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N° 122 - Sep 2019

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Finance

« Il faut voir le marché des assurances en tant que processus de capitalisation de l’économie

Abdelhakim Benbouabdellah, decrétaire du Conseil national des assurances (CNA)

Entretien réalisé par Smail ROUHA



El-Djazaïr.Com : A l’entame de notre entretien, peut-on avoir une présentation, même sommaire, du Conseil national des assurances ?  

Abdelhakim Benbouabdellah: Sommairement, le Conseil national des assurances (CNA) est un organe consultatif pour tout ce qui a trait au marché des assurances. Ainsi, diverses parties y sont représentées : pouvoirs publics, assureurs et intermédiaires d’assurance, assurés, personnel exerçant dans le secteur et différents experts. Il se prononce sur tout ce qui se rapporte à l’organisation et au développement de l’activité d’assurance et de réassurance. Son avis est requis pour l’étude des demandes d’agrément des sociétés d’assurance et des courtiers. Le CNA est doté d’un Secrétariat permanent pour accomplir des missions de soutien technique au Conseil et ses commissions instituées. En sus de son rôle dans les études menées, il fait de la concertation l’un de ses crédos et l’une de ses forces au bénéfice de l’ensemble du marché national.

 

El-Djazaïr.Com : Cadre de concertation, mais également force de réflexion et de proposition, que préconise le CNA pour améliorer le taux de pénétration de l’assurance dans le PIB national qui reste très faible par rapport à nos voisins ? 

Abdelhakim Benbouabdellah: Les efforts sont multiples à ce propos. Longtemps à taux d’évolution à deux chiffres, soit pendant près d’un quart de siècle allant de l’entame de la décennie 1990 à la moitié de celle finissante, le chiffre d’affaires du marché national est, depuis une demi-décennie, à un taux moyen à un seul chiffre. Cependant, le poids global des assurances dans le PIB, estimé à 0,71%, à fin 2017, reste évidemment à parfaire pour atteindre des niveaux plus acceptables.

 

Afin d’améliorer ce taux, il y a lieu d’œuvrer à la diversification des produits d’assurances, telle que l’introduction de l’assurance Takaful et l’exploration d’autres domaines pour élargir l’activité de l’assurance en Algérie à l’image des assurances de personnes, celles agricoles et celles contre les effets des catastrophes naturelles, sont des segments qui restent à booster. N’oublions pas également la micro-assurance qui peut concerner une frange importante de notre société. Ainsi, le développement et la diversification du marché des assurances restent tributaires d’une amélioration constante de la qualité des services offerts et de la poursuite des efforts de modernisation du secteur.

En parallèle, il faudrait également que les agents économiques changent de mentalité et d’attitude envers l’assurance et ne pas la percevoir comme une taxe venant alourdir leurs charges de fonctionnement et que l’on cesse de s’ériger en spécialistes en la matière et se passer des services de professionnels en prévention et de gestion de risques.

El-Djazaïr.Com : L’un des challenges des compagnies d’assurances, sur le plan stratégique, est de réussir la transition numérique même si, pour certains, les avancées technologiques peuvent être vues comme une menace pour la survie de l’assurance, mais elles constituent, en réalité, une opportunité et une chance pour les professionnels du secteur, afin de faire évoluer les pratiques commerciales, les méthodes d’évaluation des risques, la tarification, l’approche de la clientèle, la conception des produits, le paiement des primes et le règlement des sinistres. En l’état actuel, comment réussir un tel challenge ?   

 

Abdelhakim Benbouabdellah:  De prime abord, les principaux acteurs du marché que sont les sociétés d’assurance et de réassurance sont conscientes de toute l’importance que revêt ce volet pour le développement du marché. C’est ainsi, qu’elles se sont vite investies dans la numérisation de leurs « process », en mettant à niveau bien des aspects de la gestion quotidienne de leur management ainsi que de leurs relations notamment avec leurs clients. Cependant, certains efforts consentis n’ont pu être visibles que suivant le contexte. C’est le cas pour les plates-formes de souscription en ligne de produits d’assurances qui ont dû attendre des efforts plus larges dans un autre domaine, celui bancaire en l’occurrence, comme c’est le cas pour le paiement électronique.    

 

Toutes ces actions demandent, évidemment, un travail préparatoire en amont afin de pouvoir mettre le maximum d’atouts du côté des assureurs. C’est de la maîtrise de l’information qu’il s’agit. Les données utiles aux assureurs existent mais non encore organisées de manière à permettre une lecture adéquate ce qui permettrait une meilleure maîtrise des coûts, une meilleure connaissance de leurs clients et donc des sinistres qui les concernent, la répartition géographique de ceux-ci et leurs besoins en couverture etc. En somme, une multitude d’informations permettant une réduction tarifaire, un meilleur conseil et surtout une efficacité dans la prise en charge. Ces éléments concourent à une meilleure assise et au développement du volet numérique via des systèmes d’informations aux exigences élevées.

El-Djazaïr.Com : Le processus de digitalisation engagé par les sociétés d’assurances devrait-il permettre une forte amélioration de la qualité de service et booster davantage le chiffre d’affaires ?

 

Abdelhakim Benbouabdellah: Au vu de la concurrence prévalant sur le marché, les sociétés d’assurances et, surtout, eu égard à la somme d’opportunités qu’offre le support numérique, ont pris conscience de la nécessité de mouvoir leur stratégie de vente des produits d’assurances vers le digital. Aujourd’hui, ces sociétés tentent d’interagir avec les assurés et assurables, en intégrant, de plus en plus largement, ce nouveau type de consommateurs qui utilisent internet de façon quasiment généralisée, à la fois pour communiquer, se renseigner et… acheter. Ce qui s’apparente à une tendance vers le « tout digital » ne sera pas une vue de l’esprit, dans quelques décennies, voire années. Le digital étant devenu une voie incontournable, l’assureur doit chercher à développer les meilleures offres, en termes de rapport garanties/cotisations, afin de pouvoir (re)conquérir et fidéliser les clients. Désormais, l’assureur, comme nombre d’opérateurs économiques, s’adapte à l’ère du digital et ne cesse de se projeter sur l’innovation pour faire face à la concurrence qui sera de plus en plus rude, au fil du temps. La digitalisation est, en effet, une condition sine qua non pour qu’un chiffre d’affaires soit arraché et, c’est encore plus difficile, pérennisé.

 

El-Djazaïr.Com : On dit que la digitalisation de la relation client est un enjeu crucial pour les assurances. Or, seules quatre sociétés d’assurances utilisent l’e-paiement. Comment expliquer cette réticence ? 

 

Abdelhakim Benbouabdellah: Leur nombre augmente, au fur et à mesure. Bien que la loi sur le paiement électronique ait été officiellement promulguée en 2016 et des mesures restrictives aient été lancées par les pouvoirs publics en direction de ceux, parmi les opérateurs économiques, qui viendraient à manquer à cette nécessité de se mettre à niveau, il est relevé, cependant, peu d’engouement de la part des sociétés d’assurances à adopter très rapidement cette démarche, du fait de leur volonté de faire au mieux et de ne pas trop se précipiter. Quand nous disons que seulement quatre sociétés d’assurances sur les 24 que compte le marché se sont investies pleinement dans le digital, c’est parce qu’initialement, déjà, la détention des cartes interbancaires (CIB) et Eddahabia d’Algérie Poste, nécessaires au paiement électronique, n’était pas généralisée à un niveau maximal. Au jour d’aujourd’hui, des terminaux électroniques de paiement sont de plus en plus présents dans le marché des assurances, surtout que cette culture de transactions en ligne et électroniques se propage largement, à travers le territoire national, prenant le dessus, de la sorte, sur la méfiance et la réputation de manque de fiabilité qui accompagnaient ce sujet à ses premières années, notamment en ce qui a trait à la protection des informations personnelles et à la sécurité des transactions bancaires en ligne.

 

El-Djazaïr.Com : Dans quelle mesure le marché des assurances peut-il devenir le moteur de l’économie nationale ?  

Abdelhakim Benbouabdellah: Le secteur des assurances accompagne différents investisseurs dans la création d’entreprises et, par conséquent, la création de richesses et le développement du tissu économique.

 

En effet, la mise en place d’une nouvelle société, notamment dans le secteur industriel, sous- entend, inévitablement, une prise de risque, compte tenu de l’importance des menaces qui l’entourent (incendie, perte d’exploitation, Cat-Nat, vol, etc.). L’activité d’assurance intervient, justement, pour rassurer, mettre en confiance et encourager les jeunes investisseurs à s’installer, en leur garantissant une continuité de l’activité de l’entreprise si le moindre sinistre venait à survenir.

Aussi, l’assurance permet de faciliter l’accord de crédit tout en offrant, aux créanciers, des garanties de remboursement, en cas de décès ou d’insolvabilité de l’assuré.

D’autre part, et en plus de booster l’investissement, le secteur des assurances constitue, en lui-même, un mode d’investissement et ce, à travers les placements effectués par les sociétés d’assurances sous différentes formes (bons de trésors, placements auprès des banques, etc.).

Les sociétés d’assurance peuvent offrir à l’économie nationale des possibilités de croissance. Elles tiennent un rôle essentiel dans le financement de l’économie, participant ainsi au développement des entreprises et au financement des besoins publics.

Contrairement aux idées reçues, l’assurance ne signifie nullement indemniser seulement. L’autre regard qu’il faut porter c’est en direction du processus de capitalisation de l’économie où l’assurance occupe une place de premier rang. Effectivement, le marché de l’assurance génère d’importants capitaux qui sont généralement employés pendant un certain temps, moyen et long termes, au sein des marchés financiers. Nous pouvons constater, en fait, que le marché des assurances ne recherche pas des profits rapides, comme c’est le cas de certains capitaux capricieux, mais favorise, plutôt, les moyen et long termes, ce qui lui permet d’avoir un rôle prépondérant, à la base de la croissance d’une économie.

El-Djazaïr.Com : Le nouveau projet de loi relatif aux assurances suit son cours. Que devra apporter le nouveau texte aux assurances, notamment sur le plan juridique pour être au diapason des normes internationales ?  

 

Abdelhakim Benbouabdellah: Il est nécessaire de distinguer le projet de réforme soumis par l’UAR qui concerne une révision partielle de celui entamé par le CNA, en 2012, qui concerne l’élaboration d’un Code algérien des assurances en concertation avec les professionnels du domaine. Ce travail de très longue haleine vise la mise en place d’un dispositif englobant tous les textes régissant le secteur des assurances. Ainsi, les quatre ordonnances en vigueur et leurs textes d’application seront actualisées et adaptées au contexte économique et social. Il s’agira, aussi, de clarifier toutes les dispositions qui paraissent ambiguës. En sus, le corpus sera enrichi par l’intégration des avant-projets de textes résultant des travaux d’études menés et validés par le CNA.

 

El-Djazaïr.Com : Selon la dernière Note de conjoncture du marché, ce dernier se caractérise par la prédominance des assurances de dommages, centrées sur l’assurance automobile qui vient en tête avec une part de 50%. Comment l’expliquez-vous ?  

 

Abdelhakim Benbouabdellah: En effet, selon le bilan provisoire de l’exercice 2018, les assurances de dommages représentent 88% du total des réalisations du marché des assurances (y compris les acceptations internationales). Cette activité est prédominée, à plus de 50%, par l’assurance « automobile ». Ceci est dû au caractère obligatoire de cette assurance, plus précisément la garantie « Responsabilité civile véhicules ». S’ajoute à cela l’existence de multiples points de contrôles (Gendarmerie et Police) qui permettent la vérification de la satisfaction de l’obligation, contrairement à d’autres assurances obligatoires, à faible adhésion et pour lesquelles il est plus difficile de contrôler la satisfaction de l’obligation, comme c’est le cas pour les assurances Cat-Nat ou autres. C’est ce qui explique la tendance à croire que le contrat d’assurance n’est autre qu’une formalité et non une couverture/ protection pour ses biens ou, encore, pour sa propre personne et celle des membres de sa famille (assurances de personnes).

 

El-Djazaïr.Com : Que pensez-vous de l’apport du secteur des assurances à l’économie nationale ? Constitue-t-il une source de croissance économique ? Y a-t-il des obstacles qui limitent la participation des assureurs à la croissance économique ?

 

Abdelhakim Benbouabdellah: Les placements des sociétés d’assurances ont atteint, à fin 2017, un total de plus de 266 milliards de dinars. Les produits financiers, quant à eux, totalisent un montant de plus de 10 milliards, soit un taux de rendement de 3,9%.

 

Aussi, le marché des assurances contribue à hauteur de 3,5% dans l’investissement.

De ce fait, et en en sus du taux de pénétration de 0,71%, à fin 2017, il est clair que le secteur des assurances participe, timidement, à l’économie nationale. Comme expliqué précédemment, l’apport et le rôle du secteur des assurances sont primordiaux dans la croissance économique. Cependant, différentes raisons font que ce secteur demeure le parent pauvre de l’ensemble des secteurs d’activité. Nous citons, entre autres, et en raison d’un marché financier peu solide et instable, le faible apport des assurances de personnes, notamment pour les branches de capitalisation et d’épargne qui permettent d’augmenter les placements, à long terme et à rentabilité élevée. En ce qui a trait à cette activité d’assurance, et sur la base des résultats de l’enquête, menée par le CNA en 2015, sur les assurances de personnes sous le thème « Réalités et perspectives », plus de 46% de la population enquêtée déclare ne pas avoir connaissance de l’existence des assurances de personnes. Il en ressort, par voie de conséquence, un manque de communication et de sensibilisation de la part des sociétés d’assurances. Il importe de préciser, également, que l’intervention de l’Etat pour l’indemnisation des sinistrés, notamment en risques agricoles et catastrophes naturelles, mène, nécessairement, la population à ne pas recourir à l’assurance pour faire face aux éventuelles pertes, comptant davantage sur les aides publiques.

El-Djazaïr.Com : Le chiffre d’affaires du secteur des assurances a atteint, à fin 2018, plus de 132 milliards de dinars. Cependant, ce chiffre reste, selon certains, faible par rapport au PIB. A quoi cela est-il dû ?  

 

Abdelhakim Benbouabdellah: Le marché des assurances a cumulé, au terme de l’exercice 2018, un chiffre d’affaires de 143,4 milliards de dinars, en évolution de 3,3% par rapport à 2017. Toutefois, il faut avouer que l’apport de ce secteur demeure faible, en dépit de la croissance continue du chiffre d’affaires du marché. L’insuffisante diversification du portefeuille des sociétés d’assurance est l’une des causes. Effectivement, l’augmentation du degré de souscription aux autres assurances, excepté l’automobile et les risques industriels, notamment l’assurance Cat-Nat, ou encore celle des agriculteurs, compte tenu de l’accentuation des risques et sinistres suite aux changements environnementaux que connait le monde, pourrait induire une forte augmentation de l’apport de ce marché dans l’économie nationale.       

 

El-Djazaïr.Com : Quelle lecture faites-vous de l’assurance-crédit en Algérie et quel rôle pour les compagnies d’assurances, dans ce sens ?  

Abdelhakim  Benbouabdellah: A fin 2018, la production de la branche « Crédit » s’élève à 2,1 millions de dinars, en évolution de plus de 12% par rapport à l’exercice 2017. Cette branche détient une part de 1,7% du portefeuille du marché national des assurances et marque une évolution remarquable de 63,5%, à fin 2018 comparativement à fin 2016.

 

Le principal rôle des sociétés d’assurances consiste à garantir, à l’emprunteur, le remboursement du montant du crédit en cas d’insolvabilité ou de décès de l’assuré.

A titre d’exemple, et dans le cadre du lancement du programme de logements LPP, cette branche a connu une importante progression, due à la croissance des réalisations de la sous-branche « crédit immobilier », à travers laquelle, il est garanti, à la banque, le remboursement du montant emprunté dans le cas de l’insolvabilité de l’assuré. De même, la reprise du crédit à la consommation, accordé par les banques (loi de finances 2015), la sous-branche « crédit à la consommation », nommée aussi « vente à tempérament », a généré une forte progression du chiffre d’affaires de ladite assurance, passant de 4 120 DA, en 2015, à plus de 40 millions de dinars, à fin 2017.

El-Djazaïr.Com : L’Union algérienne des sociétés d’assurance et de réassurance (UAR) a coorganisé avec la Compagnie centrale des assurances (CCR), l’Algerian Insurance Multaka (AIM 2018) qui avait, notamment, abordé des thématiques de fonds tels que la digitalisation des assurances et les risques émergents. Quel est l’impact de cette rencontre sur le secteur ?  

 

Abdelhakim  Benbouabdellah: Effectivement, l’UAR et la CCR ont conjointement permis le bon déroulement de cette première édition de l’Algerian Insurance Multaka (AIM), évènement qui sera désormais incontournable pour notre marché des assurances. C’est un évènement destiné aux professionnels de l’industrie de l’assurance et de la réassurance, au double niveau national et international. C’est un rendez-vous permettant l’échange de vues, d’expériences et de savoir-faire entre nationaux ainsi qu’avec des étrangers, de divers bords.

 

Ayant traité de la numérisation pour son édition inaugurale, tenue l’an dernier à Alger, l’AIM a eu une multitude de bonnes réactions de la part des acteurs du marché. Une meilleure prise de conscience, à ce propos, s’est vite traduite par une accélération du processus de numérisation entamé préalablement par quelques sociétés nationales d’assurance et de réassurance pionnières. L’interaction continuelle, entre assurance et progrès technologique, est à même de permettre un essor au marché. Les apports de la numérisation sont multiples, comme l’ont démontré nombre de communications présentées à l’occasion de cette rencontre d’envergure internationale et à laquelle ont pris, aussi et surtout, des dizaines de cadres de différents acteurs du marché. Ces derniers ne manquent pas de traduire sur le terrain et, chacun en ce qui le concerne, les expériences positives des autres dans leurs sociétés et organismes respectifs.    

El-Djazaïr.Com : A l’exception de la responsabilité civile voiturier pour les transporteurs publics de marchandises dont le contrôle se fait sur les routes, les autres assurances RC (médicale, Cat-Nat, etc.) prévues par la Loi ne sont guère souscrites. Comment renforcer les moyens de contrôle vis-à-vis des assujettis à cette assurance ?

 

Abdelhakim  Benbouabdellah: Guère souscrites ? Je dirais, plutôt, non suffisamment souscrites, tant il est difficile de déterminer, avec exactitude, le niveau effectif de respect de ces obligations. Maintenant, vous avez raison, les moyens de contrôle vis-à-vis des assurables sont à renforcer, dans certains cas, et carrément à mettre en place, dans d’autres cas. A ce sujet, des rounds de concertations ont été menés par le CNA, avec les acteurs de la construction et du commerce pour traiter de ces questions, qui se sont heurtés à certains vides juridiques. Aussi, la problématique du non-respect de l’obligation d’assurance par les assujettis ainsi que les moyens de renforcer le contrôle sont des axes qui seront traités dans le cadre des travaux en cours portant sur le projet de code des assurances.

 

El-Djazaïr.Com : Le marché des assurances, en Algérie, demeure basé, essentiellement, sur les assurances obligatoires. Pourquoi ?

 

Abdelhakim  Benbouabdellah: Le marché algérien des assurances est basé, essentiellement et entre autres raisons, sur les assurances obligatoires parce qu’elles sont aisément contrôlables par les moyens mis en place par l’Etat, tel que c’est le cas avec la « Responsabilité civile automobile » et en « engineering ».

 

El-Djazaïr.Com : Quelle lecture faites-vous de l’évolution du marché des assurances, en Algérie ? 

 

Abdelhakim  Benbouabdellah: Dans les pays développés, le marché assurantiel constitue un moyen de mesure du développement de l’économie. Conséquence des changements de la conjoncture économique en matière de législation, le marché national des assurances reste quasiment vierge et nécessite beaucoup d’investissements et d’efforts de la part des assureurs et de l’ensemble des acteurs, y compris au niveau du potentiel assurable.

 

Le marché des assurances a connu, depuis l’indépendance du pays à ce jour, plusieurs étapes et diverses réformes. Il s’agit, notamment des périodes de transition, de libéralisation et celle du monopole de l’État. Le constat global n’est pas reluisant et nécessite davantage de modernisation pour la dynamisation de son développement. Les niveaux des agrégats économiques sont très faibles pour un pays qui déroge par son revenu par habitant, à la corrélation positive entre niveau de vie et dépenses d’assurance. Le classement dépréciatif de l’Algérie, pour tous les indicateurs d’assurance, déroge à cette corrélation, souvent observée.

Ainsi, les réformes entreprises par l’État, jusque-là, n’ont pas eu les résultats escomptés et la contribution du marché des assurances à l’économie nationale reste insuffisante et c’est pourquoi il est impératif de mieux cerner les causes du retard de ce marché.

Il est clair que le marché s’est nettement dynamisé après l’ordonnance n° 95-07. L’augmentation du nombre de sociétés d’assurances l’atteste, en passant de 4 à 24. Aussi, les compagnies disposent d’un réseau de distribution qui s’élargit de plus en plus, entre agences directes, agents généraux d’assurances et bancassurance, à travers les conventions de distribution signées par les sociétés d’assurances avec les différentes banques.

Certes, le chiffre d’affaires du secteur a toujours été en progression, au fil des années, mais sa contribution au développement économique et à l’investissement national reste très faible.

Les causes de ce développement qui n’est pas à son rythme de croisière sont multiples et variées. On retient, à ce propos et le plus souvent, le faible niveau du revenu moyen des Algériens, le manque de culture d’assurance, la qualité de service qui demeure à améliorer, etc.

El-Djazaïr.Com : La loi régissant le « takaful », un concept d’assurance basé sur la « charia » (loi islamique), devrait être promulguée incessamment. Quelles perspectives pour le marché algérien des assurances ?

 

Abdelhakim Benbouabdellah: L’assurance takaful en Algérie est envisagée comme un instrument de développement de l’activité des assurances, mais également comme support assuranciel à mettre à la disposition des banques, pour le développement des produits bancaires alternatifs, et réaliser, ainsi, une plus grande intégration financière.

 

Il est admis que la promulgation rapide d’une règlementation takaful serait un enrichissement pour le marché des assurances et un apport très intéressant d’où les perspectives très prometteuses, entre autres :

  • réponse aux attentes d’une large frange de la population intéressée par une autre alternative fondée sur la charia ;
  • mise en place d’un modèle flexible permettant un enrichissement du marché : le takaful pourra être exploité, à la fois par les compagnies strictement dédiées au takaful et par les sociétés conventionnelles, « assurances de dommages » et « assurances de personnes », qui pourront instaurer des « fenêtres » takaful général ou takaful familial ;
  • instauration d’un cadre fiscal et comptable propices au développement de la finance islamique takaful dans le marché;
  • principe de partage de bénéfices décliné par le modèle takaful qui constituera un effet de levier dans l’attrait des consommateurs d’assurance et le renforcement de l’esprit mutualiste fondé sur la solidarité ;
  • redynamisation des marchés financier, obligataire et monétaire qui doivent être en mesure de présenter une offre produits d’épargne plurielle et attractive pour les investisseurs institutionnels que sont les compagnies d’assurances et les agents économiques (obligations sukuks, actions et comptes d’investissement « charia compliant », etc.) ;
  • survenance d’un cadre réglementaire pour la finance – microfinance participative –, en vue de renforcer le paysage bancaire par de nouvelles banques islamiques et institutions de microfinance qui sont des partenaires en « bancatakaful », « micro-takaful » et des acteurs complémentaires dans le processus d’inclusion financière des agents économiques ;
  • institutionnalisation d’une autorité de supervision charaïque, auprès du ministère des Affaires religieuse et du Haut Conseil islamique qui veillera sur la conformité des décisions prises par les conseils charia des sociétés takaful ;
  • révision de la réglementation sur les assurances, en vue d’instaurer une plus grande multiplicité des réseaux de distribution de l’assurance, pour atteindre le plus grand nombre de prospects (vendeurs commissionnés assurance vie, internet, institutions microfinance,…)
  • formation des ressources humaines en finances islamiques et takaful.

 

 

 

 

 

 

 

 

Ainsi, le marché des assurances recèle d’énormes potentialités qui demeurent, pour certaines, d’entre elles, inexplorées ou sous-exploitées. L’introduction effective de l’assurance takaful pourrait, ainsi, booster ce marché et contribuer à son développement et à améliorer son taux de pénétration.

Néanmoins, il ne faut pas croire que la mise en place du takaful agira comme une baguette magique qui hisserait le marché des assurances à des niveaux extraordinaires. Un travail de communication soutenue, une approche clientèle stratégique réfléchie et une innovation sont d’autant nécessaires et préalables pour lancer convenablement l’assurance takaful.

S. R.



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