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N° 119 - Fev 2019

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Hydraulique

« Notre défi est de gagner la bataille de la distribution »

Smaïn Amirouche, directeur général de l’ADE à El Djazaïr.com

Entretien réalisé par Farid HOUALI



El Djazaïr.com : Hocine Necib, l’actuel ministre des Ressources en eau, insiste particulièrement pour que la gestion de l’eau soit sans cesse plus conforme aux attentes du citoyen et de l’intérêt général. C’est un des défis à relever par l’ADE Mr le directeur ?  

Smaïn Amirouche : Dès le début des années 2000, notre pays sous l’impulsion de son excellence le président de la République Abdelaziz Bouteflika, a hissé le secteur de l’eau au rang de grande priorité nationale.
C’est ainsi que l’ADE, qui est un Etablissement à caractère industriel et Commercial (EPIC) a été créé en 2001 par décret exécutif n° 01 du 21 avril 2001.
Il a précisément pour mission essentielle la prise en charge de la production et la distribution de l’eau à l’échelle nationale, assurer un service public de l’eau de qualité afin de répondre aux exigences des citoyens en matière d’AEP.
Pour ce faire, il était nécessaire d’augmenter et de diversifier les capacités de mobilisation des eaux conventionnelles (barrages, transferts et forages) et non conventionnelles par le dessalement de l’eau de mer. Pour cette dernière option, et à partir de 2004, l’Etat a lancé un gigantesque programme de réalisation de 11 stations de dessalement de l’eau de mer d’une capacité avoisinant les 2,11 millions m3/jour.
D’autres stations viendront renforcer celles déjà existantes, à savoir : Alger et El Tarf de capacité de 300.000 m3/j chacune et 50.000 m3 / j pour celle de Bejaia. Dix-huit stations de déminéralisation pour l’amélioration de la qualité de l’eau dans le Sud, avec une capacité de production totale de 140 000 m3/j.
Le programme de développement du secteur des ressources en eau initié et réalisé sous la conduite de son excellence le président de la République Abdelaziz Bouteflika a permis de gagner la bataille de la production en faisant passer la dotation journalière de 120 l/jour à 180l/jour et par habitant, aujourd’hui.
Sur les 1 514 communes que compte le territoire national, l’ADE en gère actuellement 984 représentant 26 171 493 habitants, soit 62% de la population. Le reste des communes (434) est géré par les services communaux.
À l’horizon 2020, l’ADE compte prendre en charge l’ensemble des communes du territoire.
Le défi majeur auquel fait face actuellement l’ADE est donc de gagner la bataille de la distribution, en se fixant comme objectif majeur la satisfaction des besoins eau potable de la totalité de la population ainsi que son alimentation au quotidien.

El Djazaïr.com : Annuellement, un volume total de 10,6 milliards de m3 est consommé dans le pays à raison de 7 milliards de m3 pour l’agriculture, de 3,2 milliards de m3 pour l’alimentation en eau potable (AEP) et de 0,4 milliard de m3 pour le secteur industriel. Au vu de ces immenses besoins en eau conjugués au climat aride et semi-aride, le secteur des Ressources en eau a lancé simultanément quatre (4) grandes actions dont celles visant à réduire les déperditions de cette ressource non abondante et à lutter contre son utilisation illicite. Peut-on Mr le directeur en savoir plus ?  

Smaïn Amirouche : L’ADE produit 1.78 milliard /an d’eau potable et près de la moitié se perd lors de sa distribution, à cause de la vétusté des réseaux d’AEP, s’ajoute à cela le gaspillage de cette denrée qui se raréfie de plus en plus par les citoyens. Il faut savoir que l’Algérie pratique l’un des tarifs les moins chers au monde, à six (06) dinars le mètre cube toutes les campagnes de sensibilisation menées n’ont pas dissuadé le citoyen du gaspillage de l’eau. L’eau produite par l’Algérienne des eaux à un coût élevé et atteint les cinquante dinars le mètre cube.
Devant le taux de fuites d’eau enregistré actuellement, l’ADE a adopté une stratégie axée sur plusieurs volets et actions sur le terrain, à savoir :
Réhabilitation des réseaux d’AEP en collaboration avec les DRE et les autorités locales.
Zonage et sectorisation des réseaux d’AEP
Elimination des branchements, des piquages illicites et le vol d’eau.
Maîtrise des paramètres de comptage.
Création des brigades de surveillance des réseaux d’AEP
Acquisition des moyens et équipements de détection des fuites performants (géo radars et corrélateurs acoustiques).
Cartographie des réseaux et généralisation des systèmes d’informations géographiques (SIG).
Recours aux systèmes de télégestion.
Ce programme de réhabilitation des réseaux d’AEP qui s’appuie sur des études de diagnostic détaillé va se traduire par les résultats suivants :
augmentation du rendement technique des réseaux d’AEP (devant atteindre les 80%),
éradication des fuites,
augmentation de la pression chez les abonnés,
normalisation et la standardisation des équipements et des branchements,
amélioration du service public de l’eau d’une façon générale.
Ce programme qui a touché à ce jour une quarantaine de chefs-lieux de wilayas doit être étendu à l’échelle nationale.
Son coût avoisine, à ce jour, les 80 milliards de dinars.

El Djazaïr.com : L’ADE est également confrontée à un problème de taille, celui des créances impayées….

Smaïn Amirouche : En effet. L’ADE détient une «créance eau » de 52 milliards de dinars sur ses abonnés, toutes catégories confondues.
Sur ces créances, 64 % sont détenues sur les ménages et 24 % sur les collectivités locales, soit un total de 88 %  uniquement,  sur ces deux catégories de consommateurs.
Il y a lieu de préciser qu’une bonne partie de ces créances date de l’époque des ex-Epidemia créés en 1987, et donc sont pratiquement irrécouvrables. Il n’en demeure pas moins que des actions sont menées pour améliorer la gestion clientèle, outil essentiel pour le recouvrement des créances. Et afin de parvenir à recouvrer ces créances, ou du moins les réduire, l’établissement a adopté une série d’actions à savoir :
-Amélioration de l’accueil des abonnés par le déploiement d’avantage de son réseau commercial et les aménagements nécessaires afin de disposer de structures adaptées à l’orientation et l’information. Notons à ce propos que notre réseau commercial est composé 320 agences et 694 caisses. Dans ce cadre et pour la convenance des citoyens, les caisses sont ouvertes les samedis.
- La sensibilisation des clients par l’utilisation des medias    (radio locale, presse, …) en sus des actions menées au niveau des sites d’accueil.
- Allégement des procédures puisque une proposition de révision du règlement de service public de l’eau est en cours d’élaboration pour faciliter d’avantage les règles et procédures régissant la relation de service public de l’eau et les abonnés. - Facilitation de paiement des factures d’eau par l’octroi d’échéancier de paiement aux abonnés relevant de la catégorie ménages et ayant des difficultés financières pour honorer ces factures.
-Diversification des modes de paiement par l’introduction du paiement par internet (en h 24 et 7jours/7) pour les abonnés porteurs de la carte CIB en sus des modes déjà existants : espèces, chèques, virements, paiement auprès des bureaux de poste.
-Amélioration des délais de traitement des réclamations
Des dispositions ont été prises en amont de la facturation afin de minimiser la réclamation, entre autres :
- La généralisation progressive de la relève par PDA (personnal digital assistant) permettra le contrôle in-situ de la qualité de la relève et réduira   ainsi les risques d’erreur de transcription de l’information.
-La mise en place de 5 laboratoires d’étalonnage de compteurs d’eau domestiques, en 2017, permettra L’étalonnage métrologique en cas de litige entre un abonné et l’ADE et la vérification régulière (par échantillonnage) du parc compteurs.
- Généralisation du comptage et résorption du forfait.

El Djazaïr.com : Où en est-on avec le paiement électronique des factures lancé par l’entreprise depuis 2016 ?  

Smaïn Amirouche : Lancé le 29 décembre 2016, en collaboration avec la BADR et la SATIM, ce nouveau mode de paiement n’est pas encore maîtrisé. En effet, sa généralisation nécessite une grande maitrise de l’outil informatique. S’ajoute à cela le problème de la non-détention d’un compte bancaire et de la carte CIB (carte interbancaire de paiement) chez une grande majorité des abonnés. Nous pouvons espérer le développement de ce moyen de paiement dans les années à venir car nous recevons déjà des paiements électroniques dans 40 wilayas et jusqu’au 12 août 2018 nous avons enregistrés 3856 opérations en ce mode paiement pour un montant total de 4 187 214dinars et 86 centimes.

El Djazaïr.com : En résumé, vous qui connaissez parfaitement le secteur, comment voyez-vous l’ADE dans les prochaines années ?  

Smaïn Amirouche : La bataille de la mobilisation et de la production de la ressource étant pratiquement gagnée, celle de la distribution est actuellement engagée à grande échelle par les actions de grande envergure que mène l’Algérienne des eaux à travers la réalisation de nouveaux grands transferts, la réhabilitation des réseaux d’AEP, la rénovation des stations de pompage, des réservoirs ainsi que de tous les ouvrages de stockage et de distribution. L’introduction graduelle de télégestion dans les systèmes hydrauliques, la  formation du personnel, cadre, maitrise et exécution pour la maitrise de l’ensemble des processus de gestion de l’établissement : métiers et supports. En outre, toutes les communes d’Algérie, d’ici 2020, seront prises en charge, en matière d’AEP par l’établissement. Avec tous ces investissements et efforts consentis par les pouvoirs publics, l’avenir de l’Algérienne des eaux ne peut être que meilleur pour assurer la pérennité du service public de l’eau et offrir des prestations de qualité à la population 
  F. H.



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