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N° 124 - Nov 2019

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Finance

Le garant du système monétique interbancaire en Algérie

Le Groupement d’intérêt économique monétique

Par Yahia MAOUCHI



Ces dernières années, en dépit de quelques réticences, la monétique s’est beaucoup développée en Algérie. Certes, beaucoup reste à faire. Néanmoins, le paiement par cash tend à dominer les transactions. Les cartes interbancaires sont utilisées uniquement pour les retraits et peu de commerces sont actuellement dotés de terminaux de paiement électroniques (TPE), tandis que les distributeurs automatiques de billets (DAB) sont rarement sollicités par les clients. Devant cette situation, peu reluisante, la mise en place d’un système de paiement électronique efficient est, toujours une des priorités des pouvoirs publics algériens. Elle fait partie ainsi des outils de modernisation du système bancaire, à l’instar du système de télé-compensation des instruments de paiement de masse.
A cet effet, et afin de développer le secteur de la monétique en Algérie, des banquiers avaient plaidé pour la mise en place d’une instance indépendante de supervision du système de paiement électronique. Une proposition qui a finalement eu écho, puisque l’ABEF, avec l’aval du ministère des Finances, a créé en juin 2014 cette instance, sous l’appellation du Groupement d’intérêt économique de la monétique (GIE-monétique). Ainsi, la création de cet organe est venue appuyer cette démarche stratégique par la régulation du système monétique interbancaire et la définition des missions et des attributions de l’ensemble des acteurs de ce système. Il a également en charge d’assurer l’interbancarité du système monétique et son interopérabilité avec des réseaux monétiques locaux ou internationaux. Le GIE Monétique est composé de 19 membres adhérents dont 18 banques et Algérie-Poste. La Banque d’Algérie y participe en tant que membre non adhérent pour s’assurer de la sécurité des systèmes et des moyens de paiement ainsi que de la production et de la pertinence des normes applicables en la matière, conformément à la réglementation en vigueur. Par ailleurs, le GIE Monétique pilote le système monétique par le biais de plusieurs fonctions essentielles, telles que la gestion des standards, spécifications et normes dans le secteur de la monétique, la définition des produits monétiques bancaires et des règles de leur mise en œuvre opérationnelle, la gestion de la plate-forme technique de routage, l’homologation, et la gestion de la sécurité. Il concrétise ainsi une transparence dans la définition des normes et des règles de l’activité monétique de façon à libérer les initiatives d’investissement dans l’industrie de la monétique. L’objectif étant de promouvoir la monétique par la généralisation de l’usage des moyens de paiement électronique.

Interbancarité, régulation, promotion, homologation et sécurité 
Le GIE Monétique en tant qu’organe de Régulation de la monétique entretient différentes activités intérieur et extérieur. L’interbancarité, qui représente l’activité monétique interbancaire en émission et en acquisition à travers le réseau interbancaire, permet au porteur d’une carte CIB de bénéficier des services proposés par les systèmes d’acceptation interbancaire d’un adhérent sans en être nécessairement client. En outre, dans le cadre de la mission de régulation, le GIE Monétique gère la relation entre les membres adhérents en leur édictant toutes règles, normes ou procédures à l’effet de cadrer l’activité monétique interbancaire, et s’assure de leur respect par les membres adhérents. Par ailleurs, engagé dans la promotion de la monétique interbancaire, le GIE Monétique consacre un pôle d’activité au développement des produits et services monétiques interbancaires. Dans ce cadre, une démarche-projet est entreprise pour l’introduction des nouveaux produits et services monétiques répondant aux besoins multiples et variés des membres adhérents. Il est à savoir également que le GIE Monétique délivre, à titre exclusif, des certificats d’homologation à toute entité interagissant dans le système monétique interbancaire. Enfin, le groupement veille au respect de la sécurité de ce système de paiement par carte. A cet effet, il joue un rôle stratégique dans la surveillance de l’activité monétique interbancaire. Il œuvre à l’amélioration continue des mécanismes sécuritaires basés sur les normes internationales et ce pour assurer et maintenir la confiance de tous les acteurs du système monétique interbancaire, notamment l’utilisateur final qu’il soit client porteur de carte ou commerçant accepteur. Il faut savoir que l’interbancarité s’appuie aujourd’hui sur une plateforme d’autorisation interbancaire. Une mission déléguée à la Société d’automatisation et de transaction interbancaire et de monétique (Satim) qui veille à la rehausser à des niveaux et à des standards qui vont devoir supporter la capacité volumétrique de ce projet et son niveau de sécurité. Interrogé par El Djazaïr.com sur ce volet, Madjid Messaoudène, l‘administrateur  du Groupement d’intérêt économique Monétique (GIE), assure que les risques de piratage des données des titulaires de cartes sont quasiment impossibles compte tenu que ce système bénéficie de standards internationaux en matière de sécurité. « Nous travaillons depuis longtemps sur la sécurisation de ces opérations parce qu’il faut tout d’abord donner confiance à ce système en veillant à ce que l’utilisateur de ce type de paiement doit être rassuré que son compte et, donc, son argent soient sécurisés », a-t-il avancé. Et d’ajouter :« Nous travaillons déjà pour mettre tout ce qui intervient dans le système du e-paiement aux standards internationaux. Dans le sens où nous avons élevé la barre très haut en matière de sécurité. Mais ce n’est pas une sécurité qui va bloquer quand même le système. Il y a trois choses qui interviennent dans une opération du e-paiement ; la plateforme du paiement, la banque acquéreur et la banque émettrice. Et notre groupement intervient au niveau de ces trois acteurs, pour les mettre aux normes internationales. Bref, nous sommes au standard, c’est-à-dire on travaille pour sécuriser tous les acteurs qui interviennent dans la monétique, les systèmes, la plateforme, et bien-sûr les banques qui interviennent dans le cadre de l’acquisition des web marchands ». 

Plus de 190.000 transactions effectuées en 2018
Officiellement opérationnel en Algérie depuis 2016, le paiement sur internet par carte CIB a été, dans une première phase,  ouvert aux grands facturiers : les sociétés de distribution d’eau, d’énergie (gaz et électricité), de téléphonie fixe et mobile, les compagnies d’assurances et de transport aérien et quelques administrations. Pour la carte bancaire, beaucoup d’Algériens la détiennent et les chiffres officiels le confirment. La carte interbancaire de retrait et de paiement (CIB) a été lancée en 2006 par l’opérateur technique de la monétique, la Satim. Simultanément, presque toutes les agences bancaires ont installé des distributeurs automatiques de billets (DAB), fonctionnant 24h/24, y compris les week-ends. En 2007, le nombre de cartes distribuées était d’un peu plus de 550 000 pour passer aujourd’hui à plus de 1,5 million. La Poste a aussi lancé sa carte. Plus de trois millions de clients ont reçu leur carte Eddahabia et quatre millions de ces cartes monétiques ont été déjà fabriquées et se trouvent au niveau du réseau postal pour être délivrées. En outre, plus de six millions de cartes, bancaires ou postales, sont en circulation. Néanmoins, le nombre de transactions électroniques ne suit pas la courbe. À peine un peu plus de 190 000 transactions effectuées en 2018. « Pour le paiement sur internet les résultats sont plus que satisfaisants. Et pour cause, sur 21 web marchands, nous avons frôlé les 190 000 opération en un an, c’est quand même important pour 2018, sachant que le nombre de cartes activées sur internet, n’a pas dépassé les 20 000 cartes. C’est vraiment très porteur. Toutefois, la typologie de commerçants initialement intégré a limité un peu l’utilisation de la carte. Mais en l’élargissant à des activités plus diverses, les gens trouveraient quoi payer. Il en va de même pour le paiement sur les terminaux de paiement électroniques (TPE). Certes, nous ne sommes pas à des taux de 500% d’évolution, mais c’est encourageant. Il y a une dynamique derrière qui est en train de se concrétiser sur le terrain », se félicite M. Messaoudène. Quant aux paiements effectués à travers les TPE auprès des rares commerces qui en possèdent, le résultat reste très mitigé.

Une utilisation timide des TPE
Face à cette situation, le Groupement et ses membres ont mis en place une organisation pour prendre en charge les besoins des commençants en équipement, notamment par la création des sociétés interbancaires chargées de l’acquisition et de l’installation des TPE. La généralisation de ce type de paiement nécessite en effet la conjugaison des efforts de toutes les parties. « Lorsque nous avons commencé l’installation des TPE, il y a quelques années de cela, nous avons constaté une réticence des commerçants vers l’utilisation de ces terminaux, étant donné qu’il s’agissait d’un nouveau produit. Mais aujourd’hui, nous avons constaté que les commerçants commencent à adhérer à ce programme. Les clients qui possèdent des cartes interbancaires doivent exiger l’utilisation des TPE auprès de commerçants. Et à partir de là, le commerçant sera contraint de s’équiper en TPE », prône M.  Messaoudène. Toutefois, se pose la question de savoir comment rendre les TPE disponibles sur le marché algérien. « C’est à travers le développement des sociétés de fabrication et de commercialisation de ces TPE. Il y a deux ou trois entreprises, dont une publique, qui ont annoncé déjà leur volonté d’investir dans ce créneau. Ensuite, nous avons essayé de développer un marché des sociétés qui installeront, et assureront la maintenance des commerçants, dans le sens où le commerçant qui disposera d’un TPE, pourra se connecter à la plateforme centrale. Tout ce travail nécessite une certaine compétence, dont beaucoup de commerçants ne disposent pas », précise notre interlocuteur. Dans le même ordre d’idées, M. Messaoudène affirme que son groupement a réussi à développer un marché de sociétés agréées, pour pouvoir installer des TPE à travers tout le territoire national. « Nous aurons également à développer le service après-vente, ou bien la maintenance des TPE. Lorsque nous aurons tous ces systèmes, assez bien développés, je pense que les choses vont rentrer dans l’ordre. En plus, il faut qu’il y ait un accompagnement de proximité au niveau des banques. La banque doit accompagner le commerçant, et lui expliquer les tenants et les aboutissants, de ce système », poursuit-il. Enfin pour M. Messaoudène, il ne s’agit pas seulement de distribuer des cartes de paiement et d’installer des TPE, mais l’objectif est d’arriver à faire naître des transactions d’une manière massive. À court et à moyen terme, il faut qu’on arrive, quand même, à faire évoluer le transactionnel, c’est cela l’objectif », souligne-t-il.

2019, année du paiement mobile 
Depuis sa création le GIE Monétique a lancé de nombreux produits pour les banques et il en sera de même pour 2019. « Nous avons beaucoup de projets inscrits, notamment pour 2019. Nous voulons diversifier nos produits monétiques. A cet effet, nous avons mis en place des spécifications et des règles, ensuite, le montage technique s’effectuera par la Satim pour toutes les banques. Le premier projet phare que nous allons lancer est le paiement par mobile. Nous avons une population qui est très portée sur le mobile, avec un taux de couverture de 111%. Il y a plus de mobiles que de population en Algérie. Une population rattachée à son téléphone mobile est plus au moins bancarisée. Nous dépassons avec Algérie-Poste les 50% de taux de bancarisation. La population est également très portée sur tout ce qui est numérique. Plus de 22 millions d’Algériens sont inscrits sur les réseaux sociaux. A travers ces trois types d’informations, on pourra dire que le paiement par téléphone aura sa cote sur le marché », estime M. Messaoudène. Pour atteindre cet objectif, son groupement a arrêté et finalisé toutes les spécifications de ce produit, mais reste l’acquisition des solutions techniques et leur mise en place, prévues pour novembre 2019. « Autrement dit, avant la fin de l’année en cours nous allons entamer l’utilisation du mobile paiement, comme nouveau produit », annonce-t-il. En outre, d’autres produits qui faciliteront la vie aux citoyens verront également le jour dans les prochains mois, notamment celui de paiement de factures sur les DAB, recharge de téléphonie mobile au niveau des distributeurs automatiques, top up mobile, billpayment, consultation de solde et retrait d’argent déplacé, et le paiement sans contact. Interrogé sur les priorités de son groupement, notre interlocuteur a tenu à préciser que la généralisation du e-paiement demeure l’objectif majeur. « Notre priorité est d’avoir une monétique massive, dans le sens où il y aura une forte utilisation de cet outil du paiement. En   termes de déploiement des TPE, nous avons mis en place un écosystème. La même chose a été faite pour le paiement sur internet. Maintenant avec la loi sur le e-commerce, nous avons mis en place toutes les règles qu’il faut pour qu’il y ait des web marchands, et des sociétés qui commercialisent leurs services ou produits, à travers internet. Notre objectif est d’avoir une monétique intense, et surtout d’appliquer ce qui a été promulgué dans la LF 2018 et celle du e-commerce » souhaite-t-il. D’autre part, le GIE Monétique œuvre à devenir l’acteur central du système monétique interbancaire et se déploie dans ce sens. Il s’engage à accompagner ses membres dans l’ensemble des changements touchant leurs activités économiques en relation avec la monétique interbancaire. « Notre vision est de finaliser ou de parachever toutes les actions que nous avons engagées, pour bien préparer le socle. Il faut prendre sérieusement les doléances de nos clients, sinon le produit sera tué dans l’œuf. Pour atteindre ce niveau, nous sommes en train de travailler depuis 2016. Je pense que d’ici la fin du premier semestre 2019, nous aurons finalisé toute la préparation de ce socle, ensuite, ce sera le lancement des services. Il n’y a aucune raison pour que cela n’aboutit pas. On aura à communiquer, dès le deuxième semestre 2019, mais ensuite tout est pris en charge. Les clients qui se plaignent seront pris en charge sérieusement dans les délais très courts », rassure Madjid Messaoudène. Rappelons enfin que le GIE monétique a adopté la charte monétique interbancaire lors de l’assemblée générale extraordinaire du GIE Monétique tenue le 20 novembre 2016. Cette charte monétique interbancaire permettra à la communauté bancaire de se doter d’outils nécessaires pour la mise en place de produits et services monétiques innovants en apportant une valeur ajoutée certaine au citoyen. Il s’agit d’une brique dans l’édifice du système monétique interbancaire répondant aux impératifs communautaires visant à construire un système monétique interbancaire cohérent, performant et sécurisé, et ce, en mettant en place des règles de fonctionnement. 


Y. M.



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