Le magazine promotionnel de l'Algérie

N° 125 - Dec 2019

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Energie

« Le premier groupe mondial de services pétroliers »

Zied Ben Hamad, directeur général Afrique du Nord-Schlumberger

Entretien réalisé par Tahar MANSOUR



El Djazair.com : Voudriez-vous présenter à nos lecteurs le groupe Schlumberger ?

ZIED BEN HAMAD : Schlumberger est un groupe presque centenaire.  Nous avons commencé notre travail en 1926. Nous sommes le premier groupe mondial de services pétroliers. A l’origine, c’était une société française mais maintenant nous sommes vraiment une multinationale, avec des employés de tous les pays où nous sommes implantés.  Nous sommes présents dans 85 pays et nous essayons d’avoir une proportion similaire au niveau des nationalités. Nous avons un total de plus de cent mille employés et nous sommes dans presque tous les domaines des services pétroliers, que ce soit dans le forage, l’exploration, la production, les études et même dans la construction d’unités de production.

El Djazair.com : Pouvez-vous maintenant nous parler de la direction Afrique du Nord que vous dirigez ?

ZIED BEN HAMAD  : Au global dans la région, nous avons près de 3000 employés, nous nous sommes implantés dans tous les pays d’Afrique du Nord mais à des dates différentes, ce qui ne nous empêche pas d’avoir été associé à la première découverte de pétrole, que ce soit en Algérie, en Tunisie ou en Libye. Plus spécialement en Algérie, nous avons plus de 2000 employés qui sont à 97% algériens. Nous sommes présents en Algérie depuis 1955. Au début, notre personnel était composé totalement d’étrangers mais au cours de ces années nous avons formé assez de personnel algérien pour occuper les postes que nous offrons. D’ailleurs,  près de 400 experts algériens recrutés par Schlumberger activent à  l’étranger, soit leurs compétences sont requises dans d’autres pays, soit dans le cadre de leur formation.

El Djazair.com : Vous êtes présent en Algérie depuis plus de 60 ans, quels sont vos clients ?

ZIED BEN HAMAD  : Notre client principal, bien entendu, est Sonatrach, le deuxième c’est ENI (Société italienne privée d’hydrocarbure) ainsi que tous les groupements avec Sonatrach, dont ENI, Total, Repsol, BP et d’autres encore. Notre compagnie est le premier fournisseur de Sonatrach et nous travaillons avec cette compagnie pétrolière depuis sa création. Nous avons plusieurs bases à Hassi Messaoud où nous avons tous nos services, ainsi que des bases à Ain Salah, In Amenas et dans le bassin de Berkine. Nous fournissons nos services partout, que ce soit au nord de l’Algérie, à l’ouest ou ailleurs. Nous faisons du travail d’exploration et là où Sonatrach va, nous la suivons. Quant à nos bureaux, ils sont à Cheraga (wilaya d’Alger), où nous employons près de 200 personnes qui constituent l’équipe de direction pour l’Afrique du Nord et pour l’Algérie ainsi que tous les services d’études, de géologie, de géophysique, de pétro-physique, de sismique et tout ce qui est logiciel. Nous avons aussi un centre de formation pour l’utilisation de nos logiciels destinés à la formation de nos clients, les ingénieurs de Sonatrach y suivent des cours sur l’utilisation de nos logiciels périodiquement.

El Djazair.com : Quel est le chiffre d’affaires de Schlumberger en Algérie ?

ZIED BEN HAMAD  : Je ne peux pas vous donner un chiffre précis car notre société est cotée en bourse, mais je peux vous dire qu’il est très important en Algérie qui est un grand pays, et Sonatrach est l’un de nos vingt plus grands clients au monde. D’ailleurs avec le programme ambitieux préparé par Abdelmoumen Ould Kaddour, P-DG du groupe Sonatrach, il est clair que Sonatrach peut être le cinquième groupe pétrolier mondial et nous espérons qu’elle pourra se classer parmi le top 10 ou même le top 5 de nos clients. La compagnie Sonatrach pourra donc utiliser plus de technologies nouvelles, augmenter sa production, améliorer l’efficacité et même entamer le travail off-shore. Nous espérons aussi parvenir à être choisis par Sonatrach pour l’aider dans le développement du gaz de schiste qui s’avère très important. Nous sommes très confiants dans le futur de l’Algérie et de celui de nos relations avec Sonatrach, surtout avec la volonté de M. Ould Kaddour de mettre en œuvre son ambitieux programme de développement et de modernisation de cette compagnie.

El Djazair.com : Justement, qu’avez-vous à proposer et à offrir à Sonatrach pour l’aider à atteindre ses objectifs de 2030 ?

ZIED BEN HAMAD : A partir de cette année, nous exécutons tout ce que nous avons prévu avec tous les départements de Sonatrach, pour le forage, la production ou autre.  Nous avons l’obligation d’efficacité pour éviter les pannes, les temps perdus. C’est donc une meilleure efficacité dans nos travaux, avec notamment la suppression des temps non-productifs temps morts, que ce soit pendant les forages, ou dans les évaluations des puits. Nous avons aussi procédé à l’introduction de technologies nouvelles dans le forage et l’acquisition et l’analyse des données, considérée comme notre atout de différenciation, car nous sommes l’inventeur de toutes les acquisitions et de données en géologie et pétro-physique. D’ailleurs, cette année nous avons introduit beaucoup de nouvelles technologies surtout au niveau de l’exploration pour pouvoir caractériser des gisements de type nouveau où il est très difficile de trouver du pétrole. Nous travaillons donc en étroite collaboration avec tous les services techniques de Sonatrach sur nombre de projets et de techniques nouvelles pour améliorer la production en installant des pompes des fonds, en évaluant les puits anciens qui ont des problèmes afin de les réparer et d’augmenter la production.

El Djazair.com : L’Algérie est un pays producteur de pétrole et vous nous avez parlé de vos travaux, mais dans les autres pays de l’Afrique du Nord, que faites-vous ?

ZIED BEN HAMAD : Pour les autres pays de l’Afrique du Nord, il n’y a pas beaucoup d’activités, au Maroc, c’est juste un peu de gaz qui n’est pas profond, en Tunisie il y a l’offshore et le pays est assez petit même si la géographie est la même qu’en Algérie et en Libye, la situation ne permet pas de travailler à 100% de nos moyens. Au Niger, c’est encore à l’état embryonnaire et au Tchad, la géologie, est différente de l’Algérie où elle est beaucoup plus difficile. Il faut dire qu’il n’est pas aisé de comparer les travaux car ils diffèrent à cause des géologies qui ne sont pas les mêmes d’un endroit à un autre.

El Djazair.com : En dehors des activités que vous venez d’énumérer, comptez-vous en développer d’autres, dans le même créneau ou dans d’autres ?

ZIED BEN HAMAD : Vous savez, quand nous avons commencé en 1926, nous ne faisions que la mesure, c’est-à-dire le «wireline» et en 90 ans d’existence, nous avons développé des activités dans tous les domaines relevant des services pétroliers. Nous avons acquis des appareils de forage, puis avons commencé à développer des systèmes de cimentation, de fracture, de fabrication de garnitures de forage, de forage directionnel, de faire les tests, de créer des logiciels, de faire des boues de forage, tous les produits chimiques qui sont mélangés à l’huile pour que cela coule dans les pipes. Mais la plus importante acquisition est la Compagnie de Cameron  qui a inventé les têtes de puits modernes et qui fait beaucoup de construction et de processing pour le traitement de gaz et de pétrole en surface. Nous continuons toujours de regarder vers l’avenir. Ainsi en partenariat avec Rockwell, leader mondial de l’automatisation de tous les systèmes, nous avons donc créé une joint-venture, le 19 février 2019, prometteuse pour l’Algérie. En effet, nous pourrons proposer à Sonatrach des « Digital Oil Field », c’est-à-dire des champs intelligents. Ainsi tous les puits seront connectés avec des mesures grâce à des dispositifs  qui peuvent être commandés à distance derrière son pupitre, à partir de la région des bureaux d’Alger. Nous pourrons réaliser une grande salle de contrôle avec les ingénieurs de Sonatrach à partir de laquelle nous pouvons voir et contrôler toute la production sans devoir se déplacer. C’est donc vraiment le futur du pétrole et si, comme nous le souhaitons, il y a une production offshore, cela permet de faire toute la production sans construire d’énormes plateformes de process, avec des installations assez simples dans les fonds marins et de tout commander à distance. Donc, après la création de la joint-venture avec Rockwell, nous sommes très optimistes sur le futur avec Sonatrach.

El Djazair.com : Pouvez-vous nous dire ce que vous avez fait pour l’emploi en Algérie, surtout au niveau du sud ?

ZIED BEN HAMAD : Nous avons surtout besoin d’ingénieurs, nous continuons d’en recruter chaque année car nous pouvons les envoyer à l’étranger pour des formations spécifiques. Néanmoins, nous n’avans pas recruté beaucoup de techniciens et d’opérateurs. Mais lorsque le besoin se fait sentir, nous le faisons presqu’exclusivement du Sud puisque nous collaborons avec l’ANEM. Nous demandons les dossiers de tous les jeunes qui résident au sud. Nous espérons qu’il y aura un grand développement d’autres ressources comme le gaz de schiste qui nécessite des centaines, voire des milliers d’emplois et là, nous préviligierons le recrutement local.

El Djazair.com : En conclusion ?

ZIED BEN HAMAD  : Personnellement, cela fait deux ans que je suis en Algérie. Les challenges qu’il y a dans le pays me plaisent beaucoup après un périple de vingt-huit ans avec Schlumberger à travers le monde particulièrement en Algérie, en Tunisie ou en Libye, j’ai l’impression d’être à la maison. Je suis vraiment content de me retrouver en Algérie et d’appliquer tout ce que j’ai appris chez moi, d’essayer de rehausser le niveau des services que nous offrons, des technologies de ma propre compagnie et de prouver aux citoyens ici que nous pouvons être aussi bons que les Américains.

T. M.



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