Le magazine promotionnel de l'Algérie

N° 115 - Août 2018

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Contribution

L’Algérie a les moyens pour être un acteur incontournable (Deuxième partie)

La transformation numérique

Par Dr Ali Kahlane,



Quels sont les freins au développement du e-commerce en général?
Les freins, s’ils existent, le seraient de plusieurs ordres et à plusieurs niveaux : la disponibilité́ pratique des équipements et des moyens individuels de paiement, la sécurisation et l’encadrement légal, une rentabilité́ ou une attractivité́ générale qui ne semble pas évidente pour les commerçants, les mentalités d’acquisition de biens et/ou services et enfin notre relation à l’argent qui guide in fine les usages d’achats.
En effet, annoncée depuis des années, la disponibilité́ des cartes de paiement est toujours loin d’atteindre la masse critique aussi bien chez les usagers des banques que ceux d’Algérie-Poste. Cette dernière vient d’annoncer qu’elle va distribuer 5 millions de cartes et mettre à la disposition des commerçants 50 000 TPE, cela s’ajoute aux 2 millions de cartes déjà̀ en circulation et aux quelque 15 000 TPE qui seraient installés d’ici la fin de l’année 2017. C’est très bien si cela devait se faire tel qu’annoncé.
Incidemment, la nouvelle loi sur le e-commerce prévoit de rendre obligatoire l’installation des TPE chez les commerçants des 2018. Cette décision va certainement dans le bon sens car en plus d’améliorer la traçabilité́ des paiements et router une partie de l’argent circulant dans l’informel vers les établissements financiers, elle va efficacement mettre en place, pour durer, les réflexes nécessaires à l’établissement d’une économie numérique. Car il est vrai qu’aux yeux des commerçants, la rentabilité́ ou l’attractivité́ générale est loin d’être évidente.
Il reste à s’interroger sur la justesse et l’efficacité́ de la contrainte que la Loi impose au commerçant de mettre obligatoirement un TPE à la disposition de sa clientèle. Cela rappelle par certains aspects la disposition qui avait essayé d’obliger les personnes physiques et morales de payer, exclusivement par chèque, tout montant excédant une certaine somme, et ceci pour à peu près les mêmes motifs que ceux que je viens d’évoquer. Son résultat a été́ malheureusement sans aucune équivoque quant à ce qui était espèré par ceux qui l’avait  instituée.
La contrainte ne règle rien, surtout dans le monde des affaires. Chercher et montrer l’intérêt qu’aurait le marchand à utiliser le TPE et le lui prouver avec pédagogie, accompagnement et communication, comme l’augmentation de son chiffre d’affaires d’une manière substantielle, en gagnant plus de clients comme il ne l’aurait jamais imaginé, sans compter le plus « numérique » qui lui permettrait d’avoir accès à ceux qui achèteraient en ligne aussi bien en Algérie qu’à l’étranger, cela aura plus de résultats, à mon sens, que toutes les contraintes du monde.
Ceci dit, un travail de communication et de formation devrait se faire avec les commerçants qui seraient près de 70% à ne pas savoir utiliser un ordinateur, d’après les chiffres de l’ANCA (Association nationale des commerçants et artisans algériens).
Aussi, l’administration et les banques publiques qui sont moyennement informatisées auront beaucoup de mal à suivre la dynamique que semblent vouloir impulser les pouvoirs publics, cela constitue un obstacle sérieux pour un développement rapide et sans accroc du commerce électronique.
En fait, nous ne faisons pas exception au reste du monde quand il s’est agi de dématérialiser la monnaie et les opérations financières en général.
Il fallait mettre en place des mécanismes qui rendent l’utilisation des cartes de paiement attractive avec un gain évident, et ne pas les utiliser, non seulement ferait perdre ce gain mais occasionnerait au commerçant un manque à gagner de plus en plus important et au fur et à mesure que la concurrence s’y adapte, tout à son détriment.

Un cadre juridique à développer
L’Algérie se doit de compléter sa révolution numérique. Le manque de cadres réglementaires pour clarifier les rôles et les responsabilités des banques, des opérateurs et des intermédiaires tels que les e-acheteurs, les e-marchands, bloque le développement du e-commerce, c’est aussi la condition indispensable pour instaurer la confiance et favoriser son essor. La nature n’aime pas le vide. Ce qui n’est pas explicitement interdit est généralement implicitement permis. De tout temps, que cela soit chez nous ou dans le monde, l’usage et ce que l’utilisateur en fait ont toujours précèdé les lois et règlements qui s’en inspirent grandement pour s’écrire et se faire promulguer. L’adoption de la loi sur le commerce électronique qui vient d’être présentée au dernier Conseil des ministres en est une preuve.
Par contre, nous savons tous que les meilleurs articles de loi sont très souvent incomplets, très vite dépasses, pour certains d’entre eux s’ils ne sont pas suivis par les bons textes d’applications qui les adaptent à la réalité du terrain surtout lorsque ce terrain est aussi versatile technologiquement et rapide dans ses ruptures.
La raison est simple, le numérique en général et la technologie qui le constitue en particulier, ont un cycle si rapide que ce qui est vrai aujourd’hui risque d’être faux le lendemain. En 2015, les pouvoirs publics estimaient l’utilisation de Youtube inappropriée et fortement nuisible à un usage efficient et « responsable » de la bande passante Internet.  Alors que tout le monde sait, actuellement que ce même média est encensé par les mêmes pouvoirs publics pour son apport à l’éducation et à la communication thématique, les MOOC et les différentes applications d’enseignements en ligne sont là pour l’attester à travers.
Par ailleurs, ce qui existe aujourd’hui a de très fortes chances de ne plus l’être le lendemain.
Tout le monde sait que les jours de l’utilisation du GSM pour communiquer sont comptés ne serait-ce que devant les applications OTT (Over The Top, des concurrents directs aux opérateurs télécoms sans aucun réseau et sans aucun investissent dans les infrastructures) telles que Viber et autre messenger avec des capacités audio et data. Nous nous rappelons tous la décision d’une ministre, dont le département était pourtant high-tech, qui avait exigé que son personnel revienne au fax pour ses communications et bannir purement et simplement le mail dans leurs échanges, ce n’était qu’en 2012!
L’intelligence et ses pendants nourriciers, l’information et la communication, sont universels et accessibles à tous. Néanmoins, il est préférable que les lois ne soient plus aussi explicites temporellement et surtout aussi restrictives comme au bon vieux temps, sous peine de se voir dépassées avant leur application et, par conséquent, être un frein à la maitrise de la nécessaire transformation numérique des institutions et des entreprises.
Les paradigmes ont changé, nous avons dorénavant besoin de législateurs 4.0 pour accompagner des députés 3.0 et un Gouvernement qui doit être au moins 2.0.

Sécurité́ optimale pour les usagers du commerce en ligne
En effet, certains mettent en avant l’aspect sécurité informatique et piratage pour exprimer leur réticence vis-à-vis de ce mode de paiement. Est-ce que ces craintes sont justifiées ?
Dans l’absolu, il est vrai que le risque existe et il est même double. Le premier est  intrinsèque à la carte de paiement ; elle peut être volée ou, pour certaines, répliquées. Le second est que l’opération de paiement en ligne à travers internet n’est pas non plus sans risque.
La sécurité et la sécurisation des transactions à travers internet sont indispensables et encore plus lorsque celles-ci sont complètement dématérialisées, les risques sont réels et multiples, ça c’est la mauvaise nouvelle.
La bonne nouvelle est que les méthodes et les techniques pour sécuriser aussi bien la carte de paiement que ses transactions en ligne existent et sont totalement prises en charge pour assurer leur confidentialité et leur intégrité.
C’est ainsi que celles des cartes de paiement qui répondent à la norme EMV (EuroPay, MasterCard et Visa) rendent pratiquement impossibles toutes fraudes, tout en réduisant les coûts de protection et d’assurance d’une manière drastique.
En ce qui concerne la sécurisation des opérations en ligne, des méthodes de plus en plus performantes existent pour limiter au minimum toutes les formes d’actes malveillants, dont celle dénommée 3D Secure.
Ceci dit, la tendance, à moyen et long termes, est la disparition progressive de la carte en plastique. Elle sera à terme transférée  vers le mobile ou un objet connecté équivalent. En attendant de s’en passer, elle a encore de petites belles années devant elle, aussi bien chez nous qu’à l’étranger.
Ce qui est important et primordial, c’est améliorer et pérenniser ce que nous avons déjà en termes d’infrastructures internet et surtout, que la qualité idoine de la connexion suive. La qualité de service est tout simplement indispensable pour le fonctionnement des paiements électroniques sur internet. Ce type d’applications hautement sécurisées demande un lien qui ne doit souffrir ni de micro coupures encore moins de pertes de connexion.
Il est clair que l’aspect sécuritaire qui englobe aussi l’encadrement légal, est tout simplement indispensable.
En plus de la sécurisation des opérations qui doivent passer par des plateformes technologiques certifiées électroniquement, le client qui achète en ligne doit être protégé du début de la transaction jusqu’à son aboutissement. Celle-ci est concrétisée par la bonne livraison du produit ou service selon sa demande. Le marchand a aussi droit à la même protection contre toutes fraudes ou arnaques pouvant survenir durant les transactions qu’il aura à traiter. La loi qui vient d’être approuvée et qui doit passer par les deux chambres avant sa promulgation finale doit normalement avoir prévu tout ce qui pourrait mal tourner pour protéger les uns et les autres.

L’essor du e-commerce dans le contexte de notre économie
C’est très possible, car dans le numérique tout est permis. L’économie moderne et, encore plus lorsqu’elle se numérise, est entièrement basée sur l’inclusion financière du plus grand nombre. Il revient aux pouvoirs publics de créer et de favoriser les environnements nécessaires pour que les institutions financières ainsi que les banques les valident réellement sur le terrain, pour que tout le monde trouve son compte. Il est important que tous ceux qui sont en âge de le faire soit concernés. Tout doit être fait pour éviter l’exclusion d’une partie de la population soit par manque de moyen, de culture, de genre, d’accès ou tout simplement pour cause de ruralité.
Le commerce électronique est un des moteurs de l’économie numérique, dire qu’il est le plus important et le sera pour toujours, c’est peu dire quand on voit ses parts au PIB des pays grimper d’au moins 3 points chaque année. Il est aujourd’hui un vecteur de croissance, de productivité́ et de compétitivité́ aussi bien pour l’entreprise, les particuliers, les ménages, leur comportement ainsi que pour le pays lui-même dans son fonctionnement général. Son caractère transversal impacte tous les secteurs de l’économie, il est également à l’origine des nouveaux secteurs innovants qui du coup en sont dépendants. Il s’est transformé en un mode d’échange utilisant une technologie universelle avec des implications qui vont bien plus loin que les technologies de l’information et de la communication telles qu’on les connait. Grâce à Internet, ses data center, son cloud, ses Internet des objets allaité par le big data, le plus grand site de commerce électronique au monde, Amazon, qui fait partie des GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft qui ont une capitalisation boursière de près de 3 000 milliards, quelque 20 fois le PIB de notre pays), permet, actuellement, pour nous, à un réfrigérateur de passer une commande directe de ce qu’il lui manque pour assurer la semaine en alimentation fraiche et se fait livrer par drone dans la matinée.
En plus des impacts observés du commerce électronique sur la croissance d’un pays, qu’elle soit ou non en état de crise, il aura un effet disruptif certain sur tous les secteurs d’activité́ et sur l’économie en général. En effet, les comportements des consommateurs changent pour s’adapter, le fonctionnement et l’organisation des entreprises se transforment, notamment par l’amélioration des chaines de valeur, des processus de production, d’organisation managériale et leur business model qui doivent être remis en question en permanence pour coller à la réalité́ numérique où tout va vite, très vite.
Le nombre d’internautes, à près de 80%, la loi sur le e-commerce bien conçue et bien réfléchie dernièrement adoptée par le Conseil des ministres, les appels des pouvoirs publics à être plus créatifs pour créer de la richesse en dehors des ressources classiques qui ont prédominé jusqu’à présent, devraient éperonner d’une manière drastique toutes les volontés capables de saisir les opportunités entrepreneuriales que permet le numérique pour diversifier notre économie d’une manière durable et la détacher de toute rente.

Les domaines à développer pour servir le e-commerce.
Les secteurs du numérique qui recèlent le plus d’opportunités d’investissement se trouvent actuellement dans cinq domaines clés qui sont : la connexion avec la fourniture d’accès et de services en haut et très haut débit, le montage et/ou la gestion de data center, le domaine du cloud, l’étude et la gestion du Big Data et enfin la maitrise et le développement de l’Internet des objets (IoT).
La connexion : l’Algérie a le plus grand réseau de fibre optique d’Afrique (voir les chiffres ci-dessus), Algérie Télécom se doit d’avoir des partenaires pour l’aider à couvrir le pays en nombre et en qualité́ de service pour interconnecter en Internet fixe le plus de citoyens possibles.
Les Data centers : pour développer et promouvoir le contenu numérique algérien tout en assurant une sécurité́ aux données en les maintenant en Algérie, pour notre indépendance numérique et les économies en devises appréciables qui en découleraient, l’installation de data center est une nécessité́ absolue.
Le Cloud : en plus de simplifier le stockage, la gestion et le traitement des données, il permet une telle économie d’échelle en termes d’équipements et de logiciels nécessaires qu’il devient tout simplement incontournable à tout développement, il est à l’économie numérique ce que la mémoire et le raisonnement sont au cerveau humain.
Le big data : ou les données massives, comme leur ou son nom l’indique très bien, il est pratiquement infini car avec la masse d’informations qui est créée à chaque seconde aussi bien par chaque être humain sur terre, ne serait-ce que par le fait de son existence, mais aussi à travers toutes les communications machine à machine interconnectées à elles-mêmes, ainsi qu’à l’homme qui génèrent encore plus de données. Le stockage d’un tel volume de données nécessité de revoir le mode d’enregistrement ainsi que le mode de stockage de l’information qui se mesure désormais selon ce que les professionnels appellent la règle des 3 V. Ceci correspond respectivement au mode de stockage de l’information, le Volume, la capacité́ de traiter les différents types d’information, la Variété́ et enfin la vitesse avec laquelle on accède à toutes ces données, la vélocité́.
L’Internet des objets : est tout simplement l’ouverture, l’extension d’Internet à des choses et à des lieux du monde physique. Un objet, dans l’Internet des objets, pourrait être un implant cardiaque, une BioPuce implantée dans un animal de ferme, des capteurs intégrés dans une voiture pour alerter le conducteur sur toute anomalie avant qu’elle ne survienne, en fait tout objet artificiel ou non à qui on peut affecter une adresse IP (Internet Protocol) avec la capacité́ de transférer des données sur le réseau, des données qui vont aller grossir le big data et se retrouver dans le cloud pour en simplifier encore plus l’accès et le traitement.
Le drone d’Amazon, évoqué plus haut est la plus belle des illustrations et la plus convaincante des utilisations pour préfigurer ce que la technologie apportera à l’économie numérique qui est désormais mondiale qu’on le veuille ou pas.


Ali Kahlane
Ph.D, Brunel University (Londres). Président de l’Association des Opérateurs des Télécoms Alternatifs. Membre du Comité Sectoriel Permanent de Recherche Scientifique et de Développement Technologique du Ministère de la Poste et des TIC. Ancien professeur à l’Ecole Militaire Polytechnique (ex-ENITA, Bordj-el-Bahri).
ali@kahlane.com
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