Le magazine promotionnel de l'Algérie

N° 105 - Mai 2017

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Contribution

L’indigénophilie coloniale et ses mines destructrices

Mohamed Larbi Ould-Khelifa



Ces études pseudo-scientifiques qui portent  le nom de « science » des  indigènes se sont focalisées sur des régions spécifiques, dans le but d’approfondir davantage les différences ethniques et culturelles, jusqu’à inventer une vieille animosité entre les habitants  de ces régions tels que les Kabyles, les Chaouias, les Touaregs, les Mozabites et les Arabes. Les experts de l’administration coloniale ont utilisé de nombreux moyens pour semer la discorde ethnique et même confessionnelle, comme les campagnes d’évangélisation forcée ou séductrice, ainsi que l’appauvrissement culturel et la déculturation de tous les Algériens. Seuls quelques individus ont été instruits et gardés en réserve pour parer aux imprévus, comme l’échec de la France à joindre définitivement l’Algérie à ses départements, comme elle-même ainsi que la grande bretagne l’ont fait avec certains départements et certaines îles d’outre-mer. Après moins de trente années de génocide,  d’appauvrissement et de déplacements des populations, la France tout tenté pour faire de l’Algérie une colonie française. L’Algérie est le seul pays de la région, avant même la Palestine, à avoir subi un colonialisme de peuplement. La France coloniale a perdu ce pari, car la majorité écrasante de ces  catégories instruites est restée fidèle aux aspirations du peuple à la liberté et à la justice. Elles l’ont prouvé lors de la résistance populaire et après la constitution du mouvement national algérien au sein du PPA, qui s’est transformé, après sa dissolution, en Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques (MTLD). Cette cohésion  s’est particulièrement manifestée lors de  la guerre d’indépendance à laquelle cette élite  formée dans les écoles françaises, a participé, avec compétence et engagement, aux côtés des forces de l’Armée de Libération Nationale et des autres instances de la révolution.
Le professeur Abdelkader Mezour,  de l’université de Tlemcen, a publié une recherche dans le magazine « Mawakif », spécialisé dans les études et les  recherches sur la société et l’histoire », dans son numéro de janvier 2007, dans laquelle il a évoqué la question de l’acculturation  et l’inter culturalité, partant de la définition présentée par les anthropologues anglo-saxons, notamment Redfield, Linton et Herskovits qui estiment que : l’inter culturalité est un ensemble de phénomènes découlant de la communication  directe et continue entre des groupes d’individus issus de différentes cultures qui aboutirait à une influence claire d’une culture sur les modes de la  culture originale dans l’un de ces groupes ou entre eux. Cette définition a  été adoptée par l’académie américaine des sciences sociales.
Le professeur Abdelkader Mezour s’intéresse aux facteurs de l’inter culturalité interne à l’époque postindépendance qui a succédé à la démolition et au sabotage lors de l’occupation coloniale. Cela a fait l’objet d’une étude du chercheur français, P. Bourdieu et de son collègue, T. Sayad, intitulée « Le déracinement ». Pierre Bourdieu estime que l’arabisme et l’islamisme étaient à l’origine de l’apparition des revendications et des protestations identitaires et ont entrainé davantage d’inter culturalité et d’adhésion à la mondialisation; cependant, l’inter culturalité issue de cette adhésion à la mondialisation se limite actuellement aux modes de consommation et à certains services et supports de communication sociale.

L’indigénophilie et ses complications dimensionnelles
Selon une vision qui n’exclue, ni ne divise l’élite, il faudrait transcender la répartition en fonction de la     langue parlée. La langue arabe en Algérie est une langue rassembleuse. Ce n’est pas une race, ni une idéologie partisane. Même s’il y a un sentiment d’excellence  chez les utilisateurs de la langue  française parce que on la considère comme supérieure  à la langue arabe, ce qui se répercute  sur la politique de l’éducation et la controverse permanente sur ses modes, les utilisateurs de la langue arabe estiment, eux, qu’ils sont plus proches de l’authenticité et contre la dépendance, du fait des injustices coloniales ancrées dans la mémoire et de la politique de l’Etat français, jusqu’à ce jour, vis-à-vis de l’Algérie. Cette polémique existe, à différents degrés, chez les élites de tous les pays maghrébins. Néanmoins, il convient de s’interroger : A qui profitent la division et la marginalisation? Y a-t-il un rapport avec la classification sociale et les opportunités d’accès à la richesse et au pouvoir ?
L’intérêt accordé aux études de l’indigénophilie minée remonte au milieu des années soixante-dix du siècle dernier, lorsque j’occupais le poste de Directeur d’études à l’Institut des Sciences Sociales et que  j’étais membre du comité de réforme des programmes et des méthodologies d’enseignement dans ces spécialités, désigné par le défunt Ministre, Seddik BEN YAHYA. Le comité comptait, parmi ses membres, le professeur Abdelmadjid Meziane et le docteur DJAMEL Gennane, et son but était l’algérianisation de l’université. Cette démarche n’avait pas pour but de donner une nouvelle appellation à l’université, mais d’œuvrer à la faire sortir de l’influence de cette pseudoscience appelée « indigénophilie » et de ses fondements non scientifiques, telle qu’adoptée par E. MASQUERAY, Camille SABATIER et leur école ethnologique. Leurs recherches se sont focalisées, en grande partie, sur la Kabylie, ses spécificités sociales, raciales, historiques et sociologiques, y compris la nature et l’urbanisme, ce qui a, par la suite, donné naissance au « mythe kabyle», selon l’expression de CH. R. AGERON.
Nous avons traduit certains chapitres de son étude encyclopédique de deux tomes, intitulés « Les Algériens musulmans et la France » (1968), et nous avons également commenté certaines de ses thèses. Il convient de reconnaitre que ses recherches sont beaucoup plus objectives que celles de la majorité des historiens et sociologues français de cette époque. Le titre que nous avons choisi pour cette traduction, publiée en 2004, était : « La société algérienne dans le  laboratoire de l’idéologie coloniale ».
Au lendemain de l’indépendance, il n’ya eu que très peu d’études scientifiques basées sur l’analyse scientifique de la linguistique et des dialectes en Algérie, loin de toute tendance politique ou appartenance partisane. En tout état de cause, la science, une fois entachée de politique, surtout lorsqu’il s’agit de thèmes sensibles, perd une grande partie de sa perspicacité par rapport aux risques et de son objectivité absolue qu’il est difficile d’atteindre dans les sciences de l’Homme et de la société.
A l’époque du mouvement national et après l’indépendance, de nombreux chercheurs se sont intéressés à la question Tamazight, langue parlée en Kabylie. Nous citerons, à titre d’exemple, l’écrivain Mouloud MAMMERI, auteur du chef d’œuvre « La Colline Oubliée », qui a œuvré à l’enrichissement et à l’actualisation du dictionnaire amazigh, considéré aujourd’hui comme une des références fondamentales dans la linguistique amazigh; cependant, le désintérêt de MAMMERI ou sa méconnaissance de la grande richesse des œuvres écrites en arabe par les savants de cette région, avant et après l’avènement du royaume Nasseride, à Bejaïa, ainsi que les  intimidations de certaines parties quant au risque que la langue Tamazight concurrence la langue arabe ont facilité les accusations et l’exclusion mutuelles. Rétroactivement, c’est un service rendu a tout ce qui a été fomenté par les théoriciens du colonialisme français.
Le flambeau de Mouloud MAMMERI a été repris par son disciple, SALEM CHAKER, enseignant à l’INALCO, qui s’est intéressé, de manière générale, au monde amazigh à l’intérieur et à l’extérieur de l’Algérie. Parmi ses recherches dans ce domaine, son étude publiée en 2003 dans Diplomatie Magazine. Il y a également une thèse universitaire intitulée « Les Touaregs », présentée par Lahcène MERMOURI, de la wilaya d’ILLIZI et publiée en 2010, qui porte sur l’organisation sociale et le pouvoir chez les Touaregs. Cette étude scientifique confortée par une recherche sur le terrain figure parmi les rares recherches en sociologie politique effectuées en arabe en Algérie et pour laquelle nous avons rédigé une introduction, à la demande du chercheur.
H. ROBERTS de l’Institut des Sciences Economiques de Londres a consacré, quant à lui, plusieurs études à la question de l’amazighité au Maghreb, publiées en série, dans la revue de l’Institut Britannique d’Anthropologie. Il y a abordé les théories des spécialistes français de l’indigénophilie. Des chercheurs algériens contemporains, spécialistes en histoire, en philologie et en linguistiques, réalisent des études, des débats et des interviews, à chaque fois que la question de l’identité et ses principaux attributs sont soulevés. Nous citons, à titre d’exemple, Abderazak DOURARI et Arezki FERRAD ou ceux de courants différents ou opposés, comme Othmane SAADI et BEN NAAMAN.
L’Islam, l’arabe et l’amazighité font partie de nous et nous leur appartenons, sans détours, ni surenchères. Il est étonnant  de savoir qu’un des Etats les plus connus pour leur jacobinisme ou leur centralisme s’érige en défenseur des langues des minorités et des rites religieux opprimés et pousse ses institutions politiques et scientifiques à agir dans ce sens; qu’elle serait la réaction de cet Etat si, dans le cadre de la réciprocité, on faisait de même pour le Corse, l’Alsacien, le Normand et le Breton.
Le patrimoine culturel français, qui est d’une grande diversité et créativité, est véhiculé par la France avec assiduité et intelligence par le truchement de la francophonie; Il est de son droit de procéder à cet investissement culturel et économique, au service de son influence politique. Néanmoins, cette influence souffre de l’hégémonie du géant américain et défend avec hargne sa présence à l’intérieur même de ses frontières, au titre  de l’exception culturelle. Nous connaissons l’étendue du déploiement et de l’influence de la langue anglaise dans les forums internationaux et dans les sciences, les arts et la littérature. Il est, cependant, inutile de remplacer une langue étrangère par une autre langue. Il faut s’intéresser à l’anglais et aux autres langues de la Méditerranée, ainsi que le turc, le russe et le chinois et certaines langues africaines comme le Haoussa et le Swahili, notamment au niveau des envoyés et des diplomates, à côté de la langue arabe officielle et de Tamazight qui est, elle aussi, langue officielle. Il serait sage que l’Algérie ne soit pas une arène pour les  joutes linguistiques et les conflits d’intérêts entre les puissances mondiales et les puissances régionales ; l’essentiel est de développer le patrimoine arabe et amazigh dans les sciences, les arts et la  littérature, indépendamment des autres pays de la région qui appartiennent au même tronc commun culturel.
Il y a aujourd’hui une controverse entre les élites au sujet de la question de l’identité et de ses liens avec la langue, des efforts consentis autour de la langue qui soit la plus proche de la langue de l’école, ainsi que des autres moyens d’expression et de communication. En d’autres termes, doit-on utiliser la langue classique ou le dialecte populaire. A notre sens, il s’agit là d’un débat monté de toutes pièces, car il n’existe pas de langue sans dialecte populaire, comme c’est le cas de l’anglais, du français et de l’allemand. Le niveau de la langue diffère en fonction du niveau d’instruction et du niveau culturel des individus. Dans ces pays, la langue enseignée est la langue standard, celle qui est porteuse des merveilles des arts et de la littérature. Cette controverse est une comédie dans ce que l’on appelle le théâtre de l’ombre, qui s’éloigne des vrais enjeux que sont le développement des programmes de l’éducation, la formation et la préparation des générations d’Algériens afin qu’ils puissent accéder au monde actuel avec intelligence, savoir et nationalisme.
En ce qui concerne Tamazight, le dernier amendement constitutionnel initié par le président de la République, a mis fin à la controverse autour de sa place, l’officialisant comme langue nationale et officielle ; il est donc du devoir des chercheurs et des spécialistes des différents domaines du savoir et de la connaissance d’enrichir son dictionnaire, de ressusciter son héritage et de traduire dans cette langue les sciences et les technologies modernes ; ceci est également valable pour l’arabe qui doit faire l’objet d’intérêt et de transfert des sciences modernes, grâce à la traduction et à l’innovation.

La contestation est un dynamique naturel dans une société qui progresse vers la démocratie.
Nous n’avons trouvé dans l’Histoire écrite, aucune trace de conflits armés entre les Chaouias et les Kabyles, entre les Touaregs et les Mozabites ou encore entre ces derniers et les Arabes. Je dis «Arabes» car les experts et les chefs politiques colonialistes prétendent que ceux-ci sont des intrus, particulièrement en Algérie, et ce dans le but de promouvoir la discrimination raciale et de susciter l’animosité entre ces  prétendus groupes ethniques. Il est paradoxal que tous les rapports adressés par les militaires, les hommes politiques et les agents secrets à leurs responsables à Paris, lors de la résistance  héroïque de l’Emir Abdelkader, n’évoquaient que les Arabes, alors que les partisans de l’Emir venaient des différents régions de l’Algérie, telle qu’elle est connue et représentée dans sa géographie actuelle. L’on sait d’ailleurs que les Ottomans avaient organisé l’Algérie en Wilayas (Beyliks) purement administratives : l’Ouest, le Centre et l’Est et qu’ils étaient, avec leurs suites et leurs gardes dans leurs forts et palais, isolés de la population.
Jamais en Algérie, ni celle d’hier ni celle d’aujourd’hui, il n’y a eu de guerre, ni de rejet d’une catégorie sociale pour des raisons ethniques.
En fait, il y a eu des conflits au sein même des populations du nord et du sud, mais jamais en rapport avec la race ou la langue. Ces conflits étaient le plus souvent dus à des problèmes de cadastre, aux bombes à retardement que l’administration française nous a laissées dans le domaine des terres agricoles et steppiques, ou à l’héritage au sein d’une même famille ou de la même tribu. 
Il est à noter que le tribalisme doit être pris dans son sens Khaldounien et dans son sens le plus négatif, c’est-à-dire une transgression de la citoyenneté qui est le véritable ciment politique au sein d’une société moderne. Cette citoyenneté qui est d’ailleurs consacrée dans les différentes constitutions algériennes, notamment dans les récents amendements du 07 février  2016.  Nul doute que la  citoyenneté et la consécration de l’Etat des droits et des devoirs représentent la meilleure voie pour libérer notre société de ces archaïsmes et des mentalités et comportements tribaux et claniques et pour la débarrasser des adages erronés tels que : « On préfère notre âne aux cheval des autres »  ou « mis n’aamis » (le fils du cousin)…etc.
Appartenir à une famille ou à une région et en être fier est une chose  naturelle et même désirée, c’est une source d’appartenance à la patrie. Celui qui hait sa famille ou rejette la région d’où il est issu, pourrait mépriser sa patrie et devenir un non citoyen, un apatride.
Aussi, l’appartenance d’un individu ou d’un groupe d’individus à une région de l’Algérie, comme par exemple Targui, Chaoui, Kabyle et Mozabite ne diffère pas du qualificatif qu’on donne à un Français, en l’occurrence le Normand  qui vient de Normandie ou le Corse.
Il est inutile de citer d’autres exemples où l’appartenance à une région s’est transformée, pour des raisons politiques, ou à cause de conflits historiques ou religieux ou de fautes dans la  gestion, en revendications sécessionnistes vis-à-vis de la mère patrie. C’est ce qui se passe aujourd’hui dans des pays qui étaient de vastes empires, à l’instar  du Royaume Uni (la Grande Bretagne), avec l’Ecosse et l’Ulster catholique (l’Irlande du Sud) et de l’Espagne avec la Catalogne. C’est ce  qui est arrivé en Yougoslavie, transformée aujourd’hui en plusieurs pays indépendants. Mais le paradoxe géopolitique et historique réside dans le cas allemand. L’Allemagne qui a été divisée par les alliés et l’URSS, vainqueurs de la deuxième guerre mondiale, a retrouvé son unité et est devenue plus forte et plus stable  que dans les années cinquante du siècle dernier.
Il y a dans le monde une multitude d’exemples de cas d’effritement de pays, mais aussi d’unions, qui sont dus à des facteurs communs, qui résident à titre d’exemple dans la force et la stabilité de l’Etat, dans la capacité de ses élites intellectuelles et de ses responsables dans les différentes institutions, à respecter les spécificités régionales, à créer une certaine concorde et réaliser un développement équilibré, sans pour autant négliger les manipulations extérieures qui pourraient trouver en certains individus ou groupes, le cheval de Troie les menant vers un affaiblissement de l’intérieur, par le biais de la dislocation de la société en entités opposées qui pourraient demander l’aide et le soutien de l’étranger. C’est le cas du mouvement du chanteur Ferhat Mhenni qui ne présente ni à la  Kabylie, ni à l’Algérie, aucun projet, si ce n’est d’embarrasser l’Etat et d’induire en erreur et duper un nombre limité de gens, car la majorité écrasante des enfants  de la Kabylie sont convaincus que leur région est une partie intégrante de l’Algérie historique et moderne, l’Algérie qui se dirige vers la décentralisation administrative, dans un pays dont la superficie dépasse les deux millions de kilomètres carrés.
Dans la Wilaya (Province) de Ghardaïa, un groupe marginal est apparu sous le nom de Mouvement pour l’Autonomie du M’Zab  dont l’un des activistes, le Dr. Kamar Eddine Fekhar, a été jusqu’à s’adresser par écrit au Secrétaire Général des Nations Unies pour dénoncer ce qu’il appelle « le nettoyage ethnique » (ethnic cleansing), sur une base ethnique et régionaliste, dont se serait rendu coupable l’Etat algérien et qui trouve un écho auprès des observatoires spécialisés de surveillance. (Algeria’s south trouble’s bellwether crisis group report N°171, 21.11.2016).
En réalité, le différend et la tension qu’il y a eu en 2015 notamment ne différent pas des formes de manifestation et de revendication dans les autres Wilayas (provinces) du pays et n’ont aucun lien avec les ethnies et le régionalisme qu’évoquent des observateurs qui n’ont pas connu l’organisation sociale et les référents historiques de l’Algérie antique et contemporaine. Ces observateurs se fondent sur les écrits falsifiés de ce que l’on appelle l’indigénophilie coloniale et que l’on retrouve dans les analyses de certains experts étrangers : (Louis Martinez: Algérie le calme avant la tempête, «le Monde», 10-01-2012).
Ce n’est pas une simple  hypothèse ou la recherche d’un coupable qui ourdit des complots contre l’Algérie à partir de l’étranger  que de dire qu’il y a des officines dans la région et en dehors de la région qui œuvrent dans l’ombre et  en plein jour contre l’Algérie. Ces officines veulent pousser le pays vers ce que l’on a appelé «le Printemps arabe», alors qu’en fait c’est le printemps des catastrophes et du chaos, celui qui a conduit au morcellement de plusieurs pays. Elles veulent faire revenir le pays à l’époque durant laquelle il n’y avait pas encore d’Etat national, c’est-à-dire à l’époque du régime tribal. Elles veulent émietter davantage le tissu social.
L’histoire de Oued M’Zab et son présent, avec ses composantes Malékite, Ibadite, Chaamba et Mozabite prouve que les causes de la tension conjoncturelle actuelle (et c’est ce qui se passe aussi à l’intérieur de ces deux groupes) sont d’origine économique et ont trait au développement et aux opportunités d’emploi des jeunes. De même que nous remarquons que, contrairement à leurs ainés, de nombreux jeunes n’ont plus la même discipline, ni le même dévouement envers la structure traditionnelle connue à Ghardaïa, à l’instar des autres Wilayas et autres régions du pays et ce, en raison de l’omniprésence des réseaux sociaux et des autres phénomènes de la mondialisation.
En outre, la contestation est parfois due aux carences des autorités locales, non pas que ce soit volontaire de leur part, mais plutôt à cause des lourdeurs bureaucratiques et de l’absence d’esprit d’initiative. Ajoutons à cela, l’absence relative de certains partis qui ont laissé les missions d’encadrement et d’explication aux services de sécurité que sont la police, la gendarmerie et enfin l’armée, sachant que les missions réelles de ces corps consistent à veiller à la préservation de la sécurité , de l’ordre public et des frontières, dans le cas de l’Armée Nationale Populaire. Les extrémistes qui se drapent du voile de l’Islam ont trouvé ici une occasion propice pour attiser le feu de la contestation et le diriger contre l’Etat, et pour encourager les foyers de tension, épuisant ainsi les structures locales et centrales de l’Etat. Au tout début, c’est la région d’AIN SALAH qui a été choisie lorsque le Ministère de l’Energie a, en 2015, décidé de se lancer dans l’exploitation du gaz de schiste (shale gas), dans une région réputée pour ses traditions, ses zaouïas (confréries religieuses) enracinées dans l’histoire et son passé de lutte contre le colonialisme. Cheikh Amoud était l’un des héros de cette région, héros qui ont infligé de très lourdes pertes au colonialisme français. Le sud du pays a longtemps résisté au pouvoir militaire jusqu’à la défaite de l’armée coloniale. Nous ne pouvons également pas passer sous silence le fait que la région a été  la victime des essais nucléaires français dont les retombées catastrophiques sur l’homme, sur la faune et la flore se font ressentir jusqu’à ce jour. Du point de vue de l’observateur des questions algériennes,  il convient de noter que le projet d’extraction du gaz de schiste n’avait pour objectif de porter atteinte ni aux citoyens, ni aux précieuses réserves d’eau potable de la région. Il est connu qu’une très vaste nappe phréatique se trouve dans le désert algérien, notamment dans les régions de Tamanrasset, Timimoun, Metlili, Adrar, Touggourt, Ghardaïa et Ouargla, et qu’elle peut transformer ce que l’on appelle le Sahara en des millions d’hectares de paradis agricoles et de jardins verdoyants.
Je dis que la sincérité ne suffit pas à rassurer nos concitoyens de cette partie du pays sur les objectifs du projet de gaz de schiste ; en effet, il aurait fallu avant cela, initier un dialogue avec les habitants, notamment à travers les instances, les associations et les structures locales qui ont des représentants dans de nombreuses institutions nationales. Nous ignorons si ces instances ont été consultées ou pas et si elles ont été associées au projet avant son lancement?.
Dans une interview accordée au quotidien national El Watan, le 09/01/2017, le sociologue Nacer Djabi estime que parmi les causes de l’aggravation des contestations, il y a la faiblesse des intermédiations sociales et politiques. Il déclare que les élites officielles reconnaissent les partis, les associations et les syndicats, mais ne font rien pour les associer en tant qu’intermédiaires pour apaiser les tensions et calmer les contestations. Avec tout le respect que je dois au Professeur Djabi et à son positionnement politique, je pense que son opinion sur le fait que le gouvernement préfère affronter des manifestations violentes car elles servent sa pérennité et n’offrent pas d’alternatives, et que son penchant pour la thèse de René Gallissot sur le rôle des mouvements de contestation comme vivier des élites alternatives dans la société algérienne ne s’appliquent pas à la continuité de cette société. L’explication la plus plausible aux causes et aux conséquences des mouvements de contestation  est celle qui prend en considération l’expérience historique de la société algérienne lors de l’occupation coloniale, société qui a adopté un comportement de refus et de rejet pour s’exprimer face à ce qu’elle considérait arbitraire ou injuste, « el hogra » dans le langage populaire. C’est, à mon avis, la dynamique positive  d’un peuple qui a toujours refusé de se soumettre et de dire oui….oui comme chez les béni oui….oui. La Wilaya d’Ouargla constitue un des points d’ancrage de la contestation dont le mot d’ordre est la revendication de postes d’emploi, et des manifestations massives pour protester contre la préférence accordée aux citoyens venant du nord du pays pour occuper les emplois à tous les niveaux et revendiquer le développement de la région qui recèle la richesse la plus importante du pays. La ville de Ouargla est proche d’une des plus grandes bases pétrolières, Hassi Messaoud, et d’une base d’extraction de gaz naturel, Hassi R’Mel, outre le fait que c’est l’une des villes du sud les plus denses du point de vue démographique,, avec plus de 140.000 habitants.Il est clair que cette Wilaya (province) bénéficie, à l’instar des autres régions du pays, d’une grande attention de la part des pouvoirs publics en termes de droit légitime  au développement et du fait de sa proximité avec des frontières instables, conséquence de la situation en Libye, en Tunisie et au Mali. Il en résulte un contrôle minutieux de ces frontières et la faiblesse ou l’absence totale d’échanges commerciaux avec ces pays voisins.Les institutions étatiques se doivent d’accorder l’intérêt et l’attention nécessaires à cette région et c’est ce qu’a affirmé à plusieurs reprises le Président de la République , lui qui connait personnellement ces régions pour en avoir été un des dirigeants de la révolution. N’est ce pas le Moudjahid Abdelaziz BOUTEFLIKA , connu sous le nom de Abdelkader El Mali, qui a ouvert, avec ses compagnons, le front sud, lors de la révolution de Novembre 1954 ?
Le président Abdelaziz Bouteflika était convaincu dès le début de son premier mandat que sauver l’Algérie des conflits interethniques et des conflits attisés sous la couverture de la religion qui ont poussé les enfants du même peuple à s’entretuer, devait passer d’abord par la concorde et par la nécessité de convaincre toutes les parties de l’importance et de la nécessité de la réconciliation nationale. Ce projet innovateur et courageux a obtenu l’écrasante majorité lors d’une consultation par référendum, laquelle majorité a constitué une assise pour le lancement des programmes de M. le Président, pour le développement et la modernisation de nombreux secteurs et services de l’Etat.
Il serait judicieux de rappeler qu’à la fin des années quatre-vingt-dix, le discours politique était axé, dans son ensemble, sur l’échange d’accusations ou sur la qualification de la nature de la crise et ses conséquences sur l’Etat et la société. Les acteurs politiques ne savaient alors pas que la clé de la solution résidait dans la réconciliation  avec soi, avec l’histoire et avec tous ceux qui aspiraient à la paix et la coexistence entre tous les Algériens. Il est rare de voir, dans un pays du tiers monde et même dans un pays démocratiquement avancé, un Chef d’Etat qui se tient côte-à-côte avec trois anciens Présidents et que des aéroports, des universités et autres infrastructures soient baptisés aux noms de grands leaders dont les noms et les époques faisaient l’objet depuis plus de soixante ans, d’une controverse politique et d’une levée de boucliers chez les différents courants qui traversent la société. Cette réconciliation avec le passé ne peut-être effacé de la marche d’un peuple, ni de sa mémoire. Une posture civilisée qui devrait constituer un modèle pour les autres. L’épreuve du terrorisme pendant les années quatre-vingt-dix, a constitué la plus grande menace à la cohésion culturelle et sociale ancestrale des Algériens. Survenue après la catastrophe coloniale qui a constitué la plus grande menace pour la survie de l’Algérie et son existence, cette tragédie  a été perçue par la plupart des pays du monde et même certains pays voisins, comme de simples scènes dramatiques à regarder en attendant l’effondrement total de l’Etat- nation et des fondements de la République, tels qu’énoncés par la déclaration du premier novembre 1954 ; une République où il n’y a pas de place aux ethnies, ni aux races, ni à l’extrémisme religieux, car l’Islam, dans son acception populaire, est un liant spirituel et culturel, purifié  de toute forme de violence et de xénophobie à l’encontre des autres cultures et des autres religions. Pendant la résistance populaire et la révolution pour la libération, il n’y jamais eu de destruction des lieux de culte chrétiens ou juifs, ni d’hostilité à l’endroit des Français parce qu’ils étaient chrétiens. La lutte des Algériens à travers l’histoire a toujours été dirigée contre les agresseurs. Les revendications des Algériens ont de tous temps été la liberté, la justice et le progrès, tels qu’énoncés par la déclaration du premier novembre 1954, qui constitue la synthèse de l’expérience historique de l’Algérie et une méthode valable aussi bien pour le présent que pour l’avenir.

Mohamed Larbi Ould-Khelifa



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