Le magazine promotionnel de l'Algérie

N° 115 - Août 2018

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Contribution

L’épopée de l’Algérie belle et rebelle

« BOUALEM BESSAIH, Dix ans avec le diplomate, le politique et l’intellectuel »

Dr Brahim Romani. ED , ANEP , Alger 2018



En 2004, et en langue française, Boualem Bessaїh a composé une œuvre poétique grandiose, du genre patriotique épique, dans laquelle il a immortalisé l’histoire de l’Algérie et ses gloires séculaires, et qu’il a intitulée : L’Algérie belle et rebelle, de Jugurtha à Novembre.  C’était son premier livre de poésie qu’il a offert à son pays bien-aimé à l’occasion de la célébration du cinquantième anniversaire du déclenchement de la guerre de libération nationale du 1er novembre 1954 et qu’il a dédié en ces termes :

A tous les martyrs de la révolution algérienne,
A tous les combattants, de toutes les résistances
à l’occupation étrangère,
A toutes les femmes et à tous les hommes tombés
pour que vive l’Algérie,
A tous les enfants de mon pays,
pour qu’ils se souviennent,
Je dédie ce livre
A l’occasion du cinquantième anniversaire
du 1er Novembre 1954


Ce livre est une poétisation de l’histoire de l’Algérie depuis l’époque Numide et la création du premier Etat algérien par Massinissa jusqu’au recouvrement de l’indépendance nationale, le 5 juillet 1962. Une poésie patriotique chargée d’une dynamique historique intense et animée par un esprit épique puissant.
Pour glorifier l’évènement historique, par révérence à la patrie bien-aimée mais aussi en respect au grand écrivain, le président de la République, Monsieur Abdelaziz Bouteflika, a lui-même préfacé le livre, lui conférant plus de valeur avec ce témoignage singulier dans lequel il dit :
    « Cette longue fresque de notre histoire, où la plume a remplacé le pinceau, retraçant les étapes successives du parcours de la nation à travers les siècles, avec ses défaillances et ses héroïsmes, ses infortunes et ses gloires, ses vicissitudes et ses triomphes, me rappelle les différentes odyssées dont les peuples se sont souvent dotés pour immortaliser leurs légendes et chanter un hymne à la gloire de leur patrie. L’Iliade grecque, l’Enéide latine, Mahabharata hindoue, et Chararama des Perses sont autant de chants qui célèbrent les génies de leurs peuples.
    Notre peuple a eu droit à un superbe hommage lyrique que lui a rendu l’Iliada de Moufdi Zakaria dans une langue arabe aussi pure que sublime..,
    Le message du 1er novembre ne s’est pas éteint le jour de l’Indépendance. Source d’inspiration du combat pour la liberté, il fut et demeure la source des aspirations profondes de notre peuple à la promotion des valeurs et des idéaux pour lesquels il s’est battu, et au nom desquels un million et demi d’Algériens et d’Algériennes ont perdu la vie.
    Ces valeurs, ces idéaux, contenus dans la déclaration du 1er novembre, constituent des objectifs immortels, aussi immortels que le peuple lui-même - c’est dire qu’ils représentent des conquêtes aussi précieuses que la reconquête de la liberté perdue, et sans lesquelles la liberté elle-même serait amputée de ses attributs. Liberté, justice, tolérance, respect de l’autre, authenticité et modernité, ouverture et dialogue, autant de concepts que la société se doit de sauvegarder, de promouvoir et d’enrichir au fil des années, pour assurer aux générations futures des acquis à jamais irréversibles. »

Le livre comporte une introduction poétique, intitulée  L’Algérie mon pays, suivie de huit chapitres relatant les grandes périodes de l’histoire de l’Algérie, à savoir : la domination romaine, les invasions vandale et byzantine, puis la conquête islamique au 7ème siècle après J.-C. et les hauts-faits des Etats qui se sont succédé après cette conquête, ainsi que les grandes figures qui y ont édifié des civilisations et y ont insufflé une vaste renaissance. Cette étape constitue une partie intégrante de la civilisation arabo-musulmane, de l’Orient au Maghreb, dont l’essor a atteint son apogée en Andalousie. L’auteur s’est ensuite arrêté à l’ère ottomane et à la résistance à l’occupation espagnole.
Les derniers trois chapitres, consacrés à la résistance nationale à l’occupation française entre 1830 et 1962, représentent pratiquement les trois quarts du livre (pages 61-118). Y sont décrites, beaucoup de pages illustres qui correspondent bien à la grandeur de cette résistance nationale en ce qu’elles représentent les plus grands épisodes épiques de l’histoire de l’Algérie contre la dernière et la plus impitoyable occupation que la patrie ait eu à subir. Cette période a été le témoin de la naissance du premier Etat algérien moderne sous la direction de l’Emir Abdelkader, et a vu le peuple algérien consentir les plus grands sacrifices et accomplir les exploits les plus héroïques. Des sacrifices et des exploits que Dieu a béni par une victoire spectaculaire qui a permis à l’Algérie de recouvrer son indépendance nationale.   
Le sixième chapitre est consacré à diverses figures emblématiques de la résistance durant la période précédant le 1er novembre 1954. L’auteur met en relief la résistance par l’épée et la plume, menée par l’Emir Abdelkader, Fatma N’Soumer, El-Mokrani, Bouamama, et celle par la parole et la plume, menée par Mohamed Belkheir, l’Emir Khaled, Ibn Badis.
Le septième chapitre intitulé villes, repères et symboles représente une escale poétique dans certaines régions et villes du pays, partout à travers son étendue géographique, du nord au sud, d’est en ouest, régions et villes chargées d’histoire, de civilisation et d’héroïsme, comme le Hoggar, Tlemcen, Constantine, Biskra, Oran, Ghardaïa, Alger et Batna.
Le huitième et dernier chapitre : le combat décisif reprend des évènements importants qui ont marqué le parcours du combat national en composant des poèmes éloquents sur le 08 mai 1945, le 1er  novembre 1954, le 20 août 1955, le 20 août 1956, ainsi que sur  les Djemilas, combattantes héroïques de la guerre de libération, sur les évènements de  Sakiet Sidi Youcef, du 11 décembre 1960, du 17 octobre 1961 et de  l’Indépendance.  
Ainsi, partant de la vision globale et cohérente qu’avait Bessaїh du triptyque patrie, histoire, littérature, cette œuvre poétique s’inscrit dans la foulée de ses œuvres précédentes qui avaient touché à divers domaines, tels que l’histoire, la littérature, le patrimoine populaire, l’art cinématographique, et par lesquelles il a voulu contribuer à immortaliser les hauts-faits épiques de l’Algérie et sa civilisation.
Malgré le fait que l’auteur ait opté pour un enchainement chronologique dans la présentation de ses poèmes, il me semble  qu’il n’entendait nullement écrire l’histoire par la poésie, comme cela se fait pour la structure artistique de l’épopée,  mais «  il avait voulu, plutôt, que ces poèmes soient des phases, des repères et des choix adoptés pour former sa conception esthétique, formuler son langage symbolique et peindre un tableau épique complexe, global et beau de la patrie.
C’est une fresque qui, illustrant le foisonnement des évènements, la gloire des époques et le crépuscule des contrées, la vivacité des couleurs et les allusions des symboles, le dévoilement des significations et l’harmonie des rythmes, constitue un chef-d’œuvre pictural qui immortalise l’Algérie dans son patrimoine civilisationnel séculaire et son long parcours épique, ainsi que sa géographie radieuse et variée. C’est une représentation de l’Algérie qui enchante et qui inspire, une Algérie riche en hauts faits de gouvernance et de sagesse, en cités et en Etats, en dirigeants et en savants, en arts et en littérature.1»
Le poète s’est employé à s’inspirer de l’histoire nationale à travers les évènements, les lieux et les personnalités historiques, pour s’en aiguiser l’énergie de représentation et d’illustration en y puisant les aspects brillants qui lui servent à peindre les plus belles images de l’authenticité, de l’héroïsme et de la civilisation du pays. Il convient de noter que si ce recueil poétique comprend une immense matière cognitive historique, qui, parfois, requiert un lecteur averti et compétent, il recèle, d’un autre côté, une langue mélodique fine, ce qui attire le lecteur et l’invite à s’engager plus profondément dans la lecture à la fois plaisante et utile.
Ce recueil qui constitue un supplément qualitatif au patrimoine des grandes œuvres poétiques qui chantent les gloires nationales, revêt une grande valeur artistique. Sa valeur historique tient aussi au fait qu’il ait été publié concomitamment avec la célébration du cinquantième anniversaire du déclenchement de la Révolution de libération algérienne triomphante. Le génie de cette formidable révolution c’est qu’elle reste une source inextinguible de fierté et d’inspiration artistique et un catalyseur de cet esprit épique qui a animé notre peuple tout au long de sa longue histoire, un esprit créateur qui anime les peuples et fait les civilisations.     
Une compétence intellectuelle et créative supérieure
Bessaїh a accompli ce travail immense et laborieux en quelques mois seulement, trois à cinq mois à peu près, durant ses fonctions d’ambassadeur à Rabat, à l’âge de soixante-quatorze ans. Cet exploit, extraordinaire et remarquable, digne d’être souligné et étudié, démontre que l’homme avait gardé sa prodigieuse compétence intellectuelle et créative comme une flamme incandescente jusqu’au crépuscule de sa vie.
En l’assistant dans les séances de relecture et de révision des textes, j’étais impressionné et séduit par la richesse qu’ils recelaient en termes de culture historique vaste, de langue picturale réfléchie et de limpidité de rythme débordante. Je me suis alors rappelé ce que j’avais étudié à l’université sur « la théorie de la créativité » et sur le génie des grands hommes de lettres qui transforment les idées complexes en symboles transparents et la langue rebelle en matière malléable, font le paradoxe, la différence et l’excellence, dépeignent un monde fictif enchanteur, façonnent une contexture sémantique et picturale solide, réduisant le vaste monde à un petit carré de papier. La créativité est un flux céleste dont Dieu comble qui il veut, et qu’il faut saisir sans délai lorsqu’il arrive. Elle est une source enfouie dans des profondeurs de l’âme douée et exceptionnelle, à laquelle il faut puiser à satiété lorsqu’elle jaillit.    
Comme c’était sa première expérience avec la poésie, il lui importait de connaitre l’opinion critique d’une personne digne de confiance. Ainsi, j’étais devenu son premier lecteur. Ce rôle m’a conduit un jour à lui dire : « Vous ne devez pas vous interrompre tant que vous avez l’inspiration et que votre plume peut courir. L’écriture est une humeur créative qui ne se présente pas tous les jours. Ecrivez autant que vous pouvez, et poussez vos capacités aussi loin qu’elles puissent aller. Je suis docteur en lettres arabes modernes, je n’ai peut-être pas beaucoup lu en littérature étrangère, mais je peux vous affirmer en toute sincérité que ce que vous écrivez est excellent, n’arrêtez pas. »
Il préparait la matière historique précieuse ainsi que les données, les chiffres et les idées résumés dans des fiches contrastées selon le chapitre de travail donné, et s’en servait comme de feuilles de route. Il avait également beaucoup de documents de référence historiques qui étaient entassés sur son bureau. Il écrivait à un rythme rapide et intense, pendant des heures chaque jour. Quand il était très fatigué, il s’interrompait pour marcher un peu et laisser se reposer sa main épuisée et ses doigts douloureux. Pratiquement, chaque semaine, il me remettait plusieurs pages à lire, à donner un avis et à en finaliser les informations relatives aux remarques marginales.      
Parfois, je lui proposais de rajouter d’autres notes marginales soit pour apporter un éclairage historique plus profitable soit pour faciliter la compréhension du large public des lecteurs. Les textes étaient tellement riches en informations historiques que beaucoup pourraient ignorer le détail, le contexte et la portée qui y étaient contenus.
En ce qui concerne, le chapitre relatif aux villes, à la lecture de ce qu’il avait écrit sur Alger, Oran, Constantine et Tlemcen, je lui ai fait remarquer que les textes étaient vraiment beaux et qu’il devait s’étendre davantage sur la poésie des villes et écrire sur d’autres villes ayant un poids révolutionnaire, historique ou civilisationnel, des villes comme Batna, le Sahara, sans oublier Biskra (qui est ma ville natale) où reposent Okba Ibn Nafaâ et Mohamed Laїd Al Khalifa…Deux jours après, il m’a présenté de nouveaux textes sur le Hoggar, Biskra-Zaâtcha, Ghardaїa, Batna-les Aurès.   
*  *  *
Gloire à vous les héros, gloire à vous les martyrs
Dont la voix retentit du fond des cimetières,
Hommage vous est dû de la Nation entière
Pour avoir consenti pour elle de mourir

Gloire à vous les héros, gloire à vous les martyrs est la dernière strophe de ce recueil de poésie qui représente une preuve irréfutable de la forte conscience historique de Bessaїh et de son immense talent créateur. Elle porte également un message contre l’oubli, adressé aux filles et aux fils de l’Algérie, comme cela a été exprimé dans la dédicace de ce livre :

A tous les enfants de mon pays
Pour qu’ils se souviennent


Ainsi, le livre véhicule une invitation à une lecture avertie de l’histoire nationale. Une lecture qui puisse contribuer à consolider les valeurs supérieures qui appartiennent à notre passé glorieux et immémorial et les principes immuables qui constituent le fondement de notre identité nationale et de notre personnalité civilisationnelle, à savoir : l’amazighité, l’arabité et l’Islam. 
Revisiter l’histoire et glorifier de la mémoire nationale par tous les moyens d’expression, aussi bien scientifique que littéraire et artistique, constituent un besoin renouvelé pour la science et pour la nation, comme le voyait Bessaїh. Le présent étant le passé de l’avenir, le temps civilisationnel étant un tout dont les dimensions s’imbriquent et l’histoire étant une séquence aux maillons reliés les uns aux autres.  
L’intérêt pour l’histoire ne signifie pas une propension à un repli sur soi vers un passé fini, comme beaucoup semblent le croire à tort, c’est plutôt l’expression d’une vision avertie qui traite l’histoire à partir d’une approche positive, constructive et tournée vers l’avenir. Cette vision tend autant à préserver le passé et l’assimiler qu’à s’ouvrir sur le monde et se traduire par une réconciliation pleine et entière avec soi, avec l’histoire et avec l’autre, comme le dit si bien Bessaїh dans l’avant-dernière strophe du livre :

Surmonter la rancœur, sans tomber dans l’oubli.

Ce livre2 , qui appartient au genre épopée poétique, est un chef-d’œuvre prodigieux offert par un créateur génial à son pays bien-aimé, aux martyrs, aux héros de la révolution de Novembre, et aux générations montantes d’une Algérie émergente à l’aube du troisième millénaire, à l’occasion du cinquantième anniversaire de l’épopée glorieuse du 1er  Novembre, une date impérissable qui restera à jamais gravée dans la mémoire collective.  

Traduction Bouzid Djerroumi

____________________________________________________________________________________________________________________________

1  Voir ouvrage de l’auteur en langue arabe : Eclairages : Essais sur l’idéologie, la pensée et la littérature, Brahim Romani, Ēd El-hikma, Alger 2009, p 577.

2  Le livre a été édité une première fois par l’Agence nationale d’édition et de publicité (ANEP), Alger, en 2004 et une seconde fois par Casbah Editions en 2009. Il a été également édité avec l’œuvre complète de Bessaїh par le ministère des Moudjahidine en 2010.   



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