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N° 124 - Nov 2019

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DGSN

L’Afripol se dote d’une nouvelle stratégie quinquennale

Terrorisme, cybercriminalité et crime transfrontalier

Par Yahia MAOUCHI



Les travaux de la troisième Assemblée générale du mécanisme de l’Union africaine de coopération policière (Afripol), qui s’est tenue à Alger du 2 au 3 octobre 2019, ont été sanctionnés par l’adoption d’une série de recommandations, outre l’élection de l’Algérie pour présider ce mécanisme pour un nouveau mandat de deux ans. S’exprimant lors d’une conférence de presse coanimée avec Khelifa Ounissi, directeur général de la Sûreté nationale et président de l’AG d’Afripol, Ismail Chergui, commissaire à la paix et à la sécurité à l’Union africaine, a cité parmi les recommandations adoptées «la coordination avec les responsables africains des organes de police pour la mise en œuvre d’opérations conjointes de lutte contre le terrorisme et le crime transfrontalier», ainsi que «l’accord de coordonner le travail avec les responsables des dispositifs de la police africaine pour l’application des missions et opérations conjointes en matière de lutte contre le terrorisme et le crime transfrontalier ». Cette dernière recommandation exprime, selon M. Chergui, « l’attachement des membres d’Afripol au travail collectif qui aura un impact positif sur le retour à la sécurité et à la stabilité en Afrique ». M. Chergui a cité également « l’adoption d’un plan stratégique de prévention et de lutte contre le crime organisé, le terrorisme et la cybercriminalité pour une durée de 5 ans », précisant que ladite stratégie reposait sur 7 axes, notamment la mobilisation des moyens matériels et humains, la consolidation de la coopération entre les institutions policières et les autres forces de sécurité, la réalisation d’études stratégiques sur le crime organisé, le renforcement de la coopération internationale et régionale en matière de prévention et de lutte contre le crime et « l’adoption du système juridique devant régir le système de communication Afiscom lancé dans 50 pays africains ». Par ailleurs, les participants ont insisté sur l’impératif de poursuivre les efforts pour soutenir les membres du mécanisme d’Afripol et ses partenaires, et le « renouvellement de la confiance » en le bureau de l’Assemblée générale d’Afripol et son directeur exécutif pour une durée de deux ans. A une question sur les missions confiées à Afripol concernant l’extradition des individus recherchés par la justice algérienne, M. Chergui a indiqué que « cela n’est pas à écarter dans notre programme d’action et tous les individus recherchés par la justice en Algérie ou dans un autre Etat seront extradés par des voies sûres ». « L’Afrique a un programme d’action pouvant faire d’Afripol un pivot de paix et de sécurité » dans le continent, a-t-il ajouté. Toutefois, il a insisté sur l’impératif de se tourner aujourd’hui vers l’action dans la zone du Sahel. « Les dispositifs sécuritaires dans cette région ne sont pas suffisants, mais la réponse aux menaces ne peut pas se limiter au sécuritaire et au militaire. Elle doit comporter le volet développement et toute une communication afin d’abord d’éviter davantage de radicalisation, mais également tout ce qui est gouvernance politique et économique pour faire en sorte que nous puissions traiter les causes profondes de ce phénomène », a-t-il précisé, ajoutant que « la situation est sérieuse et inquiétante ». Il a fait savoir, par la même occasion, qu’Afripol « signera, prochainement, un accord avec l’Organisation d’Ameripol (Organisation de la police des pays d’Amérique), ainsi qu’une convention avec l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), soulignant que « la coopération entre les organisations criminelles requérait une intensification de la coopération sécuritaire entre l’Afrique et le reste des organisations internationales et régionales ». Il a annoncé, par la même occasion, qu’une réunion ministérielle aura lieu prochainement à Bamako pour examiner cette question. Saisissant cette occasion, M. Chergui a salué également « le rôle que joue l’Algérie dans la lutte contre le terrorisme, la radicalisation et pour la consolidation de la sécurité et de la paix ».

 

L’Algérie accorde une importance majeure à l’Afripol

Intervenant à l’ouverture des travaux de cette 3e Assemblée générale d’Afripol, Salah Eddine Dahmoune, ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales et de l’Aménagement du territoire, a réitéré le soutien de l’Algérie au mécanisme d’Afripol en matière de lutte contre le crime organisé et le terrorisme qui menacent le continent africain. M. Dahmoune a indiqué que l’Algérie, de par son attachement à la sécurité, à la stabilité, et au développement de l’Afrique, accorde « une importance majeure » à ce mécanisme (Afripol), en ce sens qu’elle y voit un outil de coopération internationale extrêmement important en matière de lutte contre les nouveaux dangers menaçant la paix et la sécurité collective, citant parmi ces principaux dangers « le terrorisme abject et les crimes organisés y afférents ». Il a ajouté, d’autre part, que la réalisation des objectifs et de la stratégie dudit mécanisme traduira la détermination et l’engagement des institutions policières africaines à trouver des solutions purement africaines, favorisant le traitement de toutes les questions et préoccupations sécuritaires dans le continent, notamment celles inhérentes à la lutte contre le crime organisé transnational et le terrorisme, exprimant par la même occasion la satisfaction du gouvernement algérien des résultats positifs ayant sanctionné les rencontres tenues au double plan national et régional sur la relance des capacités de ce mécanisme qui constitue désormais le pivot en termes de consécration des efforts des organes africains. Le ministre a affirmé, en outre, « la détermination constante et continue de l’Algérie à encourager et à soutenir ce mécanisme » et « à œuvrer de concert avec tous les partenaires à promouvoir sa performance, en vue d’optimiser la coordination et la coopération » entre pays africains, au mieux des intérêts des pays membres et de la communauté internationale, saluant les décisions de l’Union africaine (UA) relatives au renforcement du système sécuritaire et de paix dans la région et à la promotion de l’action sécuritaire de manière à l’adapter aux nouvelles donnes internationales, face aux menaces croissantes du crime organisé transnational et à la cybercriminalité. De son côté, le directeur général de la Sûreté nationale, Khelifa Ounissi, a estimé dans son allocution de clôture des travaux de la 3e AG d’Afripol, que les résultats sanctionnant la rencontre « donneront un fort élan » à Afripol en vue de « s’adapter aux aspirations du continent » en termes de préservation de la sécurité et de la stabilité, entre autres missions de ce mécanisme qui repose, a-t-il dit, sur « l’échange d’informations et d’expériences, afin de lutter efficacement contre le terrorisme et le crime organisé ». En outre, le chef de la police a mis en avant le rôle de l’Algérie, « acteur à l’avant-garde de la cause africaine ». Le DGSN a mis en avant, également, l’importance de « renforcer la coopération policière ». M. Ounissi a indiqué que « la coopération dans le cadre du plan d’action d’Afripol constitue, désormais, une priorité soutenue par des mécanismes de mise en œuvre efficaces, afin de renforcer la coopération. Cette dernière repose sur l’échange d’informations, la formation et le partage d’expériences et de capacités opérationnelles ». Pour le DGSN, l’adoption du plan quinquennal 2020-2024 d’Afripol « devrait aider les Etats membres de l’UA à améliorer l’action des services de police pour une lutte efficace contre les différentes formes de criminalité ». Enfin, M. Ounissi s’est félicité des résultats de cette 3e AG qui donneront un fort élan à l’organisation, annonçant à l’occasion que la 4e AG sera organisée au Nigeria en 2020.

 

L’Algérie réélue à la tête d’Afripol

Par ailleurs, l’Algérie a été réélue pour un nouveau mandat de deux ans, a indiqué le commissaire à la paix et à la sécurité à l’UA, Smaïl Chergui. L’ambassadeur a annoncé que l’Algérie, représentée par Khelifa Ounissi, directeur général de la Sûreté nationale et président de l’assemblée générale d’Afripol, va présider Afripol durant les deux prochaines années, suite au renouvellement de la confiance par les membres du Mécanisme. Les trois vice-présidents réélus sont les chefs de police d’Ouganda, du Nigeria et de Centrafrique. A cette occasion, Khelifa Ounissi a indiqué qu’«en renouvelant votre confiance à l’Algérie pour présider l’Afripol pour une nouvelle période, je tiens à vous exprimer notre sincère gratitude et tout l’honneur d’être à côté de mes frères pour assumer cette noble mission, en matière de lutte contre le terrorisme et les formes diverses de la criminalité organisée ». Il a ajouté que les membres d’Afripol ont soutenu la proposition du prolongement du mandat du bureau exécutif d’Afripol et de son secrétariat exécutif en reconnaissant l’excellent travail réalisé depuis la première assemblée générale en 2017. Il a relevé que cette décision (réélection de l’Algérie et du bureau exécutif notamment) témoignait de « votre vision éclairée » et de « votre volonté » à faire progresser dans un « climat serein », empreint de « stabilité et de solidarité, notre jeune organisation ». Par ailleurs, à l’issue de cette rencontre, les chefs des organes de police des pays africains ont salué, dans une lettre lue par le directeur de la police soudanaise, « le rôle pionnier de l’Algérie dans le soutien aux causes africaines », ainsi que son souci de renforcer la coopération africaine et les efforts visant la relance et le développement de l’Afrique avec la préservation de sa sécurité et sa stabilité, outre « son rôle pionnier dans la lutte contre la violence et le terrorisme, et dans la diffusion des valeurs et principes des droits de l’Homme ». Ils se sont félicités, également, des efforts consentis par l’Etat algérien dans « le recouvrement de la sécurité et de la paix en Afrique à travers le dialogue sérieux et sans interférence dans les affaires internes des pays ». De son côté, le président d’Afripol a rendu un vibrant hommage aux hautes autorités du pays « pour avoir soutenu le processus de mise en œuvre d’Afripol ». A noter que les travaux de cette 3e AG d’Afripol étaient consacrés à l’examen des aspects fonctionnels et organisationnels, et l’échange des vues et des expériences sur la prévention et la lutte contre les diverses formes de criminalité transnationale organisée. Ces travaux ont été marqués par la présence des chefs de polices africaines, les hautes autorités du gouvernement algérien, le Secrétaire général de l’Organisation internationale de police criminelle (Interpol), le SG du Conseil des ministres arabes de l’Intérieur, ainsi que les représentants d’organisations africaines et internationales de la coopération policière et des experts du même organe, en sus de plusieurs personnalités comme observateurs. Encore faut-il savoir aussi que l’Afripol est une institution technique de l’UA pour la coopération policière, alors que l’Assemblée générale, qui se compose des chefs de police des Etats membres de l’UA, est l’organe technique et délibérant suprême d’Afripol chargé de diriger les affaires de police en Afrique aux niveaux stratégique, opérationnel et tactique. D’ailleurs, l’idée de la création d’Afripol a été lancée lors de la 22e conférence régionale africaine de l’Organisation internationale de police criminelle (Interpol), tenue en septembre 2013 à Oran, en présence de 41 chefs africains de police qui l’ont adoptée à l’unanimité. L’initiative a été appuyée en marge de la 82e Assemblée générale d’Interpol, tenue du 21 au 24 octobre à Carthagène (Colombie). Le siège d’Afripol, situé à Ben Aknoun (Alger) avait été inauguré le 13 décembre 2015 en présence de représentants des appareils de police de plus de 40 Etats africains. La tenue de la première Assemblée générale d’Afripol, en mai 2017, a été notamment marquée par l’élection de l’Algérie pour présider cette organisation pour un mandat de deux ans. La deuxième Assemblée générale d’Afripol s’est tenue, également, à Alger les 15 et 16 octobre 2018.

 Y. M.

Ils ont dit :

Jürgen Stock, secrétaire général d’Interpol

« De par sa position en Afrique du Nord et de sa proximité avec le continent européen, l’Algérie revêt une importance particulière dans la lutte contre le terrorisme », a indiqué, lors des travaux de la 3e Assemblée générale d’Afripol, Jürgen Stock, secrétaire général de l’Organisation internationale de la police criminelle (Interpol). Et d’ajouter que le monde faisait actuellement face à « l’épineux problème des terroristes qui sont en mouvement », estimant que « le terrorisme n’a jamais été aussi global et complexe qu’il ne l’est aujourd’hui». Evoquant la menace terroriste, il a fait savoir qu’Interpol avait récemment détecté les déplacements de 12 terroristes qui essayaient de rejoindre l’Europe depuis le continent africain, relevant la coopération d’Interpol avec l’Afripol notamment pour la mise en place d’un réseau global de lutte contre la criminalité et la signature d’un accord important pour le partage d’informations. M. Stock a indiqué qu’Interpol et Afripol œuvraient pour le renforcement de leurs alliances, à travers l’échange d’informations et de coopération, pour aider les agences de sécurité de tous les pays à neutraliser les terroristes et les criminels.

Tarik Ahmed Sharif, directeur exécutif d’Afripol

Pour sa part, le directeur exécutif d’Afripol, Tarik Ahmed Sharif, a souligné qu’Afripol ne pouvait réaliser ses objectifs que si elle jouit du soutien continu de tous ses membres pour réaliser ses objectifs et ses engagements, saluant au passage l’Algérie pour son aide constante en faveur de l’Afrique. Il a expliqué que l’Algérie revêt une « importance particulière » dans la lutte contre le terrorisme, en raison de sa position en Afrique du Nord et de sa proximité avec le continent européen», a-t-il indiqué.


Ismaïl Chergui, commissaire à la paix et à la sécurité à l’Union africaine (UA)

Ismaïl Chergui, commissaire à la paix et à la sécurité à l’Union africaine (UA) a indiqué que « le continent africain est exposé aux dangers de crimes transfrontaliers et de menaces terroristes, en devenant un pôle d’attraction pour l’Etat islamique (EI) (Daech) ». Le même responsable a ajouté que la menace terroriste est ressentie sur les frontières, notamment depuis que Daech s’est implanté en Libye. Mais pour M. Chergui, et bien que les menaces à la paix et à la sécurité s’aggravent, « la résistance des criminels ne nous découragera pas », a-t-il soutenu.

Salah Eddine Dahmoune, ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales et de l’Aménagement du territoire

Salah Eddine Dahmoune, ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales et de l’Aménagement du territoire, a indiqué que la concrétisation effective des bureaux de liaison nationaux d’Afripol constitue une base essentielle dans l’échange d’informations et d’expertises entre les pays et l’élaboration des analyses pénales, stratégiques et opérationnelles. « La mobilisation de tous permettra une lutte efficace contre le terrorisme et le crime dans une région qui aspire à un avenir meilleur pour garantir la prospérité de ses peuples dans la paix et la stabilité», a-t-il dit. Il a ajouté que cela « exige le renforcement des compétences opérationnelles et techniques » des services de la police africaine, à travers le développement des méthodes de travail et « la création de centres d’excellence en matière de formation, de recherche et d’analyses pénales policières ».

 



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