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N° 104 - Avril 2017

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Interview

Mohamed Ben Ali Koumane, secrétaire général du Conseil des ministres arabes de l’Intérieur:

« L’Algérie joue un rôle prépondérant dans la coopération sécuritaire arabe »

Entretien réalisé par Smail ROUHA



Face aux risques croissants de la cybercriminalité et du crime transnational, le docteur Mohamed Ben Ali Kou mane, secrétaire général du Conseil des ministres de l’Intérieur arabes, souligne dans cet entretien exclusif accordé à El-Djazaïr.com, la nécessité d’alléger et d’atténuer les méfaits du crime du fait que l’éradication totale du crime est impossible. En ce qui concerne les formes de coopération entre les pays arabes dans le domaine sécuritaire, le secrétaire général précise qu’en accueillant le 36e Congrès des directeurs généraux de police et de sécurité arabes, l’Algérie prouve toute l’importance qu’elle accorde à la coopération sécuritaire arabe. D’autant que le congrès est placé  sous le haut patronage du président de la République Abdelaziz Bouteflika. Pour Mohamed Ben Ali Koumane, le travail sécuritaire ne change pas avec le changement des politiques ou des gouvernements.

                                                                                                                                                     
El-Djazair.com : L’Algérie célèbre cette année le 50e anniversaire de son indépendance et accueille le 36e Congrès des directeurs généraux de police et de sécurité arabes. Un mot pour entamer notre débat.

Mohamed Ben Ali Koumane : Il ne pouvait y avoir meilleure occasion pour l’Algérie d’accueillir le  Congrès des directeurs généraux de police et de sécurité arabes qui coïncide avec la célébration du 50e anniversaire de l’Indépendance. Pour rappel, le premier congrès a eu lieu en 1972. Pour cette année, la thématique retenue a trait aux questions d’actualité. Aussi, les recommandations et décisions devant y découler devront permettre aux polices arabes d’améliorer leur vie professionnelle et de se développer à même d’accomplir à bien leurs missions. Cependant, ces missions ne sauraient se faire sans la participation active du citoyen et de la société, d’une part, et créer cette symbiose, d’autre part, afin de garantir la sécurité dans l’intérêt général. Car sans sécurité, il ne peut y avoir de développement. De ce fait, la sécurité est l’axe principal pour le développement de tout pays notamment dans le secteur des services et particulièrement économiques et touristiques. D’autant que le plus souvent, l’économique et le politique sont tributaires du sécuritaire.  De ce fait, la professionnalisation des services sécuritaires dans le cadre du respect du citoyen et des droits de l’Homme demeure notre objectif sur lequel nous devons nous concentrer aussi bien lors de ce congrès qu’après.

El-Djazair.com : Pensez-vous que les résolutions et recommandations adoptées par le congrès des directeurs généraux de police et de sécurité arabes sont mises en œuvre par les gouvernants arabes?

Mohamed Ben Ali Koumane : Il faut savoir que la sécurité est une œuvre purement technique. De ce fait, le plus souvent le politique et le sécuritaire ne font pas bon ménage. Car la sécurité est un travail de longue haleine, nonobstant les conditions de travail. A titre d’exemple, dans certains pays arabes ayant vécu le printemps arabe, certains ont pensé que ces mouvements allaient évaluer le travail sécuritaire. Or le sécuritaire ne s’évalue pas sur une période donnée. Le sécuritaire est un processus continu. Le sécuritaire ne s’impacte pas des changements politiques du pays surtout si, et seulement si, il est accompli dans les normes. De ce fait, nul ne peut être au-dessus de la loi. Le crime doit être combattu quel que soit le régime politique en place. Il ne doit pas y avoir d’amalgame entre le politique et le sécuritaire, même si parfois le sécuritaire est influencé par certaines décisions politiques.

El-Djazair.com : Dans le même sens, pensez-vous que les résolutions adoptées lors des différents congrès sont suivies à la lettre et appliquées sur le terrain ?

Mohamed Ben Ali Koumane : L’essence et la finalité de tout congrès sont le suivi et l’exécution des résolutions. A titre d’exemple, je citerai la police sociétale, à travers le renforcement de la relation police-citoyen, en vigueur dans plusieurs pays arabes. Cette méthode, basée sur un véritable partenariat et une relation étroite et de confiance entre la police et la société, a porté ses fruits dans la lutte contre le crime. Autre exemple, lors d’un des congrès il a été soulevé la question de la bonne prise en charge des postes de police ainsi que leur implantation inadéquate et anarchique par rapport à l’environnement. L’étude réalisée nous a permis de réfléchir à un poste de police-pilote qui prend en charge le respect de l’environnement architectural où il est implanté tout en étant près du citoyen. Depuis, les citoyens n’ont plus cette réticence à aller solliciter les services de la police, partie prenante de la société.

El-Djazair.com : Quelle évaluation faites-vous de la police algérienne de par le niveau scientifique qu’elle atteint ? 

Mohamed Ben Ali Koumane : Tout d’abords je tiens à féliciter la police algérienne qui a su créer une symbiose avec le citoyen. Ce que nous avons constaté de visu de par le respect que voue le citoyen à l’agent de police qui est avant tout un citoyen algérien. Un respect acquis de par les services fournis au service du citoyen et une sécurité assurée dans l’intérêt général. Telle est la clé de réussite. Concernant les équipements, il m’a été donné de visiter plusieurs sites dépendant de la Sûreté nationale algérienne, notamment la police scientifique, les URS… où j’ai constaté un matériel sophistiqué. Ce qui m’amène à témoigner de l’évolution réalisée par la police algérienne qui s’est mise au diapason de ce qui se fait de mieux dans le monde, tout en utilisant les nouvelles technologies pour élucider les affaires criminelles. L’autre point à souligner a trait à la prise en charge du fonctionnaire de la police algérienne aussi bien sur le plan salarial que social.  En effet, il faut savoir que l’agent de police est exposé à certaines maladies spécifiques à sa fonction. A titre d’exemple, l’agent de circulation est exposé au gaz dégagé par les véhicules. Ce qui l’expose  aux différentes maladies respiratoires et pulmonaires sans omettre le côté psychologique. Aussi, la prise en charge de l’agent de police est primordiale. C’est ainsi que le général-major Abdelghani Hamel, directeur général de la Sûreté nationale, a tout fait pour que l’agent de police exerce ses missions dans les meilleures conditions possibles pour un rendement optimal. Au sein du congrès, nous traitons également ces problèmes en échangeant nos expériences en matière de prise en charge sociale et médicale de l’agent de police qui a une influence directe sur son rendement.  Ce que j’ai constaté au sein de la police algérienne. En outre la coopération entre l’agent de police et le citoyen est loin d’être fortuite. Bien au contraire, elle est le fruit d’une stratégie adoptée par les pouvoirs publics algériens. Cette proximité est la résultante d’efforts médiatique et pratique initiés par la direction générale de la Sûreté nationale. Une proximité à laquelle nous aspirons dans le monde arabe et que l’Algérie a atteinte même, si le travail de policier est en perpétuelle évolution.  D’autant que le crime ne cesse d’évoluer et différentes formes d’apparaître à l’instar de la cybercriminalité. De ce fait, l’évolution sécuritaire doit se faire en parallèle avec l’esprit criminel.

El-Djazair.com : Comment voyez-vous le degré de coopération sécuritaire interarabe ?

Mohamed Ben Ali Koumane : Cette coopération est réelle au vu des différentes rencontres. Chaque année, les directeurs généraux de police et de sécurité arabes se rencontrent dans un pays arabe pour débattre des idées et échanger les expertises. Pour preuve, on citera les nombreux transfèrements de criminels des établissements pénitentiaires, la formation et l’entraînement. Un tel niveau de coopération ne saurait être atteint s’il n’existait pas de très bonnes relations entre les polices arabes. A ce sujet, je tiens à signaler que l’Algérie a toujours joué un rôle prépondérant dans le renforcement de la coopération sécuritaire entres les Etats arabes. Aussi, j’estime qu’en accueillant le 36e congrès des directeurs généraux de police et de sécurité arabes, l’Algérie prouve toute l’importance qu’elle accorde à la coopération sécuritaire arabe. D’autant que le congrès est placé  sous le haut patronage du président de la République, Abdelaziz Bouteflika. Ce qui témoigne de l’intérêt accordé à ce congrès aussi bien de la part du simple agent de police que de la plus haute instance politique du pays de par la nécessité d’approfondir la coopération sécuritaire entre les pays arabe.

El-Djazair.com : Le général-major Abdelghani Hamel prône le slogan « Une nouvelle génération, de nouveau défis ». Vous avez travaillé avec lui durant ce 35e congrès ou la police algérienne à été récompensé comment évaluez-vous cette personnalité.

Mohamed Ben Ali Koumane : A ce niveau, chaque responsable doit laisser son empreinte. La police algérienne a connu plusieurs directeurs. Chacun a laissé sa trace et a apporté sa pierre à l’édifice. Je crois que l’empreinte du général-major Abdelghani Hamel réside dans l’importance qu’il a accordée à la modernisation de la police algérienne en la dotant des technologie nouvelles, d’une part, et en rendant le respect social à l’agent de police. Ce qui a permis à la police algérienne de faire un grand pas en avant. Convaincu par la justesse et la noblesse de ses idées, le général-major Abdelghani Hamel a su comment dépasser la bureaucratie pour atteindre les objectifs tracés après avoir rallié à sa cause les politiques et les preneurs de décisions concernés par l’aspect sécuritaire. Le général-major Abdelghani Hamel a compris qu’il ne fallait pas uniquement se focaliser sur l’aspect sécuritaire et négliger la communication et le dialogue. C’est ainsi qu’il a créé un rapprochement entre le citoyen et l’agent de police. Cette approche a été sanctionnée par de grandes réalisations. Il a encouragé la coopération sécuritaire arabe à travers la tenue de ce congrès. En programmant des visites aux congressistes au sein des différentes unités de la police algérienne, le général-major Abdelghania a voulu, d’une part, montrer le degré atteint par la police algérienne, et avoir, d’un autre côté, leurs avis afin de l’améliorer. Il  faut savoir que l’agent de police est avant tout un citoyen que nous devons valoriser et qui doit accepter la critique afin de s’améliorer.  Nous ne croyons pas au principe du droit à l’erreur mais nous sommes convaincus que l’erreur n’est pas une loi.
S. R.



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