Le magazine promotionnel de l'Algérie

N° 110 - Dec 2017

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Hydraulique

Le gouvernement relance les projets gelés

Pour renforcer l’alimentation en eau à travers le pays

Par Yahia MAOUCHI



« En dépit de la faible pluviométrie qu’a connue le pays, néanmoins, on ne peut pas dire que l’Algérie est au rouge.Nous sommes plus ou moins à l’abri, et cela grâce à la volonté politique dont a bénéficié le secteur de l’eau. Le président de la République Abdelaziz Bouteflika a compris l’enjeu qui entoure l’or bleu et, en visionnaire, il a fait de ce secteur une de ses priorités. Cela a commencé par la création d’un département ministériel chargé des Ressources en eau, s’en est suivie la réalisation de 30 barrages, des stations de dessalement d’eau de mer… » C’est ce qu’a affirmé Hocine Necib, ministre des Ressources en eau et de l’Environnement, lors de son passage au forum d’El Moudjahid. Rassurant, le ministre affirme qu’en dépit de la crise financière, les projets du secteur seront relancés, et cela suite à la décision prise par le chef de l’Etat de lever le gel sur certains projets qui sont actuellement en souffrance. En effet, la levée du gel de certains projets permettra de réaliser de nombreux projets stratégiques pour renforcer l’alimentation en eau à travers le pays, à l’instar du transfert des eaux du Sud vers les Hauts plateaux à la faveur d’un programme de dix projets de transferts dans le cadre de la politique de l’aménagement du territoire. Evoquant la situation hydrique du pays, le premier responsable du secteur a indiqué que le taux de « remplissage actuel est de 50% », tout en le qualifiant d’«acceptable». « Certains barrages notamment ceux situés à l’est du pays ont connu une baisse de leur niveau, mais ce n’est pas une crise aiguë. Avec les dernières précipitations, le taux de remplissage des barrages s’améliorera», a-t-il rassuré. Néanmoins, ajoute le ministre, trois barrages ont atteint un niveau historiquement bas. Il s’agit du barrage Ain Delia (Souk-Ahras) qui alimente trois wilayas : Souk-Ahras, Tébessa et Oum El-Bouaghi, du barrage de Hammam Debagh à Guelma, et, enfin, du barrage de Chafia, qui alimente Taref et Annaba. En résumé, le ministre estime que notre pays n’est pas en situation de stress hydrique, en faisant référence au début des années 2000, où le pays s’apprêtait à importer de l’eau devant le manque d’investissement dans le secteur de l’eau. Dans le même ordre d’idées, l’invité du Forum El Moudjahid estime que la problématique du déficit en alimentation en eau potable constaté dans certaines régions ne réside pas dans les ressources en eau mais dans leur gestion. Selon le ministre, « le pays dispose d’une disponibilité d’eau grâce aux multiples projets concrétisés dans le domaine des ressources en eau et ces acquis nécessitent un accompagnement et une rationalisation de l’exploitation de l’eau». Par ailleurs, le ministre rappelle que la stratégie de son secteur « consiste à développer les barrages et autres retenues collinaires » et aussi aller vers le dessalement pour faire face « au manque de pluviométrie et maintenir l’équilibre hydrique ».

Réalisation de deux nouvelles stations de dessalement
Dans ce contexte, Hocine Necib, qui a passé en revue la situation qui prévaut dans son secteur a tenu à saluer la décision du président de la République, qui a opté, depuis les années 2000, pour le dessalement d’eau de mer. Une option salutaire, car elle a permis de renforcer l’offre nationale en eau potable. « Non seulement, elle conforte le potentiel existant mais contribue à sécuriser l’approvisionnement et à faire reculer le stress hydrique », rappelle le ministre.A ce jour, sur les treize stations inscrites, onze ont été réalisées et mises en service pour une capacité de 2,1 millions de m3/j, soit un volume de 770 millions de m3/an représentant 17% de la production nationale d’eau potable, sachant que l’objectif est d’atteindre 20 % à l’horizon 2020. En somme, un Algérien sur cinq est approvisionné en eau de mer. Le dessalement d’eau de mer a pris une place très importante dans le schéma national hydraulique. A cet effet, le gouvernement a décidé de lancer la réalisation de deux autres stations d’une capacité de 300.000 m3 et d’un coût de 300 millions de dollars chacune. L’une à Taref, pour répondre aux besoins des wilayas de Annaba et de Taref. Dimensionnée pour 100.000 m3, le ministre affirme qu’il a donné des instructions pour que cette capacité passe à 300.000 m3, l’objectif étant de soutenir la demande dans ces deux wilayas. Cette stratégie vise, également, à dégager l’excédent qui, à moyen terme, sera transféré vers les Hauts-Plateaux. La deuxième station est prévue à l’ouest d’Alger pour une capacité de 300.000 m3. L’objectif est de stabiliser le H24 à l’Ouest de la capitale. Cette station devra sécuriser et stabiliser l’approvisionnement en eau potable d’une grande partie de Blida, qui connaît un déficit structurel en ressources en eau. Alger dans sa partie ouest est soutenue par deux barrages, un à Tipasa et l’autre à Aïn Defla. «Un projet comme celui-là, permettra le retour de ces deux barrages à leur fonction d’origine qui est l’irrigation», ajoute-t-il. Les délais de réalisation de ces deux projets ne doivent pas excéder trois ans, selon le ministre. D’autres réalisations sont prévues dans la loi de finances 2018 pour le transfert de l’eau, notamment, la ligne partant du Sud vers les Hauts Plateaux. Comme il a été décidé aussi la levée de gel sur plus de 20 projets d’épuration des eaux usées.

La hausse du prix de l’eau n’est pas à l’ordre du jour
Ces dernières années, la question de la révision de la tarification de l’eau se pose avec acuité. Sur ce chapitre, le ministre des Ressources en eau et de l’Environnement a fait savoir que la question de la révision à la hausse du prix de l’eau «n’est pas inscrite à l’ordre du jour», tout en laissant entendre que s’il y a révision du prix de l’eau, la couche défavorisée ne sera pas concernée. « Le projet de révision des tarifs de l’eau n’est ni sur la table du ministre, ni sur la table du gouvernement. Mais il n’est pas exclu qu’un jour, on doit fatalement ouvrir ce dossier et faire une chose qui n’affecte pas le pouvoir d’achat du citoyen », a-t-il expliqué. Le premier responsable du secteur des ressources en eau a par contre rappelé aux journalistes que la dernière augmentation du prix de l’eau potable remonte à 2005. Au passage, M. Necib dira que « l’eau est facturée à 20 DA le m2, alors que son prix de revient est de 60 DA». La situation est hétérogène selon les régions et les wilayas, a fait remarquer Hocine Necib. Ainsi, certaines wilayas, telles que Tizi-Ouzou, nécessitent un prix de revient réel, beaucoup plus cher, vu la situation géographique et les reliefs très durs que traversent les installations hydrauliques mobilisant ainsi 12 grandes chaînes de pompages, souligne le ministre, indiquant que l’Algérie est le seul pays qui applique des tarifs d’eau fixes et inchangés. A la question de savoir pourquoi l’Algérie a opté pour la gestion déléguée, le ministre a expliqué qu’il fallait une expertise internationale, et ce choix a permis d’acquérir un savoir-faire en matière de management.

De la problématique des pertes d’eau
Le plus grand chantier du ministre, c’est celui des pertes d’eau. « Actuellement, le taux s’élève à 30%. Ce qui veut dire que sur 1 000 mètres cubes injectés dans le réseau par la Société de distribution de l’eau ADE (Algérienne des eaux) 700 litres arrivent dans les robinets et le reste s’inscrit au registre de la fuite », a-t-il déploré. Comme il n’a pas caché son indignation «au vu des milliards de dinars que l’Etat a investis dans le secteur et que l’on se retrouve avec un taux si élevé de pertes ». Devant ce gâchis, Hocine Necib s’est montré formel : « Il faut que nous ramenions ce taux aux standards internationaux c’est-à-dire à moins de 20% à l’horizon 2020 ». Pour ce faire, il va falloir et en priorité, « restructurer l’ADE car on ne peut concevoir que sur un effectif de 120.000 employés, 4% seulement font partie des équipes d’intervention sur le terrain pour réparer une fuite. Du coup et en concertation avec les responsables de cette entreprise, nous avons décidé d’assurer des formations aux métiers de l’eau à de nombreux agents de sécurité ».Sur ce point, il a avancé que les délais de réparation des fuites d’eau devraient absolument être réduites en faisant savoir qu’une telle opération se fait parfois en trois jours alors que les normes sont de 24heures. Ainsi, depuis une dizaine d’années, ce sont quelque 2.000 km qui sont rénovés annuellement. De grands efforts sont consentis pour pallier cette situation. Autre problématique,  les branchements illicites. A ce propos, le ministre ne lésine pas sur les mots : il y a des voleurs d’eau. Et avec cette catégorie, l’Etat est intransigeant. Près de 2.700 cas ont été traduits devant la justice. Au total 8.230 branchements illicites ont été enregistrés depuis janvier 2017. Près de 53% (4.339) ont été éliminés, les cas réglés à l’amiable. Cette opération a permis de récupérer 850.000 mètres cubes d’eau.
Pour lutter contre ce type de vol et le gaspillage de cette ressource précieuse, le ministre annoncera un nouveau dispositif pour l’économie de l’eau, précisant qu’il a été déployé sur le terrain des brigades de surveillance relevant de l’Algérienne des eaux (ADE) à travers notamment les grandes villes du pays. Au sujet des mauvais payeurs, le ministre fera savoir que les créances s’élèvent à 46 milliards de dinars, dont 15 milliards datent d’avant la création de l’Algérienne des eaux et qu’aujourd’hui une vaste campagne de sensibilisation est menée pour le recouvrement des créances.Interrogé par El Djazair.com sur la gestion déléguée des eaux potables et si cette option allait être reconduite, le ministre a tenu à faire savoir pour ce qui concerne la société des eaux de Annaba (Sean), le partenaire allemand a résilié le contrat.«A Constantine (Seco) ce n’est pas le satisfecit mais cela peut s’améliorer par contre à Oran (Seor), nous sommes plus que satisfaits car le partenaire espagnol, dont le contrat prend fin en 2017, s’est montré très dévoué et a formé nos jeunes universitaires aux métiers de l’eau. Nous pensons même recruter des expatriés espagnols pour continuer à assurer la formation de jeunes cadres de la Seor», a informé le ministre. A propos de la Seaal (Alger) « les résultats sont assez satisfaisants et c’est pourquoi nous allons proposer à Suez de reconduire son contrat qui expire en juin 2018 », a précisé Hocine Necib.
Y. M.



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