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N° 126 - Jan 2020

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L'ANP

L’adieu

Ahmed Gaïd Salah est décédé à l’âge de 80 ans

Par El-Yazid DIB



Il est parti à un moment où tout ce qu’il avait prédit et prévu était réalisé. Garantir une douce transition démocratique et déconstruire tous les complots visant à saper les fondements de la nation. L’homme, qui semblait diviser le peuple chaque vendredi par des slogans hostiles, était en ce mercredi, jour de son enterrement, un homme béni du ciel et des hommes. Une foule immense l’avait accompagné en sa dernière demeure. La cérémonie funéraire était « un vrai cérémonial pour un sacre mérité eu égard aux grands services rendus au pays par le défunt », disait l’un des citoyens approchés au cimetière d’El Alia. Des officiels mais beaucoup plus de citoyens et citoyennes. Le deuil était partagé à travers toutes les portions du pays. On pleurait un père, un sauveur. Si l’on prenait sur sa dimension de mortel, l’homme Ahmed Gaïd Salah devrait être un « approchant de Dieu », un pieu croyant eu égard à cette mort soudaine survenue à temps opportun à un moment où la mission qu’il s’était confiée venait d’être accomplie par l’élection d’un nouveau président de la République. Il a rendu l’âme sur son lit familial, entouré des siens, sans encombrer quiconque, ni causer des désagréments à autrui. Il n’est pas mort dans une clinique française, ni au Val-de-Grâce. Il n’a pas connu les souffrances du malade grabataire, les difficultés du handicap ou un quelconque mal qui lui aurait causé de la mansuétude et de la pitié. Il est parti debout, sans nul air pitoyable, comme un soldat au garde-à-vous, tel un général face à ses troupes. Sa feuille de route est en soi une mission accomplie. Régenter tel qu’il se doit des élections présidentielles en leur date, sans effusion de sang, sans état de siège ni couvre-feu, avec cependant des glissements et des dérives libertaires n’est-il pas un accouchement trop douloureux mais délivrant ? Il est ainsi parti avec ce noble et valeureux sentiment qui anime tout patriote du devoir national accompli. Paix à son âme.Distinguer l’institution de l’homme est chose facile, déprécier l’œuvre de l’homme envers l’institution est chose vaine. On l’a dit et on le redit : l’armée n’est pas dans la peau d’un général, ni ne constitue la propre identité d’un état-major. Les personnes partent, l’armée reste. Chez nous, avec la déliquescence qui greffe tous les organes de la République, leur usure, une seule demeure stable pour le bonheur de tous. La seule qui puisse se prévaloir d’une crédibilité. L’ANP. Cette armée ne peut être qu’au service du peuple dont elle émane. Les aigris, les recalés de la mouvance, les voix de leurs maitres, les scissionnistes, ceux qui gardent des rancunes envers des personnes ne doivent pas confondre règlement de compte individuel et intérêt suprême du pays. Avec un pourtour frontalier des plus provocateurs, des guerres un peu partout et à portée de jumelle, une politique nationale qui prête à explosion, le pays n’est pas bien loti dans la case de pouvoir dormir sur ses oreilles. L’œil est à la vigilance permanente. C’est ce que prédisait le chef d’état-major. L’Algérie dans le cœur, l’on devait de garder en permanence une alerte accrue. Le général de corps d’armée savait tous les enjeux et plaçait l’institution dans une position responsable. Son statut géopolitique, les défis militaires et énergétiques ainsi que les multiples enjeux géographiques et démographiques font qu’elle constitue un axe important pour toutes les résolutions régionales. Elle attise les convoitises et fait nourrir les desseins malséants. L’Armée nationale populaire (ANP) est positionnée comme étant l’une des plus performantes organisations parmi les puissances mondiales. Elle reste toujours à craindre. D’habitude, l’Algérie suscite très peu d’intérêts. Voilà que suite à une transformation radicale de la région dans ses paysages politiques, les yeux, les analyses, les classements, et avec en évidence un intérêt grandissant, commencent à s’y intéresser crûment. Heureusement que la perspicacité des cadres militaires superbement formés et informés allait devancer les choses pour mettre à l’abri l’intégrité du territoire national et s’opposer à toute velléité malsaine. Le général de corps d’armée Ahmed Gaïd Salah, paix à son âme, avait su, en sillonnant toutes les régions militaires, que la défense du territoire était le devoir le plus sacré, le plus noble et qui nécessite toute une prédisposition à mettre des batteries de mesures à même d’être au diapason des grandes armées du monde. La crise politique que vivait le pays depuis le 22 février, naissance d’un soulèvement populaire qu’il soutenait ardemment pour être le premier à s’y allier en suggérant l’application de l’article 102 de la Constitution prévoyant l’empêchement. Le peuple a eu ce qu’il réclamait comme « non au cinquième mandat ». Le Hirak persévérait à exiger la lutte contre les symboles du régime, leurs relais financiers et politiques. Ils sont tous en prison. Les 3 B sont dans le passé. Un président élu ou mal élu est installé. Fin de mission pour un homme qui a jugé que la « gestion » du hirak soit tout aussi paisible que pacifique. Selmiya. Pas de débordement, pas de tirs. Pas d’état de siège, pas d’état d’urgence ni de couvre-feu. P’tit à p’tit, l’ordre politique est rentré dans la norme constitutionnelle. La balle est dans le camp du nouveau Président. A charge pour lui de parachever les innombrables revendications populaires qui n’auront en fait qu’une satisfaction du peuple et une tranquillité posthume au défunt. De décider des mesures d’apaisement et de prédispositions au dialogue qu’il n’a cessé d’appeler sans exclusive. Ces funérailles ont été, à la surprise de certains douteux, un engagement total d’un peuple envers son armée. C’était cette carrure de l’homme engagé qui incarnait l’attachement du citoyen à son armée, en qui il voyait un rempart protecteur au moment où le pays s’apprêtait à sombrer dans les abysses du chaos et du désordre. Les lourdes charges qui pesaient sur ses épaules étaient plus éloquentes que les galons qui les arboraient. L’oraison funèbre non pas simplement lue mais psalmodiée par un autre général-major Boualem Madi, directeur de la communication et de l’orientation au ministère de la Défense nationale, laissait l’auditoire aller au parcours du défunt pour savoir les grandes tourmentes qu’il vécut durant la guerre de libération, les couacs de la postindépendance et les diverses responsabilités assumées bien après. Ahmed Gaid Salah est parti. Son idéal est toujours là, debout au-devant d’une Algérie tant rêvée prospère, libre, souveraine et bien protégée. L’émotion d’une part et l’engagement d’autre part sont en passe de faire de cette regrettable disparition un nouvel élan, une mobilisation sans cesse pour tout un peuple qui n’aspire qu’à la paix et au bonheur. « L’adieu » reste en finalité cette image idyllique de la symbiose rassemblant tout un peuple non seulement autour d’un cercueil mais autour de ce qui avait dans le cœur de celui que l’on va inhumer. Prière pour l’absent.

 E.Y.D.



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