Le magazine promotionnel de l'Algérie

N° 107 - Août 2017

Go

Hommage

L’ami de toujours s’en est allé …

Décès du Président cubain Fidel Castro

Par Leila BOUKLI



Après des années de lutte contre des soucis de santé, l’ex-président Fidel Castro «est décédé à 22h29 (heure locale)», le vendredi 25 novembre, a annoncé son frère Raul, précisant: «Conformément à la volonté exprimée par le camarade Fidel, sa dépouille sera incinérée le lendemain dans les premières heures du samedi 26 novembre 2016 ».
Le décès de Fidel Castro marque la fin d’une ère pour la majorité des Cubains. Il représentait en effet le dernier communiste de la «vieille école ». Mao, Kim Il Sung, Khrouchtchev, Léonid Brejnev, Hô Chî Minh, Giap, Tito, n’étant plus de ce monde. Et plus près de nous, des nationalistes patriotes tels que Mehdi Ben Barka, assassiné à Paris, alors qu’il était en escale pour se rendre à Cuba ou encore Abdelkrim au Rif.    Beaucoup le croyait indestructible, presque immortel, il est vrai qu’il a survécu à quelque 638 tentatives d’assassinat, a défié onze présidents américains et a vu défiler un demi-siècle d’histoire. Vénéré autant que haï, ennemi implacable et grand séducteur, il est l’un des derniers géants politiques du XXe siècle. Sitôt la nouvelle de son décès connu, les réactions, certaines lui rendant hommage, d’autres franchement hostiles, même après sa mort, ont fusé de par le monde. Pour paraphraser Obama, nous dirons simplement que :  »L’Histoire jugera l’impact énorme», de l’homme.
L’adieu des Cubains
Les trois premières journées du deuil de 9 jours décrété à Cuba, des centaines de milliers de Cubains, souvent en pleurs, étaient présents à la grande cérémonie posthume en l’honneur du « Comandante » face au mémorial du héros de l’indépendance José Marti, situé à la place de la Révolution à la Havane en présence de plusieurs dirigeants de la gauche latino-américaine, qui se sont relayés à la tribune. « Où est Fidel ? » s’est exclamé en premier Daniel Ortega, président nicaraguayen. « Ici », a répondu la foule d’une seule voix. « Il ne part pas, il reste là, invaincu parmi nous, absous, totalement absous par l’histoire », dira Nicolas Maduro, du Venezuela, en référence au fameux « l’Histoire m’absoudra » lancé par Fidel à son procès après l’assaut en 1953 de la caserne de la Moncada, qui forgea le début de sa légende. Le Président Raul Castro, qui a succédé à son frère Fidel en 2006, a, quant à lui, énuméré les discours les plus marquants de son aîné prononcés sur cette emblématique place, concluant par la célèbre antienne des révolutionnaires cubains : « Hasta la victoria siempre!» Nous noterons que les chefs d’Etat occidentaux ont, eux, largement boudé la cérémonie, pour des raisons diverses, à l’exception du Premier ministre grec Alexis Tsipras.  « Fidel, dira-t-il, est parvenu à sortir Cuba de la dictature pour la transformer en symbole international de résistance. » Remplissant les 72.000 m2 de l’esplanade, mais aussi les avenues alentour, noires de monde, lycéens, fonctionnaires, policiers et militaires en uniforme ont été mobilisés pour l’occasion. Après ces adieux rendus à la Havane, les cendres « du lider Máximo » referont en sens inverse le chemin parcouru par le jeune Fidel dans sa « caravane de la liberté » lors du lancement de sa révolution en1959. Scellant la fin du deuil national, ses restes seront ensuite enterrés au cimetière de Santa Ifigencia de Santiago, près de la tombe de José Marti, philosophe, penseur, journaliste et poète. Il est considéré sur l’île comme un héros national, plus grand martyr et apôtre de la lutte pour l’indépendance. Marti est tombé à 42 ans, un 19 mai 1895 à la bataille de los Dos Rios. L’Espagne vaincue quittera Cuba en juillet 1898 pour être remplacée par les Etats-Unis. Le choix de sa derrière demeure, comme on le voit, n’est pas fortuit. « La mémoire de Fidel Castro ne s’inscrira pas dans la pierre. » C’est ce qu’a déclaré son frère le président Raul Castro lors du dernier discours-hommage. Conformément à la volonté du « comandante », aucun lieu, ni monument ne portera son nom sur l’Ile. Une loi va être déposée à l’assemblée prévoyant qu’aucun culte de la personnalité ne soit entretenu autour de l’ancien chef d’Etat. Cette déclaration tranche avec l’exaltation qui s’est emparée les derniers jours à Cuba autour de l’image de Fidel Castro.

Le fil des événements
Le 19 avril 2016, Fidel Castro est intervenu pour la dernière fois au Congrès cubain, évoquant sa mort «dans un futur proche» et appelant à respecter les «idéaux de la révolution». « Le septième siège du Congrès sera le dernier auquel ma génération historique prendra part. J’aurai bientôt 90 ans, et connaîtrai le même sort que tout le monde », a-t-il précisé. Sa dernière apparition publique date du 13 août, à l’occasion de son 90e anniversaire, aux côtés de son frère Raul et du président vénézuélien Nicolas Maduro, son principal allié en Amérique latine. Son ami, le prix Nobel de littérature, le Colombien, Gabriel Garcia Marquez, écrivait de lui en 2008 : « La force de l’imagination lui permet de vaincre l’imprévu. » C’est un homme à la personnalité très complexe, à la discipline de fer, qui devient Premier ministre de Cuba, le 16 février 1959.
Depuis 2000, Fidel Castro souffrait de graves problèmes intestinaux, à cause desquels il s’est retiré de la vie politique en 2006 au profit de son frère cadet Raul, mais conservant néanmoins un poids moral.  Agé de 80 ans, il a dominé la vie politique cubaine pendant près de 50 ans, et 70 % des Cubains n’ont jamais connu un autre chef d’État. C’est en 2008, qu’à lieu la passation de pouvoir officielle. Toutefois, le commandant Fidel Castro restera présent au sommet de l’Etat, car consulté régulièrement. Il ne sera pas inactif, devient « un soldat des idées » en publiant ses « réflexions » dans la presse cubaine et en recevant quelques personnalités en visite.

Sa vie privée
Aussi exubérant et extraverti, Fidel est toujours resté extrêmement secret sur sa vie privée et ne s’est jamais montré en public avec une femme à son bras. Marié une seule en 1948, avec Mirta Diaz Balart, exilée après la Révolution, il a pourtant eu au moins huit enfants de quatre femmes différentes. Sa dernière compagne, la discrète Dalia Soto del Valle, qui lui a donné cinq fils, partageait sa vie dans l’ombre. Mais la femme la plus influente dans la vie de Fidel, fut sans conteste, Celia Sanchez, décédée d’un cancer dans les années 1980. L’ayant connue dans le maquis de la Sierra Maestra en 1957, elle fut son bras droit, sa confidente, sa secrétaire personnelle ….
Ce grand sportif, devant l’éternel, affirmait en 1999 : « Si je n’avais pas été sportif, je n’aurais pas été guérillero. »C’est dans le sport, affirmait-il, qu’il a forgé sa mentalité de battant. Natation, athlétisme, baseball, basketball, football, mais aussi les échecs, la pêche sportive ou le tir. Sur ce point, moi, jeune journaliste hispanisante à la RTA, qui ai eu la chance de bien le connaître pour avoir été mandé par le regretté Président Boumediene, que je voyais aussi pour la première fois, et plus tard par le chef de l’Etat Abdelaziz Bouteflika, pour faire fonction d’interprète tant en Algérie qu’à Cuba, je me souviens d’un après-midi, consacré au tir au pigeon. Pour la petite histoire sur ce point, ce fut le défunt président Boumediene qui fit un carton. « Ce guérillero au corps d’athlète faisait rêver les femmes, elles me caressaient les mains parce qu’il avait serré la mienne. » Une autre de ses passions, la cuisine qu’il aimait préparer avec une sorte de ferveur scientifique, m’a-t-on dit. A ce propos, j’ai en mémoire une nuit, c’était lors de la visite à Seraidi, où malgré la relâche obtenue pour la traduction d’un discours, on me demanda de venir, simplement parce qu’il voulait connaître la recette et le nom du poisson qui lui avait été servi au dîner. C’était un insatiable chasseur de recettes. Dieu merci, j’avais déjà à l’époque quelques notions de cuisine du Maghreb. En matière de dessert, pour lui, les glaces remportaient la palme. J’ai pu y goûter lors d’une invitation que j’avais reçue de lui pour l’anniversaire de l’assaut de la Moncada .Après le spectacle, sons et lumières, inoubliable on m’avait emmené au cœur de la Havane où grâce à lui, un véritable temple de la crème glacée a été implanté. Il était aussi imprévu. Le cortège officiel en route pour une visite en Oranie dû s’arrêter sur instruction de Fidel. Je dus courir à travers champ où sur un âne il tentait de converser allègrement avec un paysan algérien stupéfié. Jamais je n’oublierais, la pagaille et l’affolement des services de sécurité qui, eux aussi, cavalaient dans tous les sens essayant de comprendre et de protéger le cortège à l’arrêt. Quant aux occupants des dernières voitures du cortège présidentiel, ils se posaient mille et une questions sur les causes de ce changement de programme. Unique dans les annales, car jamais une délégation officielle ne s’arrête sans une programmation, ni sécurisation préalable. Sacré Fidel ! C’était cela Castro, un homme de passions, à la limite de l’excès. A l’annonce de son décès, j’ai eu l’impression d’avoir perdu un proche.  J’ai eu le privilège d’approcher les grands de ce monde, grâce aux présidents Bouteflika et Boumediene qui me remarqua aussi sobre et réservé, que Castro est épicurien. Il connaissait l’impact social de l’image et en jouait très bien. Je garde de mes différentes visites des anecdotes plein la tête.

Une grande perte pour le peuple algérien
En signe d’amitié et en hommage à cette figure historique cubaine, le Président Bouteflika a décrété un deuil national de huit jours, à compter du dimanche 27 novembre 2016. Abdelkader Bensalah, Président du Sénat, a été mandé par le chef de l’Etat pour représenter l’Algérie à ses funérailles. «Avec sa disparition, écrit dans son message de condoléances, le Président de la République, Abdelaziz Bouteflika, je perds personnellement un ami et un compagnon de plus d’un demi-siècle. C’est aussi une grande perte pour le peuple algérien qui entretient une relation particulière avec El Commandante, faite de respect, d’admiration et d’affection mutuels». «Une relation, qui trouve aussi sa singularité dans le partage de quelques pages de l’histoire de la glorieuse lutte de Libération nationale et dans lesquelles el Lider Maximo avait joué un rôle de premier plan aux côtés du peuple algérien». «Ce compagnonnage de lutte trouvera son prolongement après l’accession de l’Algérie à l’indépendance et se manifesta par une solidarité et un soutien à la reconstruction de notre pays ruiné par une guerre coloniale dévastatrice.» Le Président de la République souligne qu’«avec la disparition de Fidel Castro, se tourne une page de notre histoire contemporaine», rappelant que le défunt «a été au cœur de tous les événements qui ont façonné le XXe siècle et un témoin d’une perspicacité inégalée des évolutions de ce siècle et de ses tumultes». «J’ai déjà dit que Fidel a la rare faculté de voyager dans le futur, de revenir et de nous le raconter. Il aura mérité sans conteste de figurer au panthéon des rares hommes qui ont été à la fois précurseurs et acteurs des dynamiques qui ont dessiné la marche de notre monde». Je tiens à noter, que précurseur et acteur, le président Abdelaziz Bouteflika l’a aussi été. Son message traduit parfaitement qu’il a perdu un ami cher, un compagnon de lutte sur le plan international. Un témoin aussi de bien des événements qui ont façonné les changements de ce siècle.

Parcours du combattant révolutionnaire
Né en 1926 dans le village de Biran, près de Mayari, dans l’est de Cuba, il est le fils d’un immigré espagnol, qui avait fait fortune dans la culture de la canne à sucre. Titulaire d’un doctorat de droit en 1950, Fidel Alejandro Castro Ruz, embrasse la profession d’avocat. Sa carrière politique débute lorsqu’il prend la tête de la rébellion cubaine contre le général Batista, qui dirige l’île depuis son coup d’État du 10 mars 1952. Le 26 juillet 1953, Fidel Castro, à la tête d’un petit groupe armé, mène une première attaque pour renverser le régime. L’opération tourne à la catastrophe et Fidel Castro est condamné à 30 ans de prison. Il s’exile au Mexique à la faveur d’une loi d’amnistie en 1955 et organise la résistance au sein d’un groupe appelé Mouvement du 26 juillet ou m-26. C’est là, qu’il rencontre Ernesto Guevara, le Che, avec lequel il embarque sur le Granma, pour Cuba, accompagné des 81 membres du m-26. Ils débarquent le 2 décembre 1956, mais l’armée de Batista les attend. Après quelques jours de combats, Fidel et ses « disciples » se replient dans la Sierra Maestra et sont rejoints par les nombreux opposants au régime de Batista. Les « barbudos » mènent une guérilla acharnée dont ils vont finalement triompher. Fidel Castro s’empare du pouvoir le 1er janvier 1959 en prenant le dernier bastion de Fulgencio Batista, la ville de Santiago de Cuba. Batista est contraint de quitter Cuba.   

Entrée triomphale à La Havane
Entouré de ses «barbudos» – son frère Raul, «Che» Guevara, le charismatique Camilo Cienfuegos –, Fidel Castro fait une entrée triomphale à La Havane. Il devient alors le chef des forces armées, puis le Premier ministre du pays. Les premières années de pouvoir de Castro sont marquées par de nombreuses réformes au profit de son peuple. Il instaure un système de santé décent pour tous et combat l’analphabétisme. Trois mois après sa prise de pouvoir, il créait l’Institut cubain de l’art et de l’industrie cinématographique, puis la Fondation du nouveau cinéma latino-américain et la grande école internationale de cinéma de San Antonio de los Banos. « Si nous ne survivons pas culturellement, nous ne survivrons pas économiquement ». Il continuera de diriger Cuba avec une poigne de fer, même après l’écroulement du bloc soviétique en 1991. Il se tournera ensuite vers le continent sud-américain pour se rapprocher du président vénézuélien, Hugo Chavez, qu’il considère comme son héritier politique. Castro qui avait une passion pour l’information, lisait dès le petit matin les nouvelles du monde et particulièrement celles des agences de presse, notamment les médias américains dont il prophétisait, dès 1959, qu’elles calomnieraient son pays. Pour les contrer, il créée avec le Che, l’agence Prensa Latina. En 1961, il proclame le «caractère socialiste» de la Révolution, lors de la tentative d’invasion d’exilés cubains, soutenus par les renseignements américains (CIA), de la baie des Cochons. Rapidement, les tensions entre Cuba et les États-Unis s’intensifient. Un embargo est décrété par les Etats Unis, toujours en vigueur aujourd’hui. C’est en 1962, que le Président américain John F. Kennedy annonce ce blocus naval de Cuba et rompt toutes relations diplomatiques avec La Havane. Ce grand symbole des mouvements de libération aura néanmoins assisté, fin 2014, à un rapprochement historique entre son pays et les États-Unis. Rapprochement compromis de l’avis de nombreux observateurs, avec l’arrivée de Trump à la Maison-Blanche. Parlant de rapprochement, il faut savoir qu’à l’époque que bien que la famille Kennedy ait soutenu en son temps l’indépendance de l’Algérie, il a été demandé à la délégation algérienne présente à l’ONU, conduite par le premier président algérien Ben Bella qu’elle devait renoncer à son voyage officiel à Cuba. Malgré les lourdes promesses d’aides et de soutiens, ce voyage a bien eu lieu. Un geste que ne peuvent oublier nos amis de Cuba.

50 ans de relations privilégiées avec l’Algérie
L’Algérie et Cuba entretiennent des relations privilégiées depuis plus de 50 ans qui se traduisent par des positions et approches semblables sur nombre de questions internationales ainsi que par la volonté et l’ambition des deux partenaires à approfondir et à consolider la coopération bilatérale dans tous les domaines. Les relations bilatérales algéro-cubaines ont connu une véritable impulsion ces quinze dernières années, avec des engagements par la voie des plus hautes autorités des deux pays, à poursuivre leurs efforts pour promouvoir leur coopération tant sur le plan économique que politique.
Cette volonté a été réaffirmée, en juillet dernier, par le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, dans son message adressé à son homologue cubain, Raul Castro lors de la Journée de la Rébellion, en soulignant la régularité de la consultation et de la concertation bilatérales, marquées par une convergence de vues sur les principales questions régionales et internationales d’intérêt commun. La solidité et l’exemplarité des liens entre les deux pays avait fait dire au chef de l’État cubain, Raul Castro, lors d’une visite de travail en Algérie en 2009, que l’amitié algéro-cubaine était toujours aussi « indestructible» qu’il y a 50 ans.

Renforcement des relations
En effet, les relations entre les deux pays se sont intensifiées grâce à la volonté affichée à travers, notamment, l’échange de visites de haut niveau de part et d’autre et les 19 sessions de la commission mixte tenues à ce jour. Dans ce contexte, le Premier ministre Abdelmalek Sellal a soutenu, lors de sa récente visite à La Havane, «l’excellence» des relations politiques entre l’Algérie et Cuba, appelant, à cette occasion, à l’établissement de nouveaux partenariats bénéfiques aux deux pays. M. Sellal s’était alors entretenu avec les plus hauts responsables cubains, avec lesquels il a discuté des questions d’intérêt commun et les voies et les moyens de multiplier les partenariats gagnants-gagnants afin de parvenir à tisser des relations économiques au niveau de l’excellence des relations politiques. Ces rencontres ont abouti à la signature de huit conventions de coopération portant sur les secteurs de la santé et de l’enseignement supérieur. Cette visite a également été une opportunité pour rendre visite au leader historique, Fidel Castro.
Avec le décès de Fidel Castro, père de la Révolution cubaine et grand défenseur des causes justes à travers le monde, l’Algérie perd un grand ami dont le pays a toujours été un allié et un partenaire de poids. Ami fidèle de l’Algérie, Castro avait même revêtu, lors d’une de ses rares apparitions publiques, en août dernier, un survêtement aux couleurs de l’équipe algérienne, lors d’une cérémonie officielle organisée en son honneur pour montrer son fort attachement à l’Algérie. Le leader cubain, malgré la distance géographique séparant l’Algérie de son pays, avait toujours entretenu des relations d’amitié et de fraternité avec les différents dirigeants algériens. Déjà en octobre 1962, quelques mois à peine après l’indépendance du pays, Fidel Castro recevait le défunt président Ahmed Ben Bella. En effet, dès les premières heures de son indépendance, l’Algérie trouvera en Cuba un appui de taille dans ses efforts de reconstruction nationale, notamment dans le domaine de la santé. Depuis, les échanges de visites entre les chefs d’État des deux pays ont toujours caractérisé les relations algéro-cubaines, et les Algériens se rappellent les visites historiques qu’avait effectuées Fidel Castro en Algérie en 1972 et 1976. Sa dernière visite officielle en Algérie remonte à mai 2001. Il convient aussi de signaler la participation remarquable de Castro au Sommet des pays du Mouvement des non-alignés qu’avait abrité Alger en septembre 1973. Le président de la République Abdelaziz Bouteflika avait également effectué des visites officielles à Cuba en 2000 et en 2009. Toutes ces visites témoignent de la qualité des relations qui ont toujours lié Alger et La Havane, qui partagent les mêmes positions sur différentes questions d’intérêt commun au niveau des Nations unies, du Mouvement des non-alignés et sur le dialogue Sud-Sud.

Quelques réactions
Nombreux sont les chefs d’Etat et personnalités connues qui ont tenu à chaud à rendre à cette grande figure du XXe siècle, même si certains lui reprochent les atteintes aux droits de l’Homme, dont Cuba est accusé depuis des décennies.
Nicolas Maduro, président du Venezuela :
« A tous les révolutionnaires du monde, nous devons suivre son héritage et le drapeau de l’indépendance, du socialisme », a écrit le dirigeant vénézuélien sur Twitter. 
Enrique Peña Nieto, président du Mexique : « Je pleure la mort de Fidel Castro Ruz, chef de file de la Révolution cubaine et figure emblématique du XXe siècle.»
« Sous l’ancien président Castro, Cuba a fait des avancées dans les domaines de l’éducation, de l’alphabétisation et de la santé », a assuré à la presse le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, alors que le président russe Vladimir Poutine voit en cette personnalité d’envergure internationale un  »homme d’État émérite à juste titre considéré comme le symbole d’une époque de l’Histoire moderne du monde », ajoutant que « Fidel Castro était un ami sincère et fiable de la Russie ».

Mikhaïl Gorbatchev, ex-dirigeant soviétique, estime que « Fidel a résisté et a fortifié son pays au cours du blocus américain le plus dur, quand il y avait une pression monumentale sur lui et il a pu (...) mener son pays sur la voie du développement indépendant. » Fidel Castro restera toujours « un grand homme politique », qui a laissé « une profonde empreinte dans l’histoire de l’humanité » . Pour François Hollande, Castro « avait incarné la révolution cubaine, dans les espoirs qu’elle avait suscités puis dans les désillusions qu’elle avait provoquées ». « Acteur de la Guerre froide (...) il avait su représenter pour les Cubains la fierté du rejet de la domination extérieure», a encore souligné le président français.
Jack Lang, ancien ministre, souligne que « Fidel Castro était un géant de la scène internationale. Aux yeux des militants de ma génération, il incarnait l’esprit de résistance à l’impérialisme américain et la volonté de construire par la révolution une société plus juste. (...) Son œuvre contrastée sera longtemps discutée ou contestée. Mais on ne peut oublier qu’il restera pour des milliers de latinos américains le Libertador, celui qui aura réussi à faire face opiniâtrement à la toute puissance américain », a écrit l’ancien ministre dans un communiqué.
Al-Assad salue la « résistance légendaire » de Castro face aux USA. De son côté, Mariano Rajoy, le chef du gouvernement espagnol, a mis en exergue « une stature historique » de Fidel Castro, tout en soulignant son impact pour Cuba et sa « grande influence » pour la région. Quant à la presse américaine, elle s’est montrée partagée sur la disparition de cette figure historique. Pendant que le Los Angeles Times affirmait que Castro a été une « icône révolutionnaire », le New York Times retient du Lider Maximo qu’il « a tourmenté » onze présidents américains et « amené le monde au bord de la guerre nucléaire ». Pour le Washington Post, il « a aussi été un leader répressif ». Celui qui était devenu depuis le triomphe de la révolution cubaine l’ennemi numéro 1 des États-Unis a échappé depuis son accession au pouvoir à la Havane à quelque… 638 projets d’attentats fomentés, pour la plupart par la CIA, l’agence américaine du renseignement qui a, des décennies durant, tenté d’assassiner le père de la révolution cubaine. Le président Barack Obama, artisan de l’avènement de la période actuelle d’apaisement dans les relations entre les deux pays, a déclaré : « L’Histoire jugera l’impact énorme », soulignant, toutefois, que son administration avait « travaillé dur » pour tourner la page de plus d’un demi-siècle de discorde et de profonds désaccords politiques. Un des meilleurs hommages au Lider Maximo est venu, du Premier ministre slovaque dont le pays préside actuellement l’Union européenne, qui a soutenu que « Cuba n’a jamais menacé quiconque et ne veut que vivre sa propre vie. Nombreux sont ceux qui, à tort, ont haï et continuent de haïr Cuba pour son courage. »
L. B.



Du mĂŞme auteur

Par Leila BOUKLI

Les plus lus

Télécharger version PDF

Version PDF

Special Wilaya D'Alger

Version PDF

Special Habitat version PDF

Version PDF

Special Habitat (english version)

Version PDF