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N° 123 - Oct 2019

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Finance

« Le secteur des assurances détient une épargne importante et contribue au financement de l’é

Youcef Benmicia, P-DG de la CAAT

Propos recueillis par Tahar MANSOUR



El Djazair.com : Pour commencer, nous vous remercions d’accepter de répondre à nos questions dont la première est celle ayant trait au nom de votre compagnie : Compagnie Algérienne des Assurances. Les trois premières lettres sont là et la lettre T d’où vient-elle ? Et vous dites « des assurances », pourquoi au pluriel ?

 

Youcef  Benmicia : La CAAT a été créée en 1985 du temps du monopole de l’Etat sur les assurances pour assurer exclusivement les risques liés aux transports corps et marchandises sous l’appellation d’origine : Compagnie algérienne des assurances Transports, d’où le « T ».

Suite à la levée de la spécialisation des compagnies publiques d’assurances, à la fin des années quatre-vingt et avec l’avènement de l’autonomie des entreprises, la CAAT a étendu son activité et changé ses statuts pour pratiquer toutes les branches d’assurances. Il a été donc décidé de garder le même logo avec une appellation beaucoup plus large. Il est utile de signaler que la CAAT reste l’un des principaux assureurs de la branche « transport », même si cette branche ne représente, pour la compagnie, qu’une petite partie de ses activités qui couvrent une large gamme. Ainsi, le fait d’élargir le champ d’action de la CAAT explique le pluriel « des assurances » figurant dans le logo de la compagnie

 

El Djazair.com : Nous remarquons, à la lecture de votre Mot sur le site web de la compagnie, que vous accordez une grande importance aux TIC dans la gestion de votre compagnie, allant même jusqu’au paiement de l’assurance en ligne. Est-ce à dire que vous vous êtes résolument engagés dans cette voie de modernisation prônée par les pouvoirs publics ?

 

Youcef Benmicia : Oui, tout à fait. De nos jours, toute entreprise dans n’importe quel secteur d’activité doit nécessairement s’orienter vers ces technologies de l’information et de la communication, non seulement pour les utiliser, maintenant, mais, aussi pour se préparer aux changements sur le plan technologique que nous nous apprêtons à vivre, à l’instar de l’ensemble des pays du monde.

La CAAT a toujours accordé une importance particulière à l’utilisation des TIC. C’est une entreprise dont la gestion est informatisée, qui a pu s’approprier cette culture dès le début comme quelque chose de naturel. La CAAT ne se limite pas à cela puisqu’elle se prépare à relever tous les défis liés à l’utilisation des TIC et aux changements qui vont intervenir. D’ailleurs nous les vivons déjà, peut-être pas au même niveau que certaines économies mais nous nous y préparons. A ce titre, nous pouvons prendre quelques exemples comme l’utilisation d’un Smartphone, d’une tablette ou d’un PC pour proposer des produits, souscrire et payer des assurances et même recevoir des déclarations de sinistres des assurés, etc.

 

El Djazair.com : Pouvez-vous nous présenter, de manière succincte, la compagnie que vous dirigez ? 

 

Youcef Benmicia : La CAAT est une entreprise publique qui appartient à l’Etat à 100%. Nous venons de procéder en 2018 à l’augmentation du capital social de la compagnie, sur fonds propres, qui passe ainsi de 16 milliards de dinars à 20 milliards, ce qui est significatif et conforte sa solidité financière. Les résultats atteints par la compagnie témoignent de son développement continu.

La CAAT est connue pour assurer les risques industriels, ce qui en fait le leader dans cette branche, puisque figurent dans le portefeuille la plupart des entreprises algériennes, les institutions, les établissements publics, privés, étrangers, mixtes… que ce soit de grandes ou de petites entreprises. Nous prenons en charge, aussi, l’assurance des particuliers (habitations, véhicules, activités professionnelles), ce qui représente environ le tiers de notre activité alors que les deux tiers restants sont orientés, essentiellement, vers l’assurance des entreprises.

Pour notre part de marché globale, elle augmente d’année en année. Elle était, pour l’année 2018, à un peu plus de 19% mais elle est supérieure à 30% pour le segment assurance des entreprises. Nous sommes, également, leader en matière de transport maritime puisque la CAAT était justement spécialisée dans l’assurance transport lors de sa création et que nous possédons une maitrise certaine dans ce genre d’assurances.

En matière de réseau de distribution, la CAAT dispose de 173 points de vente (agences et agents généraux) répartis sur tout le territoire national. Le personnel atteint le nombre de 1.646 employés.

 

El Djazair.com : Quels sont les produits phares de la CAAT ?

 

Youcef Benmicia : Comme je l’ai mentionné précédemment, c’est l’assurance des risques d’entreprises qui constitue les deux tiers de notre activité mais nous commercialisons d’autres produits, comme l’assurance des particuliers, notamment l’assurance automobile qui représente près d’un tiers de notre portefeuille. Il s’agit aussi bien de l’assurance automobile des particuliers que des flottes des entreprises. Nous commercialisons aussi des produits « modernes » ou nouveaux que nous proposons aux particuliers, mais ce sont beaucoup plus des services et des prestations qui sont liés aux contrats d’assurance, par exemple pour les voitures, puisque vous pouvez ajouter ce service qui consiste en le dépannage à toute heure et à travers l’ensemble du territoire national, dénommé « l’assistance automobile». Nous avons étendu cette prestation à ceux qui voyagent en Tunisie et qui peuvent bénéficier du même service, en plus de l’assistance juridique. Je peux vous dire aussi que les assurés automobile de la CAAT qui ont eu à utiliser ce service nous ont fait part de leur satisfaction.

Nous avons aussi étendu cette assistance aux assurances des habitations qui permet à l’assuré de bénéficier des services de spécialistes pour réparer les dégâts dans le domicile (assuré). Ceci évite au client d’attendre de pouvoir réparer le dégât ou le sinistre pour se faire rembourser, il lui suffit d’appeler un numéro de téléphone et il recevra rapidement la visite d’un plombier, d’un électricien, d’un vitrier ou d’un serrurier qui effectuera la réparation. Cette prestation profite, aussi, pour les professions libérales et les commerces. Il est à noter que même si nous sommes leader dans l’assurance des risques industriels, nous ne négligeons pas l’assurance des particuliers.

 

El Djazair.com : Le secteur des assurances a été ouvert aux privés qui s’y sont lancés avec tous leurs moyens. Vous, et les autres compagnies d’assurances publiques, êtes tenus de suivre les lois strictes pour la gestion, ce qui pourrait freiner votre volonté d’offrir des services compétitifs à vos clients. Qu’en est-il pour votre compagnie ?

 

Youcef Benmicia : Oui, il y a une forte concurrence qui peut être qualifiée avec tous les extrêmes, mais il y a lieu de préciser que les sociétés publiques ou les sociétés privées sont tenues de respecter les mêmes règles ; la loi sur les assurances ne fait pas de distinction entre les sociétés publiques ou privées, elle s’applique aux sociétés d’assurances qui doivent respecter les règles de cette activité très réglementée de par le monde dans le but de protéger l’assuré. Par contre les pratiques sont toutes autres, puisque le marché est ouvert et la compétition se joue à ce niveau. La plus visible est la concurrence sur les prix qui sévit malheureusement chez nous, alors que la véritable concurrence est de savoir garder les clients en portefeuille et d’attirer d’autres en prodiguant des services et des prestations de qualité.

Nous nous basons sur la qualité de la prise en charge d’un assuré dès la souscription d’un contrat et après la déclaration d’un sinistre. Même si nous ne consentons pas de réduction sur les prix, nous considérons que la qualité de la prestation de service est le meilleur levier pour fidéliser les clients ou attirer les prospects.

Bien sûr, il y a certaines pratiques que nous dénonçons tous, telle que la baisse « suicidaire » des prix car elle va à l’encontre des bases techniques de l’assurance elle-même. Nous avons toujours cherché et encouragé, au niveau du secteur des assurances, à trouver des solutions à ces pratiques et arriver à une concurrence loyale, ceci dans l’intérêt des assurés et des compagnies d’assurance elles-mêmes.

El Djazair.com : Si le citoyen algérien assure sa voiture de manière automatique et régulière car il y est bien obligé, qu’en est-il des autres assurances, comme celles concernant l’habitation, les catastrophes naturelles ou d’autres encore, cela commence-t-il à entrer dans nos mœurs ?

 

Youcef Benmicia : C’est une bonne question que vous posez là. Ce sujet fait l’objet d’examen, de discussion et d’actions stratégiques au sein de la CAAT et même au niveau du secteur des assurances parce que nous avons ce devoir de diffuser et de sensibiliser le citoyen quant à l’utilité de souscrire un contrat d’assurance pour protéger sa famille, sa maison, son commerce, sa petite entreprise. Les acteurs du marché ont donc un rôle à jouer dans cette sensibilisation. Cela n’est pas facile mais faisable et nous le faisons en utilisant différents moyens, tels que la communication pour expliquer l’utilité et la nécessité d’avoir un contrat d’assurance afin de protéger le patrimoine et les responsabilités des uns et des autres. Mais nous ne nous contentons pas de sensibiliser, nous innovons et essayons, aussi, de commercialiser ces produits sous formes de package, par exemple par le biais de l’assurance automobile. A titre de rappel, seulement 10% du parc immobilier des particuliers sont assurés ; ce qui signifie qu’il y a une marge de manœuvre très importante pour ce segment aussi bien sur le plan de la conception des produits que celui des prix, ou de la qualité de la prestation, etc. 

 

El Djazair.com : La ressource humaine est une condition essentielle dans la bonne marche des entreprises, quelles sont les mesures que vous avez prises pour la formation, l’amélioration des conditions de travail …

 

Youcef Benmicia : Vous savez, tout ce que j’ai présenté à propos de la CAAT est réalisé grâce à son capital humain. Son développement est dû à l’importance accordée à la ressource humaine.

Au niveau de la CAAT, nous accordons de l’importance à deux choses essentielles : l’assuré (le client) et le capital humain de la compagnie qui constituent les piliers du management au niveau de notre compagnie. Nous mettons les moyens nécessaires pour que la ressource humaine soit valorisée et revalorisée, aussi bien, sur le plan des moyens et conditions de travail que sur celui de la formation pour laquelle un programme existe et est réalisé au sein des centres de formations propres à l’entreprise ou avec des instituts partenaires. Les formations sont dispensées à tous les niveaux, même à celui du management. A ce titre, les directeurs suivent des formations tout comme les responsables des différentes structures. A la CAAT, une grande importance est accordée à l’évolution des carrières et à la valorisation du personnel. L’un des challenges des compagnies d’assurances, sur le plan stratégique, est de réussir la transition numérique. Cette dimension est prise en compte à la CAAT dans les programmes de formation dispensés.

A l’instar du monde de l’assurance, nous sommes conscients à la CAAT que les avancées technologiques, loin de constituer une menace, représentent, au contraire, une opportunité et une chance afin de conférer plus d’agilité aux processus de gestion, de faire évoluer les pratiques commerciales, les méthodes d’évaluation des risques, la détermination d’une tarification plus juste, plus éthique, plus individuelle, une connaissance plus fine des besoins de la clientèle pour la conception de produits à la demande avec le recours au Big data et à l’intelligence artificielle.

 

El-Djazair.com : Dans quelle mesure le marché des assurances peut-il devenir le moteur de l’économie nationale ?

 

Youcef Benmicia : Le marché des assurances détient une épargne importante qui lui permet de contribuer au financement de l’économie nationale. En Algérie, le taux de pénétration, c’est-à-dire la part des assurances dans le PIB, est inférieure à 1%, même si elle a évolué ces dernières années. Avec un chiffre d’affaires qui se situe à près de 136 milliards de dinars en 2018, l’assurance joue un rôle économique et social important, notamment, en remboursant les sinistres et en accompagnant les opérateurs et entreprises qui ont subi des dommages de reprendre leurs activités et d’éviter des pertes d’emplois, ce qui est important et c’est d’ailleurs le cœur du métier des assurances.

En plus de cela, le secteur des assurances, comme je l’ai dit tout à l’heure, détient une épargne importante car les sociétés du secteur constituent des provisions pour faire face aux éventuels sinistres ou pour payer des sinistres qui ne sont pas encore finalisés. Ces provisions techniques sont réglementées et doivent être représentées, de par la loi, par des éléments d’actif placés ou investis dans des secteurs, comme l’immobilier, les prises de participations ou autres placements financiers qui sont injectés dans l’économie nationale. A titre d’exemple, les placements effectués en 2017 ont totalisé un montant de 274 milliards de dinars, dont 43 milliards dans l’immobilier.

L’assurance joue aussi un rôle important dans la prévention pour, justement, éviter qu’il y ait des sinistres. Elle encourage la promotion et l’amélioration des techniques et des moyens de prévention. En effet, l’assureur incite ses assurés à mettre en œuvre des actions et moyens de prévention, soit en imposant des conditions soit en réduisant le coût de l’assurance,

De même, lors des visites des risques et parfois avant la signature des contrats, des recommandations pour améliorer les moyens de protection et de prévention sont émises par les experts diligentés par l’assureur.

El Djazair.com : Le nouveau projet de loi relatif aux assurances suit son cours. Que devra apporter le nouveau texte aux assurances, notamment sur le plan juridique pour être au diapason des normes internationales ?

 

Youcef Benmicia : Oui, et c’est lié à l’évolution et aux bouleversements que connait le monde entier.  Il y a une évolution que nous vivons tous, soit sur le plan technologique, des changements de l’environnement, des nouveaux risques qui apparaissent, des moyens modernes qui sont utilisés ; aussi la législation doit être mise à jour afin de s’adapter à tous ces changements.

Maintenant, permettez-moi de rectifier un peu votre question : l’Algérie ne dispose pas, encore, de code des assurances. Nous avons plusieurs lois et ordonnances et textes réglementaires qui traitent des assurances et l’idéal est d’élaborer un code des assurances. Le Conseil national des assurances est en train de travailler sur cet objectif. Le texte législatif de base demeure l’ordonnance 95/07 relative aux assurances qui a libéralisé le secteur et qui a été modifiée en 2006 par l’introduction de plusieurs modifications notamment la séparation entre les assurances de dommages et les assurances de personnes et la possibilité de vendre les produits d’assurances par le biais des guichets de banques.

Donc, cela fait bien plus de dix ans que ces changements ont été introduits et tous les acteurs du marché conviennent qu’il est temps d’adapter l’actuel dispositif législatif des assurances aux évolutions et changements constatés durant cette période afin de permettre, ainsi, à l’assurance de jouer pleinement son rôle.

Des propositions ont été formulées, à ce titre, au sein de l’Union des sociétés d’assurance et de réassurance (UAR) et un projet a été transmis au ministère des Finances.

Ce projet a traité plusieurs volets nécessitant des modifications profondes tels le dispositif de supervision et de contrôle de l’activité et des sociétés d’assurance par la création d’une autorité indépendante, la digitalisation et la distribution des produits d’assurance, les intermédiaires d’assurances, la révision des assurances obligatoires,.… Des propositions ont, également, porté sur l’introduction de l’assurance takaful.

 

El Djazair.com : Un dernier mot, monsieur le président ?

 

Youcef Benmicia : d’abord, je me dois de reconnaitre que nous devons faire beaucoup plus en matière de communication au niveau du secteur des assurances. Tous les assureurs doivent faire cet effort et tous les moyens et supports doivent être utilisés. L’essentiel étant que le message arrive au Grand public afin de « vulgariser » l’assurance, d’expliquer l’utilité de l’assurance et la nécessité d’être bien assuré, de faire connaitre les produits disponibles.

Pour revenir à la CAAT, nous avons beaucoup d’ambition et nous œuvrons à maintenir le niveau de développement et de modernisation de notre Compagnie afin qu’elle puisse jouer pleinement son rôle en matière de protection du patrimoine des entreprises algériennes et des particuliers, créer de la richesse et de l’emploi et contribuer au financement de l’économie nationale.

Nous insistons beaucoup sur la qualité de la prestation de service que nous offrons à nos assurés et c’est la préoccupation que je partage avec l’ensemble du personnel de la CAAT : c’est sur la qualité de service que doit se jouer la concurrence entre les différents acteurs du secteur des assurances.

 

T. M.

 



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