Le magazine promotionnel de l'Algérie

N° 107 - Août 2017

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Le regretté Rachid KHALDI, l’un des bâtisseurs de la Police algérienne

Par Aissa KASMI,



Dans leur vision stratégique et en prévision de l’indépendance de l’Algérie qui était pour eux absolument inéluctable, les responsables de la Révolution avaient pris l’initiative dès les premières années de la guerre de libération nationale, d’envoyer des missions d’étudiants dans de nombreux pays frères et amis en vue de les préparer à prendre en charge la mise en place des institutions nationales au lendemain de la victoire sur le colonialisme. C’est ainsi que les premiers groupes avaient été dirigés d’abord vers les pays arabes (Maroc, Tunisie, Egypte, Syrie, Irak, Jordanie, Koweït…) et ensuite dans les pays de l’Est (URSS, Yougoslavie, Tchécoslovaquie, Bulgarie…), en Chine, puis dans certains pays d’Europe et en Amérique. Selon certaines sources, près de 1.200 étudiants au total auraient fait partie de ces missions, toutes catégories et spécialités confondues, notamment dans les branches scientifiques et technologiques, y compris les sciences nucléaires. C’est dans ce cadre qu’une cinquantaine de jeunes algériens âgés de 18 à 24 ans avaient été envoyés à partir de 1959, en trois groupes, à l’Académie de police du Caire (El-Abassia), pour y subir une formation en qualité de commissaires de police dans un pays qui a été l’un des premiers à soutenir fortement la Révolution algérienne, sous la houlette de Djamel Abdenasser. Parmi les élèves de la troisième promotion, figure le regretté Rachid Khaldi que nous évoquons aujourd’hui en commémoration du 80e anniversaire de sa naissance à Nabeul (Tunisie), le 29 mai 1937. Son père, Cheikh El-Bachir Khaldi dit El-Djaziri, originaire de Medjana (Wilaya de Bordj-Bou-Arréridj), avait en effet émigré vers la Tunisie à l’âge de 16 ans, au début des années 1920. Après des études réussies à l’université de la Zitouna, il s’était fixé à Nabeul où il a exercé comme cheikh de la mosquée de Bir-Chellouf. Comme la plupart des Algériens résident en Tunisie, il a apporté son soutien actif à la Révolution en participant à la collecte de fonds au profit du FLN et en recevant périodiquement des chefs de la Révolution qui tenaient des réunions chez lui. Fils unique, Rachid Khaldi a fait ses études primaires en arabe et en français à Nabeul et ses études secondaires au Lycée Sadikia de Tunis, jusqu’au baccalauréat (bilingue). Parallèlement à ses études, son père lui avait assuré une éducation fondamentale basée sur les principes de respect de soi-même et des autres, en plus de sa formation civique et surtout patriotique. Au début de la Révolution, il était en deuxième année de licence en lettres à l’Université de Tunis où il a également acquis de sérieuses connaissances en anglais. En 1959, il est envoyé par le FLN, d’abord à l’académie militaire de Jordanie, avant de rejoindre une année plus tard (1960), l’académie de police du Caire d’où il est sorti à la fin de l’année 1961, avec le diplôme de commissaire de police.
Dès la fin de ses études, il est dirigé vers le Maroc où il a activé au sein des structures du FLN avant de rejoindre l’Algérie au lendemain de l’indépendance avec le grade de sous-lieutenant et affecté au commissariat politique de l’ANP à Alger (Ghermoul). A la fin de l’année 1962, il rejoint les rangs de la police algérienne pour exercer à Constantine en qualité de Commissaire du 2e arrondissement, puis à l’aéroport international d’Alger. Compte tenu de sa formation militaire et professionnelle très appréciable, il est nommé en 1964 comme directeur des écoles de police, avec pour mission d’engager un vaste programme de recrutement et de formation pour permettre à l’Algérie de constituer rapidement une police de qualité avec un effectif suffisant pour faire face à tous les défis que le pays devait relever rapidement à l’époque.
En 1967, il est envoyé en République fédérale d’Allemagne (RFA) à la tête d’un groupe de 25 cadres de la Sûreté nationale pour effectuer une formation de deux années en matière de pédagogie et de maitrise des méthodes de formation. Il y apprend également la langue allemande qui s’ajoute ainsi aux trois langues, arabe, français et anglais qu’il maitrisait auparavant. De retour d’Allemagne, il se voit nommé directement en qualité de premier Directeur de l’Ecole supérieure de police d’Alger (Chevaley) qui a ouvert ses portes le 5 janvier 1970. En 1972, il devient chef du service central de recrutement et de la formation professionnelle, poste qu’il a occupé jusqu’à la fin de l’année 1988, avant d’être nommé comme directeur de la police de l’air et des frontières (PAF). Du mois de juillet 1990 au mois de juin 1991, il a été désigné en tant que directeur général adjoint de la Sûreté nationale. Il fait valoir ses droits à la retraite au mois de juillet 1991, au moment où l’Algérie allait entrer dans une zone de turbulence aux conséquences dramatiques pour notre pays. A la tête des services de formation de la Sûreté nationale pendant plus de 25 ans, Rachid Khaldi peut être considéré à juste titre comme étant le « père » et le « maître » de la formation des policiers algériens. Des milliers de cadres policiers qu’il a formés se retrouveront dans ce témoignage qui n’évoque que les grands traits de la personnalité de ce fonctionnaire émérite de l’Algérie indépendante. Il a été l’un des cadres les plus distingués de la Sûreté nationale qui ont contribué de façon efficace à l’édification de cette grande institution de la République. Dans le cadre de ses fonctions, il a eu à effectuer des dizaines de missions à l’étranger pour le compte de la DGSN et de l’Algérie en général. Son éducation d’une rare finesse, son élégance admirable, son altruisme sans limites et sa maitrise de nombreuses langues ont fait de lui un négociateur de qualité en mesure non seulement de réussir sa communication avec les autres, mais surtout de convaincre ses interlocuteurs les plus tenaces et de résoudre les questions les plus épineuses.
Au cours des années 1970 et 1980, il a donné de nombreuses conférences de haut niveau dans les Ecoles de police et dans d’autres institutions nationales, comme il a joué un rôle de premier plan dans l’arabisation de l’administration de la Sûreté nationale. Il était un féru de la lecture et de la musique orientale en particulier d’Oum Keltoum et de Mohamed Abdelouahab. Sa compagnie était vivement recherchée par les amateurs de l’humour raffiné, de la répartie, de la poésie et de la littérature. Rachid Khaldi s’était retiré à Bordj Bou-Arréridj pour se rapprocher de Medjana, lieu de naissance de son père, où il a rendu l’âme le 8 avril 2010. En ce 80e anniversaire de sa naissance, que tous ceux qui l’ont connu de près ou de loin aient une pensée en sa mémoire. Que Dieu le Tout Puissant lui accorde son infinie miséricorde et l’accueille dans son éternel paradis.

A. K.



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