Le magazine promotionnel de l'Algérie

N° 107 - Août 2017

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Contribution

La fabrique ou la généalogie d’un territoire

LÂ’Exposition internationale : Made in Algeria

Par Me Serge PAUTOT,



Mais d’abord, avant la déambulation de l’exposition que nous avons visitée et les discours des ministres, une question nous interpelle, pourquoi « Made in Algeria », l’utilisation de l’anglais pour ce titre de l’exposition. Les organisateurs répondent, que « le « made in » est une expression du commerce international et comme nous voulions aborder la fabrique d’un territoire, nous avons repris le terme. Et puis, nous n’avons pas voulu choisir l’une des deux langues, l’arabe ou le français, alors nous avons opté pour ce biais ». Azzedine Mihoubi, ministre algérien de la Culture, aura l’élégance de dire que l’écrivain Kateb Yacine qualifiait avec talent la langue française de « butin de guerre ».

Discours du ministre algérien de la Culture, Azzedine Mihoubi
Tout d’abord, M. Mihoubi devait déclarer à la cérémonie d’ouverture qu’il tenait tout d’abord à remercier vivement Madame Fleur Pellerin qui lui a fait l’honneur de l’inviter au vernissage de cette grande et importante exposition et de partager ce moment solennel qui témoigne de la volonté partagée de favoriser le développement des relations bilatérales.
C’est sous l’impulsion des chefs d’Etat de nos deux pays, a poursuivi le ministre, que « l’Algérie et la France sont désormais engagées dans des liens de coopération exemplaires, car fondés sur des intérêts réciproques et sur le respect mutuel. La question de l’histoire et de la mémoire abordée toujours sous l’angle politique trouve son écho aujourd’hui auprès notamment des élites culturelles des deux pays.
Si l’Algérie est aujourd’hui le centre d’intérêt de cette exposition, la France le fut aussi lors du dernier Salon international du livre d’Alger en sa qualité d’invité d’honneur spécial et distingué par sa contribution significative et de qualité.
L’occasion m’est ainsi donnée pour souligner ma grande satisfaction de l’évolution constante de nos relations et des échanges culturels entre nos deux pays et de constater que les ponts culturels établis fonctionnent dans les deux sens ; ce qui conforte notre engagement commun de promouvoir le dialogue interculturel notamment dans le contexte mondial actuel. C’est dire que la culture a toujours été, le long de l’histoire, une passerelle d’échanges entre les peuples et entre les civilisations et non une cause ou un prétexte pour l’affrontement.
Je suis également heureux d’être ici au Mucem, ce splendide musée si proche, par son emplacement de la rive sud de la Méditerranée, donc si proche de nous et qui donne à la ville de Marseille un atout supplémentaire en matière d’échanges culturels et de coexistence.
Les temps des guerres puniques, de croisades et de la piraterie dans le bassin méditerranéen sont révolus ; place est désormais aux valeurs culturelles qui offrent à l’Humanité le droit à la différence et le droit à la diversité. Ce prestigieux musée consacré aux civilisations européennes et méditerranéennes est un espace commun aux deux rives tant leurs peuples se sont rencontrés, croisés et échangés depuis si longtemps. Le long de son histoire, le bassin méditerranéen s’est exprimé dans le langage de la sagesse et parfois dans le langage de la violence. Aujourd’hui, je crois qu’il est beaucoup plus proche de sa qualité première ; celle de la sagesse dont il fut le berceau. ». Madame Fleur Pellerin devait quant à elle rappeler l’adage bien en cours chez les géographes qu’une bonne carte vaut mieux que les longs discours et dire combien actuellement la coopération culturelle entre la France et l’Algérie est féconde, intense. Et d’ajouter qu’en mars prochain, Constantine, Capitale du Monde Arabe, sera l’invitée spéciale du Salon du livre de Paris. Vraiment une recherche exemplaire de coopération culturelle entre les deux pays.
Présenter l’histoire par la cartographie
L’exposition « Made in Algéria » est bâtie autour de quatre périodes, celle postcoloniale avant 1830, avec une prééminence des visions maritimes et côtières, celle de la conquête et la colonisation qui a vu l’essor de la cartographie, notamment militaire. En effet lorsque les troupes françaises débarquèrent à Alger en 1830, le territoire qui s’étendait devant eux leur était à peu près inconnu. Quelques récits de voyageurs, des traités de géographes antiques, le bagage était mince. La conquête allait commencer mais aucun Français ne savait ce qu’était l’Algérie. Quelles étaient ces limites, à l’est et à l’ouest, en direction du Maroc et de la Tunisie. Fallait-il se contenter d’occuper une bande de terre côtière ou pénétrer en direction du Sahara. Comment établir des frontières dans tous ces confins traversées, habitées par des populations. Ce fut le rôle des cartes et des géographes, cartographes d’arpenter ce territoire et d’en tracer les contours dans le sillage de l’armée. Les deux autres périodes, capter l’Algérie pour une acticité de colonisation puis la dernière période consacrée à l’esquisse d’une histoire de l’Algérie après l’Indépendance de 1962.
 Le dossier de presse remis par les organisateurs indique que l’Occident a toujours fabriqué ses propres projections à l’intérieur de ces pays. Nous avons toujours su que le colonialisme était lié à l’appropriation de la terre, à son occupation. Les représentations nées de cette histoire ne servaient qu’à justifier la captation. La pertinence des travaux d’Hélène Blais sur la cartographie nous rappelle combien l’Algérie est l’espace fondamental qui nous permet de comprendre la manière dont on a « dessiné » les espaces coloniaux. Il nous a semblé qu’il fallait montrer cela, une origine cartographique, les premiers traits d’une histoire coloniale française. Née dans les colonies, cette pratique topographique a servi la saisie moderne des espaces du monde. Montrer un début, celui qui inaugurera le « langage commun des territoires », cette construction qui est le propre de notre mondialisation. On a tracé des pays, des territoires en nombre sur le modèle de l’État-nation européen dans des régions qui étaient totalement dépourvues de ce concept, et cela a été fait pour et par une poignée d’États européens. Mais cela s’est toujours effectué sous tension. Nous sommes là à un carrefour étonnant de refondation territoriale qui met à mal le modèle cartographique existant.

Sans la cartographie, pas de conquête
On peut voir la première carte tracée par l’armée française à Sidi-Ferruch le premier jour du débarquement, le 14 juin 1830, c’est lire tout un processus. On pose pied à terre. On fait un plan de l’environnement visuel proche. On tire un trait pour marquer les quelques mètres franchis. On s’installe. On trace à nouveau, on avance et, une fois cela fait, le territoire est à vous. Le procédé, si l’on peut dire, était assez darwinien. Et, de fait, notre regard sur la question l’a été aussi, soulignent les artisans de cette exposition. Il nous fallait présenter des faits cartographiques. De ce point de vue, l’exposition a tenté de maintenir pour cette question une sorte d’exemplarité visuelle. Montrer un processus imparable. Sans cette cartographie (coloniale), il n’y a pas de conquête.
Dès que l’on aborde l’histoire de la colonisation française, on découvre à quel point, pour la France, le territoire de l’Algérie a été un laboratoire majeur. Que l’on se penche sur l’agriculture, la botanique, l’urbanisme, l’architecture, la législation, le tourisme, les arts, la littérature, le cinéma, la photographie, l’archéologie romaine ou chrétienne, la cartographie, le folklore, l’imagerie, l’administration, la fiscalité, les lois d’exception, les lois de peuplement, les codes indigènes, la déforestation, l’écologie, la géologie, l’hydraulique, les réseaux routiers, le système cadastral, la nationalité française, la citoyenneté, les expériences médicales, l’orientalisme, on observe que l’Algérie n’a eu de cesse d’être le lieu expérimental qui permettra d’innover dans tous ces domaines et dans bien d’autres, comme ceux de la surveillance des populations, des expériences culturelles, sociales, juridiques, politiques et économiques qui façonneront la France.
 « Made in Algeria, généalogie d’un territoire », c’est une manière de dire la France d’aujourd’hui. Comment cette dernière a tenté, en un siècle qui y était disposé, de fossiliser ailleurs son empreinte. Cette histoire, il nous faut la déployer, la comprendre et ne plus occulter son importance pour l’identité contemporaine de la France. À un moment de l’histoire coloniale, les fruits, le tabac, les boissons, l’alcool, le vin présents sur les tables d’Europe provenaient d’Algérie. Ce territoire a constitué l’usine alimentaire de l’Europe et les Algériens ont été ses employés agricoles. De Bastos à Orangina en passant par l’anisette, ces produits, ces marques et leurs dérivés provenaient d’Algérie. Il en est de même pour le développement intra-muros des villes et de leurs banlieues en France. Les territoires coloniaux ont été les laboratoires de l’architecture urbaine qui, plus tard, s’est déployée dans les zones périphériques françaises. De nombreux architectes ont exercé leur talent en Algérie – certains allant jusqu’à projeter l’éradication généralisée de l’habitat existant.
L’Algérie a connu de nombreuses civilisations. Dans l’antiquité, l’Afrique du Nord relève en grande partie du royaume de Numidie. Le territoire joue un rôle important sous l’Empire romain, puis chrétien et musulman où les populations locales connaissent l’apport de nombreuses migrations. Pendant longtemps, les cartes ne désignent pas le littoral de l’Algérie comme une zone étrangère au monde européen. Avec la chute de Grenade en 1492 et l’expulsion des maures d’Espagne vers l’Afrique du nord, une relation belliqueuse s’instaure entre les états d’Occident et le royaume de Tlemcen puis celui de la Régence ottomane d’Alger de 1515 à 1830. Le nom de Barbarie ou de Berberie/Berberia remplace alors les termes de Mauritanie et de Numidie qui désignent le nord du continent africain sur les cartes. L’Algérie est bordée par un littoral de plus de 1600 km que dominent d’est en ouest les pentes de l’Atlas tellien avec ses hauts plateaux et plaines creuses, jusqu’à sa frontière naturelle, l’Atlas saharien. C’est le plus grand pays d’Afrique. L’exposition montre comment s’est effectuée sur plusieurs décennies la délimitation cartographique de ce territoire

Vu de loin, l’intérieur se précise
À partir du XVIIIe siècle, les cartes traduisent une vue maîtrisée du territoire. Si les imprécisions perdurent pour décrire les terres intérieures, la frange maritime avec son trait de côte et son littoral est, en revanche, particulièrement bien appréhendée à la fin du siècle. L’innovation cartographique dans la représentation maritime constitue un préalable à l’amélioration de la navigation civile et militaire. Les bateaux chargés de marchandises partent d’Alger, d’Oran, de La Calle en direction de tous les ports de la Méditerranée. Navigant ou marin sans expérience utilisent ces nouveaux outils de navigation. Pour l’intérieur des terres, le traité de géographie du savant et aumônier anglais Thomas Shaw, paru à Oxford en 1738, marquera tous les travaux jusqu’en 1830. De même, les notes précieuses prises par l’espion Vincent-Yves Boutin en 1808, secrètement conservées par les militaires au Dépôt de la Guerre, sont déterminantes au moment du débarquement de l’armée française en Algérie en 1830. Au milieu du XVIIIe siècle paraît à Amsterdam une nouvelle carte de l’Afrique du Nord montrant le royaume d’Alger et ses cinq provinces : Tremicen (Tlemcen), Tenez (Ténès), Alger, Bougie (Béjaïa) et Constantine. Si la géographie des territoires est aussi fautive que celle de la carte du Français Sanson d’Abbeville un siècle plus tôt, les auteurs innovent en la truffant de commentaires féconds pris dans les récits de voyageurs ou les traités de géographes.
Dix ans après son expédition d’Egypte, le général Bonaparte devenu empereur songe à prendre pied en Algérie. Il commande à son ministre de la Marine une note sur la ville d’Alger et ses alentours. Ce rapport secret est fourni par Vincent Yves Boutin, ingénieur des mines, et remarquable observateur de la géographie des lieux visités. Il parcourt la ville de mai à juillet 1808, le livre de Shaw en main, et identifie Sidi-Ferruch comme l’unique lieu possible de débarquement pour un corps expéditionnaire.

Tracer le territoire, la prise d’Alger
Les Français se mettent à tracer, explorer, cartographier, représenter le territoire envahi dès qu’ils débarquent sur les plages de la presqu’île de Sidi-Ferruch le 14 juin 1830. Cela donne lieu à de nombreuses productions : vues et plans d’Alger, cartes des environs de la ville, croquis des surfaces par les colonnes de l’Armée d’Afrique. Ce que les soldats ignorent n’est pas relevé et ce qui est détruit disparaît du relevé. Les contours blancs des cartes suggèrent des espaces vierges, des étendues illimitées. Par sa puissance subjective, la pratique cartographique en Algérie participe dès son inauguration sur le sol algérien de l’idéologie de la conquête. L’armée compte dans ses rangs des ingénieurs topographes et de précieux dessinateurs, artistes-militaires. Le modèle de l’expédition militaire et scientifique d’Égypte (1798-1800) est encore vif. Les motivations s’entrecroisent dès les premières semaines de l’occupation d’Alger et de ses faubourgs: conquête militaire limitée à une «zone utile» et connaissances scientifiques tous azimuts iront de pair durant les premières décennies de la conquête. En France, les artistes et les éditeurs prennent le relais des militaires et popularisent les nouvelles images de l’Algérie. Sur place, en Algérie, les ingénieurs topographes effectuent sous la protection de la cavalerie des relevés du relief qui servent à établir les feuilles de la carte de l’Algérie au 1/200000e et au 1/400000e. La représentation millimétrée du territoire est née instantanément alors qu’aucun schéma de domination n’était arrêté ou ne faisait consensus. Cartographier, conquérir, dominer, telles ont été les motivations des officiers du corps expéditionnaire français mué en Armée d’Afrique. Les blancs de la carte disparaissent au gré des reconnaissances et des relevés d’informations nécessaires à la fois au développement de la carte et à la poursuite de la conquête. Trois zones littorales seront d’abord exploitées. Au Centre, Alger et ses environs. À l’Ouest, Oran et Mostaganem et à l’Est, Bougie et Constantine.

Occuper et avancer dans le territoire
Dès la conquête, les partisans d’une colonisation de peuplement européen travaillent au développement de centres de colonisation. Les premiers Européens sont installés dans des camps précaires. Il faut attendre 1842 pour voir s’instaurer une colonisation planifiée des terres « pacifiées » sous le gouvernement de Louis-Philippe : un peuplement à grande échelle d’Européens, des citoyens français en majorité. Après les révoltes ouvrières de la Révolution de 1848 et l’avènement de la Seconde République, le déplacement de populations s’accélère. La colonisation suppose un transfert de propriété des biens fonciers, ce que le gouverneur général militaire entreprend selon trois modalités : la vente des terres incorporées au domaine public ; la mise sous séquestre des biens des individus et des familles qui se sont soulevés contre l’occupation ; l’achat par expropriation des autochtones détenteurs des biens.
Pour construire une société nouvelle dont l’Européen deviendra le pilier, il faut détruire et transformer : supprimer les structures existantes, détruire les lieux d’implantation originels, remodeler l’Alger ottomane et établir une nouvelle ville portuaire. Sitôt la capitale conquise, les Français transforment le tissu urbain sur le modèle des villes du Nouveau Monde. L’urbanisme s’inspire du damier : angles droits, rues larges, places, édifices publics, culturels et cultuels. L’arrivée massive des colons à partir de 1842 bouleverse le mode de vie et l’économie agricole des autochtones et transforme leurs paysages. L’Algérie conquise, le gouvernement général crée en 1844 une administration destinée à encadrer les populations locales par ce qui a été improprement baptisé les « bureaux arabes ». En 1848, l’Algérie est annexée à la France et divisée en trois départements: Oran, Alger et Constantine.

La science au service de la colonisation
L’analyse scientifique du territoire commence avec le rapport de la Commission d’Afrique instaurée en 1833, qui avait pour mission de remédier aux erreurs de la conquête. La Commission d’exploration scientifique héritée des Lumières et copiée sur le modèle de l’expédition d’Égypte par Bonaparte est fondée en 1839. Elle a pour mission de traiter de manière dite encyclopédique de tout ce qui compose le territoire algérien : connaissance des reliefs, géographie, sols, sous-sols, faune, flore et peuples seront illustrés. Langues, « confréries religieuses », étendue ancienne de la christianisation et présence romaine seront soulignées. Certaines études seront occultées comme l’architecture musulmane et d’autres plus soutenues, voire détournées, comme l’étude de l’antiquité romaine qui permet de distinguer la filiation chrétienne de l’Algérie. S’opèrent alors une écriture et une appropriation de l’histoire. Une connaissance dite savante et millimétrée du territoire, qui va de pair avec la dévalorisation de fait des savoirs autochtones.
La délimitation plus ou moins précise du territoire conquis, colonisé puis administré n’a jamais été une démarche rationnelle et continue dans le cas de l’Algérie. La frontière avec la Régence de Fez (Maroc) donne lieu, dès 1845, à un traité sous la forme d’une carte contenant les résultats de la commission de délimitation. Ce n’est pas le cas à l’est avec la Régence de Tunis, même lorsque le protectorat français est instauré sur ce territoire en 1881. De même, le grand territoire saharien est perçu comme une étendue sans limite sur le principe de la «Frontier strip» américaine de l’avancée vers l’Ouest, un territoire difficile à délimiter. Les populations du Sud repoussent sans cesse les militaires français. En 1899, une mission scientifique facilite la prise militaire d’In Salah. Située dans le Sahara central, à plus de 1000 km d’Alger, cette annexion ouvre la possibilité de capter les zones désertiques et pour l’administration française d’explorer des territoires sahariens du Sud jusqu’au territoire du Congo. La motorisation des circulations dans le dernier tiers du XIXe siècle sera accélérée (chemin de fer, camion, avion…).
La prise de possession de l’Algérie s’est faite notamment par la cartographie de son espace. Certains géographes sont favorables à une intégration respectueuse des conditions de vie des populations originaires du territoire ; d’autres défendent le maintien de deux statuts. Les populations dites «musulmanes » d’Algérie, majoritairement constituées d’ouvriers agricoles, ne bénéficient pas des mêmes droits civiques que les Européens. Très tôt, la géographie sert la propagande des gouvernements français. En 1842, le territoire algérien fait son entrée dans un atlas national qui accompagne l’imagerie coloniale porteuse d’un message univoque : un pays agricole, rayonnant et intemporel, chargé de stéréotypes orientaux propices au tourisme. Dans l’entre-deux-guerres, les produits issus de l’Algérie française ainsi que le tourisme contribuent à la richesse nationale française. Alors que la misère des populations locales s’accentue, 75 % de la production agricole et manufacturière est exportée vers l’Europe.

La fin de l’Algérie française
Les supports de diffusion véhiculent une vision schématique des Algériens qui sert le commerce et le tourisme. Mais ces représentations masquent la réalité de la vie des populations autochtones qui ont toujours été écartées de la gouvernance du territoire alors qu’elles représentent 90% de la population. Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, la volonté des Algériens de s’extraire du colonialisme va les mener à conduire un combat pour leur autonomie. En 1954, commence la guerre de libération des Algériens. Ils engagent un long conflit pour leur libération, qui mettra à mal la vie de milliers de femmes et d’hommes. Cette guerre prend fin avec le référendum qui donne l’indépendance à l’Algérie le 5 juillet 1962. Durant toute cette période, la France tente de nouvelles politiques sociales et économiques qui ne pourront mettre un terme au mouvement de l’histoire donnant accès à l’indépendance de nombreux pays notamment en Afrique. Le colonialisme prend fin en Algérie. Commence alors le long exode des populations dites européennes d’Algérie. En 1962, le territoire algérien est maintenu dans son intégrité telle qu’il avait été délimité par les autorités françaises. La lutte pour l’indépendance de l’Algérie a fait naître un immense mouvement de solidarité à travers le monde. Le pays connaît dans les années 1960 une effervescence politique rare faisant d’Alger la capitale culturelle des mouvements « tiers-mondistes » et marxistes issus des combats révolutionnaires postcoloniaux. Les grandes figures combatives du socialisme de l’époque convergent vers ce territoire. Artistes, cinéastes, architectes et écrivains affluent de tous les continents. Dès 1962, l’Algérie s’engage dans la voie de la réforme. De grands projets autour de l’éducation, l’habitat, la santé, l’agriculture et le développement d’infrastructures sont réalisés. Le socialisme sera durant tout ce temps le vecteur politique majeur du pays. Après différentes crises, l’économie du pays tend à se libéraliser. Selon la Constitution, seuls les Algériens peuvent accéder à la propriété terrienne en Algérie. Pour cet événement, des cartes rares du Service historique de la défense seront pour la première fois exposées. Elles montrent comment l’invention cartographique a accompagné la conquête de l’Algérie et sa description. Des œuvres majeures, notamment celles du Château de Versailles illustrant la conquête de l’Algérie, seront enfin de nouveau présentées au public. Des créations contemporaines, certaines constituées de matériaux iconographiques inédits, seront inaugurées.
L’exposition, par la mise en rapport d’œuvres et de documents variés, présente à la fois la fabrique coloniale de l’Algérie, ses représentations et sa diffusion, et distingue ce qui de cette fabrique a été écarté, rendu invisible ou illisible.
Made in Algeria est la mise à plat d’une aventure moderne qui a commencé il y a plus de deux siècles et dont les effets se font encore ressentir aujourd’hui : la conquête de l’Algérie et le type de colonialisme qui s’y est développé. Par cette exposition, nous voulons dérouler la fabrique coloniale d’un territoire. Cette entreprise, qui ne s’est pas faite sans heurts, s’est aussi justifiée par la nécessité de soutenir de nouvelles expériences et inventions techniques et scientifiques. En ce sens, l’Algérie a été un haut lieu de la modernité européenne. Un de ses laboratoires majeurs. Celui qui a permis d’expérimenter le rendement d’un territoire par la mise sous surveillance de ses acteurs. En 1882, plus aucun mètre de ce territoire n’échappe à la mise sous contrainte.
Remerciements, pour le dossier de presse ci-dessus présenté, au Commissariat général de l’Exposition, Mme Zahia Rahmani, responsable du domaine « Art et mondialisation », INHA
Jean-Yves Sarazin, Directeur du département des cartes et plans, de la BNF et Cécile Degos, la scénographie.
S. P.



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