Le magazine promotionnel de l'Algérie

N° 107 - Août 2017

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Contribution

La civilisation : craintes de déclin et d’effondrement

Dr Mohamed-Larbi Ould khelifa, président de l’APN



Toutes les nations et les races peuvent connaitre un essor ou un déclin civilisationnel ; en réalité, les nations appelées, de nos jours, primitives ou sous-développées ont connu, dans des siècles révolus, des civilisations florissantes, selon les critères de leurs ères, comme c’était le cas pour les civilisations Aztèque et Maya en Amérique Latine, avant qu’elles ne subissent les canonnades des conquêtes espagnole, portugaise, britannique et française qui ont commis des actes de génocide, d’ethnocide et d’évangélisation forcée aux quinzième et seizième siècles. Il en a été de même pour l’empire Songhaï, dans le bassin du Sénégal, et pour l’empire du Mali, au Sahel, qui ont été découpés et répartis en petites entités, selon les stratagèmes et les intérêts du colonialisme dans le Continent. Le résultat de ce démantèlement et de cette répartition anarchique transparait dans plusieurs régions en Afrique de l’Est et de l’Ouest, à tel point d’ailleurs que les membres de l’Organisation de l’Unité Africaine, d’abord, de l’Union Africaine ensuite, n’ont trouvé d’autre règlement aux conflits frontaliers que le maintien des frontières actuelles, solution qui a consisté à choisir le moindre de deux maux. Par conséquent, la colonisation du Sahara Occidental est une violation du consensus africain et un précédent grave qu’il faut réparer en accordant au peuple du Sahara Occidental son droit à l’autodétermination et à l’instauration de son Etat, dans le cadre des pays maghrébins et africains.
Il est à noter que le Maroc qui a violé le consensus africain est le seul pays, avec Israël, qui ne possède pas de frontières géographiques définitivement tracées. En effet, son premier dirigeant qui porte le titre du Sultan, Roi et Commandeur des Croyants, saisit toutes les opportunités possibles pour donner libre cours à ses tendances expansionnistes, soit vers l’Algérie (1963), soit vers la Mauritanie, juste après son indépendance en 1960 et à ce jour (déclaration du chef du parti de l’Istiqlal) décembre 2016. Ses visées expansionnistes sont même allées jusqu’au bassin du Sénégal. Les élites maghrébines, conscientes des données de notre siècle, acceptent-elles de telles convoitises, au lieu d’œuvrer à la coexistence et à la coopération entre des peuples qui doivent relever les mêmes défis et qui sont liés par des liens historiques et des intérêts communs.
Il est à noter également que les nations qui ont atteint aujourd’hui le summum de la civilisation étaient, il y a plusieurs siècles, des peuples barbares et primitifs, comme les Vandales, les Vikings, les Germains et les Gaulois, dans le nord et l’ouest de l’Europe.  C’étaient des tribus dont la vie se résumait à la piraterie, au pillage, à la spoliation et à l’agressivité bestiale.
A partir de cette réalité historique, la question de la renaissance et du déclin civilisationnels a suscité un grand intérêt chez les politologues et philosophes occidentaux entre les deux guerres mondiales et même bien avant cette période. Cette question soulève, dans le cadre de la philosophie de la civilisation, de la morale et de l’histoire, plusieurs problématiques toujours d’actualité. L’académicien américain, R. STARN, a analysé, dans une recherche publiée en 1957, un ensemble de termes indiquant le déclin et la décadence civilisationnelle et galvaudés dans la littérature de l’époque. Il les a classés selon leurs significations: Conversio – Inclination – Lapaus – Leversio – Subversio – Vacillacio … qui indiquent tous une tendance au pire. (R. Starn : Meaning levels in the theme of historical decline, N.Y 1957).
Cette classification et analyse ont suscité l’intérêt d’un certain nombre de chercheurs en philosophie de l’histoire, en histoire des civilisations, en philosophie, en éthique, en  sociologie et particulièrement, en science comparée. Ces études démontrent la grandeur et la décadence des civilisations, ainsi que leurs caractéristiques actuelles, à travers l’étude des phénomènes qui les empêchent de se transformer et de se développer ou qui les poussent à s’abandonner à la paresse spirituelle, qualifiée par certains philosophes tels que de TOCQUEVILLE, GOBINEAU et RINAN de « Mal des siècles » ou de dégénérescence comme l’appellent les philosophes allemands, tels que HELDER et SPENGLER.
Les chercheurs britanniques dont Goodman ont, très tôt, accordé un intérêt particulier à la question de la décadence civilisationnelle. F.Bacon, s’est particulièrement inspiré des Prolégomènes d’Ibn KHALDOUN (Al-Muqaddima), en utilisant les mêmes expressions tirées de cette œuvre : l’Etat commence à s’effondrer et à se déliter à chaque fois qu’il devient indulgent et accomodant. (soft and effiminate) Ibn Khaldoun dit dans le tome 1 de son ouvrage :
« La bédouinité était source du courage… certes, cette génération barbare est plus courageuse que la précédente, elle est davantage capable de battre les autres nations  et d’accaparer ses biens; ce degré de barbarie diffère au sein même d’une seule génération, selon les tranches d’âge. De plus, à chaque fois qu’ils quittent leurs campagnes et acquièrent des connaissances, leur courage diminue et leur cruauté et bédouinité aussi».
Le rapport qu’établit Ibn Khaldoun entre les facteurs de puissance et de suprématie, de faiblesse et de défaillance, avec l’urbanisation et la bédouinité, il y a plus de sept siècles et le fait que Francis BACON soutienne cette analyse, au cours du dix-septième siècle, ont eu un impact majeur sur les théories sociologiques, l’histoire politique et civilisationnelle des nations et des empires qui se sont succédés.
Cette analyse rappelle les cycles de développement chez les êtres vivants comme l’enfance, la jeunesse, l’âge adulte, la vieillesse et la mort. Nous trouvons dans le saint Coran une illustration : «C’est Lui qui vous a créés de terre, puis d’une goutte de sperme, puis d’une adhérence; puis Il vous fait sortir petit enfant pour qu’ensuite vous atteigniez votre maturité et qu’ensuite vous deveniez vieux, - certains parmi vous meurent plus tôt- et pour que vous atteigniez un terme fixé, afin que vous raisonniez». (Sourate Ghaffir; Verset 67) (Trd. Mohammed Hamidoullah- Edition Tawhid)
Ce concept du cycle civilisationnel a été repris par les philosophes de l’histoire, tel que Arnold TOYNBEE, au vingtième siècle, et sous le thème du conflit des civilisations, chez Samuel HUNTINGTON ; la survie et la puissance d’une civilisation exigent l’élimination d’une autre civilisation, différente ou concurrente. A cet effet, le sujet de la décadence civilisationnelle suscite actuellement l’intérêt des penseurs occidentaux, à l’instar de F. BRAUDEL, dans son étude intitulée « Grammaire des Civilisations », de J. DIAMOND dans son étude intitulée « l’Effondrement » et de R. FRANK dans « Déclin ». La chercheuse américaine, AMY CHUA, a publié, en 2007, une recherche documentée sur la naissance et la chute des civilisations, intitulée « Day of Empire »  et traduite en langue arabe, en 2009, par M. M. Mahmoud SALIH, sous le titre « l’Ere de l’empire ».
A la fin des années quatre-vingt-dix, l’administration américaine a formé une équipe de chercheurs en stratégie, en prospective, en relations internationales, en économie, en technologies avancées, etc. afin de répondre à la question suivante: quelle sera la position des Etats Unis au vingt et unième siècle, opportunités et risques ? De même que le thème du premier débat entre les candidats à la présidence des Etats Unis était axé sur l’avenir de l’Amérique dans le monde (27/09/2016). L’hebdomadaire français « Le Point » a consacré deux numéros au sujet de la décadence, le premier intitulé « Le mal français » (02/06/2016) et le deuxième, « Comment disparaissent les civilisations » (04/08/2016), accompagné d’une carte intitulée « le cimetière des civilisations depuis des millénaires».
Parmi les symptômes communs précédant tout effondrement civilisationnel, la haine répandue du présent, le désespoir par rapport à l’avenir et le démantèlement des fondements de l’Etat. Ce processus a été illustré par Al-MAQDISI lorsqu’il a évoqué le Califat Abbasside, que nous avons cité au début de cette étude, ainsi que par le chercheur britannique, E. GIBBON, dans l’étude détaillée intitulée «Histoire de la décadence et de la chute de l’Empire Romain » (1788) ; Selon lui , l’effondrement du gigantesque empire Romain est dû, selon lui, aux attaques répétées des Barbares et à l’influence du Christianisme qui a déclenché une révolution qui a affaibli Rome, depuis ses provinces jusqu’à la capitale de l’empire.
Outre les analyses et les explications apportées par les spécialistes en philosophie d’histoire quant à la naissance et à la chute des civilisations, nous trouvons, dans l’antiquité, d’autres raisons imprévisibles et difficiles à prévenir, à l’instar des catastrophes naturelles, telles que les inondations, (tsunami), les séismes, les volcans, les pluies diluviennes et les épidémies. A titre d’exemple, l’Atlantide aurait été engloutie sous les flots, elle est mentionnée par Platon en troisième siècle avant J.C, dans son dialogue « CRITIAS », un mélange de mythe et d’utopie historique, car la description de Platon relative au niveau que cette civilisation avait atteint dépasse celui d’Athènes et de toutes les civilisations datant de cette ère. Elle pourrait refléter l’image de la Cité Vertueuse, comme il l’a imaginée et décrite dans ses œuvres sur la République et Phédon.

Contribution de l’Algérie au continuum civilisationnelle: des fondements qui font face au déni et à la distorsion.
Comment analyser la position civilisationnelle de l’Algérie sur la carte géographique du monde d’hier et d’aujourd’hui ?
La réponse à cette question requiert l’étude d’un passé de plus de trois mille ans et l’élaboration d’encyclopédies scientifiques universelles et ouvertes auxquelles contribueraient des académiciens de différentes spécialités, y compris des archéologues, au sein d’une institution jouissant de l’indépendance organisationnelle et matérielle. Nous avons tenté, au niveau du Haut Conseil de la Langue Arabe, de jeter les bases de cette institution, allant jusqu’à proposer son règlement intérieur et le lancement de ses activités, mais en vain. Hélas, cette institution n’a duré que quelques mois et les cercles universitaires ne s’intéressaient plus à elle. En outre, le projet de l’histoire générale de l’Algérie a été reporté et est resté lettre morte au niveau des ministères, y compris le ministère des Moudjahidine ; la Direction Générale des Archives, rattachée à la Présidence de la République, n’a pas pu, quant à elle, relancer le projet, alors que nous savons que la première des décisions prises par Ben GOURION, Chef du Gouvernement de l’Entité sioniste, en 1949, a été d’instaurer l’encyclopédie israélienne, dont de nombreux volumes ont été  publiés aujourd’hui et en plusieurs langues.

La civilisation de l’Algérie dans sa dimension populaire et ses apports culturels :
L’Algérie a, à l’époque des Rois Amazighs, apporté différentes contributions civilisationnelles, à son environnement méditerranéen, à son environnement africain et même en dehors de ces zones géographiques. Après l’expansion de l’islam, toutes ces contributions ont été dispersées, pillées ou attribuées à des nations autres que la nôtre. Lorsqu’il s’agit du continuum civilisationnel d’un peuple ou d’une nation, il est vain de vouloir exploiter les apports civilisationnels d’avant et après l’ère de l’Etat-Nation, tel qu’il a été reconnu dans les temps modernes, comme le véhiculent certain discours idéologiques, à l’instar du déni de l’histoire et de la culture amazighe, de son patrimoine et de ses arts dans notre pays, alors qu’elle représente une richesse intellectuelle et littéraire inestimable; à l’instar des propos visant à sous-estimer la contribution de l’Algérie à la civilisation arabo-musulmane et son rôle dans la Méditerranée et en Afrique, alors que l’Algérie a enfanté des milliers d’écrivains et de savants qui étaient des références avec le grade de professeur et titulaire de chaire, comme on le dit aujourd’hui.
Si nous revenons à la continuité historique de toute civilisation,  nous conclurons que ces pauses, dans notre passé proche et lointain, n’étaient nullement une rupture ou une reprise à zéro, mais plutôt des phases imbriquées dont chacune possède des caractéristiques supplémentaires, dans le cadre du processus culturel d’accumulation, au sein de la société et de ses institutions, tant traditionnelles que modernes. Qualifier la civilisation algérienne d’amazigh et d’arabo-musulmane ne comporte en soi aucune contradiction, ni opposition et ne peut engendrer aucune sensibilité menant à des conflits, à l’isolationnisme, à la peur ou à l’animosité envers l’autre. Nous montrerons, dans les pages suivantes, certaines des tentatives qui visent à créer ces faux conflits.
De part sa position géographique qui sert de trait d’union entre la Méditerranée et le Sahel dans le Sahara, et quelle que fût son appellation : Numidie, Afrique, Maghreb Central avec pour capitale Djazair Beni Mezghenna, l’Algérie a subi plusieurs tentatives d’hégémonie, d’assimilation ou d’annexion de la part d’empires venant de la rive nord de la Méditerranée et qui étaient à l’origine des agressions. Certaines élites de notre pays se sont adaptées à la mondialisation de cette époque lointaine, à l’instar de l’empire romain avant le christianisme et de l’empire byzantin. Cependant, les classes populaires ont, non seulement, conservé leur caractère général, mais elles ont installé une véritable rupture avec les envahisseurs. C’était leur seule et unique arme face à l’isolement et le déséquilibre des rapports de force, à l’époque. Il convient de rappeler que parmi les facteurs qui ont encouragé ces agressions, il y avait le fait que la population était divisée, morcelée et dispersée, et il y avait les conflits tribaux ; Cependant, l’Algérie n’était pas un cas unique ; la division était le trait dominant en ces périodes de l’histoire ancienne, y compris en Europe de l’Ouest, avant l’émergence de l’Etat- Nation. Il y avait des principautés et des duchés, même à l’intérieur de la Russie de la période précédant l’avènement des tsars (Tsarkoe). Par conséquent, la première ligne de défense de l’Algérie et son premier rempart n’était autre que l’unité de son peuple, suivie de sa force de dissuasion assurée par les institutions de l’Etat, les organisations de la société et les classes populaires.
L’Islam en Algérie : un référent rassembleur au-delà de toute race et qu’aucune doctrine ne peut diviser.
Durant les milles ans après l’arrivée de l’Islam, la société algérienne n’a jamais connu de conflit religieux ou sectaire. D’ailleurs, la dynastie Fatimide (909-1171) est apparue ici, a régné durant plusieurs décennies et a quitté l’Algérie pour aller s’établir ailleurs. La doctrine chiite fatimide se limitait au monarque fatimide et à son entourage. Un poète s’est adressé au Calife disant « Gouvernez, vous être l’Unique et le Dominateur suprême ». L’incapacité du Calife fatimide à imposer cette doctrine à la société était probablement l’une des raisons qui l’avaient poussé, lui et son armée,  à se diriger vers le Caire de laquelle dépendait le Califat Fatimide par la suite. Nous estimons que crier à ce que l’on appelle propagation ou infiltration du chiisme en Algérie pourrait entrainer l’Algérie dans l’enfer des conflits confessionnels et sectaires des pays où sont nées ces doctrines et ces divisions sectaires. Nous constatons la situation actuelle de ces pays, du fait des instigations, incitations  et interventions directes  des forces prédominantes, y compris Israël, principal bénéficiaire de la fragmentation, des guerres intestines et de la destruction. L’Islam en Algérie est un et a une seule origine : le Saint Coran. De même qu’en Algérie, les individus n’ont jamais été identifiés, à l’état civil ou  sur leur carte d’identité, par leur confession religieuse, comme c’est le cas dans d’autres  pays où sur ces mêmes documents sont mentionnées les confessions et les doctrines. En outre, la politisation des  statistiques et des pourcentages tendancieux est, en soi, une manière de laisser le feu allumé sous les cendres.
Le danger qui guette la sécurité et la stabilité de la société est le fanatisme religieux qui est contraire à l’essence même de l’Islam, religion de tolérance et de solidarité et ce, quels que soient l’appellation ou les masques que peuvent utiliser les fanatiques issus des cercles fermés de salafistes qui enferment l’Islam dans des carcans rétrogrades, ignorent volontairement les préceptes vertueux de cette religion, font peu cas de la raison et des vertus de l’Ijtihad, qui sont à notre époque actuelle  et même à toutes les époques, l’un des piliers de l’Islam, comme nous y incitent de nombreux versets  du Noble Coran.
Les  phénomènes d’islamophobie ne font qu’accroitre en raison des phénomènes de l’extrémisme violent dont les racines remontent à très loin dans l’histoire, notamment après l’avènement de l’Islam dans la même région où sont  nées les trois religions monothéistes et leur cohabitation  directe. Cela n’a pas été le cas pour le Bouddhisme et le Brahmanisme en Asie, un continent qui n’est pas confronté  à la haine et à l’aversion religieuse contre les individus, même dans leur apparence. Par exemple, les Sikhs avec leurs barbes et leurs grands turbans ou les Indiennes avec le sari (voile). En Europe certains pratiques comme le youga se propagent, y parmi les intellectuels Lors de discussions avec des diplomates ou des élites qui les entourent, nous percevons que le terme Islam est synonyme de  terrorisme et que les hommes de culte sont tous des hommes politiques drapés d’une couverture religieuse. Aucun d’eux ne parle de la sacralité du pape précèdent  dont l’activité politique a pris le dessus sur ses missions religieuses au Vatican.
Ce que l’on appelle Daech, cette légende fabriquée dans les laboratoires du conflit entre les deux blocs, à l’époque d’Al Qaeda, a mené à deux  colonisations successives, celle de l’Afghanistan et celle de l’Iraq. Ce monstre a été d’une aide incommensurable pour les grandes puissances et à leurs intérêts dans la région. En revanche, il n’a pas sa place en Algérie et ce, grâce à la clairvoyance de son peuple et la vigilance des forces de l’ordre et de l’armée, bien  qu’il se rapproche de nos frontières. Le croyant se fait-il berner deux fois de suite par le terrorisme ?!  Qui peut croire qu’une alliance  de  plus de trente pays d’Amérique et d’Europe, avec leurs flottes et leurs missiles, fait du surplace et est effrayée par une horde de voyous qui réussit, sur un territoire étroit, à répandre son poison dans de nombreux pays ?

Le rite Ibadite est une doctrine et non pas une secte religieuse ou ethnique. 
Le rite Ibadite est arrivé en Algérie et a trouvé protection après avoir été opprimé en raison de son appel anticipé à la démocratie directe et non à la gouvernance héréditaire. Tout au long de l’histoire contemporaine, les Ibadites n’ont jamais fait l’objet de persécution ou d’isolement. Ils ont cohabité avec leurs concitoyens algériens, dans la paix et la fraternité, dans les villes et villages du pays. Si cette relation historique et éternelle a été troublée, comme cela a été le cas pendant la guerre de libération (boycott des commerçants mozabites) ou au cours de ces dernières années, cela est dû à des incitations à la déstabilisation de l’Algérie suivant la politique « diviser pour régner » et à leurrer les jeunes et les moins jeunes. Nous ne cherchons pas à incriminer une main étrangère ou à justifier des évènements tristes. Cela peut être dû à des fautes personnelles des responsables directs ou à une réaction tardive de la part de ces mêmes responsables, de leur tutelle et des institutions concernées qui doivent réagir aux contestations par dialogue direct à tous les niveaux, notamment avec les jeunes dont les revendications et les ambitions augmentent partout en Algérie. Ces revendications peuvent survenir dans toutes les régions du pays. Qu’elles soient plus importantes ou moins importantes que ce qui se passe dans les autres pays, elles font ressortir l’énergie et l’âme revendicatrice  du peuple algérien qui exige davantage de développement et de services. Nous pouvons dire, sans orgueil aucun, que les Algériens  ne font pas partie de ces peuples que l’on peut asservir par la sommation et la menace, ou en raison de la sacralisation du pouvoir comme c’est le cas dans d’autres pays, proches ou lointains. le oui oui n’as jamais été un caractère général des algériens des Rois amazigh à ce jour.
L’Algérie n’a pas connu de conflits ethniques, ni dans le passé, ni aujourd’hui; nous appartenons tous à une seule Algérie et le peuple, dans sa majorité, est fier de cette appartenance, quelle que soit la région, la catégorie sociale ou la langue; et ce qui est arrivé  pendant les années quarante avec ce que l’on a appelé  le mouvement berbère, et pendant les années quatre-vingt, et au début de ce millénaire, est dû à des raisons politiques ou économiques, telle que la revendication de la démocratie ou du développement régional, et de l’extrémisme d’exclusion contre la langue tamazight ou contre la langue arabe.
Il ne faut pas sous-estimer l’impact des études politiques menées, sous  couvert scientifique, par des experts en ethnologie, en ethnographie et dans les autres sciences sociales, telles que  la psychologie sociale, la psychanalyse et l’histoire, pour servir le colonialisme français. Frantz Fanon, médecin et militant de la guerre d’Algérie, a analysé certaines des causes et des objectifs de ces études, dans des travaux d’une très grande importance  jusqu’à aujourd’hui. Ces études ont eu un impact sur l’image que l’Algérien a de lui-même, comme ce qui se dit au sujet de sa prétendue violence héréditaire, de son agressivité envers lui-même et de son caractère asocial, sauf dans les limites  de la famille très proche ou ce que Ibn Khaldoun appelle « tribalisme ». Exception faite des symptômes somatiques, le comportement de l’être humain est le résultat d’un stimulus et d’une réponse. Ce qu’il faut réaffirmer une fois de plus, c’est que le peuple algérien est difficile à asservir et son histoire millénaire le confirme.
En réalité, ces allégations ne sont rien de plus que des préjugés visant à inciter l’Algérien à se mépriser, à sous-estimer sa personnalité, dans le but de le dompter et de le rendre pessimiste par rapport à l’avenir pour le maintenir en position de servitude face à l’oppression et au colonialisme. Frantz Fanon a expliqué ce qu’on appelle violence et agressivité sous l’angle du comportement instinctif, considérant que ce sont des mécanismes naturels de défense chez toutes les créatures qui veulent vivre. C’est un phénomène qui survient dans le corps humain, c’est-à-dire que des cellules viennent en remplacer d’autres et c’est ce qui explique les étapes d’évolution du corps et les symptômes du vieillissement et de la vieillesse.

Mohamed Larbi Ould Khelifa



Du mĂŞme auteur

Dr Mohamed-Larbi Ould khelifa, président de l’APN

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