Le magazine promotionnel de l'Algérie

N° 110 - Dec 2017

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Contribution

Un enjeu national aux retombées internationales

L’organisation d’évènements sportifs internationaux en Algérie

Maître Michel Pautot



Une promotion internationale avec la coupe d’Afrique des nations
Régulièrement, la presse fait les gros titres sur les évènementssportifs de nature internationale (Jeux Olympiques, Coupes du Monde de football, de rugby...).En ce qui concerne l’Afrique, les Jeux dela Francophonie viennent de se dérouler à Abidjan et pour 2019, laCoupe d’Afrique des Nations, compétition phare du football africain, a été attribuée au Cameroun par la Confédération africaine de football (CAF). Mais aujourd’hui, à la lecture de la presse qui fait état des difficultés du Cameroun, le nouveau président de la Fédération algérienne de football (FAF) Kheireddine Zetchi souhaite que ce soit l’Algérie qui organise cette épreuve mythique du football africain. Pour cela, l’Algérie devra convaincre les dirigeants de la CAF dont le président le Malgache Ahmad Ahmad qui a succédé au camerounais Issa Hayatou, et se frotter au Maroc, désireux aussi de « récupérer » l’organisation.
L’Algérie connaît parfaitement bien la Coupe d’Afrique desNations et le peuple algérien n’est pas près d’oublier l’édition 1990 organisée sur son sol[1]. En effet, à domicile,l’équipe nationale d’Algérie avait été éblouissante, emmenéepar le célèbre joueur Rabah Madjer, « ballon d’or africain » et maître à jouer du FC Porto et entraînée par Abdelhamid Kermali avec un parcours de toute beauté. La légende avec cinq victoires : contre le Nigéria (5 à 1), la Côte d’Ivoire (3 à 0), l’Egypte (2 à 0),en demi-finale, le Sénégal (2-1), puis en finale, le Nigéria (1 - 0). C’est d’ailleurs l’unique Coupe d’Afrique remportée par l’équipe nationale d’Algérie. A l’époque, certains joueurs Fennecs étaient bien connus du Championnat de France de football [2].
Depuis plusieurs saisons, les autorités algériennes misent sur l’organisation de la CAN, candidatures sous l’impulsion de l’ancien président de la Fédération algérienne de l’époque Mohamed Raouraoua. C’est un très grand évènement sportif et d’après Constant Omari, vice-président de la CAF, interrogé par L’Equipe le 15 août 2017, « on ne peut plus ignorer la CAN, avec ses 4 à 6 milliards de téléspectateurs audience cumulée ».
C’est certain : la CAN serait une formidable opportunité pour l’Algérie et lors de notre récent passage à Alger en juillet, nous avons été séduits par l’esthétisme et la modernité du stade du 5-Juillet.

Les jeux méditerranéens à Oran en 2021
Après plusieurs mois de compétition entre Oran (Algérie) et Sfax (Tunisie), les 24 Comités nationaux olympiques membres du Comité international ont élu en août 2015 la ville hôte des futurs XIXe Jeux méditerranéens [1]. Avec 51 voix sur 68, la ville d’Oran a été désignée pour accueillir cet événement en 2021. L’Algérie, dans le droit fil de la politique nationale initiée dans les années 1970, a démontré à maintes reprises son potentiel d’organisation d’événements sportifs, avec notamment l’accueil des Jeux panarabes 2004, des Jeux arabes scolaires 2005 et des Jeux africains 2007. Déjà choisie pour recevoir les Jeux africains de la jeunesse en 2018, l’Algérie accueillera donc également les Jeux méditerranéens en 2021, preuve de son dynamisme en matière d’accueil de grands événements. Deuxième ville du pays, Oran est aujourd’hui en plein essor, sous l’impulsion de sa jeunesse et de son multiculturalisme.
« Faire d’Oran une perle méditerranéenne est plus qu’un défi, c’est un engagement », avait déclaré il y a quelques semaines Abdelghani Zaalane, wali de la ville. Le dossier d’Oran 2021 présentait de fait des infrastructures de haut niveau, dont, notamment, un nouveau complexe olympique doté d’un stade d’une capacité de plus de 40 000 spectateurs. Après avoir rendu hommage à la ville concurrente de Sfax, Mustapha Berraf, président du CNO algérien, aexprimé sa fierté « d’appartenir à la grande famille du Bassin Méditerranéen» et affirmé que tout sera mis en œuvre «pou relever le défi de la modernité et redonner de l’espoir dans l’esprit des jeunes».
Nul doute que l’organisation de ces Jeux méditerranéens va constituer un enjeu considérable pour l’Algérie tant en raison de la variété des sports représentés que du nombre des athlètes concernés. Les problèmes d’infrastructures, de déroulement des compétitions, d’hébergement, de transport, de sécurité, de diffusion de l’information ou de couverture médiatique impliquent un traitement toujours plus sophistiqué dont seul un nombre limité de pays peuvent se voir confier la responsabilité. C’est le cas de l’Algérie avec la ville d’Oran pour ces Jeux méditerranéens.

La nature des retombées pour les événements sportifs
Outre l’aspect politique de l’organisation d’un grand événement pour le prestige d’un pays, la question de l’argent est fondamentale et cette première question en appelle d’autres bien évidemment.
S’il faut dépenser beaucoup d’argent pour accueillir un grand événement, en retire-t-on au moins quelque chose de concret? Quelles seront notamment les retombées économiques pour le territoire hôte ?
La capacité du sport à créer des richesses et des emplois relève-t-elle de l’évidence ? Sur ce sujet, les études existantes laissent apparaître une réalité assez contrastée mais les manifestations d’envergure internationale ont des retombées, l’étude de Patrice Bouvet « les retombées des événements sont-elles celles que l’on croit ? » avance :
une forte attractivité touristique
une possible influence sur l’image du pays visité ou de la région
un effet dynamisant sur le commerce local
un effet accélérateur pour la construction des équipements locaux
une importante couverture médiatique.
Nous pouvons ajouter la fierté nationale ou l’affinité de la population avec l’événement, et on connaît la ferveur des supporters. Précisons que l’arrivée du Brésilien Neymar au PSG a provoqué le jour de l’annonce de sa venue en France, la vente de 10000 tee-shirts à son image.
Ainsi, de nombreux avantages sont apportés par l’organisation d’une compétition dont les résidents locaux bénéficient. Il y a, comme nous l’avons souligné, la satisfaction d’assister aux compétitions, de voir les sportifs, de pouvoir les rencontrer, de participer à la manifestation et cela n’a pas de prix. On relève également un renforcement de la cohésion sociale, de la fierté, un supportérisme lié à la participation de l’évènement sportif, appartenance au groupe de bénévole pour participer et aider àl’évènement… Ainsi, athlètes, supporters, organisateurs participent au dynamisme et à la réussite de l’événement.

L’impact économique
Des compétitions ont un impact économique. Patrick Mignon dans l’étude « Footballisation de la politique ? Culture du consensus et football en Grande-Bretagne » évoque le succès de l’Euro de football organisé en Angleterre en 1996 : « Une compétition rapporte; les visiteurs dépensent de l’argent en hôtellerie, en restauration, on assiste à une hausse des consommations domestiques (bière ou pizza par exemple), des consommations liées au sport (équipements divers) ; l’Etat récupère de la TVA, les sponsors dépensent des sommes considérables en commandes diverses, de la promotion aux dépenses touristiques… Ces retombées économiques de l’Euro font que les Anglais se sont immédiatement portés candidats à l’organisation de la Coupe du Monde pour 2006…».
D’autres y voient des effets nuancés. Le rapport de David Douillet, ancien ministre français des Sports, sur « l’attractivité de la France pour l’organisation des grands événements sportifs » (2010), soulignait de son côté que « l’impact purement économique ou financier pour le pays organisateur est le plus souvent limité. Des études économiques récentes montrent que, hormis celle des Jeux olympiques d’été, l’organisation d’un grand événement sportif ne procure pas de réels avantages au plan macro-économique et que les coûts d’organisation parfois élevés ne sont pas toujours compensés par les recettes liées à l’événement ». Les Jeux olympiques d’été offrent-ils d’ailleurs de réelles garanties économiques ?
Pas toujours. Pour certains, des estimations peuvent avoir été gonflées artificiellement, mais cela ne semble pas être spécifique au sport (le monde de la culture est particulièrement en pointe dans ce domaine). Dans un contexte économique difficile, avec le recul des financements publics et privés, chaque secteur d’activités est tenté par une « course aux chiffres » visant à prouver quasi scientifiquement son importance en termes de création de richesses et d’emplois. Attention au dépassement des budgets. Pour l’économiste Vladimir Andreff, dans on ouvrage Mondialisation économique du sport, « le dépassement des coûts au moment del’attribution est très fréquent pour les JO et les grands évènements sportifs, dont certains finissent par être déficitaires ».

Les conditions d’une étude économique sérieuse
Dans une étude publiée « Quelles retombées économiques pour les événements sportifs ? » sur le site internet www.olbia-leblog.com,dont nous reprenons les conclusions, les auteurs précisent que les études relatives aux événements sportifs sont encore trop rares enFrance. Elles sont pourtant indispensables à la bonne compréhension de leurs effets sur un territoire et ses entreprises. Elles seraient particulièrement utiles aux collectivités territoriales qui engagent les sommes les plus importantes pour organiser les événements. Ces derniers font les évaluations suivantes :
nombre de participants à l’évènement
estimation du nombre de spectateurs
nombre de bénévoles
nombre de membres de l’organisation
nombre de sponsors
nombre d’entreprises prestataires
nombre de personnes venues avec leur véhicule personnel
nombre de personnes ayant eu recours aux transports en commun
nombre de nuits d’hôtels ou autres types d’hébergement
nombre de repas payants par personnes (restaurants, plats à emporter,sandwiches,…)
nombre de trophées et récompenses
participation à l’événement
entrée spectateurs
distribution de cadeaux aux spectateurs
vente de produits lors de l’évènement
budget définitif de la manifestation.
Il faut cependant donner des objectifs réalistes à ces études. Le sport n’est pas une solution miracle. Il constitue une activité économique appréciable mais un événement sportif à lui seul ne peut pas créer directement des dizaines de milliers d’emplois durables ou transformer en profondeur notre économie. Un événement sportif n’est pas un investissement économique comme les autres, avec un retour facilement mesurable. Ses principales qualités ne sont pastangibles : la capacité à créer une dynamique collective, à fédérer différents acteurs, à valoriser l’identité et l’image de marque d’un territoire… Son évaluation mériterait donc des enquêtes d’un type différent, plus qualitatives, davantage axées sur les perceptions et avis des décideurs et acteurs locaux, nationauxet internationaux.
Les auteurs de l’étude publiée par olbia-leblog.com posent laquestion : pourra-t-on un jour prouver une fois pour toutes qu’un événement sportif est économiquement bénéfique ? C’est peu probable car le succès d’un événement sportif est dépendant de multiples facteurs : la conjoncture économique, la taille de la ville, son système de gouvernance, l’efficacité des autres politiques territoriales, les exigences de la fédération sportive internationale qui attribue la manifestation… Un même événementdans deux villes différentes peut donc donner des résultats économiques totalement dissemblables. Par ailleurs, dans cet enchevêtrement de facteurs sportifs et extra-sportifs, aucune méthodologie n’est capable de complètement distinguer les effets de l’événement lui-même et les effets qui relèvent d’autres facteurs (un investissement international généré à Londres à la suite des Jeux olympiques est-il uniquement dû aux JO ou peut-il aussi être expliqué par une autre décision du gouvernement ou du maire dela ville ?).
Enfin, l’évaluation immédiate d’un événement tend à masquer un fait primordial : le succès d’un événement se décide bien après qu’il s’est achevé. Ce succès dépend tout autant des politiques qui ont accompagné l’événement en amont que des politiques qui le prolongent en aval (aménagement du territoire pour compléter les infrastructures construites en vue de l’événement, promotion internationale pour continuer à renouveler l’image du territoire, attirer les investisseurs et les touristes,…)
Dans tous les cas, l’organisation d’un grand événement sportif est une « occasion en or » pour une ville, une région, un pays. Plus l’événement est planétaire, plus son rayonnement le sera et le coût également !


SOURCES :
– Etude « Quelles retombées économiques pour les évènements sportifs? », site internet www.olbia-leblog.com [2] (2014)
– Rapport de David Douillet sur « l’attractivité de la France pour l’organisation des grands événements sportifs » (2010)


[1] La CAN avait été disputée par huit sélections : Egypte, Côte d’Ivoire, Nigéria, Algérie (groupe A), Cameroun, Sénégal, Kenya,Zambie (groupe B)
[2] Par exemple Rabah Madjer qui dans les années 1980, a joué au RC Paris et à Tours avant d’aller à Porto, Djamel Menad, meilleur buteur de la CAN, a évolué à Nîmes, Cherif Oudjani, buteur en finale, a joué à Lens et Sochaux, tout comme l’entraîneur Abdelhamid Kermali qui dans le passé, avait porté les couleurs de Cannes et Lyon lorsqu’il était joueur.



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