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N° 123 - Oct 2019

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Contribution

« L’Algérie en marche vers les horizons de l’espérance »

Par le Dr Boudjemâa HAICHOUR



Depuis la démission du Président Abdelaziz Bouteflika à la suite de la pression populaire et de la décision du haut commandement de l’ANP, la situation semble être sereine sans toutefois amorcer le tournant d’un réel changement. Plus de trois mois et le mouvement populaire persiste dans sa position de réclamer le départ des 2B, le pouvoir entame le processus selon un agenda qui lui est propre. Hormis la démission de Tayeb Belaiz, président du Conseil constitutionnel, qui fut remplacé, Abdelkader Bensalah, chef de l’Etat par intérim et Nourddine Bedoui, Premier ministre et son gouvernement, ces derniers continuent de gérer le pays.

La lutte contre la corruption que mène la justice pour éviter d’autres saignées dans des transactions douteuses est l’une des priorités auxquelles s’est attelé le Haut commandement de l’armée à travers les discours prononcés lors des visites qu’entreprend Gaïd Salah en tant que vice-ministre de la défense et chef d’état-major à partir des différentes régions militaires, libérant ainsi le juge en le mettant face à sa conscience, sans règlement de comptes ni chasse aux sorcières. Se conformant strictement à l’article 102, consolidé par les articles 7 et 8, l’armée montre qu’elle est respectueuse de la Constitution répondant ainsi à ceux qui l’accusent de fomenter un putsch contre la République. Le printemps de cette année 2019 n’est pas celui du « Printemps arabe » ni « l’Eté de la discorde » de 1962. L’horizon 2019 présente les prémices d’une tornade qui va balayer les hommes et les institutions atteintes d’une gangrène aux allures de dégénérescence structurelle et morphologique. Le peuple se réveille après un long sommeil comme « Ahl Al Kahf », les séquelles et les traumas de décennies l’ont anesthésié pour ne plus revendiquer sa dignité et son sens de l’honneur.

Des fresques humaines couleurs printanières

Il aurait fallu une autre génération rompue à la nouvelle communication de réseaux sociaux pour venir à bout d’une « révolution dite du sourire », pour retrouver le lien ancestral d’un combat de civilité politique jamais égalée dans le monde. Ce 22 février 2019, une révolution est née et s’impose très vite par son mode opératoire. Les officines les plus avisées n’ont pu déceler les tenants et les aboutissants de cette belle marche du siècle. Des fresques humaines couleur arc-en-ciel donnent au paysage une atmosphère bonne enfant d’une Algérie nouvelle, celle d’un 1er Novembre 1954 qui avait relevé tous les défis du siècle de la décolonisation des peuples. Ce mouvement populaire comme un fleuve va, à travers ses alluvions, donner les germes d’une moisson nourricière d’un peuple réellement souverain, décidé à se gouverner par le choix des femmes et des hommes, capables de lui rendre ce sourire tant attendu.

 

Revivre une passion sans complaisance

Cette passion de revivre n’est porteuse d’aucune complaisance. Elle s’est traduite par une realpolitik. Plus d’un demi-siècle d’indépendance, l’Algérie n’a pas pu restituer toutes ses revendications pour s’arrimer paisiblement aux rivages démocratiques. Les réalités de ce qu’il a été dit sur le «Printemps arabe», a grandement déçu lorsqu’on observe les conséquences parfois tragiques, même si ce dernier ne reflète pas les attentes d’une jeunesse qui a tant attendu le miracle, alors qu’elle sombre dans un vécu de lassitude et de mal-vie.

 

Contre le dépeçage des richesses du pays

Ce ressentiment omniprésent et bien compréhensible chez cette population désœuvrée surtout au sein de la jeunesse qui observe chaque jour un foisonnement d’oligarques qui font main basse sur les ressources du pays dans toute l’impunité et qui rendaient possible ce processus de révolte ou d’insurrection face au dépeçage de la richesse de leur pays. Cette situation s’est accentuée dès 2005 lorsque les centres de décisions ont été accaparés par une caste faisant fi de toute loi et qui d’année en année jetait les bases d’un pillage des ressources potentielles du pays. Alors se posait la question comment venir à bout de cette corruption qui s’est emparée de tous les leviers de commande du pays ?  Tout au début, ce ressentiment va prendre diverses formes de la résignation à la violence. L’internet ou les réseaux sociaux vont certainement jouer un rôle graduellement de grande importance par la réalité de l’Internet, qui devient le meilleur moyen de vulgariser les légitimes revendications. Dès lors commence la participation à la marche du siècle.

 

Une marche dans l’allégresse et du vivre ensemble

Le constat est accablant et  le mouvement prenait de l’ampleur. C’est un réveil dans la ferveur de tout un peuple qui s’empare de son devenir dans l’allégresse et l’enthousiasme où femmes, hommes et enfants défilent en toute confiance, revendiquant un changement de système en faisant basculer leur destin. Ce sont des millions de citoyens qui investissent les places devenues l’espace des revendications en scandant les slogans de « Système Dégage » à travers tout le pays.

 

Spontanée, ce mouvement « Sylmia » l’a été, et en a surpris plus d’un. Dans la foulée, personne ne peut s’en approprier et au demeurant, malin qui peut dire que tel est le leadership, même si dans les réseaux sociaux des personnalités  sont suggérées pour conduire la transition. Mais ce cas d’école montre toute sa complexité lorsqu’il s’agit de se mettre d’accord sur des noms. Ce qui est retenu, c’est l’absence de partis politiques qui traditionnellement encadrent leurs militants dont certains se retrouvent d’ailleurs parmi les marcheurs.

C’est une auto-organisation loin des clivages idéologiques et régionalistes dont les mots d’ordres « Dégage », « Non à la Corruption », « Echaab Yourid Yetnahaw Ga3 », « Un seul héros le Peuple », « Chaab, Djeich khawa khawa ». L’Algérie unanime s’élève, lancée à pleins poumons par les manifestants comme pour exprimer un ras-le-bol.

Pour un scenario de sortie de crise

Certains préconisent l’idée d’un vote électronique pour faire émerger une instance collégiale pour gérer cette transition, seule solution consensuelle pour un meilleur choix relativement acceptable. Et c’est de l’article 102 soutenu par les articles 7 et 8, qu’est venue la réponse du Haut commandement de l’armée, juste après que le Président eut mis fin à son mandat dans une lettre adressée à la Nation et remise au Président du Conseil constitutionnel, lequel remettra lui-même sa propre démission quelques jours après au chef de l’Etat qui nommera son successeur choisi parmi les membres du Conseil constitutionnel.

 

Serait-elle une issue pour sortir de ce labyrinthe juridique qui n’arrive pas à faire émerger une présidence collégiale pour aboutir à l’élection d’un Président de la République démocratiquement élu dans toute la transparence du scrutin ?

Le Président Bouteflika était-il otage d’un clan du pouvoir ?

La lettre de démission du président de la République corrige d’abord l’idée que ce dernier n’a jamais émis le vœu de se représenter pour un 5e  mandat, ce qui allait mettre dans la gêne tous ceux qui ont pris l’initiative de le voir rempiler. Le Président était-il l’otage d’un clan, alors que sa maladie le mettait dans l’incapacité de continuer à gouverner le pays ? Il faut dire qu’au regard du monde, ce cercle le mettait comme façade de légitimité pour s’approprier les leviers de commande politique, économique et institutionnel.

 

Le plus souvent ces pseudo-oligarques entretenaient une démarche pour satisfaire leurs intérêts propres, allant même de tenter à rendre dynastique la succession.

Les réseaux sociaux et à travers Facebook ont-ils vraiment pesé comme instrument de contestation de cet ordre établi pour mettre des stratégies d’information et réfléchir à des alternatives ? C’est dire que les événements allaient s’accentuant et vouloir tirer de hâtives conclusions pour le moment avant que le processus de transition constitutionnelle ou politique n’éclaircisse les horizons, c’est aller vite en besogne.

Entrepreneurs honnêtes créateurs de richesse et oligarques

Si les Algériens étaient lassés de la politique car effrayés par le moindre retour à la catastrophe, ils l’ont démontré plus d’une fois et la plus récente était celle de la présidentielle de 2014. Ils ont cessé alors d’aller voter à telle enseigne que le pays a vécu une interminable fin de règne. L’hémorragie de son estomac en 2005 a laissé le pouvoir entre les mains de quelques oligarques et hommes politiques véreux qui se sont frayé le chemin vers la prise en main des institutions de la République. Pourtant, existent des entrepreneurs honnêtes qui ont apporté une valeur ajoutée dans la création de richesse de la nation.

 

Le Printemps 2013 avec l’accident cardio vasculaire du Président allait diminuer grandement les capacités d’intervention dans la gestion des affaires du pays. Commence alors la course vers l’Eldorado où, sans foi ni loi, ces oligarques prennent le pays en otage. Dès lors apparaissent en coulisses les manœuvres qui attisent les jeux du pouvoir prévue vers avril 2019. Tout le monde sait que, depuis 1962, il revenait à l’establishment militaire de choisir un successeur assez souvent par consensus. Le peuple, quant à lui, ne se soucie guère d’un pouvoir qui fonctionne en dehors de lui.

L’ANP vigilante gardienne de la transition démocratique

Il faut simplement se rappeler qu’aux législatives du 4 mai 2017, moins d’un électeur sur trois s’est déplacé pour aller voter et deux millions de votants ont déposé un bulletin nul dans l’urne. Aujourd’hui, la question posée est celle du rôle que joue l’ANP en tant qu’accompagnateur de la gestion de la transition démocratique à laquelle les onze sorties de la marche populaire dans l’histoire de l’Algérie indépendante n’ont pas encore trouvé l’issue. C’est sans nul doute le fait que la corruption, qui a exacerbé profondément les contradictions, se trouve être l’élément clé qui bloque la sortie de crise et par voie de conséquence rendant le consensus impossible à réaliser entre les différents protagonistes du pouvoir actuel.

 

Quels seront donc les possibles scénarios envisageables pour sortir de cette ornière juridique et rendre possible une transition douce sans risques de dérapage ? Il s’agit de réfléchir sur un mode opératoire sans sortir de la Constitution. En termes clairs, faire une jonction entre le politique et le constitutionnel pour amorcer en douceur le processus menant à l’élection présidentielle. Le génie ne manque pas. Nos constitutionnalistes peuvent trouver la formule qui sied le mieux, peut-être une sorte de «Déclaration constitutionnelle».

La cause était le fait de ceux qui ont voulu imposer un 5e mandat sans le consentement du Président, qui a d’ailleurs publiquement démenti les tenants d’une telle initiative. Visiblement nos constitutionalistes peuvent aujourd’hui donner des recettes les unes différentes des autres.

Faudrait-il rester stricto sensu à appliquer à la lettre l’article 102 via les articles 7 qui stipule que « le peuple est la source de tout pouvoir et que la Souveraineté nationale appartient exclusivement au peuple». L’article 8 : « Le pouvoir constituant appartient au peuple qui exerce sa souveraineté par l’intermédiaire des institutions qu’il se donne et qu’il l’exerce aussi par voie de référendum et par l’intermédiaire de ses représentants élus. Le président de la République peut directement recourir à l’expression de la volonté du peuple ».

Solution politique ou solution juridique, tel est le dilemme !

Pour convaincre le hirak, qui exige le départ des 2B, la question est à ce niveau de perception constitutionnelle, ou alors carrément pouvoir suivre la solution politique en attendant d’entamer les élections libres et transparentes sous l’autorité morale d’un Présidium accepté par le peuple? Peut-on admettre une solution politique que juridique sans enfreindre la règle ? Car « le pouvoir constituant étant le pouvoir suprême de l’Etat, même par lui », à l’image de la souveraineté qu’il exprime, il ne saurait être bridé. En un mot, il n’existe pas de principes supraconstitutionnels ? Autrement dit, le pouvoir constituant s’impose à lui comme aux autres pouvoirs constitués. Ainsi on peut dire que « la démocratie, c’est le gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple ».

 

Ambivalences juridiques de l’actuelle Constitution

Ce qui revient à dire qu’un « Etat est en démocratie, lorsque le peuple dispose de la souveraineté, que les gouvernés sont leurs propres gouvernants. En d’autres termes, le pouvoir est attribué à l’universalité des citoyens conformément aux principes de l’égalité juridique et des droits fondamentaux». Comment peut-on donc interpréter les articles du corpus constitutionnel lorsque les rédacteurs ont laissé volontairement ou non les ambivalences juridiques ? Dans le cas de crises institutionnelles, l’on constate que le texte est jonché de contradictions et des non-dits. L’on perçoit dès lors les effets aberrants auxquels devait conduire une telle interprétation dans l’esprit du législateur. Le recours au chef de l’Etat dans ce cas d’étude montre toute la complexité d’application de cette phase de transition des 90 jours où ce dernier est limité dans ses prérogatives, d’une part, et d’autre part, les articles 7 et 8 le remettent à la source du pouvoir qu’est le peuple dont la revendication est le rejet de toute démarche émanant du chef de l’Etat.

 

Recherche d’un compromis politique

D’où la recherche d’un compromis politique qui libère le champ vers la concrétisation du processus d’élection présidentielle sous l’autorité collégiale sans lien avec les tenants de l’ancien régime. Cette formule semble être une intransigeance du hirak justifiée par les faits, seule alternative susceptible de désamorcer la crise. Cette démarche ne peut aboutir que par l’accompagnement du commandement de l’ANP à qui échoit le rôle de veiller à une transition pacifique dans la conduite du processus jusqu’à l’élection libre, transparente et propre du président de la République élu légitimement par le suffrage universel.

 

Organisation et contrôle du scrutin

L’organisation du scrutin se fera sous le contrôle d’une instance indépendante dont les membres de sa composante seront les représentants dûment désignés par le hirak, les partis et la société civile qui veilleront à la bonne conduite de l’opération à travers les bureaux et centres de vote. La surveillance des PV transmis et le contrôle strict des données doivent parvenir à la centrale des ordinateurs prévus pour l’occasion que le ministère de l’Intérieur met à sa disposition. Chez nous comme dans d’autres pays, l’histoire nous le rappelle : « On ne quitte jamais le pouvoir, c’est le pouvoir qui vous quitte. Si l’on s’en va, c’est pour mourir, ou bien que l’on soit chassé ».

 

Réussites et échecs, défaillances et exploits

Les fins de règne exhalent toujours « un parfum mortuaire » ; on finit assez souvent par être renversé ou disqualifié. La République n’a pas rompu le fil de la tragédie du pouvoir. Est-ce une malédiction qui colle à tout souverain, à tout dirigeant ? Et pourtant dans notre esprit de concorde et de réconciliation, on a toujours le respect absolu des institutions et des lois, avec un amour ardent et désintéressé. C’est une page qui se tourne, mieux encore un chapitre qui se referme. Ce sont des moments terribles et pathétiques quels que soient les efforts fournis. Que d’ingratitudes et de vanités médiatiques. Une déchéance pour celui qui s’en va. « La vérité des hommes y surgit dans sa brutale nudité. Les haines, les affections et l’angoisse de quitter l’exercice du pouvoir ».

 

Entrer dans l’Histoire pour le meilleur et le pire

L’homme politique qui a eu la charge de conduire le pays fait le bilan de ses réussites, de ses échecs, de ses défaillances, de ses exploits et des trahisons qu’il a connues. Il entre dans l’histoire pour le meilleur et pour le pire. Il s’installe à la place qui sera la sienne pour la postérité. En fait la trahison est partout qui nous vaut de redécouvrir à chaque fin de mission. Que vous ayez fait du bien ou du mal, nombreux sont ceux qui tournent casaques et versent dans l’insolence. Comment conserver le moindre prestige « quand l’insurrection numérique entretient contre tous les pouvoirs une émeute plus destructrice qu’elle ne dit pas son nom ». La corruption sans foi ni loi d’hommes politiques ou de faux managers, finit par généraliser la critique acerbe contre eux, sans distinction aucune, qu’ils soient honnêtes ou ripoux allant à l’irruption d’une médiatisation à outrance, et finit en définitive par brûler toute fonction publique en la dévalorisant et en la défigurant. L’ampleur de ce mouvement dépasse tout entendement. C’est un phénomène qui a bousculé toutes les logiques et les analystes vont de corrélation à une autre tout en se gardant de suggérer définitivement une feuille de route. Rupture systémique ou rupture de générations ou bien les deux à la fois ? Cette génération veut déconstruire le système en le refondant dans l’esprit de Novembre 1954.

 

Financement non conventionnel récusé

Mais face à un contexte économique et social préoccupant, les inquiétudes se portent sur la persistance et l’aggravation de nos réserves de change atteignant à peine 80 milliards de dollars dues à la fluctuation du marché énergétique et à la chute du prix du baril. Celle-ci réduisant substantiellement le pouvoir d’achat du citoyen. La dépréciation du dinar montre combien notre politique monétaire non conventionnelle continue d’expliquer à elle seule l’impopularité exceptionnelle de l’exécutif lorsqu’il a trouvé une formule toute faite celle de la planche à billets que récusent nos spécialistes. Toute banque a un besoin de liquidités pour se refinancer auprès de la Banque d’Algérie. Elle peut également s’adresser directement au marché monétaire lorsque les taux pratiqués sur ce marché sont inférieurs aux taux de refinancement. Ainsi toute politique monétaire doit rejoindre les objectifs de la politique économique que sont la croissance et la stabilité interne de la monnaie afin d’éviter l’inflation. Il est donc exigé par les autorités monétaires d’utiliser de tels instruments pour que la masse monétaire ne dépasse pas le niveau fixé. Une politique économique viable doit faire de bons choix. Lorsqu’on était à l’université, on nous apprenait selon la courbe de Phillips, « qu’il existe un conflit entre recherche de plein emploi, c’est-à-dire lutte contre le chômage et la recherche de la stabilité des prix c’est-à-dire lutte contre l’inflation ». Dans ce cas on ne peut choisir qu’une seule de ces politiques. C’est pourquoi le gouvernement a une peur bleue lorsque le taux de chômage atteint un niveau insupportable notamment chez les jeunes et la crainte d’un avenir incertain,fait peser des menaces au plan social et sécuritaire.

 

Stratégie de communication et révolution numérique

Il faut indiquer un cap et redonner espoir dans les prochaines élections réellement démocratiques où le taux de participation serait à la hauteur de ce « hirak » qui a montré qu’on peut plébisciter celui qui d’entre les challengers serait le meilleur. En fait ce sera le choix du peuple et de lui seul. En raison des évolutions sociétales inévitables en cours et à venir qui impacteront sans nul doute les rythmes des différents partis dans la course. Il appartiendra alors à ces élites de peaufiner leurs projets de société pour convaincre. Une réelle stratégie de communication connectée aux attentes du peuple. La révolution numérique aidant, tout peut être relié en un clin d’œil.

 

La démission : une clé pour sortir de la crise

Pour revenir au premier soulèvement du peuple alors que le Président s’adressait par message à la Nation lançant sa feuille de route indiquant qu’il ne se portera pas candidat à ce 5e mandat. Il se donnait une année pour organiser les élections présidentielles. Le hirak prenait une autre tournure et réclamait le départ des 3B. Après plus d’une semaine, le président du Conseil constitutionnel en la personne de Tayeb Belaiz se rendait à Zéralda où il recevait la lettre de démission du président de la République en présence du président du Conseil de la Nation.

 

Il faut dire que nombreux des observateurs attendaient ce moment, c’est-à-dire l’idée d’une démission pour faciliter l’issue de cette crise politique car les rumeurs courent tout Alger où les chancelleries tentent de recueillir la moindre indiscrétion. En fait, la situation paraissait de plus en plus intenable. Quoique diminué physiquement, le Président apparaissait à travers la télévision très affaibli remettant cette lettre de fin de mandat.  Depuis son retour des hôpitaux français et suisse, il ne quittait plus ce lieu médicalisé pour sa convalescence qu’est la résidence de Zeralda où il recevait les quelques personnalités venues lui rendre visite.

Le Président laissait voir qu’il vivait une des épreuves les plus douloureuses de sa vie.  Vingt ans de traversée du désert, lui qui s’attendait être le dauphin depuis la mort du Président Boumediene.

Le bilan du Président sortant soumis à l’épreuve du temps

Il les récupérera en entier où il amorcera toute une série d’actions à un moment fort du terrorisme en soumettant au peuple le référendum sur la concorde civile puis la réconciliation nationale. Durant ces vingt ans de règne, l’Algérie a connu une avancée certaine au plan des infrastructures de base qu’il ne faut pas nier à moins d’être nihiliste. Le bilan physique montre les centaines de milliers de constructions de structures universitaires et scolaires, des logements sociaux et des CHU. L’autoroute, les chemins de fer (trains et tramways et métro) et la modernisation de notre armée peuvent paraitre les fleurons dont on pourrait être fier.

 

Il reste cependant que sa responsabilité est pleine et entière, elle l’est également dans toutes proportions congrues à tous ceux qui l’ont accompagnées dans ces efforts de développent. Chacun est comptable de ses résultats. Bonnes ou mauvaises, chacun assumera sa part. Les comptes de la Nation détermineront les dépenses réelles induites.

Que ceux qui ont profité pour dilapider les deniers de l’Etat répondront devant les juridictions compétentes et répondront de leur innocence ou de leur culpabilité s’ils sont impliqués dans les affaires de corruption. La justice, loin de toutes pressions, agira dans toute la sérénité et l’esprit  de son indépendance.  Après vingt ans d’exercice du pouvoir en tant que premier magistrat, le Président Abdelaziz Bouteflika cède sous la pression de la rue écourtant de quelques jours la fin de son mandat présidentiel.

Alors commencent les spéculations sur la transition allant vers l’élection d’un nouveau président de la république. Les pronostics s’accélèrent. Chaque camp mesure ses chances au regard des exigences des manifestations drainant des millions de personnes dans une civilité jamais égalée dans le monde.

Raisons d’Etat et maladie du Président

Malgré les quelques informations sur sa maladie ou l’hémorragie de l’estomac en 2005 qui lui a valu quelques semaines de convalescence, c’est l’AVC de 2013 qui va certainement le mettre à l’abri de toute possibilité de connaître l’évolution de sa maladie. Sa famille met sous embargo toute information le concernant au respect de la raison d’Etat. Il est difficile dans le cas de notre pays de connaître qui sera le futur Président. Même du temps de la guerre de libération nationale, personne n’a pu dire qui succède à tel ou tel autre responsable. L’esprit de notre Révolution a toujours voulu garder ses secrets. On peut toujours spéculer, ce ne seront que des suppositions et des rumeurs.

 

En attendant le successeur, on a l’impression que le Président sortant observe une extrême discrétion, laquelle renforce l’idée crépusculaire qui entoure sa fin de règne comme celle de beaucoup avant lui.  Les élections à venir si elles se déroulent dans un climat de compétitions propres, transparentes et libres détermineront par l’urne lequel des candidats est le mieux apprécié.

Continuité de l’Etat jusqu’à l’élection du nouveau Président

 Il est vrai que les critères retenus seront rigoureux et sans complaisance devant les exigences qui vont placer haut le profil de celui qui est appelé à être le Président des Algériens.

 

Pour le moment il faut assurer la continuité de l’Etat. Bientôt le peuple fera le choix qui conviendrait le mieux à son avenir. La crise disait l’autre est un maniement délicat. Si elle dure elle menace de tout emporter. Il est difficile aussi de redescendre de l’Olympe. Au bout de quatre mandats de suite, la maladie aidant, la fatigue est grande. Les dernières années étaient pénibles et douloureuses pour celui qui était débordant d’énergie. Après avoir enfilé le costume du premier Magistrat en 1999, il est difficile de le quitter en 2019. Si le Président ambitionnait le 5e mandat, ça aurait été sans aucun doute une élection de destitution. Alors il sait quitter le pouvoir comme il l’a conquis. C’est le moment du renoncement et non l’abdication.

L’Algérie un pays respecté dans le concert des nations

Notre pays a besoin comme toute nation, en raison de son passé plusieurs fois millénaire, d’un récit national, d’un espoir. L’Algérie doit dans ce vivier transgénérationnel, puiser un leader charismatique pour porter haut son projet de société.  Avec l’intelligence de ses femmes et hommes dans une espérance incarnée dans la bonne gouvernance, l’Algérie s’arrimera aux rivages démocratiques de bonne espérance.

 

Parce que c’est un pays qui pèse et qui continue de peser dans le concert des nations par ses richesses, son histoire, son combat pour les causes justes de par le monde qu’il se fraye le chemin de l’espérance. Nous vivons un tournant historique qui restera mémorable dans la vie de la Nation. L’histoire retiendra que le peuple s’est enfin réveillé dans ce monde en ébullition constante.

L’Algérien qui a gardé dans son imaginaire les traces indélébiles de cette décennie meurtrière du terrorisme et les conséquences quelque peu néfastes du « Printemps arabe » dont l’Algérie a été épargnée, est sorti après une longue période de convalescence, se donnant enfin le droit indéfectible de choisir le candidat qui sied à ses convictions. Ce serait l’ambition d’un récit, qui sera écrit en temps réel pour raconter l’élection présidentielle telle que nous l’aurons vécu en direct du théâtre des opérations.

Révolution numérique et sursaut d’une génération du Facebook

Ce sera le temps démocratique du débat. Chaque candidat présentera son projet de société pour convaincre les électeurs. Personnalité contre personnalité. Toute est question de méthode, de stratégie et de code de conduite.

 

Le sursaut qui s’est opéré chez les jeunes témoigne depuis le hirak comme étant cette rupture systémique d’une génération naissante, prônant le slogan de la « sylmya » comme standard majeur d’une réelle civilité politique et sociétale. Le jeu des libertés fondamentales doit permettre la diversité des opinions. L’ordre démocratique serait celui du pouvoir d’un Etat de droit, « fondé sur l’autodétermination du peuple selon la volonté de la majorité à l’exclusion de tout pouvoir violent et arbitraire ».

Pour arriver à concrétiser toutes ces revendications, l’issue est encore loin tant l’opacité et les luttes sous-jacentes continuent de rendre les horizons difficiles à saisir.

Le mois de Ramadhan a été l’occasion d’une convergence dans la compréhension et la sacralité d’une communion dans la solidarité et le bonheur de notre peuple.

Mais après ce énième round d’une manifestation massive qui s’apparente à chaque vendredi, comme un référendum sans cesse renouvelé d’une revendication populaire délégitimant les tenants du régime actuel, le dénouement semble ne pas arriver au risque de prolonger encore la crise. L’ANP reste l’élément cardinal de sortie parce qu’héritière de la glorieuse ALN. Elle reste détentrice de l’équilibre des forces en présence d’une transition démocratique la voulant en douceur sans heurt ni brisure.       

 

(*) Dr Boudjemâa HAICHOUR

« Il est d’ailleurs peu d’exemples au monde où l’on soit passé sans transition, sans peine et sans tourments, d’une légitimité révolutionnaire à une légitimité démocratique fondée sur le droit. L’Algérie parviendra-t-elle à en faire, comme nous le rêvons en permanence, le socle indestructible de ses institutions ? Cet Etat de droit il ne suffit plus de le souhaiter, il faudrait le vouloir »

 (Ali Haroun, L’été de la discorde, Algérie, 1962)



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