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N° 110 - Dec 2017

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DGSN

« J’ai été impressionné par le professionnalisme et les standards de haut niveau de la police algér

Jürgen Stock, Secrétaire général d’Interpol

Entretien réalisé par Smail ROUHA



El-Djazair.com : Vous venez de visiter plusieurs infrastructures relevant de la Sûreté nationale, notamment le centre de commandement et de contrôle, le laboratoire de police et le siège d’Afripol. Quelle appréciation faites-vous des avancées réalisées par la police algérienne ?

Jürgen Stock : Permettez-moi de saisir cette occasion pour remercier, le général-major Abdelghani Hamel, directeur général de la Sûreté nationale, le gouvernement algérien et la  police algérienne  pour son hospitalité lors de la tenue à Alger de la Conférence des chefs de bureaux centraux nationaux,  des membres d’Interpol pour la région MENA. Par cette organisation, l’Algérie, qui encourage depuis toujours la coopération entre les différentes polices et assiste Interpol, lorsque la nécessité s’en fait ressentir, démontre, une fois de plus, son leadership. Il serait inopiné de rappeler à ce stade que la coopération bilatérale entre l’Algérie et Interpol est très étroite et bénéfique. L’Algérie a abrité de nombreuses conférences internationales d’Interpol, de même qu’elle a contribué à l’élaboration de plusieurs projets dans la région.  Aussi nous espérons à l’avenir continuer à optimiser cette coopération.  En visitant le laboratoire scientifique, j’ai été impressionné par le professionnalisme et les standards de haut niveau de travail de la police algérienne. J’ai pu constater qu’au sein de cet institut de science criminalistique, la police algérienne utilise les nouvelles technologies dans l’assemblage de preuves et dans la gestion de la scène de crime. C’est un travail d’équipe. Un travail basé sur la connexion entre policiers et experts d’autres centres scientifiques. Un tel succès ne peut qu’appeler d’autres réussites et progrès. Concernant la seconde partie de votre question, je peux affirmer qu’Afripol est une prouesse majeure pour le continent africain à même d’améliorer le niveau de coopération et de coordination. C’est très important car tout le monde est concerné par les menaces cybercriminelles très complexes et transfrontalières. Je suis avant tout policier, j’ai exercé pendant 40 ans et je n’ai jamais constaté de visu cette complexité internationale. Les cybercriminelles voyagent à travers le monde, profitent de la mondialisation pour accomplir leur business et peuvent de surplus agir par un simple « clic » sur une souris d’ordinateur. De ce fait, aucun pays, aucune région, ne peut lutter seul contre cette menace. Il faut impérativement avoir recours à un autre niveau de coopération aussi bien régional qu’intercontinental. Je reste persuadé qu’Afripol, autre assurance sécuritaire pour l’Afrique, est un maillon de plus dans cette architecture sécuritaire.

Afripol jouera un rôle important en développant ses capacités à l’instar de la police algérienne pour contrecarrer toutes menaces

 

El-Djazair.com : Quel peut être l’apport d’Afripol dans la lutte antiterroriste et le crime organisé?

Jürgen Stock : Afripol ,sera sans nul doute,  dans le futur une plate-forme de partage d’informations importantes au niveau du continent africain qui permettra à toutes les polices africaines d’avoir une vision globale des menaces. Ce qui les incitera à prendre rapidement  les bonnes décisions, notamment au niveau des frontières où elles auront besoin d’accéder aux bases de données locale ou internationale. De plus, Afripol sera aussi une plate-forme de formation qui permettra aux policiers de mener leurs missions dans les meilleures conditions contre le crime organisé, le terrorisme et le crime transfrontalier ; en développant ses capacités à l’instar de la police algérienne pour contrecarrer ces menaces.
 Je suis sûr que la sécurité de l’Afrique contribuera à la sécurité globale du monde. Afripol et Interpol travailleront en étroite collaboration pour instaurer une architecture sécuritaire globale car le rôle d’Interpol dans le futur est de connecter les différentes polices à travers le monde. Si Afripol est important pour l’Afrique, il l’est également pour la sécurisation du monde entier car nous avons besoin de travailler ensemble en échangeant les informations, en travaillant avec les standards de police sur le plan international. De ce fait, je qualifie l’Afripol de réalisation majeure. Aussi, je tiens à féliciter la police algérienne et le gouvernement algérien pour avoir contribué à concrétiser une idée en un temps record, tout en tenant compte du politique et du raisonnement policier. Je tiens également à féliciter l’Algérie pour avoir abrité le siège d’Afripol. Interpol est prêt à développer un partenariat avec Afripol qui sera, j’en suis sur, bénéfique.

El-Djazair.com : Pourtant, vous avez récemment dénoncé le manque de partage entre les Etats de données biométriques susceptibles de permettre d’identifier plus efficacement les terroristes.
 

Jürgen Stock : Le Conseil de Sécurité des Nations unies a décidé, dans sa résolution 20-14, d’encourager les pays à utiliser les capacités d’Interpol (base de données) pour améliorer la coopération policière, le partage d’informations pour contrecarrer la menace terroriste, notamment les terroristes étrangers.  Il est clair que le partage d’informations via Interpol, revient à étendre le périmètre de la sécurité nationale, car les groupes terroristes aussi bien Daech que Boko Haram, œuvrent de façon transnationale, par connexion. Aussi l’accent doit-être mis sur une action adéquate basée sur l’information selon une stratégie de menace globale que ce soit au Sahel ou dans une autre partie du continent. Cette analyse stratégique doit être appropriée à des opérations ciblées. Cela nécessite une organisation centralisée basée sur la collecte d’informations à même d’anticiper la menace terroriste transnationale. Tel devrait être à l’avenir le rôle d’Afripol à l’instar d’Interpol qui œuvre dans ce sens depuis sa création, il y a cent ans. Le monde a changé, mais la vision reste la même. Interpol dispose de seize bases de données qui ont besoin, d’une part, d’être vulgarisées et, d’autre part, d’être accessibles à tous les pays membres, notamment aux équipes spécialisées dans la lutte antiterroriste. En outre, l’accès sera autorisé aux polices des frontières. Ce que l’Algérie a réalisé d’une manière intelligente car elle a interconnecté ses troupes travaillant aux frontières à la base de données d’Interpol comprenant fiches de véhicules volés, documents officiels volés ou contrefaits, personnes recherchées ou suspectes. J’espère que d’autres pays prendront exemple sur l’Algérie qui a su développer une architecture sécuritaire. 

 

L’Algérie est parmi les pays les plus actifs d’Interpol qui compte 190 membres.

 

El-Djazair.com : Vous venez de souligner le rôle de leadership de l’Algérie dans la consolidation de l’architecture continental pour la paix et la sécurité. Comment quantifiez-vous la coopération entre l’Algérie et Interpol ? 

Jürgen Stock : Je peux citer le nombre de conférences d’Interpol organisées par l’Algérie. La conférence d’aujourd’hui en est la meilleure preuve. Je peux également citer le nombre de projets initiés par l’Algérie et que nous avons menés en étroite collaboration pour développer la coopération inter-police aussi bien au niveau régional qu’international. Les policiers algériens participent activement dans la gestion d’Interpol en tant que membre du comité exécutif d’Interpol. En outre, les policiers algériens participent dans la gestion de la commission de contrôle des fichiers d’Interpol. D’ailleurs, un commissaire de police de la DGSN a été élu au sein de cette commission en qualité d’expert en matière de traitement des données informatiques, lors de la 85e Assemblée générale (AG) d’Interpol qui s’est tenue à Bali, en Indonésie.
Cette élection confirme les réalisations accomplies par la police algérienne au cours des dernières années dans le cadre de sa modernisation. Je peux citer d’autres exemples aussi bien sur le plan stratégique qu’opérationnel pour quantifier cette coopération. D’ailleurs, le général-major Abdelghani Hamel et son staff ont grandement contribué aux réformes d’Interpol. La Police algérienne est très professionnelle et très active. Un constat que je viens de confirmer à l’issue de ma visite en Algérie

El-Djazair.com : Après 40 ans d’exercice, quels sont, selon votre expérience, les cybercrimes les plus répandus? 

Jürgen Stock : D’abord, il faut savoir que c’est une nouvelle dimension. Auparavant, la police travaillait de manière classique en cherchant la preuve matérielle mais aujourd’hui la façon d’opérer des malfaiteurs a changé. Ils utilisent les nouvelles technologies. Aujourd’hui, les crimes se commettent d’un clic de souris via internet. Les auteurs sont à l’autre bout du monde. Ils communiquent entre eux par des réseaux occultes et masquent leurs traces par des dizaines de serveurs. Les outils peuvent être téléchargés sans grandes connaissances techniques et la probabilité de se faire attraper est réduite par rapport à un vol ou à une escroquerie classiques. Aussi peuvent-ils nuire aux économies car la preuve est devenue virtuelle. En somme, pour répondre à votre question, on citera les attaques de hackers contre des entreprises, le détournement de données bancaires ou de cartes de crédit et, bien sûr, les vols d’identité. Une seule attaque peut rapporter un butin de millions de données personnelles. Mais les attaques contre des infrastructures critiques pour notre société hyper connectée constituent aussi un immense risque. Pour illustrer mes propos, je vous rappelle le cyber-casse monstrueux de 81 millions de dollars ayant ciblé la banque du Bangladesh début mars dernier où les pirates ont exploité une faille au sein du Swift, élément clé du système financier mondial. 

L’Algérie a su de manière intelligente interconnecter ses troupes travaillant aux frontières à la base de données d’Interpol comprenant les fiches de véhicules volés, des documents officiels volés ou contrefaits, les personnes recherchées ou suspectes.

El-Djazair.com : Que peut-faire alors la police ?

Jürgen Stock : Dans le cyber crime, la police ne peut pas faire son travail classique, celui pour lequel elle a été formée, du fait que les auteurs ne laissent pas d’empreintes digitales. Aussi, devons-nous développer des méthodes d’investigation 4.0, l’enquêteur œuvre sur la Toile avec des instruments entièrement nouveaux et de nouvelles bases légales. C’est une tâche essentielle d’Interpol d’assister les Etats membres à cet effet. Dans ce sens, Afripol et Interpol doivent s’organiser pour trouver une plate-forme de coopération afin d’identifier les crimes. Mais le mieux est de donner aux entreprises et aux institutions l’opportunité de se protéger contre ces menaces. C’est le rôle d’Interpol.

 S. R.
** Elu en novembre 2014 secrétaire général d’Interpol, Jürgen Stock a été pendant dix ans vice-président de la Direction générale de la police judiciaire allemande. Il a succédé l’Américain Ronald K. Noble, en poste à Lyon depuis 2000.



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