Le magazine promotionnel de l'Algérie

N° 107 - Août 2017

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Douanes

Les frontières Ouest verrouillées

Tranchées et patrouilles des gendarmes, GGF et douaniers

Par Farid HOUALI



L’Etat algérien place les phénomènes de contrebande et de terrorisme au «même niveau», car  «le terrorisme détruit les sociétés et la contrebande leur économie».  C’est pourquoi, la lutte contre ce fléau, à l’origine d’une véritable hémorragie financière pour le pays, sera implacable. L’impact financier de ce trafic qui ronge notre économie, «dépasse» les trois milliards de dollars, si l’on reprend l’affirmation faite récemment à partir de Tlemcen, par Noureddine Bedoui, ministre de l’Intérieur et des Collectivités locales. Les narcotrafiquants et les contrebandiers activent, en effet, en commun avec les terroristes des différents groupes à nos frontières, d’où la nécessité d’une vigilance constante et du renforcement de la coordination dans les domaines liés aux renseignements, à la prévention et à la lutte sur le terrain contre ces criminels dont les activités concernent en plus du trafic de drogue, la contrebande et la commercialisation illégale d’armes et de munitions.  « Le  renforcement, de ce fait, de la sécurité des frontières du pays, et la nécessité d’œuvrer en permanence à préserver la bande frontalière des risques liés aux diverses menaces et activités criminelles et à lutter sans répit contre la contrebande et toutes les formes de criminalité, ont toujours constitué une priorité pour l’Etat », assure d’emblée dans une déclaration à El Djazaïr.com le contrôleur général en chef Mohamed Ben Brahim, directeur régional des douanes de Tlemcen qui chapeaute cinq inspections divisionnaires de douanes. Il s’agit de celle du chef-lieu de la wilaya de Tlemcen, Saida, Sidi Bel Abbès, Maghnia et Ghazaouet. « Trois de ces inspections sont implantées au niveau des localités limitrophes avec le voisin de l’Ouest, le Maroc. Elles sont en première ligne », note encore notre interlocuteur. 
Quant au recouvrement et à la gestion du contentieux, ils sont assurés par sept recettes de douanes.  A noter que la direction régionale des douanes de Tlemcen a une compétence territoriale de quelque 27000 km², une bande frontalière de 170 km et une façade maritime de 62 km. Aussi de par l’étendue de ce territoire, comment font les hommes et femmes en gris pour que la couverture soit efficace et surtout pour intervenir dans les temps ? « La mission de lutte contre contrebande, le trafic de drogue et toute autre forme de délinquance économique est assurée par 16 brigades et 8 PDS (Postes de douanes de surveillance) », nous répond le contrôleur général en chef, Mohamed Ben Brahim. Et là, pour des raisons bien spécifiques, l’on ne pourrait divulguer ni leurs positionnements, et encore moins le nombre de leurs effectifs. Aussi, l’intervention des douaniers se fait par, ajoute-t-il, outre les patrouilles, les embuscades et les contrôles au volant, selon une « stratégie bien étudiée ». « Notre présence est assurée 24/24 à longueur d’année et nos interventions sont combinées selon une stratégie bien définie et la parfaite connaissance de nos champs d’intervention nous ont été tout le temps utile. Elle est d’un apport à ne pas négliger dans nos missions quotidiennes »,  soutient-il encore. Le même responsable met dans le même cadre, en exergue « l’importance capitale du renseignement ».

Pour mieux s’adapter aux maux de la société 
Dans ses missions quotidiennes, la douane algérienne s’est vue, ces dernières années, confrontée à de nouveaux procédés des trafiquants et autres contrebandiers. « Ce qui a nécessité une réelle adaptation de nos modes d’intervention et d’interception », assure à ce propos le directeur régional des douanes de Tlemcen. En effet, l’administration des douanes entre dans une nouvelle ère de son programme de modernisation. Une ère caractérisée, selon son premier responsable, Kadour Bentahar, par des enjeux multiples : un environnement économique en pleine mutation, la poursuite du processus de démantèlement tarifaire dans le cadre de l’accord d’association conclu avec l’Union européenne, les négociations très avancées avec l’OMC, la diversification de l’économie, la nécessité de la rationalisation des ressources et la protection de la production nationale. Il s’agit, entre autres, de la révision du système d’information douanier qui n’a connu aucune révision depuis 1995, malgré l’évolution des technologies. Une situation devenue intenable à laquelle veut répondre l’administration douanière en lançant une refonte totale. Cette modernisation des services des douanes est une démarche qui s’inscrit, faudrait-il le rappeler, dans le cadre de son programme stratégique 2016-2019. Un plan qui vise également, selon le premier douanier de Tlemcen, l’amélioration de cette relation entre le corps des douanes algériennes et les opérateurs économiques « Les  nouvelles dispositions prévues dans le code des douanes visent l’accompagnement des opérateurs économiques, notamment les producteurs et les exportateurs, en leur accordant divers avantages et facilités en vue de les encourager à s’orienter vers des investissements créateurs de développement et de richesses, hors hydrocarbures », soutient encore le contrôleur général en chef, Mohamed Ben Brahim, mettant à l’occasion, en relief l’objectif de la batterie de règlements douaniers mis en place pour moderniser le secteur des douanes et les mettre au diapason des exigences de la conjoncture économique. A cela, nous ne pouvons faire l’impasse sur le volet formation qui « constitue une priorité » à la direction générale des douanes algériennes où tout un état-major est dédié à la formation. Les différentes écoles se sont, en effet, transformées, au fil des exigences, en des espaces de rajouts, de complémentarité et de valeur ajoutée en produits du savoir, au profit de tout un personnel. Ainsi, au niveau local (direction régionale des douanes de Tlemcen), 484 agents ont été formés l’an dernier. Il s’agit de 333 agents de douanes formés par la direction régionale ainsi que 151 agents formés par la DGD (Direction générale des Douanes).

Qu’il pleuve ou qu’il neige
Déployés tout au long de nos frontières Ouest, les éléments des douanes algériennes ne chôment pas du tout de ce côté de l’Algérie. Sur ce point précis, il convient de souligner que, selon les chiffres nous ayant été communiqués par le même responsable, 100 kg de déchets de cuivre d’une valeur de 30.000,00 D.A, 1500 kg de feuilles de tabac, 113 cartouches de cigarettes, 43 véhicules, 7 motos, 6 boites à vitesses, un lot de téléphones cellulaires, des jumelles, des wifi drones, des caméras de surveillances ainsi qu’un lot de friperie ont été saisis durant la période allant du 1er janvier au 22 mai dernier. En tout, cela fait 72 affaires traitées durant cette période suite à quoi, 91 individus ont été appréhendés. Toujours dans le cadre de la prévention et de la lutte contre la contrebande sous toutes ses formes, les différentes brigades relevant de la direction régionale des douanes de Tlemcen ont traité, durant l’année 2016, un total de 234 affaires. Dans le domaine de la lutte contre le trafic de carburant, les mêmes services ont réussi à récupérer 62140 litres de carburant. Mais sans nul doute, la « mission » la plus ardue des services des douanes algériennes, à l’instar de tous les autres services de sécurité, reste la lutte contre le trafic de carburant mais aussi le trafic de drogue. En effet, la  consommation de la drogue dans notre pays est un phénomène qui prend quotidiennement des proportions inquiétantes. Un phénomène qui n’épargne aucune couche de la société. La consommation de la drogue est également une menace constante dans les villes tout comme dans les zones rurales. Partager des frontières terrestres avec le plus grand producteur du cannabis dans le monde est souvent payé au prix fort, quoique les services de sécurité soient tout le temps sur le qui-vive. En témoignent les quantités saisies ; à titre d’illustration, la quantité de drogue saisie durant le premier trimestre de l’année en cours est estimée à quelque 14 tonnes de résine de cannabis dont 86,75% saisies dans la région Ouest du pays, selon  un bilan de l’Office national de lutte contre  la drogue et la toxicomanie (ONLCDT), qui relève également une hausse des  substances psychotropes saisies. La dernière  en date remonte au mois de mai dernier durant lequel plus de 298 kg de kif traité ont été saisis par les éléments de la brigade de la direction régionale des douanes de Tlemcen. Ces prises ont été effectuées lors de cinq opérations distinctes au niveau de la région frontalières (El Aricha, Maghnia, Sidi Djilalil…..). La drogue était soigneusement dissimulée et répartie à bord de cinq véhicules touristiques mais la vigilance de nos douaniers était encore rendez-vous. Au cours de ces opérations, six narcotrafiquants ont été arrêtés et la drogue saisie a été interceptée au niveau de la cité Al-Hamri, à Maghnia, et des localités frontalières avec le Maroc. La drogue saisie a été estimée par la direction régionale des douanes de la wilaya à plus 13 960 000 DA et les pénalités encourues à 139 600 000 DA, soit dix fois la valeur des produits et moyens de transports saisis. Cependant, au vu des quantités saisies,  les réseaux de trafic international du kif traité se retrouvent confrontés à une véritable « crise » les empêchant de poursuivre leur activité en dépit de leurs tentatives à innover leurs méthodes pour contourner les mesures sécuritaires prises par l’Etat algérien puisque durant l’année 2016, 4 tonnes de résines de cannabis, 400 grammes de cocaïne ainsi que 7630 comprimés psychotropes ont été saisis contre 18 tonnes, 191 grammes de cocaïne et 2876 comprimés psychotropes en 2014 et 13 tonnes de cannabis, 175 grammes de cocaïnes et 15959 comprimés psychotropes en 2015. Le bilan établi par les mêmes services de douanes de Tlemcen fait aussi ressortir plus de trois tonnes de drogues saisies depuis le début de l’année en cours au 22 mai dernier. 
En effet, outre le renforcement des postes de surveillance et des unités de contrôle ainsi qu’une répartition maîtrisée des brigades en patrouille véhiculées et pédestres, à travers la bande frontalière avec un système basé sur l’occupation efficace de l’espace et du temps, il a été procédé en juillet 2014 à la réalisation des tranchées (élargies en janvier 2016 )  et des obstacles, érigés le long de la bande frontalière Ouest que nous avons constatés de visu lors d’une virée sur le lieux en mai dernier (lire notre  reportage). « Depuis l’élargissement des tranchées opéré suite aux instructions des autorités militaires, une régression de la contrebande est constatée », a relevé  le contrôleur général en chef, Mohamed Ben Brahim.  Les photos prises du « dépôt » des saisies renseignent sur l’ampleur du phénomène de la contrebande sous toute ses formes mais surtout sur la détermination de nos douaniers à ne rien laisser filtrer de produits prohibés. 

De nouvelles infrastructures
La formation et l’initiation des agents aux nouveaux métiers de la douane sont considérées comme la priorité du secteur pour rentabiliser au maximum le potentiel de ressource humaine mais pour ce faire, la direction générale des Douanes a toujours insisté sur le besoin pressant de mettre les moyens à la disposition de ses troupes. Là, on ne parle pas de moyens d’intervention, mais du volet socioprofessionnel des douaniers. Ainsi, pour la direction régionale de Tlemcen, pour n’évoquer que celle-ci, « ce volet est bien pris en compte », selon les assurances du contrôleur général en chef, Mohamed Ben Brahim qui a relevé dans ce cadre que la direction régionale des douanes de Tlemcen a été renforcée ces derniers temps par de nouvelles infrastructures socioprofessionnelles. A commencer à titre illustratif par la Cité douanière de Tlemcen qui est en voie   d’achèvement. Elle est composée d’une résidence des hôtes dont les travaux sont à 98% achevés, de 4 villas, d’un célibatorium à 95% achevés, et de 56 logements dont la réception est prévue « probablement » en juillet prochain. Toujours au chef-lieu de la wilaya de Tlemcen, il a été réceptionné en janvier dernier le nouveau siège de l’Inspection divisionnaire des douanes (IDD). Pareil pour le nouveau siège de l’IDD de Ghazaouet (réceptionné) tout comme le bloc de l’IDD et recettes de Maghnia en attendant le parachèvement des travaux dans la même localité d’un célibatoruim (les travaux sont à 60% achevés) ainsi que les 6 logements de fonction et la résidence. Le tout est à 60% du taux d’achèvement.   A Akid Lotfi également, le célibatorium a été réceptionné. Notons également qu’au niveau de l’IDD de Sidi Bel Abbès, un bloc administratif de la brigade de Ben Badis a été réceptionné en attendant la finalisation des travaux engagés du célibatorium. A Ras El Ma aussi. Les travaux de réalisation du nouveau bloc administratif de la nouvelle brigade et du célibatorium sont en cours.

La communication : le point fort
Une réalité que nul ne peut nier : les services des douanes algériennes font leur mue ces dernières années. D’un corps « méconnu » auprès du grand public notamment, et face à toutes les mutations que connait son environnement directe, la douane algérienne a entrepris un ambitieux programme de modernisation en vue de s’adapter à ses nouvelles exigences. Ce programme englobe l’ensemble des aspects organisationnels, administratifs, managériaux, techniques…La communication est au cœur de ces réformes entreprises par la Douane algérienne visant l’adaptation de l’administration des douanes au changement de la notion du service public. Au niveau de la Direction régionale des douanes de Tlemcen un travail titanesque est entrepris dans ce sens. Avant même de rencontrer le premier responsable de la communication au niveau de la DRD de Tlemcen, Toufik Moualek, le contrôleur général en chef, Mohamed Ben Brahim, s’est avéré lui-même un communicant hors pair. De par ses 30 ans à la douane, notre officier n’a rien laissé au hasard tout au long de notre entrevue. Mais il a « préféré » laisser son sous-directeur de l’informatique et de la communication prendre le relais. D’ailleurs, Toufik Moualek ne nous a pas « lâché » une seconde durant toute notre « visite » aux différents services de la DRD de Tlemcen. Et c’est en sa compagnie dans le même véhicule que nous embarquons vers les frontières, en sortie sur le terrain avec la brigade de Ghazaouet. Ingénieur informaticien de l’Université de Sidi Bel Abbès en 1990, l’inspecteur divisionnaire Toufik Moualek est un des pionniers de la mise en place du système Sigad des douanes algériennes. Il a été également pendant de longues années, formateur au niveau de l’Ecole supérieure des douanes d’Oran et celle de Ouled Mimoun dans la wilaya de Tlemcen avant d’occuper depuis 2012 à ce jour le poste du sous-directeur de l’informatique et de la communication à la DRD de Tlemcen. Un service qui a en charge, nous explique le même officier, en premier lieu, de mettre la communication (sous tous ses volets) au service de l’institution douanière. Pour ce faire, il a été adopté deux plans interne et externe. Sur le plan interne, il est surtout question de vulgariser la réglementation et la législation douanière notamment par la mise en avant du nouveau plan stratégique 2016-2019. Sur le plan externe, le même service entretient une interaction avec les autres institutions et administrations mais aussi avec les médias en créant différentes passerelles de communication. Ainsi, nous apprenons qu’il a été élaboré l’année dernière, 237 communiqués de presse en plus des différents événements « couverts » par la télévision nationale ainsi que les interventions des responsables locaux des douanes sur les ondes des radios locales et nationales.
F. H.



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