Le magazine promotionnel de l'Algérie

N° 109 - Nov 2017

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L'ANP

Les liaisons invisibles

Espace euro-magrébin migrations, terrorisme...

Par Farid HOUALI



Pour l’Armée nationale populaire, le lien entre la migration clandestine et le terrorisme est désormais établi. Selon le général Chérif Zered, chef du département emploi et préparation de l’état-major de l’ANP, « certains immigrés clandestins font l’objet de manipulation de la part des organisations terroristes ».  En effet, dans son allocution d’ouverture des travaux d’un colloque sur le thème «Migrations de crises et sécurité régionale: quelles perspectives pour l’espace euro-maghrébin», organisé au Cercle national de l’Armée/ Beni Messous, au nom du général de corps d’Armée, Ahmed Gaïd Salah, vice-ministre de la Défense nationale, chef d’état-major de l’Armée nationale populaire, le général-major Chérif Zered a mis en exergue «le degré d’aggravation» du phénomène de l’immigration clandestine et sa relation avec la criminalité organisée. Ainsi dit, les pays du bassin méditerranéen sont confrontés actuellement à la menace que représente cette immigration clandestine sujette à l’influence des groupes terroristes et des organisations criminelles ayant pour objectif de semer le chaos dans une région où la stabilité est déjà bien entamée. «L’aggravation de ce phénomène est devenue une source d’inquiétude pour plusieurs pays à cause de la difficulté de contrôle d’immenses flux de migrants d’une part et la crainte de l’exploitation de ces migrants par des terroristes et les responsables de la criminalité organisée d’autre part, et qui constituent un danger pour la sécurité et la stabilité de la région», a relevé le chef du département emploi et préparation de l’état-major de l’ANP qui a salué, à l’occasion, le travail humanitaire accompli par les éléments de l’ANP dans le domaine de sauvetage des vies des migrants clandestins. «Je veux dans ce contexte rappeler le grand rôle que jour l’ANP dans ce domaine à travers le contrôle de nos frontières nationales et nos côtes maritimes, et dans le sauvetage des migrants qui risquent leur vie à bord des embarcations de la mort», a-t-il souligné. Le général-major Zered a également salué le rôle que joue l’Etat algérien dans l’aide des pays du Sahel dans le développement local, la sécurité et la stabilité des populations. Ce colloque a pour objectif d’approfondir la réflexion sur la question migratoire dans le bassin méditerranéen, tout en mettant en exergue ses causes, les politiques d’immigration adoptées, ainsi que les défis humanitaires à relever par les Etats de la région pour trouver des solutions à cette problématique. Cette rencontre avait connu plusieurs interventions autour de plusieurs axes notamment les défis sécuritaires de l’immigration clandestine en Algérie, à travers une approche géopolitique, l’émigration et la sécurité régionale, les mécanismes juridiques pour la lutte contre l’immigration clandestine et l’avenir de ce phénomène dans l’espace euromaghrébin à l’ombre des mutations régionales que connaît la région. Les intervenants ont ainsi abordé le phénomène de l’immigration clandestine transfrontalière, à travers l’analyse de ses dimensions et ses répercussions sur le bassin méditerranéen, tout en mettant l’accent sur ses causes et les politiques principales adoptées par les Etats en vue de faire face à ce phénomène et le contenir. Ils ont, en outre, exposé les différents défis humanitaires qui doivent être relevés par les Etats de la région pour trouver des solutions à ce phénomène « qui ne cesse de prendre de l’ampleur ». Les participants ont saisi l’opportunité offerte par ce colloque pour analyser et débattre de la réalité et des dimensions de ce phénomène transfrontalier devenu « une préoccupation majeure pour les différents pays à l’instar de l’Algérie qui fait face ces dernières années à une vague sans précédent d’immigrants clandestins, ce qui fait appel à des stratégies bien étudiées pour contenir ce phénomène».

Nord et Sud...face à la crise
Près de 7.200 migrants et réfugiés sont morts à travers le monde l’année dernière, pour la plupart en Méditerranée, devenue la route de passage la plus dangereuse de la planète. Des centaines de milliers de migrants, fuyant les violences, les catastrophes naturelles ou encore le sous-développement économique, ont continué en 2016 d’affluer au péril de leur vie vers les pays « sûrs». Originaires principalement d’Afrique, du Moyen-Orient, et de l’Asie méridionale, quelque 245 millions de personnes vivent actuellement en dehors de leur pays d’origine, soit plus de 3% de la population mondiale, révèlent les derniers chiffres officiels, qui soulignent une augmentation de 85 millions des migrants internationaux entre 1995 et 2015. Selon le Haut-commissariat aux réfugiés des Nations unies (HCR), le nombre de réfugiés (personnes ayant quitté leur pays) a atteint en début d’année 21,3 millions, alors que celui des personnes déplacées (ayant quitté leur foyer sans quitter le pays), est à 40,8 millions. Ce niveau est le plus haut enregistré depuis la Seconde Guerre mondiale. La détérioration de la situation sécuritaire, avec les crises en Syrie, en Irak mais aussi ces cinq dernières années au Soudan du Sud, au Yémen, au Burundi, en Ukraine, en République centrafricaine... n’a fait qu’accentuer les flux migratoires déjà existants en raison de conflits plus anciens tels qu’en Somalie ou en Afghanistan, ou de mouvements de gangs, de réseaux de crimes organisés et autres actes de violences observés en Amérique centrale.  Alors que les défis de l’Europe pour gérer plus d’un million de réfugiés et de migrants font l’actualité, le HCR révèle que la majorité des réfugiés dans le Monde se trouve dans des pays en développement de l’hémisphère Sud. En effet, plus de 90% des réfugiés relevant de l’agence onusienne se trouvent dans les pays à faible revenu ou à revenu intermédiaire. La Turquie est le plus important pays d’accueil avec 2.5 millions de réfugiés et le Liban avec 1.5 million de réfugiés, soit un quart de la population du pays, et accueille davantage de réfugiés par rapport à sa population que tout autre pays.

Quelle stratégie face au phénomène 
La migration de masse est l’actuel défi politique majeur de la communauté internationale, créant parfois des tensions ou encore des divisions politiques entre les pays sur la meilleure façon de traiter et de résoudre cette crise. Lors du Sommet de l’ONU sur les réfugiés en septembre dernier, à New York, le premier du genre depuis la création de l’organisation, les pays d’accueils ont mis l’accent sur «leurs droits de contrôler leurs frontières ainsi que sur la nécessité de réduire les flux de migration illégale et non contrôlée». Parallèlement, les Nations unies ont appelé ces pays dits «sûrs» à œuvrer à faire reculer la perception négative que les populations peuvent avoir des réfugiés et des migrants, et de renforcer le contrat social entre les communautés de migrants et les populations autochtones. L’ONU considère un pays comme «sûr» lorsqu’un système démocratique y est mis en place, et que de façon générale et permanente, il n’y a ni persécutions ni torture. Il faut aussi qu’il n’y ait pas de menace et pas de conflit armé. L’autre priorité politique est de traiter les problèmes fondamentaux de cette crise dans les pays d’origines des migrants, en favorisant une coopération Nord-Sud. Les pays du Sud appellent régulièrement leurs voisins du Nord à apporter leur soutien dans le domaine de la sécurité ainsi qu’à investir dans la région pour relancer leur économie. Des conditions sine qua non pour réinstaller les déplacés internes et externes dans leurs lieux d’origines. Dans ce contexte, Ramtane Lamamra, ministre d’Etat, ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, avait souligné que «la lutte contre la migration illégale passait par une approche globale et intégrée qui concilie à la fois les dimensions de sécurité à la faveur d’une coopération en matière de lutte contre les réseaux criminels de la traite humaine, de développement pour traiter les causes profondes du phénomène et de respect de la dignité humaine». La communauté internationale est, par ailleurs, alertée par les phénomènes météorologiques induits par les changements climatiques. Les experts onusiens et les scientifiques à travers la planète pressent à réduire «radicalement et de toute urgence» les émissions de gaz à effet de serre à l’origine du réchauffement mondial pour éviter une autre «tragédie humaine», qui se traduira par un nombre croissant de «réfugiés climatiques» frappés par la faim, la pauvreté, la maladie et les conflits.   Pour ce qui est de la prise en charge des migrants dans le cadre des exigences de la solidarité africaine, « l’Algérie est au-dessus de tout soupçon », avait indiqué Ramtane Lamamra, dans une déclaration à l’APS, en marge de la 2e journée du Séminaire de haut niveau sur la paix et la sécurité en Afrique, tenu en décembre dernier à Oran.

L’Algérie plaide pour une approche globale sur la migration
L’Algérie a plaidé, fin janvier dernier, par la voix de Hassan Rabehi, secrétaire général du ministère des Affaires étrangères, pour une approche globale sur la migration conciliant la sécurité, le développement et le respect de la dignité humaine. «Seule une approche globale sur la migration qui concilie la sécurité, le développement et le respect de la dignité humaine peut réduire et mettre fin au drame humanitaire de pertes de migrants en Méditerranée», avait-il indiqué lors du 2e Forum régional de l’Union pour la Méditerranée (UPM), dédié à la thématique de la jeunesse, qui s’est tenu les 23 et 24 janvier à Barcelone. Il avait relevé, à ce propos, que «nombreux sont les jeunes sud méditerranéens qui fuient les guerres, les crises et la pauvreté pour emprunter le chemin de la migration illégale au prix de leur vie et en sacrifiant leur avenir ainsi que celui de leurs pays d’origine». Pour le même responsable, la lutte contre la migration illégale passe par «une approche intégrée qui concilie à la fois les dimensions de sécurité à la faveur d’une coopération en matière de lutte contre les réseaux criminels de la traite humaine et de développement pour traiter les causes profondes du phénomène et de respect de la dignité humaine», notant à cet effet que la facilitation des visas et de la mobilité «contribue à la réduction du recours à la fraude pour se rendre en Europe, source d’attrait de l’immigration illégale». Le même responsable avait estimé, dans son intervention, que la jeunesse «doit être au cœur de cette coopération pour le développement, en étant à la fois un artisan et un bénéficiaire de cette dynamique euro-méditerranéenne». Il avait fait remarquer que «le processus euro-méditerranéen au travers de l’UPM et à la faveur de son mandat orienté sur la formulation de projets, prend tout son sens et sa pertinence, dans l’espoir de voir ses objectifs et idéaux de paix et de stabilité, une fois les conditions politiques réunies dans la région, se concrétiser dans les délais les plus proches». Dans ce contexte, avait ajouté M. Rabehi, «la relance du processus de paix au Moyen-Orient autour de la question centrale palestinienne, la résolution par la voie du dialogue politique des crises dans la région sont autant de conditions sine qua non que nous devrions fortement soutenir dans notre agenda euro-méditerranéen». Il avait souligné, en outre, que la jeunesse «fait partie des priorités du gouvernement algérien en termes d’éducation, de formation et d’insertion dans la vie active du pays». Quelques mois auparavant (octobre 2016), Abdelkader Messahel, ministre des Affaires maghrébines, de l’Union africaine et de la Ligue des Etats arabes, avait  souligné de son côté l’importance du développement et de la stabilité sécuritaire dans les pays pourvoyeurs de migrants afin de faire face au phénomène migratoire dans le continent africain. «Il est évident, si on veut réellement juguler le phénomène migratoire en Afrique, (qu’) il faut s’attaquer aux causes liées notamment au développement et aux conflits», avait indiqué M. Messahel lors d’une rencontre placée sous le thème «Chemins d’exil, pistes d’écriture (migrations dans la littérature africaine), en marge du 21e Salon international du livre d’Alger (SILA). M. Messahel avait indiqué que «les mouvements migratoires au niveau du continent sont vingt fois plus importants qu’ailleurs.» «En Europe le flux ne dépasse pas les 1% en raison notamment des mesures dissuasives imposées par les Etats européens, tels que le visa Schengen et les dispositifs Frontex (agence européenne de contrôle des frontières) et où le phénomène est instrumentalisé à des fins purement politiques», avait-il fait remarquer. « Là aussi, des efforts doivent être faits, il faut essayer de régler les conflits afin d’encourager les populations à rester chez elles».
F. H.




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