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N° 116 - Oct 2018

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Finance

« Nous pouvons proposer de nouveaux produits et de nouveaux services »

Mohammed Krim, président-directeur général de la BDL

Entretien réalisé par Smail ROUHA



El-Djazair.com : Monsieur le Président voulez-vous présenter succinctement votre institution financière ?  

Mohamed Krim : La Banque de développement local est une banque publique créée en 1985 dans un contexte un peu particulier. Les pouvoirs publics ont décidé de créer une banque dédiée aux entreprises publiques locales avec pour mission d’accompagner et de financer le développement local et régional. A l’époque, il y avait des entreprises publiques communales et de wilaya qui nécessitaient une prise en charge à travers le financement de leurs exploitations et la gestion, pour le compte du trésor, des investissements planifiés en leur faveur. Malheureusement, la création de la BDL a coïncidé avec la chute du prix du pétrole et la crise qui a frappé notre pays en 1986. Le prix du pétrole étant divisé par deux, l’Algérie s’est trouvée dans une situation d’amenuisement des capitaux. Depuis, la BDL a évolué au même titre que l’Algérie. C’est-à-dire qu’elle a subi l’ensemble des aléas dont pâtissait l’économie nationale et a tâché de trouver les voies et moyens lui permettant de s’adapter. Cette évolution lui a offert la possibilité d’acquérir une certaine expertise, non seulement dans le créneau lié au financement de la PME/PMI tous secteurs confondus, mais aussi dans celui des professions libérales, des particuliers et des ménages. Cette expérience a permis à la Banque de se mettre au service et à la disposition de cette catégorie de clientèle à majorité privée. Comparativement aux autres banques, on peut affirmer sans nous tromper que la BDL est la banque de la petite et moyenne entreprise privée par excellence. Certes, la BDL a connu des moments difficiles comme toutes les banques et établissements financiers. Néanmoins, depuis 2015, la BDL a commencé à connaitre des moments cruciaux et importants puisqu’en 30 ans d’existence, elle a gagné en maturité. En 2015, nous avons engagé un certain nombre d’actions inscrites dans une feuille de route stratégique avec l’appui des orientations des pouvoirs publics. Un business-plan a été mis en place avec des axes stratégiques clairs, qui a permis à la banque de connaitre beaucoup de réalisation. On peut citer le changement de l’identité de la Banque, son logo et sa charte graphique ; le basculement le 19 mars vers un nouveau système d’informations ; la réorganisation de la banque et la transposition des collaborateurs. Je peux affirmer que la BDL a opéré une révolution dans son organisation et son fonctionnement du fait que le système d’informations a permis un changement dans le métier, dans la façon de faire, dans les procédés... Ces transformations nécessitent également un changement dans les mentalités, les habitudes et les comportements. Pour ce faire, nous avons organisé plusieurs formations pour nos cadres et personnels à même de répondre aux exigences nouvelles et aux besoins diversifiés de la clientèle de la Banque. Une année et demie après la mise en œuvre du nouveau système d’informations, je peux dire que nous sommes en mesure de proposer à notre clientèle de nouveaux produits et des services de qualité. 

El-Djazair.com : Justement quels sont les produits et services que vous proposez à votre clientèle? Et quelles sont les nouveautés?  

Mohamed Krim : Parmi ces produits, je peux citer le compte El-Amane. C’est un compte adossé à une assurance. En somme, c’est de manière effective la commercialisation de la banque-assurance. En d’autres termes, tout client désirant ouvrir un compte BDL peut bénéficier d’une assurance le couvrant contre les accidents corporels aussi bien professionnels que domestiques. Nous avons également lancé la MasterCard Platinium et Titanium qui sont d’ores et déjà commercialisées sur le marché. Nous avons aussi notre nouveau produit qui consiste à effectuer des virements intelligents. Ce produit est mis à la disposition de notre clientèle et des particuliers voulant épargner ou voulant faire face à des besoins quotidiens et exceptionnels. En fait, tout client possédant un livret-épargne et un compte-chèques peut transférer son argent de son compte-chèques à son compte livret-épargne de manière automatique et vice-versa pour reconstituer à tout moment un solde de son compte-chèques à partir de son compte-épargne permettant ainsi à nos clients de faire face aux imprévus. Incessamment, nous allons lancer un nouveau produit, à savoir la Carte Corporate destinée aux entrepreneurs, aux cadres supérieurs, aux dirigeants d’entreprises pour prendre en charge le règlement de leurs frais de missions, d’hébergement, de restauration. En outre, nous comptons lancer un nouveau produit (3 en 1) où le client peut bénéficier d’une carte CIB, d’un compte-chèques, et d’un e-banking grâce à l’intégration de la digitalisation au sein de  la BDL qui permet désormais aux clients de réaliser leurs opérations à distance, sans omettre d’autres produits que nous comptons mettre en place grâce à la monétique qui reste un des vecteurs stratégiques de la Banque digitale.

El-Djazair.com : Avec l’introduction du e-paiement dans toutes les institutions financières, qu’en est-il de la sécurité dans ce cas?  

Mohamed Krim : Je peux vous assurer que toutes les opérations réalisées par carte sont sans risques puisque tous les outils de sécurité automatiques liés au réseau et liés aux transactions sont sécurisés. Cette sécurité réside d’abord dans la puce et aussi au niveau du réseau. De ce fait toute transaction, qui commence au niveau du DAB en passant par l’opérateur Satim allant vers la banque ou à partir d’un terminal de payement, ou encore via Internet, est sécurisée.  El-

Djazair.com : Dans votre message vous affirmiez qu’en 2016, la gestion des risques et la qualité de notre portefeuille de crédits constituent l’une de vos priorités. Quels sont vos propriétés et objectifs pour les prochaines années ?

Mohamed Krim : Les priorités de la Banque s’inscrivent dans un cadre englobant les orientations des pouvoirs publics et les directives de la Banque d’Algérie. Aussi agissons-nous dans tout ce que nécessite l’économie nationale. En clair : répondre aux besoins de l’économie nationale. L’autre mission est de répondre aux besoins de financement des entreprises, répondre aux besoins de financement des professionnels, répondre aux besoins de financement des particuliers. Qu’attendent ces trois segments de la banque ? Une participation dans l’effort de développement via l’investissement productif permettant la création d’emplois et de richesses car l’Algérie a besoin de ces investissements pour faire diversifier son économie. C’est dans cette perspective et cette stratégie que s’inscrit la Banque de développement local aujourd’hui. D’autant que l’entreprise a besoin quotidiennement de financements pour faire face à un cycle d’exploitation qu’il s’agisse du secteur de l’industrie, du bâtiment, du commerce, nous devons répondre au financement du cycle d’exploitation de chaque entreprise selon ses spécificités de façon à ce que les capitaux mis à leur disposition soient utilisés de manière rationnelle et optimale. Il faut savoir que certains cycles d’exploitation nécessitent des rotations de deux fois par an et d’autres de trois ou quatre fois. C’est de notre obligation de répondre aux besoins de financement de ces cycles d’exploitations. Il en est de même pour les particuliers qui ont besoin de notre accompagnement pour financer leurs besoins de consommation. En plus du financement, nous mettons à leur disposition les moyens de payement du fait que la Banque a trois métiers : le financement, la production de moyens de payement (Carte, e-paiement…) afin d’éviter l’utilisation du cash et la collecte des ressources.

El-Djazair.com : Dans une de vos déclarations, vous affirmiez que l’endettement ne doit jamais être supérieur au revenu et que le revenu ne doit jamais être supérieur à la productivité. Comment faire face à ce triptyque ?  

Mohamed Krim : En économie, tout est réalisé sur la base de transactions entre intervenants (vendeurs et acheteurs) sur les différents marchés. La transaction se fait soit en espèces, ou par crédit. Pour augmenter mes dépenses, je dois augmenter mes revenus. Ces revenus doivent couvrir mes dépenses pour éviter de faire recours à un endettement. Aussi est-il nécessaire à toute entreprise à cheval sur la gestion de faire attention à l’origine de son revenu, provient-il essentiellement du crédit ou de la force du travail et l’effort fourni dans l’innovation (productivité)? Car il ne suffit pas de produire mais d’optimiser les moyens de manière à ce que cette production puisse dégager une valeur ajoutée capable de faire face aux impôts, aux mensualités du personnel, aux services de la dette et à toutes les dépenses de l’entreprises. 

El-Djazair.com : Dans le cadre du plan stratégique 2016-2020, la BDL a opté pour une nouvelle organisation. Quels sont les objectifs escomptés par ce réaménagement organisationnel ? 

Mohamed Krim : Du fait que nous avons acquis un système d’information, ce système nouveau nécessite une organisation adaptée, d’autant que celle qui existait avant manquait d’automatisation et était axée sur les procédés manuels. L’objectif de ce réaménagement est de se rapprocher davantage de notre clientèle. Toutes les transactions qui se faisaient auparavant au niveau de l’agence sont aujourd’hui centralisées en back-office grâce au système d’information. Ce qui permet aux agences de s’occuper principalement du client et tout collaborateur est aujourd’hui assujetti à des objectifs commerciaux quantifiés qu’il se doit de réaliser. L’autre objectif est de disposer de l’information sur la gestion, les performances et le suivi en temps réel de l’évolution des activités de la Banque. Ces outils mis en place aident le top management à l’analyse des situations et à la prise de décision en temps réel. 

El-Djazair.com : Qu’en est-il de la formation de votre capital humain ?

Mohamed Krim : Tous nos collaborateurs ont bénéficié d’une formation. De 2016 à 2018, la formation a concerné plusieurs domaines de la banque notamment la fonction commerciale, le contrôle interne, l’analyse financière, la trésorerie, etc. En 2017, la Banque a enregistré son plus fort taux de formation par rapport à la masse salariale, 3,5% contre 2,5% en 2015. 

El-Djazair.com : Sut un autre registre, la masse monétaire en circulation à travers le circuit informel est vraiment colossale et le gouvernement a décidé d’en récupérer une grande partie en y faisant participer le circuit bancaire, qu’a fait la BDL-Banque dans ce sens ?

Mohamed Krim :  Il est important de souligner que le problème de l’informel n’est pas l’apanage seulement des banques mais relève plutôt de toute la communauté nationale. Toutes les institutions, dont l’administration fiscale et tous les citoyens sont concernés par ce fléau. Réduire son impact négatif sur l’économie, voire son éradication, nécessite une stratégie globale touchant tous les secteurs et surtout du temps. Il s’agit de revoir toute l’organisation de l’économie. En ce qui concerne la BDL, un effort colossal est fourni pour drainer les capitaux circulant en dehors du système bancaire. La BDL a enregistré un bond appréciable dans la collecte des ressources puisque l’évolution a été de 7% au 30 juin 2018 par rapport au taux enregistré à la même période de l’année écoulée. Certes le client est au centre du mécanisme de collecte de ressources, mais la Banque ne doit pas se contenter seulement de lui accorder un crédit, son principal rôle est de l’amener également à lui faire confiance et à déposer son argent auprès d’elle. Pour rétablir cette confiance, la banque doit être en mesure de lui proposer des produits innovants et des services de qualité. C’est ce que nous essayons de faire à la BDL avec le virement intelligent, le compte El Amane et prochainement le cash pooling pour les entreprises. Des rémunérations attractives seront aussi proposées dans les jours à venir à la clientèle de la banque et aux prospects qui désirent faire des placements à terme ou ouvrir des comptes d’épargne.  

El-Djazair.com : En tant que banque, la BDL accorde des crédits divers, quel est l’encourt de votre banque dans ce créneau ?

Mohamed Krim : Il ne suffit pas d’accorder des crédits mais il faut aussi avoir la capacité de faire rembourser ces crédits. Une des missions essentielles des banques est le recouvrement des créances. En termes de chiffres, le stock des crédits accordé en 2017 est de l’ordre de 853 milliards de dinars tous crédits confondus. Sur le montant global des crédits accordés, quelque 60% sont destinés au soutien à l’économie nationale, notamment pour le financement de la PME/PMI. L’activité recouvrement des créances a connu une redynamisation et les résultats réalisés à ce jour sont appréciables.  

El-Djazair.com : Peut-on dire aujourd’hui que la BDL est en mesure d’accompagner les opérateurs économiques à l’international ?

Mohamed Krim : C’est une question qu’il faudra, peut-être, poser aux pouvoirs publics. Néanmoins, je vous réponds par l’affirmatif puisqu’aujourd’hui la BDL est en mesure de réunir les conditions à même de s’adapter rapidement à de nouvelles situations et pourquoi pas à l’international. Cependant, la décision revient aux pouvoirs publics et à la Banque centrale car elle concerne l’économie nationale et cette action doit s’inscrire dans une stratégie globale. Il en est de même de notre introduction en bourse. D’ailleurs, est-ce le bon moment ? Il faut d’abord que le marché financier algérien puisse jouer un rôle plus conséquent dans le financement de l’économie nationale et réduire le poids de l’endettement supporté actuellement par le système bancaire.  

S. R.



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