Le magazine promotionnel de l'Algérie

N° 110 - Dec 2017

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Interview

« Nos relations sont exceptionnelles »

Michel Mujica, ambassadeur de la République bolivarienne du Venezuela en Algérie

Entretien réalisé par LEILA BOUKLI



El-Djazaïr.com : Le décès du président Hugo Chavez a créé une onde de choc partout dans le monde. Et c’est avec une immense douleur que le Président Bouteflika a appris la disparition du Président Hugo Rafael Chavez Frias à qui le lie une grande amitié et qui était un défenseur des causes justes dans le monde. Comment évaluez-vous les relations algéro-vénézuéliennes ?

Michel Mujica : Les relations entre l’Algérie et le Venezuela sont extrêmement solides. Différents contrats ont été signés entre nos deux sociétés nationales d’hydrocarbures, et sur le plan international, nous avons une collaboration très étroite. Nous en espérons de même pour les relations culturelles. Et nous sommes obligés, au regard de la situation mondiale, de les consolider encore davantage, pas seulement dans le domaine économique, mais aussi dans le domaine culturel, dans le domaine des échanges académiques, des projets de recherche conjoints dans le domaine agroalimentaire, et dans les hydrocarbures. Vu le rôle central des hydrocarbures dans nos deux pays, je pense que nous sommes obligés d’avoir une coopération encore plus étroite que celle que nous avons aujourd’hui. Dans ce sens, nous pensons que les deux Etats se doivent de préserver ce qui a été hérité du Président Chavez qui prêtait un grand intérêt à l’établissement de relations privilégiées entre l’Algérie et le Venezuela. La profonde et la sincère amitié du Président Abdelaziz Bouteflika envers le Président Hugo Rafael Chavez Frías témoigne de ces relations exceptionnelles, tout comme les différentes expressions de solidarité et d’amour manifestées par le peuple algérien après avoir appris la triste nouvelle du décès de mon Président.

El-Djazaïr.com : Hugo Chavez a véritablement marqué son époque, comme en témoignent les réactions suscitées par sa disparition. Des gouvernements parlent d’un héritage à préserver, pour d’autres c’est la fin d’une époque. Sa disparition va-t-elle changer la politique de la région d’Amérique latine notamment au Venezuela ? Y aura-t-il un avant et un après Chavez dans la construction socialiste et révolutionnaire ? Grand artisan de la coopération entre pays ibéro-américains, sa vocation fut toujours de s’ériger en leader régional où les USA n’avaient pas droit de citer. Qu’adviendrait-il des différentes organisations multilatérales dont il est à l’origine ? Qu’adviendra-t-il de Petrocaribe, mécanisme pétrolier de coopération pétrolière à destination des pays amis ?

Michel Mujica : Permettez-moi de répondre à ces trois questions ensemble, et de m’étaler sur ce sujet, car je souhaiterais faire un petit rappel historique. L’action politique du Président Hugo Chavez s’est orientée vers la création d’une unité régionale des nations et des peuples latino-américains et des Caraïbes. Les racines profondes de cette unité remontent au projet du Libérateur Simón Bolívar au Congrès de Panama, une entité suprarégionale, une Ligue ouverte à tous les Etats américains dans le but d’établir un pacte perpétuel d’amitié ferme et inviolable et d’union intime et étroite. Mais le problème résidait dans la non-concrétisation des mécanismes de ces liens étroits. Les Républiques de Colombie, de Centre-Amérique, Pérou et des Etats-Unis du Mexique ne sont pas parvenues en 1826 à consolider cette union. Les nations latino-américaines ne sont pas parvenues à unifier leur politique extérieure. Un grand vénézuélien Rufino Blanco Fombona a dit à ce propos : « Les peuples d’hier sont jaloux du fait que notre Amérique obéisse à un Congrès international qui nous appartienne, ils étaient les premiers à se positionner sous l’hégémonie de l’autre Amérique» (Bolivarismo y Monroísmo. Indalecio Leviano Aguirre). C’est ce qui a fait dire à Bolivar s’adressant aux populations de Colombie, une semaine avant de mourir, à la date funeste du 17 décembre 1830 : «… je dois exprimer mes derniers désirs. Je n’aspire à aucune autre gloire que celle de consolider la Colombie. Vous devez œuvrer pour l’union, ce bien inestimable… » Bolívar a réalisé des œuvres transcendantales qui ont contribué au mouvement émancipateur des nations et des peuples sud-américains pour se libérer de l’Empire espagnol. Mais comme a dit Martí, avec toute la sagesse du monde : « Ce que Bolívar n’a pas fait est toujours à faire en Amérique ».  Et Chavez a été le grand artisan de l’unité latino-américaine. Le grand héritage du Comandante Président Hugo Chavez a été d’élever au rang constitutionnel l’obligation d’instaurer «…une société démocratique, participative et actrice multiethnique et pluriculturelle protagoniste, dans un Etat de justice, fédéral et décentralisé qui consolide les valeurs de liberté, d’indépendance, de paix, de solidarité, de bien commun, d’intégrité territoriale, de convivialité et d’autorité de la loi pour cette génération et les générations futures, de garantir le droit à la vie, au travail, à la culture, à l’éducation, à la justice sociale et à l’égalité sans discrimination, ni subordination aucune; de promouvoir la coopération pacifique entre les nations, d’impulser et de consolider l’intégration latino-américaine en accord avec le principe de la non-intervention et l’autodétermination des peuples, la garantie universelle et indivisible des droits de l’homme, la démocratisation de la société internationale, le désarmement nucléaire, l’équilibre écologique et la protection juridique de l’environnement comme patrimoine commun et inaliénable de l’humanité; dans l’exercice de son pouvoir originel représenté par l’Assemblée nationale constituante par l’intermédiaire du vote libre et du référendum démocratique… » Le mandat constitutionnel a pour objectif de consolider les mécanismes d’unité sur tous les plans des nations et Etats latino-américains et des Caraïbes. Hugo Chavez a été le grand propulseur et promoteur de l’unité latino-américaine, et de tous les peuples et nations du monde. Dans ce sens, il a activement milité avec Fidel pour la naissance de l’Alternative bolivarienne des peuples de Notre Amérique (ALBA) et de Petrocaribe, fruit d’un accord de coopération énergétique signé par 14 pays préoccupés par les tendances de l’économie mondiale et particulièrement par les politiques et les pratiques qui régnaient dans les pays industrialisés et qui pouvaient mener à une plus grande marginalisation des plus petits pays du tiers-monde dont les économies dépendent plus de l’étranger.
Petrocaribe s’inscrit dans le cadre de la politique que le Venezuela avait proposée au sein de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), et que le Président Hugo Chavez Frías avait exposée en Arabie saoudite à l’occasion du IIIe Sommet des chefs d’Etat et/ ou Gouvernement de l’organisation, tenu en novembre 2007. A cette occasion, le chef de l’Etat vénézuélien avait invité ses homologues à assumer des positions solidaires pour alléger la souffrance des millions de personnes qui vivent dans les 50 pays les plus pauvres de la terre, dont la consommation totale de brut n’atteint même pas les 700 000 barils/jour. Pétrocaribe demeure jusqu’à présent une initiative unique dans la région et dans le monde. Sous les prémices du commerce juste, la complémentarité, la solidarité, la justice sociale et la volonté commune d’avancer, cette initiative d’intégration régionale demeure toujours l’unique alternative réelle que les pays en développement possèdent pour garantir un accès sûr et fiable aux sources d’énergie. Dix-huit pays font déjà partie de cette initiative, tous, représentants de ce qu’on appelle le tiers monde, cette portion du monde dans laquelle, selon les chiffres de la Banque mondiale, 70% du panier de consommation de la personne pauvre est consacré à l’alimentation et l’énergie.  Selon les informations fournies par la principale industrie pétrolière vénézuélienne, depuis la signature de l’Accord de coopération energétique Petrocaribe en mai 2009, l’approvisionnement cumulé en pétrole et en produits dans le cadre de l’initiative a atteint 90,5 millions de barils. La portion financée de la facture pétrolière (3.000 millions de dollars) représente pour les pays qui ont reçu cet approvisionnement une épargne de 1.400 millions de dollars. Ces ressources sont utilisées par ces pays pour réaliser des projets de développement.  D’autre part, avec la création d’entreprises mixtes entre « Petróleos de Venezuela » (PDVSA) et les compagnies pétrolières étatiques de huit pays membres de cette incitative, on a réalisé des investissements conjoints pour le développement d’infrastructures de raffinage, de stockage et de distribution du combustible. Ces projets tendent à établir une stratégie d’approvisionnement à long terme qui permette de vaincre les obstacles auxquels font face ces nations pour la maîtrise souveraine de leur matrice énergétique. Avant « Petrocaribe », les pays de la région n’avaient aucun contrôle sur la chaîne d’approvisionnement du brut et des produits puisqu’ils dépendaient des compagnies multinationales et de la spéculation des intermédiaires. En outre, on développe des projets sociaux dans les domaines du tourisme, de l’éducation, de la santé, du logement, de l’assainissement environnemental, des voiries, du sport et de l’agriculture dans le cadre du fonds « ALBA Caribe » créé pour le financement des programmes sociaux et économiques. Dans le cadre de la stratégie géopolitique du Venezuela de construire un monde multipolaire, Petrocaribe est sur le point de faire un saut en avant et de transformer la région à partir des potentialités des pays qui l’intègrent en un pôle de développement. Il s’agit d’un espace économique qui permette de résoudre conjointement les problèmes communs, mais qui serve aussi à assister en tant que bloc aux négociations avec les autres puissances indépendamment de leur ampleur.  Le président vénézuélien, Hugo Chávez, était convaincu que dans un futur non loin les pays des Caraïbes pourront établir des alliances stratégiques avec d’autres nations qui ont de fortes économies telles que la Chine, la Russie et d’autres pays amis du Venezuela. «Il est clair que nous pouvons le faire et en étant ensemble nous y parviendrons d’avantage», disait le président.
Les pays qui intègrent Petrocaribe sont : Antigua-et-Barbuda, Bahamas, Belize, Cuba, Dominique, Grenade, le Guatemala, la Guyane, Haïti, Honduras, la Jamaïque, le Nicaragua, la République Dominicaine, Saint-Christophe-et-Niévès, Saint-Vincent et Les Grenadines, Sainte-Lucie,  Surinam et le Venezuela. Hugo Chavez a consacré sa vie à faire en sorte que le bonheur suprême soit possible pour le peuple du Venezuela et pour tous les peuples du monde. Pour cette raison, il n’a jamais cessé de construire avec acharnement un monde plus juste, multipolaire et équilibré, où le droit à la souveraineté, la libre auto-détermination des peuples, l’égalité des Etats, la solidarité, la complémentarité, la non-intervention, la coopération Sud-Sud, l’utilisation souveraine des ressources naturelles, le combat contre toute forme de discrimination et contre la pauvreté, ainsi que le respect au Droits de l’Homme sacrés, soient une réalité concrète. En définitive, les processus unitaires latino-américains se portent bien et poursuivront leur développement. Nous sommes sur le bon chemin et comme a dit mon ami et camarade Eumelio Caballero Rodríguez, ambassadeur de Cuba à Alger, je le cite textuellement : « Aujourd’hui j’ai décidé de dire quelque chose. Il m’est difficile d’accepter sa mort. Je lis encore et encore tant d’articles et tant d’analyses qui, malgré leurs différentes tendances, tous ont reconnu la grande œuvre et l’héritage que le Commandante Chavez nous a laissé – et cela pour bien longtemps. Il y a peu de temps j’ai entendu un Vénézuélien dire que Chavez a fait descendre Bolívar de son piédestal et l’a fait marcher. Quelle vérité ! Quel révolutionnaire et quel Bolivarien convaincu. Nous devons nous sentir fiers car peu sont les hommes –comme lui – qui entrent dans l’Histoire par la grande porte ». C’est ainsi, il est entré par la grande porte et derrière lui, nous le suivons par millions.
 

El-Djazaïr.com : Monsieur Chavez a-t-il atteint ses objectifs révolutionnaires ?

Michel Mujica : Une révolution signifie une réorganisation radicale des relations de pouvoir, des relations sociales, culturelles et idéologiques dans une société. Je pense que les objectifs révolutionnaires fondamentaux ont été atteints mais beaucoup de ces objectifs doivent être encore développés et approfondis. Je vais vous donner quelques exemples :  la Constitution de 1999 a changé radicalement le sens de la pratique de la démocratie au Venezuela. On est passé d’une démocratie de type formel et représentatif à une démocratie participative et protagoniste. La Constitution de la République bolivarienne du Venezuela de 1999 ne préserve pas seulement l’Etat des droits, ou garantit uniquement la souveraineté nationale, elle incorpore aussi des nouveautés importantes pour l’établissement d’une société plus digne, qui défend les minorités indigènes, élargit les droits citoyens des étrangers qui résident dans le pays, reconnaît la double nationalité et le droit protagonique des secteurs populaires, justement dans un pays qui possède des richesses formidables mais qui a été dévasté jusqu’en 1998 par les inégalités économiques et sociales héritées des politiques néolibérales qui ont régné dans la région jusqu’au dernier siècle de la IVe République. Sans oublier le rôle notable d’une politique internationale fondée sur la création de la Grande Patrie Latino-américaine, la défense de l’intégrité territoriale, de la souveraineté et de l’auto-détermination des peuples et des nations. Au Venezuela, on a créé des organisations populaires et sociales inédites, comme les Conseils communaux. Ces conseils ont comme fonction la prise de décision dans différents domaines tels que la santé, l’éducation, le travail, le logement et d’autres domaines très importants pour leurs communautés. Ces organes sont aussi dotés d’un budget et d’un pouvoir de décision. Il s’agit d’institutions différentes aux autres organismes (mairies, etc.). Il existe aujourd’hui plus de 30.000 Conseils communaux à travers le pays.  Des organisations supranationales comme l’Alliance bolivarienne pour les peuples de Notre Amérique (ALBA), le Marché commun du Sud (Mercosur) et récemment la Communauté d’États latino-américains et Caraïbes (CELAC) ont été créées. Il s’agit d’organisations suprarégionales qui sont la base d’un projet bolivarien continental, qui est en réalité le souhait des peuples de Notre Amérique depuis la vague des indépendances (il y a plus de 200 ans). Le fait d’avoir une organisation comme la Celac est une preuve évidente de la concrétisation des grands projets politiques de Chavez.  Par conséquent, on doit préserver cet héritage. Si nous ne sommes pas unis nous disparaîtrons en tant que peuples et nations. Le socialisme du XXIe siècle, tel qu’il a été proclamé par Chavez et qui est en pleine gestation, signifie l’amour, la solidarité et la participation populaire et citoyenne dans le respect des différences culturelles, ethniques et religieuses de nos peuples. Je pense que le Président Chavez a entamé de grands changements en Amérique latine et aux Caraïbes et qu’il s’est rapproché des peuples les plus déshérités de la Terre. Son combat contre la pauvreté et l’inégalité a été reconnu par plusieurs entités et organisations telles que l’Union européenne et l’ONU qui a rendu hommage, dans sa séance du 13 mars 2013, par la voix de son Secrétaire général en reconnaissance de sa politique. Le Président Chavez représente la ferveur des peuples, y compris ceux de l’Algérie et la RASD dont les deux peuples ont exprimé leur profonde tristesse pour sa disparition. Nous sommes convaincus que la Révolution bolivarienne poursuivra son chemin car elle est, après tout, le fruit d’un peuple en marche. 

El-Djazaïr.com : Nicolas Maduro a pris la présidence du Venezuela en attendant les nouvelles élections qui auront lieu dans un mois, il aura donc trente jours pour convaincre le peuple qu’il est l’héritier légitime du chavisme. Le Venezuela ne risque-t-il pas une déstabilisation politique pour la succession et pendant la période de transition ?

Michel Mujica : Non, nous ne le pensons pas, nos institutions politiques sont solides, le peuple et la Force armée nationale bolivarienne sont unis dans le respect de la Constitution. Il n’y a pas de danger, et nous sommes absolument sûrs que le vice-président Nicolas Maduro remportera les prochaines élections présidentielles prévues le 14 avril 2013.

El-Djazaïr.com : Qui, selon vous, va désormais assurer le leadership politique dans la région ?

Michel Mujica : En Amérique latine, nous sommes en train de vivre une époque inédite, pleine de changements et d’espoir.  Car nous, peuples et dirigeants patriotes et nationalistes, nous avons créé une patrie, nous sommes aussi des internationalistes puisque nous sommes Bolivariens. Comme le Commandante Chavez l’avait dit : «Nous mettons le social en premier lieu. L’économie est un instrument du social. Le plus important c’est l’être humain. Nous sommes des chrétiens et je crois … surtout au Christ social. Telle est notre idéologie. » (Hugo Chavez : conversation avec Luis Bilbao). Je le redis, en Amérique latine nous sommes en quête permanente, nous nous retrouvons à nouveau en construisant notre propre projet d’unité continentale et en réinventant nos propres leaders. Tel est le chemin, du moment qu’il soit ainsi.

El-Djazaïr.com :Barack Obama a déjà appelé au développement d’une relation constructive avec le futur gouvernement du Venezuela dans un nouveau chapitre de son histoire ?

Michel Mujica :Le président Chavez n’était pas l’ennemi des Etats-Unis, il n’avait pas des ressentiments ou des préjugés envers eux, comme il l’avait affirmé, nonobstant, il était contre toute ambition impérialiste : « Je ne fais pas confiances aux tentations hégémoniques, peu importe d’où elles viennent. L’impérialisme et le colonialisme, la manière avec laquelle les grands pays du Nord imposent leurs modèles économiques et leurs régimes politiques au reste du monde : c’est cela qui m’oblige à me rebeller. Depuis 1492, la haine contre l’impérialisme, nous la portons dans nos veines, peu importe qu’il s’exprime en français, en anglais, en allemand ou en espagnol : toute prétention du Nord de dominer le Sud, de l’exploiter et de nous prendre pour des indiens ignorants doit être combattue. Ce combat n’a rien à voir avec Washington ».
(Hugo Chavez dans une interview à Patrick Wajsman pour la revue Politique Internationale, www.politiqueinternationale.com.).
L.B.



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