Le magazine promotionnel de l'Algérie

N° 125 - Dec 2019

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Contribution

Avec la victoire des Fennecs, un nouvel élan pour le sport

Par maître Serge Pautot,



Les « Fennecs », le surnom des joueurs de l’Equipe nationale de football d’Algérie, sont à présent inscrits dans toutes les mémoires. Avec cette magnifique victoire de la Coupe d’Afrique des Nations, la deuxième après celle de 1990, l’Algérie reste une nation majeure sur la scène sportive africaine et internationale.

En football, les résultats sont là mais déjà, avant les indépendances, les footballeurs algériens étaient considérés comme les meilleurs avec Rachid Mekloufi, Abdelaziz Ben Tifour, Mustapha Zitouni… et bien d’autres encore après, comme Rabah Madjer dans les années 1980. Aujourd’hui, Riyad Mahrez, joueur de Manchester City, est le joueur le plus connu de la sélection et Djamel Belmadi, qui est l’entraîneur des Champions d’Afrique 2019, a joué par le passé à l’Olympique de Marseille et à Manchester City.

A présent, les effets de ce beau succès à la CAN 2019 doivent se faire sentir et porter leurs fruits avec une dynamique nouvelle pour le sport dans le pays. Depuis des dizaines d’années, le sport s’impose comme un fait de société. Toutes les représentations de la population sont en effet concernées par les questions qu’il sous-tend si bien que l’intérêt à son égard soit permanent. Les échéances sportives, les championnats ou encore, hélas, les dérives qui lui sont associées (violences, dopage…) le placent toujours au cœur de l’actualité. Et puis, l’activité sportive fait partie de l’éducation de la jeunesse.

De manière générale, les décideurs économiques ne s’intéressent à son développement qu’en fonction du calendrier sportif et des succès espérés pour la promotion de leur marque, et non pour ce qu’il représente dans et pour notre société. Mais les pouvoirs publics, les collectivités, les dirigeants sportifs des fédérations et des clubs, les éducateurs savent son impact sur notre société et la jeunesse en particulier par ses valeurs physiques, éducatives, son sens civique. Sa formation citoyenne est considérable. Et ce ne sont pas les bataillons de bénévoles qui démentiront cette réalité. Eux qui sont animés par la passion du bien et du mieux, de l’intérêt de l’autre et du service au sein de la collectivité.

De même, à l’Université, les enseignements au sein des Instituts des sciences et techniques d’activités physiques et sportives(STAPS) et l’organisation de colloques invitant à communiquer sur le sport et donner des projets de développement à partir de leur réflexion contribuent à la dynamisation du sport.

 

I – Les capacités et la dynamique du mouvement sportif

Tout d’abord, pour développer le sport, il faut un mouvement sportif. Il a reçu de l’Etat une délégation de mission de service public inscrit dans la loi du 23 juillet 2013. Le développement du sport est une activité d’intérêt général qui contribue à la promotion et à l’épanouissement de la jeunesse. Le mouvement sportif, en charge de sa promotion et de son développement, est, à ce titre, redevable :

                de son développement

                des résultats sportifs obtenus

                de sa gestion des deniers publics

                du respect de l’intérêt général dans les domaines qui lui sont dévolus

L’Etat, les Fédérations, les clubs sportifs et le sport scolaire

Evidemment, l’Etat a un rôle omniprésent dans le sport. Il définit et conduit en relation avec les autres acteurs du sport la politique du mouvement sportif. Il autorise, organise, agrée, délègue, contrôle, soutient, finance le sport. Le mouvement sportif est organisé en verticalement de la Fédération nationale au club sportif associatif de base. Il est contrôlé par le ministère et ses services déconcentrés des services des sports de l’Etat. Il peut recevoir, par mise à disposition ou convention, missions générales ou particulières des collectivités locales. Il peut aussi, de sa propre initiative, dans le cadre de la loi et des compétences qui lui sont reconnues, prendre en charge des actions particulières d’intérêt public ou privé. Le rôle des fédérations est fondamental. Il en existe une par discipline (football, volley, boxe, athlétisme…) Plus d’une centaine.

Ces deux voies, nationale et locale, complètent son acte principal d’organisateur et de fédérateur des pratiquants d’une même discipline, dont la première expression est l’organisation des championnats – du local au national. Outre l’institutionnalisation des différentes disciplines, une politique sportive doit aussi rassembler le plus grand nombre, et même si le football est le sport roi, les autres sports collectifs, handball, volley, basket et individuels, la boxe, le judo et bien d’autres ont leur mot à dire pour se développer dans tout le pays au profit de tous par les fédérations et leurs clubs affiliés.

Le sport scolaire est fondamental. Il est organisé dans la loi sur le sport. Les sports sont organisés selon un système de compétition avec les associations sportives scolaires et universitaires et aussi en formation professionnelle. L’enseignement de l’éducation physique et sportive est obligatoire en milieu scolaire, édicte l’article 15 de la loi, sous l’autorité du ministère de l’Education nationale et aussi dans le code de l’EPS. Bien que marqué par les contraintes des représentations sociales de la discipline et de l’hétérogénéité des élèves, il s’agit d’une éducation à part entière.

Le Comité national olympique et sportif et aussi paralympique est un acteur omniprésent pour animer, coordonner et dynamiser.

 

Les manifestations sportives et grands événements

Les grandes manifestations par le niveau des compétiteurs, la performance optimisée et le spectacle sportif sont un élément important qui, outre le prestige qu’elles apportent, suscitent des vocations de jeunes sportifs, sportives, de l’engouement pour telle ou telle discipline. On le voit pour le football. Ces manifestations, à vocation nationale ou internationale, ont pour objet essentiel, en raison des aspects sportifs et ludiques et des foules qu’elles rassemblent et de l’impact médiatique qu’elles peuvent atteindre, de servir parfaitement de support à une politique sportive, de jeunesse, et de manière générale, pour l’image et les valeurs du sport.

Aujourd’hui, un pays, une région peuvent estimer que l’organisation d’un évènement sportif constitue pour elle un moyen de dynamiser un processus de croissance économique mais aussi de populariser une discipline. Le contenu de la communication prendra en compte la dimension du sport concerné, son éthique, sa place dans la société, notamment auprès des jeunes. La prochaine organisation des Jeux méditerranéens à Oran l’illustre parfaitement. Sont aussi à classer à ce niveau les championnats nationaux ou internationaux implantés ponctuellement sur la wilaya ou le pays en entier selon la discipline ou le calendrier sportif.

Le sport professionnel diffuse aussi une image valorisante pour la jeunesse. Outre l’attraction de la discipline, il apporte le désir de mener et de réussir une carrière de joueur professionnel, ce qui suscite des vocations.

Il y a également les manifestations de promotion des disciplines. Il s’agit, dans le cadre du sport régional, de soutenir par un financement de ce type de manifestations les disciplines dont l’effort de développement, sur une wilaya ou plusieurs, est marquant. Cette promotion, par un soutien financier, permet aux structures et athlètes concernés de leur témoigner les efforts déployés, les méthodes choisies, en raison des niveaux atteints par les pratiquants. Cette proximité est très importante et le rôle des clubs est fondamental avec l’organisation de rencontres sportives locales. Il s’agit de rassemblements sportifs locaux ayant vocation à témoigner, dans un cadre festif, de l’attachement d’un club, d’un groupe de clubs, ou d’un Comité, au sport et à la vie associative qui pérennise la présence locale d’une discipline, ou dans un milieu déterminé. C’est ici que se font les recrutements. Le paramètre « de l’intérêt politique local » pour attirer et puis se développer sur le terrain est fondamental.

 

Le sport de haut niveau

C’est une autre vitrine du sport. Il s’agit des athlètes des catégories « Elite, Senior, Jeune espoir… ». Inscrits sur les listes officielles publiées annuellement par le ministère de la Jeunesse et des Sports et les Fédérations respectives, ce sont les meilleurs représentants du moment. Leur financement est abondé par le ministère de la Jeunesse et des Sports, la Fédération concernée et les collectivités locales et territoriales qui l’acceptent ainsi que par des entreprises nationales ou privées. Ils font briller les couleurs du pays à l’occasion des manifestations sportives internationales, championnat du Monde, d’Afrique … Aux jeux Olympiques, l’Algérie compte 17 médailles (5 d’or, 4 médailles d’argent et 8 de bronze) en quinze participations (douze fois aux Jeux d’été et trois fois aux Jeux d’hiver). Le record du nombre de médailles féminines est détenu par Hassiba Boulmerka et Nouria Mérah-Bénida. Chez les hommes, l’athlète Taoufik Makhloufi est le sportif le plus médaillé aux JO avec 3 médailles, 1 d’or et 2 d’argent. On peut aussi décliner tous les succès acquis dans les diverses disciplines de toutes ces compétitions internationales. C’est une très bonne promotion pour la jeunesse.

 

II – Les axes de réflexion des STAPS et les actions de développement

Dans le cadre de l’organisation de l’enseignement supérieur, ont été créés les Instituts des sciences et techniques d’activités physiques et sportives (STAPS). Il s’agit d’établissements d’enseignement supérieur destinés à la jeunesse désireuse de faire carrière dans le sport, fonction publique enseignante, privée, métiers du sport.

Outre l’enseignement universitaire qu’ils professent à leurs élèves, en leur sein, avec la hiérarchie, des groupes de réflexion se sont constitués, autour d’hommes et de femmes soucieux d’exprimer leur attachement professionnel pour un sport véhiculant des valeurs de progrès en organisant des colloques, nationaux, internationaux sur les thématiques du sport. Lieux de rencontres, d’échanges toujours enrichissants pour faire avancer les idées, les projets au profit de la pratique sportive.

A l’invitation du professeur Abdelaymine Boudaoud, aujourd’hui député d’une circonscription de M’Sila, j’ai eu l’honneur et le plaisir de participer à des colloques à Alger Dely-Ibrahim, puis de M’Sila, Ouargla, Djelfa, Bejaïa, Oran …Ce fut passionnant. Ces recteurs, doyens, professeurs ont su ouvrir des débats avec des enseignants, chercheurs, étudiants, sportifs et autres venus de tous bords et de divers horizons y compris de l’étranger pour rassembler et disserter.

Nous avons réfléchi et débattu sur des sujets d’intérêts liés au sport, par exemple, l’éducatif, la formation, le social, le médical, l’emploi sportif, l’économique, le temps libre (sport, culture, loisirs…), les droits TV, les médias. En un mot, tout ce qui concerne le sport de tous les côtés. Des débats passionnants qui se renouvellent chaque année. Au cours de ma participation à ces colloques sur le sport, j’ai rencontré des personnes libres et citoyennes, humanistes, militants du sport, construisant leur engagement autour des constats et enjeux suivants.

 

Bien plus que du sport avec les colloques

Au cours de ces débats, j’ai relevé des sujets qui sont d’actualité. L’évolution du sport au cours de ces dernières années, aussi bien sur le plan compétitif que ludique, doit être accompagnée d’une prise en compte par les décideurs politiques des enjeux de ces transformations rapides sur les espaces sociaux, économiques, éducatifs, de la santé ainsi que de l’aménagement du territoire avec les équipements sportifs, stades, gymnases, piscines…

Le sport, fait de société, a été très rapidement investi par le secteur marchand, économique, y compris dans sa partie ludique : équipementiers, droits de retransmission, sponsoring, club professionnel et cahier des charges.

Le mouvement sportif, délégataire de la mission de service public, soucieux avant tout de préserver son pouvoir et sa « neutralité » à l’égard de la « classe politique », n’a opposé que peu de résistance à cette intrusion du secteur commercial par ailleurs indispensable pour certaines pratiques.

La vie associative, animée par le club, au cœur même du village ou du quartier, est depuis plusieurs années confrontée à des difficultés, équipements, encadrement, finances sans oublier l’indispensable rôle des bénévoles. L’engagement associatif est le socle du développement du sport.

Nous débattions des priorités à mener par exemple : l’accès du plus grand nombre à toutes les pratiques, la promotion de la performance par un soutien aux sportifs locaux évoluant vers et dans la sphère du haut niveau, l’accompagnement social des athlètes de haut niveau. Les échanges internationaux de sportifs.

Mener aussi des actions de discussion, information, mieux appréhender les discriminations, les luttes sur le dopage, lutte contre la violence, les incivilités dans les stades…leurs conséquences. Mieux connaître les règlements sportifs et disciplinaires…

Pour mener à bien ces priorités, il faut coopérer en particulier avec l’Etat, les collectivités territoriales (communes, wilayas) et autres collectivités locales : intercommunalité, développement sur des « territoires ». Pas de politique mais réfléchir, proposer pour avancer.

Développer le sport pour tous

Ce travail de réflexion doit mener à la réalisation d’actions concrètes. Pour les réaliser, il faut s’appuyer sur des opérateurs institutionnels, associatifs, partenaires privés, avec des moyens humains (services) et financiers (budget), et des campagnes de communication.

L’objectif du sport pour tous est de garantir à tous l’accès à la pratique d’une activité sportive. C’est idéal mais ce ne peut pas être immédiat. Cette politique doit viser en priorité les jeunes scolarisés et nous savons que le ministère de l’Education nationale entreprend une politique de valorisation de la fonction sociale et éducative du sport afin de permettre l’accès de tous, à l’école, à la pratique sportive. Et l’encadrement et la formation à la pratique sportive de publics très divers n’échappent pas à l’exigence d’une professionnalisation accrue.

Au collège et au lycée, tous les élèves reçoivent un enseignement obligatoire d’éducation physique et sportive (EPS) hebdomadaire tout au long de leur scolarité. Le sport en milieu scolaire fait l’objet régulièrement de rapports (hygiène, nutrition, santé, exclusion sociale, jeunes filles, rythmes scolaires…). Mais les initiatives développées en faveur des jeunes menées par les ministères de l’Education, de la Santé, de la Jeunesse et des Sports et en lien avec de grandes fédérations nationales doivent permettre cet élargissement, ce développement.

Les politiques sportives ont aussi pour objectif le soutien de projets facilitant l’accès à la pratique sportive régulière de publics confrontés à des difficultés sociales : femmes, handicapés. La politique pour le développement de la pratique féminine du sport part d’un double constat : même si elle augmente, la pratique féminine licenciée reste nettement en retrait par rapport à celle des hommes licenciés. Nous avons enregistré les succès féminins aux compétitions internationales aux JO et autres championnats du monde. Il y a une aussi une progression dans la « hiérarchie » du sport (formations et métiers du sport, fédérations olympiques, directions techniques nationales, notamment).

Des actions menées et reconduites chaque année par les ministères, le Comité national olympique et sportif, les Fédérations pour la promotion de l’image, de la place et du rôle des femmes dans les pratiques physiques et sportives et leur accès aux responsabilités, se traduisent par des concours nationaux et régionaux. Le ministère mène également une politique spécifique en faveur des personnes handicapées, afin que le sport puisse servir et devienne un outil de promotion individuelle, d’intégration sociale et professionnelle, autant qu’un espace de loisirs et de solidarité. La Fédération paralympique œuvre en ce sens.

L’insertion professionnelle des jeunes par le sport est également importante. Cet effort est orienté en faveur de l’emploi associatif. Il permet à des jeunes d’obtenir un emploi. L’effort en faveur de cette jeunesse en quête d’emploi est souligné par les STAPS qui ont justement pour objectif la formation aux métiers du sport. Les actions de soutien à l’emploi sportif, la labellisation de centres de ressources et d’information du sport. La professionnalisation des études en STAPS permet une plus grande dynamisation du développement du sport. Ces instituts permettent la formation de cadres et de sportifs de haut niveau des fédérations sportives.

Enfin on peut souligner que le sport va continuer de se développer, va prendre un poids économique avec l’industrie du sport et les équipements via les consommateurs d’articles sportifs. En un mot, l’industrie du sport est un très bon terrain de jeu pour développer le sport ! Forte de ses succès sur la scène internationale, l’Algérie est en bonne position pour promouvoir et dynamiser les activités physiques et sportives avec le mouvement sportif dans tout le territoire et que la graine de jeunes sportifs d’aujourd’hui devienne les « champions» de demain.

 

Serge PAUTOT

Remerciements : J’ai été très honoré des invitations de tous les enseignants des STAPS pour participer à leur colloque, en particulier, le professeur Abdelyamine Boudaoud, Ahmed Boutarfaia, Lakhdar Kharchi, Ahmed Boussakra, Foued Saad Saoud, Ahmed Ben Redjem, Kamel Megag, Mina Merniz, Namane Abdelgani, Wissam Alshaikhli, Djamel Khiri, Rachid Alouane, Mohand Akli Benaki, Belghoul Fathi, Ramdane Boukhors, Idir Abdennour, Abdelmalek Serbout, Sufiane Nafa, Fiadh Benkerrou, Bezziou Salim, Guerioune Khaled, Madjidi Mohamed, Djermoun Ali, Ali Zaoui, Aissa Elhadi.



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Entretien réalisé par Smail ROUHA.

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