Le magazine promotionnel de l'Algérie

N° 107 - Août 2017

Go

Contribution

Favoriser l’essor du sport féminin en Algérie

Université de M’ Sila : Colloque international sur la pratique sportive féminine :

Par Me Serge PAUTOT,



La place de la femme dans le sport fait partie des sujets prioritaires tant des instances sportives que des autorités publiques. Le directeur de l’Institut des sciences physiques et sportives, le professeur Ahmed Boussakra de l’Université de M’Sila, et les membres de sa commission scientifique ont eu la bonne idée d’organiser à M’Sila un colloque international: « Le sport féminin en Algérie » du 22 au 24 novembre 2016.
L’ouverture officielle des travaux était faite sous la présidence effective de Monsieur le professeur Ahmed Boutarfaia, recteur de l’Université de M’Sila et la présence du doyen de la wilaya. Le directeur de l’Institut devait remercier l’assistance d’être venue très nombreuse (plusieurs centaines de personnes venues de tout le pays) et de citer les conférenciers venus de divers pays tels l’Irak, la Palestine, l’Arabie saoudite, le Libye, l’Egypte, la Tunisie, le Yémen, mais aussi de France, Belgique et Grande-Bretagne. Des sportives féminines étaient venues, dont l’ancienne championne judokate Salima Souakri.
Le directeur des études de l’Institut le docteur Fouad Saad Saoud, devait tout d’abord situer l’importance du sport féminin en Algérie. Etonnamment, dans des statistiques communiquées par le MJS en 2010, la « dominante » des données fait apparaître que la gent féminine a tendance à s’orienter vers les sports de « combat ». En effet, près de 11 000 femmes, sur 55 000 licenciées, pratiquent une discipline liée à la « self défense », peut-être par souci « sécuritaire », indiquait avec humour un participant, comparativement à un passé récent où la femme algérienne était plus présente dans les sports collectifs, ou individuels.
Selon les données du MJS, le karaté arrive en tête du hit-parade des sports de combat pratiqués par les femmes algériennes (5 816 licenciées) suivi des arts martiaux (Vovinam viet vodao, le Kung fu...) qui comptent 1 946 licenciées, du judo (1 932), du taekwondo (793) et de la lutte (712). Environ 10 000 autres femmes pratiquaient les sport-co tels que le football, basket-ball, handball et le volley-ball. Au milieu de tous ces éléments, l’éducation constitue un vecteur primordial pour accélérer l’évolution de cette société qui discrimine sans qu’elle s’en rende compte. Au commun des mortels, dans les sociétés méditerranéennes, maghrébines, on n’éduque pas de la même façon la fille et le garçon. Aujourd’hui donc plusieurs dizaines de milliers de femmes pratiquent le sport. De même, l’engouement suscité par l’équipe nationale de football incite de plus en plus de jeunes filles à pratiquer cette discipline, le sport le plus populaire et le plus pratiqué au monde. Certes, souligne un orateur, le sport féminin ne doit pas être l’apanage des villes telles Alger, Oran, Constantine..., mais aller dans l’Algérie et encourager les écoles et les maires à « pousser » la jeunesse féminine.

Les femmes tardent à investir le terrain
Un des conférenciers devait indiquer que l’institution olympique est restée un organisme exclusivement masculin et de dire que le sport féminin est en progression. Son développement étant un indice de l’évolution de la place de la femme dans la société. La progression des sports féminins aux jeux Olympiques a été lente. En voici la chronologie :
1900 : Tennis, golf ; 1904 : Tir à l’arc ; 1908 : Tennis ; 1912 : Natation ; 1924 : Escrime, patinage artistique ; 1928 : Athlétisme, gymnastique ; 1936 : Ski ; 1948 : Canoë ; 1952 : Sports équestres; 1960 : Patinage de vitesse ; 1964 : Volleyball, luge ; 1972 : Tir à l’arc ; 1976 : Aviron, basketball, handball ; 1980 : Hockey ; 1984 : Tir, cyclisme ; 1988 : Tennis, tennis de table, voile ; 1992: Badminton, judo, biathlon ; 1996 : football, softball ; 1998 : Curling, hockey sur glace ; 2000 : Haltérophilie, pentathlon, taekwondo, triathlon ; 2002 : Bobsleigh ; 2004 : Lutte ; 2012 : Boxe.
De même, aux JO. de Stockholm, les sportives féminines ne représentaient que 2%, à Rome 11%, Séoul 26%, Londres 44%. Il a fallu de la détermination pour que les épreuves féminines soient prévues aux jeux Olympiques. C’est souvent grâce à l’impulsion et à la détermination de personnalités d’exception, motivées par la volonté d’égalité entre hommes et femmes que tout a avancé.
Messieurs Ahmed Ben Redjem et Kamel Megag, chefs de départements au Staps de M’Sila et les professeurs Fairouz Azaiez et Boubaker Abdelkrim, respectivement de Sfax et de Tunis manifestaient leurs désirs de voire les femmes enrichir le palmarès du sport féminin de leurs pays respectifs au niveau international.
 
Conforter les filières traditionnelles d’accès au sport
Me Serge Pautot, Président de Legisport, devait préciser les filières traditionnelles d’accès à la pratique sportive féminine, la famille, l’école et le mouvement sportif.
Tout d’abord, l’influence familiale. La famille et notamment les parents jouent un rôle crucial dans l’initiation et le maintien de l’engagement sportif de leurs enfants. En raison de la faible autonomie financière des jeunes et de leurs difficultés de déplacement, l’implication des parents s’avère nécessaire. Des jeunes issus de milieux populaires déclarent avoir abandonné le sport parce que personne ne pouvait les accompagner. De même, « l’ambiance sportive » du foyer et une sensibilité particulière des parents aux bienfaits de l’exercice physique ont des effets clairement bénéfiques sur l’engagement des jeunes filles et des jeunes garçons. Par exemple, avoir un parent – et notamment une mère – physiquement actif favorise considérablement la pratique des enfants et réduit même les inégalités liées aux conditions sociales d’existence. La pratique de l’éducation physique à l’école est aussi primordiale. L’éducation physique scolaire est une composante essentielle de l’éducation des garçons et des filles. Elle favorise l’épanouissement physique et intellectuel, et contribue à l’apprentissage des attitudes nécessaires à la vie en société sous tous ses aspects (acceptation des règles, respect des autres et de soi-même, etc.) L’éducation physique scolaire revêt également un enjeu d’importance : parce qu’elle concerne l’ensemble des jeunes filles et des jeunes garçons d’une même classe d’âge, elle est considérée plus que jamais comme un lieu d’égalité des chances et un outil important de démocratisation du sport. La fréquentation du milieu sportif et fédéral doit aussi être prise en compte. L’absence d’amis dans le monde sportif semble avoir une influence particulièrement négative sur l’investissement des femmes et notamment des femmes issues des minorités ethniques. Elles ne disposent d’aucune ressource relationnelle pour les accompagner dans leur démarche, leur prodiguer des conseils ou des informations sur les opportunités de pratique. Le rôle des fédérations est fondamental. Cette analyse nous conduit à formuler plusieurs recommandations. Le ministère des Sports, les collectivités publiques et le mouvement sportif peuvent agir sur différents leviers pour développer et favoriser l’accès des filles et des femmes aux activités physiques et sportives quelles qu’elles soient. Il faut que cela change pour améliorer l’accès des femmes et des jeunes filles à la pratique sportive. La société n’exploite pas encore tout le potentiel du sport.

Des mesures nécessaires au développement du sport féminin
 Pour faire progresser la pratique sportive féminine est l’améliorer voici quelques recommandations à mettre en œuvre. Le Professeur Abdelyamine Boudaoud soulignait que les autorités locales et nationales et les fédérations sont encouragées à :
réaliser des études quantitatives sur la participation des filles et des femmes à la pratique sportive scolaire et extrascolaire ;
développer des recherches qualitatives associant des experts variés (sociologues, pédagogues, etc.), dans l’optique de mieux connaître les obstacles à la pratique, mais également les besoins et les attentes des femmes dans le domaine des activités physiques et sportives ;
collecter des informations utiles (relatives aux pratiques accessibles aux femmes, au système d’offre existant, aux lieux de pratique, aux équipements, etc.) en collaboration avec les organisations et les fédérations sportives ;
recenser les incidents discriminatoires et racistes subis par les filles et les femmes dans le milieu sportif ;
communiquer l’ensemble des données qualitatives et quantitatives sur l’univers sportif féminin aux décideurs locaux pour les convaincre de mettre en œuvre des actions adéquates.
A ce titre le rôle des instituts des sciences et techniques des activités physiques et sportives mérite d’être souligné et leur action amplifiée.
Pour améliorer la participation des jeunes filles et des femmes aux activités physiques et sportives, l’ensemble des systèmes d’offre – publics et privés – doit être à l’écoute de leurs attentes, de leurs revendications légitimes, de leurs obstacles et être en mesure de répondre à leurs souhaits à chaque étape de leur vie. A cette fin, il est demandé aux services publics d’éducation, aux fédérations, associations sportives et aux collectivités de :
promouvoir et proposer une gamme élargie d’activités physiques et sportives ;
offrir des équipements sportifs bien desservis par les transports en commun et adaptés aux besoins de convivialité et de confort ;
développer l’offre de loisirs sportifs et créer des créneaux de pratique semi-libre ;
proposer éventuellement des cours spécifiques et des créneaux de pratique réservés au public féminin tout en préservant la possibilité de se retrouver en situation de mixité ;
prévoir des structures d’accueil et des activités pour les enfants pendant les créneaux de pratique adultes ;
tenir compte des particularités religieuses, satisfaire des demandes particulières comme la pratique dans des espaces réservés et protégés du regard des hommes, l’encadrement féminin, le port du voile, etc. ;
engager régulièrement des consultations auprès des habitants, des adhérents et des élèves afin de leur proposer des activités et des conditions de pratique au plus proche de leurs attentes.

Favoriser la participation des filles et des femmes dans les clubs locaux
Les clubs sportifs locaux – par l’intermédiaire des dirigeants, des éducateurs – et les établissements scolaires sont encouragés avec les communes à :
 féminiser davantage l’encadrement bénévole et salarié des activités physiques et sportives. Vis-à-vis des adolescentes, les éducatrices et les enseignantes abordent en effet plus facilement les questions liées au corps et à la santé ;
créer un climat propice au développement de la confiance en soi et de l’appétence pour les pratiques sportives. Inviter les enseignants et les éducateurs à insister davantage sur l’amélioration individuelle et la construction des compétences plutôt que sur la comparaison et la compétition;
soigner et développer des relations de confiance avec les parents. Les sensibiliser aux bienfaits des activités physiques et sportives et échanger régulièrement avec eux autour de la pratique de leur enfant. Des visites sur les lieux de pratique peuvent rassurer les parents et lever des obstacles à la pratique sportive des jeunes filles ;
expérimenter et développer des projets pilotes et innovants (horaires, transports, nature des activités, etc.) dans le domaine de l’accès des jeunes filles et des femmes aux activités physiques et sportives.

Un nouvel élan pour le sport féminin avec pour modèles ses championnes
Les administrations locales, les comités régionaux des fédérations et les associations sportives sont incités à :
améliorer la communication à l’échelle locale sur les opportunités de pratique, les démarches à suivre et les aides financières dont peuvent bénéficier les personnes aux revenus modestes ;
aller à la rencontre des élèves dans les institutions scolaires, avec l’accord des enseignants, pour les sensibiliser aux pratiques sportives associatives et leur présenter l’offre existante ;
mettre en place des opérations destinées à mieux faire connaître les différentes disciplines et les possibilités de pratique pour les jeunes filles et les femmes (opérations découvertes, portes ouvertes, journée « Sport et femmes », etc.).
Il est également demandé aux médias de :
valoriser les performances des sportives de haut niveau et promouvoir l’exemplarité des femmes ayant réussi dans et par le sport ;
améliorer la diffusion d’informations et d’images sur les pratiques sportives féminines;
communiquer autour des « bonnes pratiques » et dénoncer les actes discriminatoires, touchant les jeunes filles et les femmes.
Si toutes ces recommandations sont réalisées alors on pourra dire que « les femmes investissent le terrain » et accèdent ensuite aux responsabilités.
Ces mesures ont pour objet de démultiplier la pratique sportive féminine et de l’avancer plus encore dans nos usages. Il faut donc fédérer tous les acteurs du sport féminin, fédérations, ligues et clubs professionnels, associations, collectivités locales, entreprises partenaires du sport et audiovisuelles. Nous nous devons d’engager une révolution culturelle en faveur du sport féminin.
Ce colloque aura permis de réfléchir et d’échanger afin d’inciter à la pratique du sport féminin. Nous sommes tous réunis en colloque pour donner un vrai coup d’accélérateur à cette pratique féminine car le sport est un formidable outil d’émancipation et de respect des valeurs de la femme, a conclu la judokate Salima Souakri.
Les gloires du sport féminin sont sources de motivation, d’exemples pour la jeunesse. Le DVD Legisport sur le sport féminin algérien a été présenté par Mme Louisette Pautot dans lequel il était question de la grande championne Hassiba Boulmerka qui doit être une véritable locomotive pour la femme algérienne, Nouria Benida Merah, championne olympique également, Soraya Haddad et tous les clubs de football féminin, de ceux de Rélizane ou Alger-centre, et le handball.... De beaux modèles qui conduiront la femme de la pratique sportive à l’accès aux responsabilités. Un grand bravo à l’équipe du professeur Boussakra pour cet excellent travail, devait indiquer lors de la clôture des travaux Monsieur Ahmed Bouterfaia, accompagné du vice- recteur Kharchi Lakhdar.
S. P.



Du mĂŞme auteur

Par Me Serge PAUTOT,

Les plus lus

Télécharger version PDF

Version PDF

Special Wilaya D'Alger

Version PDF

Special Habitat version PDF

Version PDF

Special Habitat (english version)

Version PDF