Le magazine promotionnel de l'Algérie

N° 109 - Nov 2017

Go

Hydraulique

Faire des eaux usées une source de richesses

Journée mondiale de l’eau

Par Farid HOUALI



Une goutte d’eau est flexible. Une goutte d’eau est puissante. Rien n’est plus nécessaire qu’une goutte d’eau. L’eau est indispensable à la vie humaine mais son utilisation n’est toujours pas optimale sur la planète. Les ressources en eau ne sont pas illimitées et le traitement des eaux usées est au centre de la problématique de la gestion durable, avec des conséquences environnementales, humaines, sociales et économique négatives très importantes quand celui-ci n’est pas effectué. L’exploitation des eaux usées représente une véritable opportunité en raison de l’abondance de cette ressource. Traitées de manière sûre, les eaux usées représentent une source durable en eau, en énergie, en nutriments et autres matériaux récupérables. La plupart des activités humaines produisent des eaux usées, et plus de 80 % des eaux usées dans le monde sont rejetées dans l’environnement sans traitement. En Algérie, la réutilisation des eaux usées épurées est une action volontaire et planifiée qui vise la production de quantités complémentaires en eau pour différents usages. Aujourd’hui la stratégie nationale du développement durable se matérialise particulièrement à travers un plan stratégique qui réunit le social, l’économique et l’environnemental. Sur les 130 stations d’épuration exploitées par l’Office national d’assainissement à travers les 44 wilayas, 18 sont concernées par la réutilisation des eaux usées épurées afin d’irriguer 11 212 ha de superficies agricoles.
Un  état de fait réaffirmé par Abdelkader Ouali, ministre des Ressources en eau et de l’Environnement, à l’occasion de la célébration de la Journée mondiale de l’eau, coordonnée par l’ONU. Une journée placée sous le thème « Les eaux usées et les différents moyens de les réduire et les réutiliser.» Dans ce cadre Abdelkader Ouali a indiqué qu’un accord a été signé entre son département ministériel et celui de l’Agriculture, du Développement rural et la Pêche pour la réutilisation des eaux usées traitées et épurées à des fins d’irrigation agricole qui, selon lui, est devenue une nécessité. Pour lui, il faut accorder davantage d’importance à l’exploitation de ces eaux à des fins d’irrigation agricole, en vue de renforcer les capacités d’irrigation des espaces agricoles. D’autant que l’Algérie travaille à l’extension de la superficie des terres irriguées dans un ensemble de régions. Elle veut la porter à 1 million d’hectares à l’horizon 2020. En effet, l’utilisation des eaux usées en agriculture urbaine est incontournable, notamment pour un pays comme l’Algérie, exposé, par sa situation géographique, au stress hydrique. La rareté de la ressource en eau dans notre pays et le contexte climatique qui fait augmenter la tension sur la ressource en eau, d’une part, et l’urbanisation croissante, le recours au traitement et à la réutilisation des eaux usées, d’autre part, ont conduit à la mise en œuvre des programmes de réalisation d’ouvrages destinés à la réutilisation des eaux usées épurées. Un programme soldé par la réalisation de 172 stations d’épuration des eaux usées en exploitation à travers le pays. Au début de l’année 2016, ces infrastructures généraient près d’un milliard de mètres cubes d’eaux traitées destinées à l’irrigation agricole et font de l’Algérie le premier pays d’Afrique en la matière. De ce fait, la réutilisation des eaux usées apparaît comme une solution alternative pour limiter la pénurie, préserver la ressource naturelle et contribuer à la gestion intégrée de l’eau. D’autant qu’un traitement approprié ouvre la voie à une réutilisation de ces eaux pour satisfaire la demande en eau supplémentaire, sans puiser dans la ressource d’eau douce. En outre la technique de recyclage des eaux usées coûte moins cher que le dessalement d’eau de mer.

Un impératif vital face à des besoins croissants
Traiter les eaux usées réduit la pollution et prévient les maladies mais c’est aussi devenu un impératif pour répondre à une demande croissante en eau dans le monde, affirme un rapport de l’ONU. « Les eaux usées représentent une ressource précieuse dans un monde où l’eau douce disponible est limitée et la demande en hausse », estime Guy Rider, président de l’ONU-Eau, à l’occasion de la Journée mondiale de l’eau. Au-delà de leur réutilisation, le rapport de l’ONU met en avant le gisement de matières premières (phosphore et azote et biogaz) que représentent les eaux usées, et le revenu potentiel qui peut en être tiré. Mais quel que soit le système utilisé, il reste que 80% des eaux usées dans le monde sont rejetées sans traitement, ce qui aboutit à répandre dans la nature bactéries, nitrates, solvants chimiques et médicaments.
Dans ce contexte, plusieurs activités de sensibilisation à l’importance de préserver la ressource hydrique ont été organisées en Algérie. A ce sujet, Abdelkader Ouali, ministre des Ressources en eau et de l’Environnement, a mis l’accent sur l’importance de la rationalisation de l’eau. Faisant remarquer que les services de l’Algérienne des Eaux et la Seaal interviennent «rapidement» dans la détection des fuites et la lutte contre le phénomène de raccordement anarchique, le ministre a insisté sur « l’impératif » d’instaurer une citoyenneté autour de l’environnement par la mobilisation de tous les secteurs, « organismes et institutions». « L’activité de tous les intervenants dans le secteur en vue de mettre fin au problème de fuite se déroule de manière acceptable à la faveur des nouveaux mécanismes mis en place et la technologie utilisée pour déterminer les points de fuite à l’effet d’y intervenir rapidement », a fait savoir le ministre. Marquant une halte au stand de l’Agence nationale des changements climatiques (ANCC), le ministre des Ressources en eau a instruit les responsables de l’agence à lancer « le plus vite possible» le projet de la «détection de la pollution en procédant à l’installation de trois stations de détection à Alger, Sétif et Reggane (Adrar)». Selon les chiffres de l’Algérienne des eaux, en 2016, il a été produit quelque 1,6 milliard m3, mais 98 millions m3 on été récupérés à la suite des réparations effectuées sur les fuites signalées sur le réseau de distribution. Même « instruction » donnée aux responsables de l’Observatoire national de l’environnement par le ministre des Ressources en eau qui les a exhortés à se « rapprocher davantage des entreprises et des citoyens pour mettre en avant les problèmes liés à l’environnement et à communiquer sur les entreprises ayant commis des infractions à l’encontre de l’environnement ». « Il ne faut pas se contenter d’établir des enquêtes et rapports qui restent au niveau interne», a-t-il dit à ce propos. « Le rôle de l’Algérienne des eaux ne doit pas se limiter à la gestion des clients mais à les sensibiliser sur le gaspillage d’eau qui a atteint des proportions alarmantes », a soutenu le ministre annonçant dans la foulée que l’ADE « récupérera, à l’issue de trois années, la gestion globale des clients des trois sociétés des eaux et de l’assainissement, à savoir celle d’Alger, la SEAAL, celle d’Oran, SEOR, et celle de Constantine, SEACO ». Abdelkader Ouali s’est également montré rassurant quant aux coupures d’eau durant la prochaine saison estivale vu les capacités actuelles des barrages et qui peuvent subvenir correctement aux besoins de la population. A une question sur le taux de remplissage des barrages à travers le pays, le ministre a indiqué qu’il se situait à 72 %, soit 4,9 milliards de m3, ce qui garantit l’approvisionnement en eau potable ou en eau destinée à l’irrigation.

La valorisation de la ressource nationale
En ce qui concerne la réalisation des infrastructures du secteur, Abdelkader Ouali privilégie l’outil de production national. «Désormais, aucun projet, notamment en matière de réalisation de stations de traitement des eaux, ne sera lancé sauf si le projet compte 50 à 60 % d’équipements fabriqués localement», a indiqué Abdelkader Ouali. Le ministre qui était accompagné du wali d’Alger, Abdelkader Zoukh, a précisé que la majorité des importations en équipements et pièces de rechange n’était pas conforme aux normes, ajoutant qu’il existait en Algérie des industriels capables de fabriquer des produits similaires de qualité et à moindre coût. «Nous possédons les moyens matériels et humains pour fabriquer ces équipements et tous les autres composants essentiels nécessaires à la réalisation de stations de traitement et même les pièces utilisées dans le raccordement aux réseaux d’approvisionnement en eau potable et le renouvellement des canalisations, à condition de renforcer la production nationale et de promouvoir sa compétitivité dans le cadre des démarches visant la diversification de l’économie, ce qui permettra de réduire les importations», a précisé le premier responsable du secteur. D’ailleurs, le ministre a appelé les entreprises publiques qui jadis fabriquaient toutes sortes d’équipements et de pièces de rechange à renouer avec cette activité pour réduire la facture des importations. Le ministre a préconisé d’aménager les espaces adjacents aux barrages, aux sources et grands puits en vue de leur exploitation à des fins touristiques, en y installant des structures de loisirs et de divertissement, à l’instar du barrage de Douéra qui a vu le reboisement de 200 arbres, en attendant sa dotation de structures de divertissement.

L’aménagement de Oued El Harrach en phase finale
Comme nous l’annoncions dans nos précédentes éditions, Oued El Harrach est d’une longueur totale de 67 km, dont près de 18,2 km dans la wilaya d’Alger, alors que le reste de son parcours s’étend sur les wilayas de Blida et de Médéa. Le projet de sa réhabilitation porte, selon sa fiche technique, en particulier, sur son recalibrage, la réalisation de trois jardins filtrants, la mise en place de systèmes de contrôle et surveillance de la qualité de l’eau, ainsi que de prévision et d’alerte des crues, la construction de ponts et passerelles et la réalisation de stations de pompage d’une capacité de 90.000 mètres cubes par jour. La réception de la totalité du projet aura lieu fin 2017, a annoncé le ministre des Ressources en eau, la cadence des travaux, ayant atteint 75 %. Il ne reste en tout que 1,4 km à achever, a assuré Abdelkader Ouali. Grâce à ces travaux d’assainissement et d’aménagement d’Oued El Harrach, des espaces ont été dégagés et aménagés de manière écologique à l’image des embouchures de Bentalha et de la prise d’eau (7 hectares) pour permettre à la population d’avoir des espaces pour se promener et faire du sport au milieu de la verdure. L’espace de loisirs de Bentalha s’étendant sur une longueur de 2 km a été totalement aménagé pour recevoir les visiteurs. Doté d’espaces verts et de détente en plus de trois stades de football en gazon naturel, cet espace a séduit par sa particularité les riverains qui l’ont déjà adopté. L’oued sera ainsi doté d’une partie navigable pour les petites embarcations sans moteurs s’étendant sur une longueur de 6 km à partir de l’embouchure des Sablettes. Afin de réaliser cette prouesse, il faut en premier lieu procéder à une vaste opération de dragage (ultime opération de ce projet) permettant l’écoulement d’une eau de bonne qualité et l’entrée de l’eau de mer sur le tronçon navigable facilitant ainsi une circulation normale de l’eau de mer avec l’eau de l’oued et l’enlèvement de tous les sédiments. Le dragage, ultime opération de ce grand projet sera effectué à la fin de tous les travaux d’aménagement hydraulique et va permettre le nettoyage de 2,6 millions de mètres cubes de produits de dragage, a-t-il assuré relevant que ce sont ces produits-là qui provoquent les mauvaises odeurs de l’oued. Dans le même cadre, faudrait-il le rappeler, plusieurs actions ont été menées pour l’assainissement d’Oued El Harrach qui était le « réceptacle » de toutes sortes de déchets y compris les déchets solides et les rejets industriels. Une première opération appelée « opération jasmin » a été menée avec l’introduction d’un gel désodorisant pour atténuer l’odeur nauséabonde au niveau de l’embouchure de l’oued, selon le responsable. Un travail de fond a été entamé parallèlement, par la prise en charge de tous les rejets domestiques par une station d’épuration à Baraki pour améliorer sensiblement la qualité de l’eau dans l’oued. Les travaux portent, par ailleurs, sur des aménagements paysagers, à travers la création de parcs, de pistes et voies cyclables tout au long de l’oued, de terrains de sport de proximité, de piscines en plein air et d’aires de jeux pour enfants outre la réalisation de 19 ponts tout au long de l’oued le reboisement de 65.000 plants. sAu delà de sa dépollution, la réhabilitation de l’Oued El Harrach portera aussi sur l’aménagement d’espaces de loisirs et de baignade. Dans ce cadre, il convient de souligner que l’Algérie a signé le 26 janvier 1980 la Convention de Barcelone qui s’est fixé comme objectif l’élimination de tous les rejets d’eaux usées en mer.
 
F. .H



Articles de la même rubrique

Du même auteur

Par Farid HOUALI

Les plus lus

L'Algérie avant tout
AMMAR KHELIFA.

LE SYSTÈME D’INFORMATION :
Par ‎Abderrahmane RAOUYA - Ministre des Finances.

Télécharger version PDF

Version PDF

Special Wilaya D'Alger

Version PDF

Special Habitat version PDF

Version PDF

Special Habitat (english version)

Version PDF