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N° 122 - Sep 2019

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Sport

L’artisan de la renaissance des Fennecs

Djamel Belmadi

Par Salim FAROUK



«Toutes mes félicitations à l’Algérie pour cette victoire. Cette équipe le mérite amplement, elle a été constante tout le long du tournoi et je suis vraiment heureux pour les joueurs. Ils doivent profiter de ce moment car ce n’est pas tous les jours que l’on remporte un titre d’envergure avec sa sélection nationale. Bravo également aux deux sélectionneurs, Djamel Belmadi et Aliou Cissé. Je suis en admiration devant ces deux jeunes hommes qui font partie de cette génération d’entraîneurs qui font souffler un vent de fraîcheur sur le football mondial. » Cet hommage émane de la légende du football mondial, le Brésilien Edson Arantes do Nascimento dit Pelé. Le sélectionneur national Djamel Belmadi doit surement apprécier, lui dont on ne donnait pas cher à sa nomination même s’il était le seul à croire au sacre final des Fennec. En effet, sûr de lui, Djamel Belmadi avait, le 1er juin dernier, clairement affiché son ambition de remporter le trophée, au cours d’une conférence de presse tenue au Centre technique national de Sidi-Moussa (Alger), à quelques jours du départ des Verts pour Doha (Qatar), en vue du stage précompétitif. « Ce rendez-vous ne constitue nullement pour moi une étape transitoire. Personne ne nous interdit d’être ambitieux dans la vie. Il fallait bien changer de discours avec les joueurs et ne pas se contenter de dire qu’il fallait réaliser un bon parcours. Nous avons l’ambition de remporter cette CAN. Je devais changer de discours, ce qui constitue une stratégie, c’est ma manière de fonctionner. En revanche, je ne garantis rien, je ne veux pas entendre les gens dire que j’ai échoué dans le cas où on ne remporte par cette Coupe. Nous allons tout faire pour réaliser cet objectif. Je pense que nous avons le droit de viser le plus haut possible, c’est légitime », avait-il déclaré aux médias. Une ambition qualifiée par beaucoup d’observateurs d’objectif « démesuré », eu égard aux précédentes participations des Fennecs à la Coupe d’Afrique des Nations ou annoncés, chaque fois, comme favoris du tournoi mais passant comme toujours à côté du sujet. Mais Djamel Belmadi, lui seul croyait à sa « folie ». « J’ai dit on va aller pour la gagner, on m’a pris pour un fou », a-t-il rappelé au lendemain du sacre africain. « Qu’importe ceux qui me poursuivent de leur hargne. Ma folie a fait des trous dans leurs certitudes », soulignait l’écrivain marocain Tahar Ben Jelloun dans Moha le fou, Moha le sage pour qui l’espace de la folie s’instaure comme espace de liberté. Ainsi Moha le sage parle, pour lui et pour tous ceux qui n’ont pas de voix. Moha le fou parle de façon désordonnée, absurde, excessive, dénonçant ainsi la rhétorique du pouvoir …et des défaitistes adeptes du Baron Pierre Coubertain dont la philosophie  «l’essentiel est de participer» prônée par les anciens dirigeants n’a plus sa raison d’être. D’autant, aujourd’hui plus qu’hier, le sport, en général et le football, en particulier, est devenu la vitrine de la force, de la grandeur d’un Etat, d’un régime et d’une société, et, à ce titre, est promu par les politiques comme instrument de propagande…mais aussi de rassemblement. « On est au service d’une nation. Une nation avec une histoire forte, un passé glorieux (…). C’est quelque chose qui est ancré en nous, des fois de manière même inconsciente. Après quand on rentre dans l’aspect du football, les idées du sacrifice, du goût de l’effort, de la solidarité, deviennent pour moi essentielles : il n’y a pas de résultat, de succès sans cela », avait rappelé Djamel Belmadi, avant de préciser que « le meilleur moyen de procurer de la joie au peuple est de gagner des titres pour rendre fière toute une nation », tout en soulignant, chevaleresquement, que « le mérite revient aux joueurs, c’est eux les principaux acteurs. Ils se sont battus durant tout le tournoi pour aller décrocher le trophée. Un grand bravo à eux. »

 L’architecte du renouveau

Engagé par la Fédération algérienne de football pour relancer une équipe nationale aux abois, Djamel Belmadi a réussi là où ses prédécesseurs ont échoué : redorer le blason des Verts, Pourtant, personne ne s’attendait à un tel exploit, d’abord d’atteindre la finale puis soulever le trophée tant convoité, 29 ans après l’unique sacre remporté par l’Algérie à domicile en 1990. Tant, la traversée du désert a été longue, très longue même pour les Fennecs « guerriers du désert » qui se sont souvent heurtés à la réalité du terrain en Afrique subsaharienne, jusqu’à cette quatrième place décrochée en Angola en 2010, dans ce qui avait été le meilleur résultat depuis le trophée de 1990. La méthode Belmadi n’a pas tardé à porter ses fruits. Onze mois après son arrivée à la tête de la sélection, il a pu cerner le malaise pour entamer ensuite un véritable chantier. Le plus urgent était de redonner une identité de jeu à la sélection, ce qui est chose faite. Jeu rapide, passes courtes, solidarité collective, l’équipe nationale de football a retrouvé ses vertus. Pour ce faire, Djamel Belmadi s’est inspiré du concept Pestel (politique, économique, sociologique, technologique, écologique et légal) qui, en stratégie d’entreprise, permet d’identifier l’influence (positive ou négative) que peuvent exercer, sur une organisation, les facteurs macro-environnementaux. Certes, l’analyse Pestel n’est pas un outil mais seulement une aide mnémotechnique permettant d’effectuer une analyse externe à même de réaliser une matrice SWOT (Strenghs, Weaknesses, Opportunities, Threats ou Forces, Faiblesses, Opportunités et Menaces, en français). D’ailleurs, le site spécialisé DZFoot a bien relevé les facteurs du succès de Djamel Belmadi et qui sont la reconstruction du groupe, la discipline, des choix imposés, l’étude de ses adversaires et la variation de ses schémas. En effet, dès sa prise de fonctions, Djamel Belmadi a instauré la rigueur, la discipline, mais aussi beaucoup de travail tactique. Ce qui a permis aux Fennecs de retrouver une véritable organisation ou les stars se sont mises au service du collectif. « Il a fait adhérer les joueurs à un discours, à un projet, à une méthode de travail. Il ne triche pas. Ses choix sont logiques. Par exemple, Brahimi, quand il était en état de jouer lors de la CAN après s’être remis de sa blessure, n’est pas revenu au détriment de Belaïli, qui donnait satisfaction. Il y a une forme d’équité dans ses décisions, et c’est pour ça que les joueurs le suivent», soulignait l’ancien international Ali Fergani. «Pour lui, les statuts, cela ne compte pas vraiment. Ce qui l’intéresse, ce sont les faits, ce qui se passe sur le terrain. Un joueur, même expérimenté, qui n’a pas de temps de jeu suffisant, n’aura pas de passe-droit», explique un proche de la sélection. 

Un riche parcours

Djamel Belmadi ne vient pas de nulle part. Comme joueur (1995-2009), le milieu de terrain a été formé au Paris Saint-Germain et a beaucoup voyagé : l’Olympique de Marseille, Celta Vigo, Manchester City et Valenciennes, entre autres. Il compte également vingt sélections avec les Fennecs dont il a été le capitaine. Comme entraîneur (à partir de 2010), c’est d’abord au Qatar qu’il s’est forgé son expérience, avec le club Lekhwiya/Al-Duhail qui remporte avec lui quatre championnats. Puis avec la sélection nationale du Qatar (2014), il s’octroie une Coupe du Golfe des nations. Sélectionné à 20 reprises entre 2000 et 2004, Djamel Belmadi n’a pas fait au début l’unanimité. Pourtant, Djamel Belmadi dont le crédo « sujet, verbe, action » a rapidement fait ses preuves à la tête de la sélection nationale. Depuis sa nomination, son groupe n’a concédé qu’une seule défaite, lors d’un déplacement au Bénin en Octobre 2018 (1-0). Depuis cet échec, les Verts ont remporté 8 rencontres et concédé 3 nuls. Au point que le magazine France Football a mis en valeur les qualités du sélectionneur national en le qualifiant de « nouveau prophète » et peut-être le « plus vénéré » d’Algérie.  « Depuis vendredi soir (le jour de la finale de la CAN 2019. Ndlr), il est peut-être l’homme le plus vénéré d’Algérie. Une sorte de héros national, loué pour son extraordinaire capacité à unir un groupe, pour la justesse de ses choix et son intelligence tactique», a écrit l’hebdomadaire français, soulignant que le succès de l’Algérie à la CAN porte la signature de ce sélectionneur qui a réussi à fédérer à « une vitesse grand V. » Un avis partagé par Didier Drogba qui a affirmé que « cela ne s’est pas fait par hasard, c’est grâce à l’expérience et au travail de Djamel Belmadi. Il a donné une âme à son équipe et il a créé de l’ambition chez ses joueurs avant et pendant la compétition. Il a réussi à passer tous les obstacles un à un lors du tournoi.». En une année, Djamel Belmadi a su redonner une « âme » à cette équipe algérienne. « Il a ramené l’esprit de la gagne ». Avec Djamel Belmadi, l’Algérie est redevenue une équipe majeure sur la scène africaine.

 

S. F.



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