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N° 113 - Mai 2018

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Contribution

Les réseaux sociaux et la cybercriminalité Algérie

Par Dr Ali Kahlane,



Les réseaux sociaux et leur utilisation ont fait dernièrement l’actualité notamment les évènements de Ghardaïa, ceux d’Aïn Defla et les fuites du bac. Comment analysez-vous le contenu relatif à ces événements?

Frauder, tricher sont des activités aussi vieilles que le monde. Les méthodes et l’ingéniosité pour le faire évoluent et s’adaptent très vite à son époque. La technologie actuelle permet des modes de communication infinis avec les objets connectés mobiles du moment. En règle générale, le tricheur comme le hacker est toujours en avance en ingéniosité et astuces. Une étude américaine estime que 80% de leurs étudiants utilisent une ou plusieurs méthodes de fraude, pour passer des étapes importantes de leurs études. Faits curieux, plus de la moitié de ceux qui fraudent estiment qu’ils ne font rien de grave «car tout le monde le fait» et, surtout, «d’ailleurs, très peu se font attraper», affirment-ils ! Alors que seulement 41% du grand public condamne la triche dans les examens, seulement 35% du personnel académique estime que ce n’est pas bien. C’est dire que le phénomène est bien ancré et a encore de beaux jours devant lui, avec ou sans technologie. Le combattre à la source doit être une activité de tous les jours et en utilisant tous les moyens.

Faits curieux, plus de la moitié de ceux qui fraudent estiment qu’ils ne font rien de grave «car tout le monde le fait»

D’aucuns décrient les réseaux sociaux et en particulier Facebook, qu’en pensez-vous ?
Le grave et malheureux événement de Ghardaïa et celui, innommable, d’Aïn Defla ont encore plus exacerbé les sentiments mitigés liés à l’usage des réseaux sociaux dans des cas aussi graves et surtout touchant à l’unité nationale. Il y a eu des moments forts que les utilisateurs de Facebook ont rapportés d’une manière inappropriée et qu’il faut bien sûr condamner de la manière la plus vigoureuse et c’est le moins qu’on puisse dire ou faire. Dans les deux cas, faire l’apologie de la violence et du terrorisme doit être sévèrement puni. La spécificité de Facebook est son instantanéité dans la production de «l’information», le travers obtenu est la facilité avec laquelle l’information peut être insidieusement mélangée au commentaire. En somme, dans de nombreux cas, l’information passée à la moulinette des «j’aime», des commentaires et des partages peut très bien se retrouver à vouloir dire tout le contraire de ce que le premier «Facebooker» a voulu dire. Il est ainsi très aisé pour des utilisateurs «avertis» mais, pouvant être malintentionnés, qui peuvent très bien influer sur la pérennité et le cours d’une information. Ils le feront en s’immisçant dans le «train» de l’activité de Facebook. Ils peuvent alors écourter ou rallonger sa «vie» et même circonvenir à son sens et son objectif. Ceci dit, ça serait allé trop vite en besogne que d’accuser ou de blâmer Facebook et lui jeter l’opprobre, ou de penser à le harnacher ou pire encore le museler. En somme, il s’agit de ne pas se tromper d’adversaire. Un couteau, à la main ou pas, sert à plein de bonnes choses et très rarement à blesser ou à tuer intentionnellement. Il peut même être pointé vers quelqu’un sans aucune conséquence fâcheuse. Oui, Facebook peut causer des dégâts, tout comme le couteau d’ailleurs, entre les mains de personnes malintentionnées, mais bien utilisés, aussi bien l’un que l’autre, ils rendent des services inestimables.

Existe-t-il un contrôle sur les réseaux sociaux ?
Les libertés individuelles sont fondamentales pour la survie de n’importe quelle démocratie, des hommes et des femmes se sont battus et ont payé de leur vie pour qu’elles soient préservées et garanties dans les Constitutions. Par contre, nous savons que dans tous les pays du monde, des plus démocratiques à ceux qui le sont beaucoup moins, il existe des contrôles de l’information sous diverses formes et à divers niveaux. Bien entendu, à ce contrôle est aussi associé celui des canaux utilisés pour la diffusion de l’information. Quand il s’agit de l’éducation de l’enfant, la logique universelle veut qu’on ne puisse pas lui dire tout et n’importe quoi comme on ne peut le laisser en contact avec n’importe quel type ou source d’information, sans la surveillance ou la modération d’adultes. Ceci est fait pour le bien de l’enfant et, personne ne discuterait ou ne mettrait en doute le bien fondé et l’utilité de cette démarche. Dans l’acquisition de la culture numérique, ce parallèle entre l’enfant et le citoyen comporte un important point commun. Ce sont les dégâts qui pourraient être causés par l’information transmise, aussi bien dans son fond que dans sa forme. Aussi bien à l’un qu’à l’autre, si les dégâts sont comparables, les cures devraient pouvoir aussi l’être.

Quand il s’agit de l’éducation de l’enfant, la logique universelle veut qu’on ne puisse pas lui dire tout et n’importe quoi


Comment y sont assurées les libertés individuelles ?
Dans notre cas, le support utilisé, le mode de diffusion et surtout la rapidité avec laquelle l’information circule ont permis à nos législateurs de faire promulguer des lois telles que la n° 04-15 du 10 novembre 2004 section 7 bis, la N° 06-22 du 20 novembre 2006, la N° 09-04 du 5 août 2009 et dernièrement la loi n° 15-04 et la toute dernière du 1er février 2015, relative à la signature et la certification électronique. Elles prennent en charge l’aspect particulier du monde numérique et tout particulièrement celui des réseaux sociaux. Un arsenal juridique existe pour protéger les victimes et punir les contrevenants dont la loi a criminalisé la plupart des infractions. La DGSN a dernièrement organisé pour son personnel un cycle de formation soutenu sur la cybercriminalité. Cela vient renforcer les actions de la Gendarmerie dont le Centre de prévention et de lutte contre la criminalité Informatique et la cybercriminalité (CPLCCIC) existe depuis 2009. Le tout vient d’être renforcé et pris en charge d’une manière globale par l’Office national de protection et de lutte contre les infractions dans les TIC. La promulgation de ces textes et la mise en place de structures spécialisées par l’Algérie, depuis maintenant plus de 10 ans, permettent à notre pays d’avoir une avance et une expérience dans le traitement des cas de cybercriminalité que d’autres nous envieraient.

Comment et où doit être assurée la protection des citoyens, de l’Etat de droit en général et de l’information en particulier dans le monde virtuel ?
Les usurpations d’identité qui ont la palme d’or, suivies de très près de celles de diffamation, de chantage, de menaces, de piratage de données, d’attentat à la pudeur et de pédophilie mais aussi d’escroquerie et de fraudes, de blanchiment et de contrefaçon pour les plus «softs» sont le lot quotidien des services de sécurité qu’ils soient de la police judiciaire ou de la gendarmerie, ces services sont à ma connaissances bien outillés pour s’attaquer aux affaires impliquant l’usage de l’Internet et les réseaux sociaux en particulier. Sur un tout autre plan, mais de loin le plus préoccupant, les cas d’apologie du terrorisme et/ou de la violence, de propagande de tous genres, de xénophobie qui met en scène la haine de l’autre, notamment lorsqu’il n’est pas de la même obédience religieuse ou sociale, sont malheureusement régulièrement enregistrés, ils sont traités d’une manière spéciale.
Premièrement, c’est un canal privilégié, car il est très populaire. Il a la capacité d’une mise en contact avec une large audience, toutes les castes de la société sont atteintes sans coup férir. Très rapidement il peut très aisément faire partie du réseau, tout naturellement et, le parcourt tel un poisson dans l’eau.
Deuxièmement les réseaux sociaux sont simples d’utilisation et très conviviaux. Ils sont très fiables techniquement, gratuits et peuvent assurer l’anonymat si on le désire.
Enfin troisièmement, le réseau social permet aux terroristes d’atteindre directement leur «client». En fait c’est comme s’«ils frappaient virtuellement à sa porte». Il redouble d’efficacité, comparé à un site web dans lequel ils étaient obligés d’attendre que le visiteur vienne au site pour espérer «l’alpaguer» et surtout espérer qu’il les contacte lui-même.
 
Quels sont les objectifs des terroristes sur les réseaux sociaux?
Les objectifs premiers des terroristes, une fois en ligne, sont la propagande, la radicalisation et bien sûr le recrutement. Ils utilisent les réseaux sociaux et les outils qui les accompagnent pour développer des listes de recrues potentielles ou sympathisantes à travers les groupes que les internautes créent entre eux. Les terroristes utilisent finalement les mêmes outils marketing qu’une entreprise commerciale voulant acquérir une liste de prospects, pour vanter et vendre un produit ou un service. Les terroristes ont accès aux mêmes types d’information sur une personne dont les réseaux regorgent, tel que son profil, la région où il habite, ses intérêts, ses goûts, ses autres amis, etc. Cela leur permet de décider qui cibler et comment l’approcher d’une manière personnalisée. Ces méthodes sont extrêmement efficaces quand elles ciblent les jeunes. De plus en plus de groupes terroristes et leurs sympathisants utilisent massivement les réseaux sociaux comme un puissant dispositif de recrutement, de la même manière que les pédophiles le font pour rechercher leur prochaine victime
parmi la même population de jeunes.

Les terroristes utilisent finalement les mêmes outils marketing qu’une entreprise commerciale voulant acquérir une liste de prospects


Dr Ali Kahlane



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