Le magazine promotionnel de l'Algérie

N° 124 - Nov 2019

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Contribution

« Une littérature entre deux rives »

Les écrivains algériens d’expression française

Par maître Serge Pautot,



Les écrivains algériens utilisent plusieurs langues, l’arabe, le berbère et le français. La littérature algérienne de langue française est apparue au début des années 1950, digne d’attention sur le plan esthétique. Les publics étaient restreints en ces années. Depuis lors, les lecteurs sont de plus en plus nombreux et cette littérature est connue internationalement. Les auteurs algériens entrent de plain-pied dans le champ francophone, de la francopolychonie.

Cependant, si les auteurs écrivent en français, ils ne le font pas en tant que Français, mais en tant qu’Algérien. Francophone ne veut pas dire francophile. Ecrivant le français ils ne font donc pas allégeance à la France. Mais, aimant leurs propres cultures, ils sont libres d’aimer aussi la culture française ou celle d’autres pays. Ni aliénation ni trahison de leurs compatriotes. Les écrivains ont d’abord pris la parole en tant que colonisés, revendiquant le combat pour la nation. L’indépendance acquise, ils écrivent en tant qu’Algériens. Des Français d’Algérie avaient milité pour l’Indépendance. Jean Sénac pouvait donc dire : est écrivain algérien « tout écrivain ayant définitivement opté pour la nation algérienne». Malek Haddad lui faisait écho : « La marque indélébile de l’islam distingue mais ne doit pas nous séparer. »

Il est évident que l’écriture d’un roman n’a pas de nationalité. Les vrais écrivains refusent, du reste, la littérature nationaliste, chauvine, étroite, coincée dans le combat idéologique. Ainsi en Algérie avant 1990. Tahar Djaout déclarait, quant à lui, en 1985 : « Je pense qu’un écrivain algérien est un écrivain de nationalité algérienne et que le regard qu’il peut porter sur son environnement et sur le monde ne peut être qu’un regard algérien, un regard qui enrichira l’Algérie d’autant plus qu’il l’inscrira dans un contexte de valeurs universelles.»

Les littératures en langue française ont été reconnues par des experts arabes réunis à l’Unesco du 29 mai au 3 juin 1969 pour traiter la culture arabe contemporaine : « On ne saurait exclure des écrivains d’expression non arabe d’aujourd’hui qui s’expriment en français » (article 8 des conclusions). Les écrivains de langue française sont reconnus et intégrés. Ils le sont d’autant plus qu’ils reçoivent des prix littéraires de l’étranger, qui valorisent l’Algérie et les Algériens. Le dramaturge égyptien Taoufiq El Hakim disait : «La production algérienne en langue française est devenue célèbre dans le monde entier. Souhaitons qu’il en soit ainsi pour la production en langue arabe dans un proche avenir.»

La tradition littéraire francophone algérienne n’est pas récente

Dès les années 1950 et déjà avant, des auteurs majeurs se sont fait remarquer dans le monde des lettres françaises. Mohammed Dib, longtemps pressenti pour le prix Nobel de littérature, Mouloud Mammeri, Mouloud Feraoun, Malek Haddad, Kateb Yacine, l’auteur du roman Nedjma publié en 1956 et véritable allégorie des réalités et des espérances algériennes dans le contexte colonial. Par la suite, de nombreux auteurs ont pris le relais et ont symbolisé la vigueur d’une littérature algérienne francophone à vocation universelle. Parmi eux, Assia Djebar qui fut membre de l’Académie française, Rachid Mimoun, Abdelkader Djamï, sans oublier Nourredine Saadi. Depuis les années 1990, de nouveaux noms se sont imposés, atteignant parfois une impressionnante notoriété internationale. Le grand public est familier des œuvres de Yasmina Khadra (de son vrai nom Mohammed Moulessehoul), de Boualem Sansal et de Kamel Daoud. On peut aussi citer l’écrivaine Maïssa Bey, bien que moins connus, elle et Anouar Benmalek sont aussi des auteurs contemporains talentueux. On mentionnera aussi Malika Mokeddem et Taos Amrouche comme auteures francophones incontournables. Kaouther Adimi, Salim Bachi, Nina Bouraoui et Samir Toumi incarnent, quant à eux, la relève. Il y a aussi des écrivains doués comme Yahia Belaskri, Djilali Bencheikh et Youssef Zirem mais leurs écrits restent trop peu connus en France comme en Algérie. Bien entendu, cette liste est loin d’être exhaustive et il serait injuste de ne pas mentionner Tahar Djaout, romancier déjà confirmé quand il fut assassiné par un groupe armé. Le succès de ces auteurs génère un sentiment ambivalent en Algérie. Il y a bien sûr la fierté de voir que des Algériennes et Algériens sont capables de s’imposer dans un secteur où le fait même d’être publié est déjà un exploit. Les prix littéraires qu’ils obtiennent en France et ailleurs sont vécus comme une victoire de toute l’Algérie et leurs passages dans les grandes émissions télévisées hexagonales sont très commentés. Pour autant, il existe un envers de la médaille, nombre de ces auteurs sont aussi attaqués, certains de dénigrer le monde arabe ou leur pays. Voici, hélas sans tous les citer, les plus connus, ce qui n’enlève rien aux mérites et aux talents littéraires de ceux absents de cette galerie d’écrivains et des omissions.

Les figures de la littérature algérienne

Mohammed DIB, né à Tlemcen le 21 juillet 1920 et décédé le 2 mai 2003 à La Celle Saint-Cloud, France. Dès la mort de son père en 1931, il commence à écrire des poèmes mais également à peindre. De 1938 à 1940, il devient instituteur à Zoudj Bghel e à Tlemcen en 1945. En 1952, il séjourne en France alors que paraît aux Éditions du Seuil La Grande Maison, premier volet de sa trilogie Algérie. Les deux autres volets de la trilogie, L’Incendie et Le Métier à tisser, paraissent en 1954, l’année même du déclenchement de la guerre de libération, et en 1957. Tandis qu’il aborde plus explicitement la guerre d’indépendance dans Un été africain, Mohammed Dib est expulsé d’Algérie par la police en raison de ses activités militantes, en 1959. En 1964, il s’installe dans la région parisienne, à Meudon, puis en 1967 à La Celle-Saint-Cloud, En 1970, il souhaite s’engager dans une nouvelle trilogie «sur l’Algérie d’aujourd’hui», dont Dieu en Barbarie et Le Maître de chasse (1973) constituent les deux premiers volets. Il enseigne de 1976 à 1977 à l’université d’UCLA, à Los Angeles, Californie. À partir de 1975, il se rend régulièrement en Finlande, d’où naîta sa «trilogie nordique» publiée à partir de 1989 : Les Terrasses d’Orsol, Neiges de marbre, Le Sommeil d’Ève. De 1983 à 1986, Mohammed Dib est professeur associé au Centre international d’études francophones de la Sorbonne. Mohammed Dib a reçu de nombreux prix, notamment le prix Fénéon en 1952 ; le prix de l’Union des écrivains algériens en 1966... Il a obtenu en 1998 le prix Mallarmé pour son recueil de poèmes L’Enfant-jazz. Récemment à Boumerdés les 28 et 29 novembre 2018, un colloque lui rendait hommage et confirmait son autorité intellectuelle et sa qualité de commentateur lucide sur la société.

Mouloud MAMMERI, né à Taourirt Mimoune, Kabylie, le 28 décembre 1917, il est décédé à Aïn Defla, le 26 février 1989. C’est un écrivain, anthropologue et linguiste algérien kabyle. Mobilisé en 1939 et libéré en octobre 1940, il s’inscrit à la Faculté des lettres d’Alger. Mobilisé de nouveau en 1942 après le débarquement américain, il participe aux campagnes d’Italie, de France et d’Allemagne. A la fin de la guerre, il prépare à Paris un concours de professorat de lettres et rentre en Algérie en septembre 1947. Il enseigne à Médéa, puis à Ben Aknoun et publie son premier roman, La Colline oubliée en 1952. Sous la pression des évènements, il doit quitter Alger en 1957. De 1957 à 1962, Mouloud Mammeri reste au Maroc et rejoint l’Algérie au lendemain de son indépendance. De 1968 à 1972, il enseigne le berbère à l’université dans le cadre de la section d’ethnologie, la chaire de berbère ayant été supprimée en 1962. De 1969 à 1980, il dirige le Centre de recherches anthropologiques, préhistoriques et ethnographiques d’Alger (CRAPE). En 1982, il fonde à Paris le Centre d’études et de recherches amazighes (CERAM) et la revue Awal (La parole), animant également un séminaire sur la langue et la littérature amazighes sous forme de conférences complémentaires au sein de l’Ecole des Hautes Etudes en sciences sociales (EHESS). En 1988, Mouloud Mammeri reçoit le titre de docteur honoris causa à la Sorbonne. Il meurt le soir du 26 février 1989 des suites d’un accident de voiture, qui eut lieu près de Aïn Defla à son retour d’un colloque d’Oujda (Maroc).

Mouloud FERAOUN, né à Tizi Hibel, Kabylie, le 8 mars 1913, il est mort le 15 mars 1962. Élève de l’école normale de la Bouzareah (Alger), Mouloud Feraoun enseigne durant plusieurs années comme instituteur, directeur d’école et de cours complémentaire, avant d’être nommé inspecteur des centres sociaux. Feraoun commence à écrire en 1934 son premier roman, Le Fils du pauvre puis Les chemins qui montent,La Terre et le Sang. L’ouvrage, salué par la critique, obtient le Grand prix de la ville d’Alger. L’écrivain est abattu à Alger avec cinq de ses collègues inspecteurs de l’Education nationale, à quatre jours seulement du cessez-le-feu, par un commando de l’OAS (l’assassinat de Château Royal). Jeune instituteur coopérant à Alger, souvent je faisais à mes élèves des lectures de son livre à succès Le Fils du pauvre et aussi des extraits de son Journal 1955-1962.

Malek HADDAD, né à Constantine le 5 juillet 1927, il décède à Alger le 2 juin 1978. Instituteur, il s’inscrit ensuite à la faculté de droit d’Aix-en-Provence mais abandonne ses études après 1954 pour aller travailler comme ouvrier agricole avec Kateb Yacine en Camargue. Pendant la Guerre de libération, Malek Haddad collabore à plusieurs revues parmi lesquelles Entretiens, Progrès, Confluents, Les Lettres françaises. Il travaille à la radiodiffusion française et écrit des romans entre 1958 et 1961. Après 1962, il s’installe à Constantine, collabore à l’hebdomadaire Atlas et à la revue Novembre et dirige de 1965 à 1968 la page culturelle d’An Nasr qui paraît alors en langue française. Chargé de la culture au ministère de l’Information de 1968 à 1972, il fonde la revue littéraire Promesses. Il est nommé en 1974 secrétaire de l’Union des écrivains algériens.

Yacine KATEB, né à Zighoud Youcef, Constantine, le 2 août 1929, il est décédé le 28 octobre 1989 à Grenoble. En 1986, il livre un extrait d’une pièce sur Nelson Mandela, et reçoit en 1987 en France le Grand prix national des Lettres. En 1988, le festival d’Avignon crée Le Bourgeois sans culotte ou le spectre du parc Monceau écrit à la demande du Centre culturel d’Arras pour le bicentenaire de la Révolution française (sur Robespierre). Yacine Kateb s’installe à Vercheny (Drôme) et fait un voyage aux États-Unis mais continue à faire de fréquents séjours en Algérie. Sa mort laisse inachevée une œuvre sur les émeutes algériennes d’octobre 1988. En 2003, son œuvre est inscrite au programme de la Comédie-Française. Il est enterré au cimetière d’Al Alia à Alger.

Assia DJEBAR est née à Ouled Hamou le 30 juin 1936 et décède à Paris le 6 février 2015. Assia Djebar, nom de plume de Fatima-Zohra Imalayène. Elle naît dans une famille de la petite bourgeoisie traditionnelle algérienne. Son père, Tahar Imalhayène est un instituteur (issu de l’École normale d’instituteurs de Bouzaréah) originaire de Gouraya. Sa mère, Bahia Sahraoui appartient à la famille des Berkani (issue de la tribu des berbères chenouis Ait Menasser du Dahra), dont un aïeul a combattu aux côtés d’Abd El-Kader et l’a suivi en exil. Assia Djebar passe son enfance à Mouzaïa-ville (Mitidja), étudie à l’école française puis dans une école coranique privée. À partir de 10 ans, elle étudie au collège de Blida, faute de pouvoir y apprendre l’arabe classique. Auteur de nombreux romans, nouvelles, poésies et essais, elle a aussi écrit pour le théâtre et réalisé plusieurs films. Assia Djebar est considérée comme l’un des auteurs les plus célèbres et les plus influents du Maghreb. Elle est élue à l’Académie française en 2005, devenant ainsi le premier auteur nord-africain à y être reçu.

Rachid MIMMOUNI, né à Boudouaou (Alma) le 20 novembre 1945, meurt à l’hôpital à Paris, le 12 février 1995. D’une famille paysanne pauvre, étudiant à Alger, il obtient sa licence en sciences commerciales en 1968. Après un bref passage par le monde professionnel, il part au Canada pour terminer sa post-graduation, à l’École des hautes études commerciales de Montréal. Il étudie les sciences à l’Université d’Alger avant d’enseigner à l’École supérieure du commerce d’Alger. De son vivant, Rachid Mimouni occupe plusieurs postes de responsabilités, membre du conseil national de la culture, président de la fondation Kateb Yacine, président de l’avance sur recettes et vice-président d’Amnesty International. Il est très tôt attiré par la lecture et l’écriture. Le printemps n’en sera que plus beau, c’est le titre de son premier roman où se mêlent l’amour et la guerre. C’est l’histoire de deux jeunes algériens, Hamid et Djamila, qui se voient écraser par la machine infernale de la guerre. Ils sacrifient leur vie et leur amour pour l’Algérie. Il a fait de son enfance difficile un mobile et de la guerre d’Algérie (1954/1962) un repère pour donner naissance à ses prestigieux chefs-d’œuvre, où il a traité de beaucoup de sujets, notamment : la bureaucratie, l’amour, la sexualité, l’intégrisme, la dictature, la révolution, etc. Il a obtenu le Prix de l’Amitié franco-arabe et le Prix de la critique littéraire.

Rachid BOUDJEDRA est né à Aïn Beida en 1941 où il passe sa jeunesse. Il commence ses études à Constantine et les poursuit à Tunis. Dès 1959, il prend le maquis. Blessé, il voyage dans les pays de l’Est, puis l’Espagne, où il est représentant du FLN. En 1962, après l’Indépendance, il rentre au pays natal et devient un étudiant syndicaliste. Il entreprend alors des études de philosophie à Alger et à La Sorbonne en 1965 et achève son cursus en présentant un mémoire sur Céline. Il se marie avec une Française. Il se destine à l’enseignement (Blida) mais en 1965, après la prise du pouvoir par Boumediene, il quitte l’Algérie. Interdit de séjour pendant plusieurs années, car il faisait l’objet d’une condamnation à mort par fatwa, il vivra d’abord en France de 1969 à 1972, puis au Maroc où il enseignera à Rabat jusqu’en 1975. En 1977, il devient conseiller pour le ministère de l’Information et de la Culture. Il participe à la rubrique culturelle de la revue hebdomadaire Révolution africaine. Il est membre de la ligue des droits de l’homme. En 1981, il est nommé lecteur à la SNED et enseigne à l’IEP d’Alger. Poète, essayiste, romancier, auteur de théâtre, il compte à son actif une vaste bibliographie.

Abdelkader DJEMAÏ est né à Oran le 16 novembre 1948. Il est auteur de nouvelles, de pièces de théâtre et de romans. Journaliste, il a collaboré à La République, Algérie-Presse-Service, El Moudjahid, Algérie Actualité, Le Matin, Ruptures, Le Monde Diplomatique, Les Temps Modernes, Machrek-Maghreb, Qantara, France Culture... Abdelkader Djemaï vit en France depuis 1993. Il participe à des animations et ateliers dans les établissements scolaires de Mâcon (dans le cadre du « Temps des Livres »), de Limoges, de Nancy, de Paris..., et à l’étranger. Il collabore également auprès du Centre national du livre pour les ateliers d’écriture « L’Ami littéraire». Il reçoit le Prix Découverte Albert Camus, ainsi que le Prix Tropiques pour Un été de cendres.

Nourredine SAADI, né à Constantine le 10 juillet 1944, décède à Paris le 14 décembre 2017. Il part faire ses études à Alger où il devient professeur de droit. En 1994, il quitte l’Algérie pour la France et s’installe à Douai où il enseigne à l’Université d’Artois. Universitaire et écrivain, il est l’auteur de plusieurs romans, de nombreux textes et articles. Il est une figure reconnue du monde culturel algérien et collabore à plusieurs revues. Il est notamment chroniqueur dans le quotidien de langue française algérois Le Matin, il a publié Dieu et le fil (1996),  La nuit des origines  (2005), La maison de lumière (2000), il était membre de l’Association de Culture Berbère (ACB de Paris). Son dernier roman, Boulevard de l’abîme, est sorti quelques semaines avant sa disparition.

Yasmina KHADRA est né à Kenadsa le 10 janvier 1955. Ce nom est le pseudonyme de Mohammed Moulessehoul. Son père, officier de l’ALN blessé en 1958, veut faire de lui un soldat en l’envoyant dès l’âge de neuf ans dans un lycée militaire, où il fait toutes ses études avant de servir comme officier dans l’armée algérienne pendant 36 ans. Durant la période sombre de la guerre civile algérienne dans les années 1980-90, il est l’un des principaux responsables de la lutte contre l’AIS puis le GIA. Il démissionne de l’armée en 2000, pour se consacrer à sa vocation : l’écriture, et choisit de s’exprimer en langue française. Après un court passage au Mexique, il vient s’installer en 2001, en France, où il habite encore aujourd’hui. En 2002 dans L’imposture des mots, Khadra-Moullessehoul répond aux attaques qui fustigent son passé militaire. Il choisit de rendre hommage aux femmes algériennes et à son épouse en particulier, en prenant ses deux prénoms, Yasmina Khadra. Et son identité tout entière est dévoilée dans L’imposture des mots en 2002. A cette époque ses romans ont déjà touché un grand nombre de lecteurs et de critiques. Parmi ses ouvrages, on peut citer Morituri  (Baleine, 1997), L’automne des chimères (Baleine, 1998), A quoi rêvent les loups (Julliard, 1999) et Cousine K (Julliard, 2003), où se déploie le « style Khadra » alliant lyrisme, métaphores inattendues, dépouillement et poésie. Style qui atteint son apogée avec L’Attentat (Julliard), retenu par les jurys du Goncourt et du Renaudot en 2005 et titulaire du prix des libraires 2006. En 2010, l’auteur délaisse pour un temps le sujet du conflit au Moyen-Orient, au cœur des Hirondelles de Kaboul (2002) et  Les Sirènes de Bagdad (2006), pour écrire un conte moral : L’Olympe des infortunes

Boualem SANSAL est né le 15 octobre 1949. Après des études d’ingénieur et un doctorat en économie, haut fonctionnaire au ministère de l’Industrie jusqu’en 2003. Il a été limogé en raison de ses écrits et de ses prises de position. Son premier roman, Le serment des barbares, a reçu le prix du premier Roman et le prix Tropiques 1999. Son livre Poste restante, une lettre ouverte à ses compatriotes, est resté censuré dans son pays. Après la sortie de ce pamphlet, il est menacé et insulté mais décide de rester en Algérie. Un autre de ses ouvrages, Petit éloge de la mémoire est un récit épique de l’épopée berbère. Boualem Sansal est lauréat du Grand Prix RTL-Lire 2008 pour son roman Le Village de l’Allemand sorti en janvier 2008. En juin 2012, il reçoit le prix du Roman arabe pour son livre Rue Darwin, avec l’opposition des ambassadeurs arabes qui financent le prix. Le 13 juin 2013, l’Académie française lui décerne le grand prix de la Francophonie, En novembre 2015, il reçoit le Grand Prix du roman 2015 de l’Académie française pour son livre 2084.Un article dans le Figaro le qualifiait récemment d’homme révolté et tranquille.

Kamel DAOUD, né le 17 juin 1970 à Mesra (wilaya de Mostaganem), est journaliste au Quotidien d’Oran. Il y tient la chronique « Raïna Raïkoum», réputée pour son franc-parler et la clarté de ses analyses. Il a publié des recueils de nouvelles et de chroniques et travaille actuellement à un roman. En 2014, son roman Meursault contre-enquête, sélectionné pour le Goncourt et le Renaudot, obtient le prix François Mauriac et se voit décerner le prix Goncourt du premier roman en 2015. En 2015, Meursault contre-enquête est adapté en monologue théâtral par Philippe Berling, metteur en scène et directeur du Théâtre liberté de Toulon. En 2016, il obtient le prix Jean-Luc Lagardère du journaliste de l’année. Il vient de publier Mes indépendances, ses chroniques de 2010-2016 au Quotidien d’Oran ainsi que le roman Le peintre dévorant la femme.

Maïssa BEY, de son vrai nom Samia Benameur, est née en 1950 à Ksar-el-Boukhari Son père, combattant du FLN, a été tué durant la guerre. Après des études universitaires, Maïssa Bey a été professeur de français dans un lycée à Sidi-Bel-Abbès où elle réside toujours et anime une association culturelle : Paroles et écritures. Nourrie, imprégnée de culture française, elle écrit dans cette langue. Au commencement était la mer... est son premier roman. Elle a publié chez Grasset Nouvelles d’Algérie (1998) (tiré de Cinq romans algériens Marsa, France, 1998) (Grand Prix de la nouvelle de la Société des gens de lettres 1998). Pierre, Sang, Papier ou Cendre (ed. l’Aube, 2008) (Grand Prix du roman francophone SILA 2008).

Anouar BENMALEK, né à Casablanca le 16 janvier 1956. Mathématicien de formation, il est un écrivain algérien de talent et de renommée internationale. Dans son discours, il revendique, entre autres, son universalité, son droit à la différence et à la diversité. Son ouverture vers le monde donne à sa plume une légèreté mais également une profondeur et une force qui ne vous laissent pas indifférent.

 

Malika MOKEDDEM, née à Kenadsa le 5 octobre 1949, est médecin de formation (elle est spécialiste en néphrologie) et a fait ses études à Oran, puis à Paris. Elle s’installe à Montpellier en 1979. Malika Mokeddem arrête l’exercice de sa profession en 1985 pour se consacrer à la littérature. Elle obtient le Prix Littré 1991 pour Les hommes qui marchent (Éditions Ramsey). Prix Afrique-Méditerranée en 1992 pour son second roman Le Siècle des sauterelles. Prix Méditerranée-Perpignan, pour L’Interdite, en 1994. Elle a publié ces dernières années Des rêves et des assassins (Grasset, 1995) et La nuit de la lézarde (Grasset 1998).

Taos AMROUCHE, née à Ighil Ali le 4 mars 1913, elle décède à St Michel l’Observatoire, France, le 2 avril 1976. Artiste algérienne, écrivain d’expression française et interprète de chants traditionnels berbères. Fille de Fadhma Aït Mansour Amrouche et sœur de Jean Amrouche, elle est la romancière algérienne moderne. Son premier roman, Jacinthe noire est publié en 1947. Son œuvre littéraire, au style très vif, est largement inspirée de la culture orale dont elle est imprégnée, et de son expérience de femme. En signe de reconnaissance envers sa mère, qui lui a légué tant de chansons, contes et éléments du patrimoine oral, elle signe Marguerite-Taos le recueil Le Grain magique, en joignant à son prénom sous lequel sa mère avait reçu le baptême catholique. Parallèlement à sa carrière littéraire, elle interprète de très nombreux chants amazigh. Ces textes sont par ailleurs traduits par son frère Jean. Douée d’une voix exceptionnelle, elle se produit sur de nombreuses scènes, comme au Festival des Arts Nègres de Dakar en 1966. Seule l’Algérie lui refuse les honneurs : elle n’est pas invitée au Festival culturel panafricain d’Alger en 1969. Elle s’y rend tout de même pour chanter devant les étudiants d’Alger. Taos Amrouche a participé à la fondation de l’Académie berbère de Paris en 1966. Elle fut l’épouse du peintre français André Bourdil, Prix Abd-el-Tif 1942.

Kaouther ADIMI, est née à Alger en 1986. Elle est titulaire d’une licence de langue et littérature françaises obtenu en Algérie et est diplômée en lettres modernes et en management des ressources humaines à Paris. Elle travaille à Paris depuis 2009. Ses nouvelles ont été distinguées à deux reprises par le prix du jeune écrivain francophone de Muret (2006 et 2008) et par le prix du FELIV (Festival international de la littérature et du livre de jeunesse d’Alger) en 2008. L’Envers des autres, son premier roman publié en mai 2011 aux éditions Actes Sud a auparavant été édité en Algérie par les éditions Barzakh sous le titre Des ballerines de Papicha en juin 2010. Elle a obtenu le Prix de la Vocation en 2011. En 2016, paraît son deuxième roman Des pierres dans ma poche aux éditions du Seuil (Publication Barzakh en novembre 2015). Il a bénéficié d’un succès critique et de sélections sur de nombreuses listes de prix. Nos richesses, le roman d’une librairie de légende, à Alger, des années 1930 à nos jours, est paru en 2017.

Salim BACHI né à Alger en 1971. Il a passé son enfance à Annaba. En France en 1997 pour faire des études de lettres à la Sorbonne, il publie en 2001, son premier roman, Le chien d’Ulysse, aux éditions Gallimard, salué par la critique et récompensé notamment par le prix Goncourt du premier roman. Il obtient également la Bourse Prince Pierre de Monaco de la découverte et le Prix littéraire de la vocation 2001 décerné par la Fondation Marcel Bleustein-Blanchet. Son deuxième roman, La Kahéna, est paru en 2003. Après une année de résidence à la prestigieuse Villa Médicis à Rome, son troisième roman, Tuez-les tous (2006), marque un tournant dans son inspiration avec le choix d’un sujet complexe et douloureux. Il a publié six romans aux éditions Gallimard dans la collection blanche, qui ont été salués par la critique et ont obtenu plusieurs prix littéraires. Il a également publié un recueil de nouvelles sur la malvie en Algérie intitulé Les douze contes de minuit (2006) chez le même éditeur et un récit de voyage, Autoportrait avec Grenade (2005), aux éditions du Rocher. En 2018, il obtient le prix Renaudot poche pour son livre Dieu, Allah, moi et les autres (Gallimard, 2017).

Samir TOUMI, né à Bologhine, en 1968, est un consultant et auteur algérien. Il rédige en langue française et est publié d’abord dans cette langue en Algérie. Avec une formation d’ingénieur polytechnicien, il est aussi un «polyculturel», sa passion englobant non seulement les sciences mais aussi les arts et la littérature dont il est un amateur éclairé. Il a séjourné par intermittence en France pour y poursuivre ses études et, en Tunisie pour des projets professionnels, il revient à Alger en 2004 pour y vivre et fonder une société de consulting centrée sur les ressources humaines. Alger, le cri est son premier roman.

Yahia BELASKRI est né à Oran en 1952. Après des études de sociologie, il est responsable des ressources humaines dans plusieurs entreprises algériennes puis se tourne vers le journalisme. Un an après les événements d’octobre 1988, il s’installe en France. De nationalité algérienne, il est journaliste à Radio France Internationale et nouvelliste. Il est l’auteur de nombreux articles et de contributions diverses, dont «L’islamisme et l’Europe sociale», in Extrémismes en Europe paru aux éditions de l’Aube. Il a aussi publié une biographie de l’artiste algérien Khaled aux éditions Dauphin Diffusion en 1995 et aux éditions Paris Méditerranée, Algérie 1992- 2002: l’épreuve d’une décennie, un ouvrage collectif. Si tu cherches la pluie, elle vient d’en haut obtient le Prix Ouest France-Etonnants Voyageurs 2011 et Prix Coup de cœur de Coup de Soleil Languedoc-Roussillon 2012. Les Fils du Jour obtient le Prix Beur FM TV5 Monde 2015, le Prix Coup de cœur des Journées du Livre Européen et Méditerranéen 2014.

Djilali BENCHEIKH est né en Algérie en 1945. Il suit des études d’économie à Alger et Paris puis se tourne vers le journalisme. Après avoir été longtemps chroniqueur littéraire à Radio-Orient-Paris il se consacre à l’écriture romanesque. En 2015 il publie Nina sur ma route Ed Zellige), bouclant sa trilogie entamée en 1999 avec Mon frère-ennemi (Editions Séguier) et Tes yeux bleus occupent mon esprit (Editions Elyzad). Ce roman réédité en poche en 2010, a remporté le prix ADELF 2008, l’Association des écrivains de langue française. En 2010 il publie Beyrouth Canicule chez Elyzad, un rodéo littéraire où la fiction s’inspire du vécu. L’auteur a participé à de nombreux ouvrages collectifs dont Ma mère et Sortilèges sahariens. Il contribue, sous la direction de Leila Sebbar, à un autre ouvrage collectif, L’Enfance dans la guerre. En 2000 a paru Voyage au bord de l’enfance, un recueil de chroniques et nouvelles, édité par Paris Méditerranée. Tous les écrits de ce romancier sont chargés d’une dimension documentaire où la petite histoire fait vivre la grande Histoire.

Tahar DJAOUT, né à Oulkhou, le 11 janvier 1954, et décédé à Alger le 2 juin 1993. En 1970, sa nouvelle Les Insoumis reçoit une mention au concours littéraire Zone des tempêtes. Il achève ses études l’année suivante au lycée Okba d’Alger et obtient en 1974 une licence de mathématiques à l’université d’Alger, où il s’est lié avec le poète Hamid Tibouchi. Tahar Djaout écrit des chroniques dans El Moudjahid. Responsable de 1980 à 1984 de la rubrique culturelle de l’hebdomadaire Algérie-Actualité, il y publie de nombreux articles sur les écrivains, peintres et sculpteurs. En 1985, il reçoit une bourse pour poursuivre à Paris des études en sciences de l’information. De retour à Alger en 1987, il reprend sa collaboration avec Algérie-Actualité. Alors qu’il continue de travailler à mieux faire connaître les artistes, il quitte en 1992 Algérie-Actualité pour fonder avec quelques-uns de ses anciens compagnons, son propre hebdomadaire : le premier numéro de Ruptures, le 16 janvier 1993. Victime le 26 mai 1993, devant son domicile à Baïnem, dans la banlieue ouest d’Alger, d’un attentat (deux balles dans la tête, tirées à bout portant), Tahar Djaout meurt le 2 juin et est enterré dans son village natal d’Oulkhou. À la suite de son assassinat, le Carrefour des littératures (Strasbourg, France) lance un appel en faveur de la création d’une structure de protection des écrivains. Cet appel réunit rapidement plus de 300 signatures, et est à l’origine de la création du Parlement international des écrivains.

 Serge PAUTOT

 

POUR EN SAVOIR PLUS :

La littérature maghrébine d’expression française, ouvrage paru aux Presses Universitaires de France

Fiches Wikipedia,

La leçon de liberté des écrivains algériens francophones (Le Figaro, 27 Septembre 2018)



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