Le magazine promotionnel de l'Algérie

N° 107 - Août 2017

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Douanes

Patrouille à l’Ouest

En première ligne dans la lutte contre la contrebande et le trafic de drogue

Par Farid HOUALI



La criminalité transnationale organisée représentait 13% de la criminalité globale traitée en Algérie en 2015, affirmait en mai dernier, Abdelkader Messahel, alors ministre des Affaires maghrébines, de l’Union africaine et de la Ligue des Etats arabes. « Se situant dans un environnement géopolitique aujourd’hui malheureusement fortement instable, l’Algérie enregistre depuis quelques années déjà une forte progression des activités liées à la criminalité transnationale organisée. Il s’agit notamment du développement du trafic illicite de stupéfiants, de la contrebande et de l’immigration illégale » a déclaré l’actuel chef de la diplomatie algérienne lors de la huitième rencontre internationale des hauts responsables des questions de sécurité, tenu à Zavidovo (Russie). Évoquant le trafic des stupéfiants, il a indiqué qu’il avait connu une « croissance notable entre 2010 et 2015, avec la saisie de 465 tonnes de cannabis provenant en totalité de la frontière Ouest». Les frontières ouest demeurent ainsi la plaque tournante de tous les trafics notamment celui de cannabis et du carburant. Afin de faire face à ces dangers, il a été renforcé tout au long de ces frontières, depuis le début des années 2000, des dispositifs sécuritaires à plusieurs niveaux. Les différents services de sécurité sont en effet, en alerte permanente. Les éléments de la douane algérienne aussi.
En été comme en hiver, qu’il pleuve ou qu’il neige, loin des bureaux climatisés et « chauffés », les unités opérationnelles des douanes algériennes mènent, chaque jour, une lutte sans merci, contre toute forme de contrebande, de crimes économiques et surtout de trafic de drogue. A titre illustratif, de janvier à avril dernier, en vingt-huit opérations, les différentes brigades des douanes relevant de la direction régionale de Tlemcen ont saisi plus de 3 tonnes de kif traité, 801 grammes de cocaïne et 46 comprimés de substances psychotropes, avec à la clef l’arrestation de 70 narcotrafiquants, qui ont été déférés devant la justice. Si les véhicules légers et les poids lourds continuent d’être employés couramment, l’une des évolutions notables consiste en la dissimulation de la drogue avec objets ou au sein des caissons, comme l’illustre la saisie de près de 400 kilogrammes de résine de cannabis récemment sur l’autoroute Est-Ouest, effectuée par les douaniers de Sidi Bel Abbès, dans des ruches d’abeille à bord d’un pick-up en provenance des frontières.
Ces chiffres attestent l’engagement sans faille de nos douaniers sur le terrain. Un terrain qu’ils connaissent parfaitement. « C’est un avantage justement pour chacun de nous de connaître son champ d’intervention », nous dira d’emblée l’inspecteur divisionnaire Toufik Moualek, sous-directeur de l’informatique et de la communication à la direction régionale des douanes de Tlemcen. En sa compagnie et d’une vingtaine d’autres « douaniers », nous partons en ce 23 mai 2017, découvrir de plus près ce travail des douaniers, certes « routinier », mais non sans danger. Destination les frontières algéro-marocaines. Il est 10h 30. Notre point de départ est le port de Ghazaouet. Sur place, après avoir, établi « un plan d’action », le premier responsable de l’inspection divisionnaire des douanes de Ghazaouet appelle également à la prudence. La ville de Ghazaouet est déjà animée et ses rues commerçantes viennent tout juste de retrouver leurs « habitués », quand nous quittons l’enceinte portuaire à bord d’un véhicule des douanes qui sera, le long du trajet « escorté » par deux autres véhicules.
Contrairement à la capitale, la circulation est fluide. « Ce ne sera pas le cas juste après le mois du Ramadhan qui marquera le début effectif de la saison estivale », fait remarquer l’inspecteur divisionnaire des douanes, Toufik Moulaek, lui aussi en uniforme.
Pour parvenir à la destination finale, soit Mersat Ben M’hidi à l’extrême Ouest, aux frontières avec le Maroc, nous prenons la Nationale 07A.
Parfaitement entretenue, cette route constituait dans un passé par trop loin, l’axe « du mal ». Les contrebandiers l’empruntaient en effet à longueur d’année notamment à la tombée de la nuit. « Leurs marchandises étaient dissimulées y compris dans les réservoirs des véhicules. Tous les coups sont permis », nous dit-on. Les choses ont bel et bien changé. La vigilance des services de sécurité et des douanes algériennes a fait que « tout soit verrouillé ». « Ces efforts ont contribué nettement à la sécurisation de nos frontières et à une réduction sensible des phénomènes sévissant dans les régions frontalières dont la contrebande du carburant et des produits alimentaires de base subventionnés et le trafic de drogue à travers les frontières ouest », note encore l’inspecteur divisionnaire Toufik Moualek. Notre voyage continue. Abdelkader, notre chauffeur, est un habitué des lieux. Après une trentaine d’années passées en uniforme gris, il s’apprête à prendre sa retraite. Pas trop bavard, mais, étant natif de la région, il la connait si bien, au point de désigner de son doigt, certains endroits où avaient été « débusqués » des contrebandiers. « D’énorme quantités de drogue et autres produits ont été saisis ici et là », nous dit-il. Cela fait près d’une heure que nous avons quitté Ghazaouet et nous venons de franchir un panneau indiquant que Tounane, n’est qu’à 1 km.
Sur place, un barrage de la police filtre la circulation. A moins de deux kilomètres de là, un barrage « fixe » de la Gendarmerie nationale renseigne sur l’omniprésence des services de sécurité sur cet axe sur lequel la circulation automobile devient de plus en plus fluide avec des paysages à couper le souffle. Dans ces localités, par contre, c’est la présence des GGF et les douanes, qui est la plus remarquée. « Bab El Assa, n’est qu’à 13 km de là », nous dira Toufik Moualek, quand il remarque soudain que le véhicule d’escorte qui nous devançait n’est plus là. Il est vite remplacé par celui de derrière. Nous nous apprêtons à assister à une opération en direct.
Renseignement pris : un véhicule « suspect » en provenance des « frontières » a été signalé. Il a été vite intercepté par les douaniers. Immobilisé à notre arrivée, sur les lieux, il s’agit d’une Renault Symbol taxi, immatriculée à la wilaya de Tlemcen (13). Cinq agents des douanes sont déjà à terre. Au bout d’une vingtaine de minutes, la fouille est générale et minutieuse. Finalement, rien n’est à signaler. Le conducteur et ses passagers peuvent reprendre la route. Nous aussi.

Sur le qui-vive
Bab El Assa, comme disait un collègue, porte bien son nom : la porte du guet. Toute proche du Maroc, elle garde aussi sa réputation de zone la plus dangereuse en termes de trafic de drogue, de carburant et de contrebande. Mais avant d’y parvenir, nous apprenons que nous avons d’abord rendez-vous à Boukanoune. C’est là, qu’une deuxième patrouille des douanes entre en action. Située sur la frontière ouest avec le Maroc, Bab El Assa d’où nous pouvions distinguer le village marocain, d’Ahnif, est « la plus dangereuse région frontalière en Algérie, vu la diversité et la complexité de sa topographie », nous rappelle le sous-directeur de l’informatique de la communication à la direction régionale des douanes de Tlemcen. Bab El Assa est ainsi considérée comme le lieu le plus fréquenté par les trafiquants de carburant eu égard à la proximité de certaines localités algériennes avec des localités marocaines.
Des chemins arides au milieu d’une nature ardue caractérisent les zones frontalières ouest investies par les réseaux de narcotrafic et de contrebande. D’ailleurs, les chemins les plus difficiles semblent les plus prisés pour multiplier les tentatives de passage dans les deux sens. Des frontières passoires ? Jamais devant un dispositif minutieusement étudié de la part des forces de sécurité algériennes. Souveraineté et sécurité nationale sont en jeu. D’ailleurs, quelque 30 000 opérations en « solo » ont été effectuées par les douanes algériennes en 2016. Elles viennent s’ajouter aux 619 opérations effectuées en collaboration avec le GN et GGF ainsi que 32 opérations effectuées avec les services de la DGSN. Et pour contrecarrer justement les plans des contrebandiers défiant les obstacles en installant sur les tranchées des passerelles en bois pour pouvoir traverser et autres moyens, le plan «Lala Maghnia» dont l’exécution, vient sur la base d’une étude de terrain élaborée par le 2e groupement régional de la Gendarmerie nationale, a en effet prévu l’approfondissement de tranchées de quatre à sept mètres et leur extension de 5 à 9 mètres. « Ces améliorations ont donné de bons résultats aggravant le risque des contrebandiers », se félicite l’inspecteur divisionnaire des douanes Toufik Moualek. Le plan « Lala Maghnia », pour rappel, consiste en un rempart de sécurité dissuasif face à ce phénomène de la contrebande qui nuit tellement à la santé du citoyen algérien et à l’économie du pays. S’appuyant sur une approche scientifique et des méthodes et tactiques opérationnelles de lutte contre le crime organisé transfrontalier, le plan «Lala Maghnia» se veut un apport «exemplaire» renforçant les opérations d’éradication des différentes formes de contrebande dont celle du cannabis et autres drogues provenant du Maroc comme les psychotropes ecstasy et la cocaïne. A ce point précis faudrait-il le souligner, et pour bien accomplir sa mission de sécurité et de protection de l’économie nationale aux frontières, l’administration des douanes algériennes s’est engagée dans un programme qui s’est traduit par la mise en œuvre d’un certain nombre d’actions en matière de coopération notamment. La direction générale des douanes, pour rappel, avait signé deux procès-verbaux de coopération avec le commandement de la Gendarmerie nationale (2008) et la Direction générale de la Sureté nationale (2009) qui ont été concrétisés par l’échange d’information et d’actions combinées sur le terrain.

Une jeunesse déterminée
L’Algérie a de quoi être fière de sa jeunesse, quoi qu’on dise, qui son pays dans le cœur. Chose que nous avons en tout cas, souvent constatée lors de nos différentes sorties sur terrain avec les soldats de l’ANP, des éléments de la GN, des GGF. Ceux des douanes algériennes également. Au moment où nous nous apprêtons à reprendre le chemin vers Mersat Ben M’hidi, nous faisons un petit détour du côté du PDS (Poste de douanes de surveillance) El Assa. Sur place, nous sommes reçus par son chef, Zaki Terbéche, officier de contrôle. C’est par la suite que nous nous rendons compte que c’est en compagnie de ce même officier que nous visitions (quelque temps auparavant) les tranchées. Malgré son jeune âge, c’est un vrai expert dans les méthodes utilisées par les trafiquants de drogues et autres contrebandiers dans le but de dissimuler « leurs marchandises ». Des méthodes que nous préférons ne pas divulguer. Cela renseigne sur la vigilance de nos douaniers, en première ligne dans cette « guerre » menée à nos frontières. « L’activité y est 24/24 et à longueur d’année », nous explique-t-il. Le poste en question n’est qu’à un kilomètre, à vol d’oiseau du territoire marocain.  À cet ensemble s’ajoute l’éloignement des agents de la douanes chacun de sa famille, de sa ville et de ses parents. Cependant, cela ne veut en aucun cas dire que les « choses » ne se font pas dans les règles. En effet, tout comme les éléments de l’ANP, de la Gendarmerie nationale, des GGF et de la PAF, les éléments de la douane accomplissent « leur devoir avec abnégation ». Autrement dit : nos frontières sont entre de bonnes mains. Assumant un rôle éminemment stratégique dans la sécurité des frontières terrestres, nos douaniers sont sur tous les fronts pour faire face à tout ce qui pourrait nuire à l’intérêt du pays ou à l’économie nationale. « Rien n’est laissé au hasard », assure encore Zaki Terbéche. Pour ce faire, la DGD a mobilisé tous les moyens nécessaires. Équipés de jumelles à vision nocturne, ils scrutent le moindre mouvement « suspecté » des deux côtés de la frontière algéro-marocaine. A cet effet, des guérites sont implantées à travers l’enceinte du PDS. « Au moindre mouvement suspect, des dispositions adéquates sont aussitôt prises en fonction de chaque situation », explicite notre officier.

Un paradis sur terre
Toujours en compagnie de nos douaniers, nous prenons la direction de la plage « Marsat Ben M’hidi », (que beaucoup continue d’appeler Port Say, son ancien nom), située à 125 km du chef-lieu de la wilaya de Tlemcen, dans la zone frontalière algéro-marocaine. Une localité qui se transforme à chaque saison estivale, en une destination touristique drainant de millions d’estivants. Constituant une zone frontalière avec le Maroc et jouxtant la plage de Saïdia, elle tire son nom colonial d’un petit port construit en 1906, en hommage à Jean-Baptiste Say, économiste français né à Lyon (1767-1832), qui fut l’un des maîtres de la doctrine libre-échangiste; il publia un traité d’économie politique (1803). C’est au lendemain de l’indépendance qu’elle sera baptisée Marsat Ben M’hidi, à la mémoire de celui qui fut le commandant de la Wilaya V (Oranie). Sur notre chemin, nous marquons une halte pas loin du poste frontalier (avec le Maroc fermé depuis 1994) pour des raisons que le Maroc n’arrive toujours pas à admettre. En effet, accuser ouvertement l’Algérie d’être responsable d’un attentat à Marrakech, est irresponsable. L’« Oriental », comme les riverains marocains la surnomment (d’après le nom de la région frontalière), reste ainsi, avec ses 1 600 kilomètres, la frontière fermée la plus longue au monde. A l’ombre des arbustes courant le long de l’oued Kiss, qui sépare naturellement les deux pays sur la partie septentrionale de la frontière, le long desquels le Maroc, a fait semblant d’ériger une clôture à quelques mètres de la bande frontalière. Officiellement cadenassée sur une bande de terre ne dépassant guère deux kilomètres, elle demeure néanmoins une passoire par laquelle s’infiltrent chaque jour que Dieu fait les trafiquants de tout bord. Sur place, il a été remarqué que cette clôture est loin d’être hermétique puisqu’elle reste «ouverte» au niveau des zones réputées pour leurs activités intensives de contrebande, marquées par leur topographie complexes favorisant le trafic, ou au niveau des lieux d’habitations des deux bords de la frontière. Les mesures prises du côté algérien visent à lutter contre le trafic de mazout, véritable saignée pour l’économie nationale. Des convois entiers traversaient la frontière Ouest, chargés de jerrycans de carburant et de produits alimentaires subventionnés par l’Etat, pour « approvisionner» les marchés marocains. Ce n’est qu’un lointain « bon souvenir ». 
  F. H.



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