enjeux économiques africains. Il confirme aussi leur souci de (re)prendre pied dans ce qui constitue pour elles la profondeur stratégique de l’Algérie et de chercher de nouveaux relais de croissance. Les Algériens ont également compris, sur le tard mais ils l’ont compris quand même, que les attributs de puissance ne se limitent pas uniquement à la diplomatie et à l’armée », soulignait notre confrère Zine Charfaoui. Un constat réaffirmé par Said Djellab, ministre du Commerce, dans une déclaration à la presse en marge de l’inauguration de la 52e édition de la Foire internationale d’Alger (FIA) : « L’Algérie, qui dispose de divers atouts, aspire à devenir la porte principale pour la coopération avec les pays de l’Afrique et du Nord de la Méditerranée. »

A l’occasion de la tenue de la conférence nationale sur la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf), le représentant du gouvernement révèlera que « dans le but notamment de mettre en valeur la diversification du tissu industriel national, le gouvernement algérien prévoit la mise en place de zones économiques spéciales dans les espaces frontaliers du grand Sud algérien pour faire de ces régions un point d’intégration économique africaine».  En effet, pour de nombreux spécialistes, désormais, pour l’Algérie, le soleil se lèvera au Sud du Sahara. Ainsi, après avoir focalisé toute son attention sur ses échanges avec l’Union européenne (UE) pendant de longues années, l’Algérie a décidé de changer de vision et de tenter l’expérience africaine. Désormais, le Grand Sud sera ancré dans la nouvelle stratégie africaine, avec le dessein de le sortir de son isolement politique et économique induit par les hydrocarbures, en y faisant faire un hub commercial et logistique vers et en provenance de l’Afrique. D’ailleurs, le poste frontalier algéro-mauritanien, inauguré en août 2018, présenté par les autorités comme « un apport très important aux relations de coopération bilatérale multiforme », est pour le moment la principale, sinon la seule porte d’entrée vers l’Afrique de l’Ouest pour les opérateurs algériens. Pour y remédier, le gouvernement ne cesse de mettre l’accent sur la priorité que les opérateurs nationaux doivent accorder à l’exportation surtout vers le marché africain mais aussi au partenariat international dans les secteurs hors hydrocarbures. D’autant que l’Algérie se prépare au lancement effectif de l’accord portant création de la zone de libre échange commercial africain (ZLECAF) prévu en juillet 2020 à travers l’élaboration d’une stratégie nationale dédiée à l’intégration intra-africaine.Une fois en place, la ZLECAF couvrira un marché de 1,2 milliard d’habitants et un produit brut combiné de 2,5 milliards de dollars, et créera un marché de 3.000 milliards de dollars sans aucun droit de douane ni restriction aux frontières. Dans cette perspective, le gouvernement Bedoui « projette de créer des zones économiques spécialisées dans le grand Sud, qui vont constituer les locomotives de diversification industrielle en Algérie», a révélé, en marge de la clôture de DjzairExpo 2019, tenu sous le slogan «Développer le commerce africain, facteur de prospérité des peuples ». Said Djellab, le ministre du Commerce, ajoutant que « cela devrait booster les exportation vers le continent africain et permettre, en même temps, d’attirer les IDE, ce qui fera de l’Algérie une plaque tournante des échanges commerciaux interafricains». S’agissant du projet de la création des zones économiques intégrées au Sud, le premier responsable du secteur a fait savoir que « le pays projette de créer des zones économiques spécialisées dans le grand Sud, qui vont constituer les locomotives de diversification industrielle en Algérie».

 

Les routes, vecteur du développement socioéconomique

Que serait l’acte d’exportation sans le secteur du transport ? Les effets positifs de l’autoroute Est-ouest, dont le premier tronçon a été inauguré en 2007, sont, depuis longtemps, perceptibles dans l’arrière-pays. En effet, là où la route passe, le développement suit. Nul ne peut nier l’important rôle que peuvent jouer les infrastructures et édifices relevant du secteur des travaux publics. En effet, le développement économique d’un pays est également tributaire de l’importance des infrastructures réalisées. En Algérie, la construction, depuis une décennie, de plusieurs infrastructures (autoroute Est-ouest, ports, aéroports, barrages…), a à coup sûr contribué au développement de notre économie. Un réseau routier bien construit et bien entretenu est essentiel à la croissance économique. Conscients que les infrastructures routières et aéroportuaires constituent une base pour le développement économique du pays, les pouvoirs publics ont élaboré le Schéma directeur routier national qui prend en considération les orientations de la loi sur l’aménagement et le développement durable du territoire, le programme du gouvernement et la politique du secteur à l’horizon 2025.

Le programme spécial de développement des régions du Sud est issu des recommandations du Schéma directeur routier et autoroutier (2005-2025), dont les principes directeurs visent, selon le ministère des Transports et Travaux publics, la mise en œuvre d’une stratégie de développement dans un cadre cohérent et global par la réalisation d’axes structurants, la desserte progressive de tout le territoire, la mise à niveau du réseau routier notamment les axes structurants et le développement des liaisons principales (renforcement du maillage) et de routes frontalières pour le désenclavement et l’ouverture vers l’Afrique. Aussi, la création de zones économiques spécialisées dans le grand Sud, présentées comme alternative stratégique permettant au pays de sortir de la crise qui plombe l’économie nationale, devraient permettre en tant que plateforme commerciale consistant en l’organisation du trafic autour d’un nœud géographique permettant d’optimiser les liaisons vers le marché africain et profiter de ce maillage autoroutier dont la transsaharienne.

 

Près de 400 milliards de dinars pour l’eau potable

C’est en effet l’enveloppe allouée, depuis 2000, aux wilayas frontalières pour la réalisation de projets d’alimentation en eau potable. Cette enveloppe a été affectée à la réalisation de 254 opérations centralisées et locales ayant permis d’améliorer l’alimentation en eau potable et de résoudre des problèmes chroniques dans ces régions, notamment la qualité des eaux, selon les données du département des Ressources en eau. Là, il convient également de rappeler les grands transferts notamment celui d’Ain Salah - Tamanrasset sur une distance de 750 km. Et comme le manque d’eau destinée à l’irrigation agricole dans les wilayas du Sud du pays constitue « le souci majeur » des agriculteurs, notamment ceux de la filière datte, l’Etat réaffirme son soutien à l’irrigation agricole dans le Sud du pays. Une démarche qui porte sur la réalisation davantage de forages profonds destinés à l’exploitation collective et la préservation des acquis réalisés en matière de développement agricole, l’objectif étant d’assurer l’irrigation de 600.000 hectares de terres agricoles dans les wilayas du Sud du pays. Pour ce faire, l’Algérie pouvait exploiter annuellement et d’une manière durable 6 milliards m3 du système hydrologique du Sahara oriental en plus des 250 millions m3 des structures hydrologiques de l’extrême Sud du pays. Ce qui fera orienter l’épicentre de l’agriculture algérienne vers le Sud : des plaines du nord pour les agrumes, et des Hauts Plateaux pour les céréales, il glisse lentement vers le sud, le sud-est en particulier, où des résultats étonnants sont obtenus par de nouvelles générations d’agriculteurs.

 

Un mythe devenu une réalité

Les régions du Sahara recèlent d’importantes ressources et potentialités à même de répondre à la fois aux besoins propres de ces régions en matière d’opportunités d’emplois et de besoins alimentaires des populations et de jouer un rôle important dans l’amélioration de la sécurité alimentaire de la nation. Les conditions agro-climatiques des régions des piémonts de l’atlas sahariens, du bas Sahara (Biskra- El Oued) et même du centre du Sahara (Ouargla et Ghardaïa) offrent l’opportunité d’un développement des filières de productions hors saisons. Ces filières peuvent renforcer les sources d’approvisionnement des grands centres urbains du Nord en produits maraichers, y compris la pomme de terre. La mise en place de différents programmes pour le développement des régions du sud par le ministère de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche, a permis la réunion des conditions nécessaires pour notamment assurer la création d’emplois et l’amélioration des conditions de vie et des revenus des populations rurale. Les résultats obtenus jusque-là sont plus qu’encourageants. En dépit des rudes conditions climatiques qui caractérisent ce vaste territoire et des difficultés persistantes, la production agricole dans les régions sahariennes, comme déjà souligné sur ces mêmes colonnes, est en voie de s’imposer comme le moyen idoine pour garantir la sécurité alimentaire du pays à moyen terme. Sur ce plan, le défi peut être relevé à la seule condition de maintenir le rythme actuel des investissements tout en concentrant les efforts dans la maîtrise de l’intensification du développement agricole dans le Sud de l’Algérie. D’ailleurs, les wilayas frontalières contribuaient en 2108, avec une production agricole d’une valeur de 587 milliards de dinars, représentant 18 % de la valeur totale de la production nationale, et ce grâce à l’intérêt particulier accordé à ces régions dans le cadre de la politique du développement du pays. Afin d’accompagner cet effort de production, l’Etat a consacré d’importantes enveloppes financières pour créer des bases logistiques permettant de valoriser et d’améliorer les produits agricoles à travers, notamment la mise en place de moyens de conservation, de stockage, de transformation et d’adaptation, l’exemple de la wilaya d’El Oued, une des wilayas pionnières en la matière et un pôle agricole par excellence, occupe la première place dans la production des pommes de terre et des légumes et la deuxième place dans la production des dattes. Sur la base des résultats obtenus, les pouvoirs publics s’emploient à faire de l’ensemble des wilayas frontalières des pôles agricoles et des espaces commerciaux et économiques en prenant en considération les spécificités de chaque wilaya. L’emplacement stratégique de l’Algérie permettra, de ce fait, de développer et de promouvoir l’économie dans les régions frontalières, une action qui est un des axes fondamentaux de la stratégie nationale de planification et de développement durable.

L’amélioration du cadre de vie

Dans ce sens, le gouvernement algérien n’a de cesse de réaffirmer l’intérêt particulier qu’il porte au développement des Hauts-Plateaux et du Grand Sud et plus particulièrement les régions frontalières dont l’importance n’est plus à présenter pour la sécurité et la stabilité du pays. Pour accompagner ce programme ambitieux, l’Etat a entamé la réorganisation de ses services au niveau local et créé des wilayas déléguées dans le cadre de la dynamique de développement marquant le pays, notamment ces deux dernières décennies, avec pour principal objectif de rapprocher l’administration du citoyen et de focaliser d’intenses efforts sur le développement local.

Cette nouvelle notion territoriale, axée sur le rapprochement du centre décisionnel du citoyen notamment dans les wilayas du Sud caractérisées par l’étendue de leur territoire et l’éloignement du chef-lieu de wilaya, a permis d’ériger une dizaine de nouvelles circonscriptions administratives pour dynamiser le processus de développement socio-économique de ces entités. Ainsi, l’objectif est de « promouvoir les wilayas du Sud et des Hauts-Plateaux pour réduire les disparités en termes de développement». En outre, une série de mesures destinées à améliorer la prise en charge sanitaire des citoyens des wilayas du Sud du pays et des Hauts plateaux a été adoptée en septembre dernier, par le gouvernement, réuni sous la présidence du Premier ministre Noureddine Bedoui. Des propositions opérationnelles visant à renforcer les structures de santé, et d’autres à améliorer la prise en charge des médecins exerçant au Sud, ou encore à améliorer les services sanitaires au Sud ont été présentées pour combler les lacunes constatées. Pour renforcer les structures de santé, le gouvernement a décidé de lever le gel sur tous les projets enregistrés dans le secteur de la santé au niveau des wilayas du Sud et des Hauts-Plateaux, y compris les opérations d’acquisition des équipements médicaux en faveur des établissements hospitaliers réalisés. Il a également décidé de réaliser des établissements de santé de proximité et ceux spécialisés, d’une capacité de 60 lits pour assurer les spécialités de base, notamment les maladies de gynécologie obstétrique. Le gouvernement a décidé aussi d’accélérer la création d’annexes pour la pharmacie centrale des hôpitaux dans les zones enclavées à l’extrême Sud.

Pour améliorer la prise en charge des médecins exerçant au Sud, le gouvernement a décidé d’adopter un nouveau régime incitatif au profit de tous les médecins spécialistes exerçant au niveau des wilayas du Sud, notamment à travers une nette revalorisation de l’actuel régime indemnitaire outre des avantages leur garantissant des conditions de travail convenables.

Par ailleurs, les populations des Hauts-Plateaux et du Grand Sud vont bénéficier d’aides directes pour la construction de logements individuels, à l’instar du programme d’aide à l’habitat rural dans le reste du pays. Cette aide directe sera de l’ordre de 70 millions de centimes pour les wilayas implantées dans les Hauts-Plateaux et de 100 millions pour les wilayas du Sud du pays. Toujours en matière de logement, un montant de plus de 92 milliards dinars a été alloué à la viabilisation des lotissements sociaux au niveau des wilayas du Sud et des Hauts-Plateaux. Cette opération concerne essentiellement l’ouverture des voiries, la réalisation des réseaux divers (AEP, assainissement, électricité et gaz) pour permettre aux citoyens ayant bénéficié de décisions d’affectation de parachever les procédures relatives à la construction de leurs habitations à travers 362.000 parcelles de terrain destinées à l’auto-construction.

F. H.

 



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